‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 5)Chapitre 304 sur 344 · LIV. VI. CH. II. SUITE DES TENTATIVES DES CONSPIRATEURS · texte numérisé non relu

LIV. VI. CH. II. SUITE DES TENTATIVES DES CONSPIRATEURS

trait pas une croix sur son passage, sans descendre de chevaJ, et se tramer à genoux pour en baiser le pied : il ne paraissait plus en public qu'avec un chapelet que le baron de Lux lui avait donné un jour dans un jeu de paume, en présence de nombreux témoins. On poussait le clergé en masse aux partis violents, en l'effrayant par les prétendus dangers que courait la religion, et en mettant fortement son intérêt en jeu : on répandait partout le bruit que le roi allait le pressurer par un double décime ordinaire, qu'il sollicitait depuis longtemps du pape Clément VIII et qu'il était sur le point de lui arracher. On agitait les Parlements, surtout ceux de Paris et de Rouen, qui s'étaient montrés si opposés à l'édit de Nantes : on leur demandait s'ils se prêteraient à l'exercice public de la Réforme dans le royaume ; s'ils souffriraient qu'un certain nombre de conseillers protestants vinssent siéger à côté d'eux *.

Auprès des gentilshommes, du corps de la Noblesse, les agents de Riron employaient d'autres artifices, faisaient mouvoir d'autres ressorts. Ils mettaient tout en œuvre pour leur persuader que si le roi faisait un si grand amas d'artillerie, d'armes, de munitions, d'argent, c'était avec le dessein de ravaler et de détruire d'abord tous les grands du royaume, d'établir ensuite son despotisme sur les gentilshommes, de ne plus donner de part dans le gouvernement de l'État, comme dans les charges, honneurs et dignités, qu'à ses conseillers, ses favoris, ses satellites '.

En même temps Riron et Rouillon travaillaient personnellement à gagner à leurs projets, à entraîner dans leur

» Sully, ÛEcon. roy., ch. 103, 109,1. l,p. 368 A, 393 B. — D'Aubigaé, l. Ni, 1. V, ch. 10, p. 490. — MatUueu, Hist. de Henri IV , 1. lU, p. 489.

« Sully, OEcoa. roy., ch. 103, 109, t. 1, p. 368 A, 393 A.

SUITE DBS TENTATIVBS DES CONSPIRATEURS. 573

coalition quelques-uns des hauts seigneurs et des princes du sang, en flattant leurs idées et leurs passions. Le projet favori de plusieurs chefs de l'aristocratie, conçu dès le temps de Henri III, suivi par eux pendant tout le cours du règne de Henri IV, avait été de rétablir le régime féodal en vigueur sous Philippe-Auguste, aussi éloigné du système allemand que de la monarchie absolue de François P'. En effet si les possesseurs de fiefs tenaient leurs gouvernements à titre héréditaire, et y exerçaient la pleine délégation des pouvoirs royaux, ils ne jouissaient p^ de la supériorité territoriale, de la souveraineté locale, que s'étaient arrogée les princes de l'Empire. Le roi seul était souverain : les seigneurs féodaux restaient dépendants de lui, obligés envers lui à des services dont ils n'étaient pas arbitres eux-mêmes. En outre la royauté n'était pas élective comme en Allemagne, mais héréditaire, ce qui lui donnait une toute autre force. Tant que le régime féodal n'était pas violé , la royauté maintenait à un certain degré les détenteurs de fiefs dans la subordination, le lien entre les provinces du royaume, l'unité nationale, l'indépendance a l'égard de l'étranger. Le projet des hauts seigneurs qui du temps de Henri IV rêvaient un changement de gouvernement, ofiraitdonc un mélange d'ambition et de sentiments français, on peut même ajouter de sentiments monarchiques. Quelques-uns des membres de la famille royale s'étaient associés dès longtemps à ce dessein, et y avaient donné une plus vive adhésion encore, depuis que le second mariage du roi leur avait ôté l'espérance de succéder à la couronne. Mais leurs idées, entièrement conformes à celles des hauts seigneurs, n'allaient pas au-delà. Ils ne projetaient ni le morcellement du territoire par l'établissement de souverainetés locales ; ni l'abolition de la royauté héréditaire, qui les privait de la qualité de princes du sang et de chefs de l'aristocratie ;

Page 1