‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 5)Chapitre 306 sur 344 · SUITE DBS TENTATIVES DES CONSPIRATEURS · texte numérisé non relu

SUITE DBS TENTATIVES DES CONSPIRATEURS

séduisantes à ses chefs qu'ils espéraient gagner, et à la suite desquels ils œmptaient entraîner le corps entier des églises réformées. Dans une réunion de neuf chefs calvinistes, qui eut lieu en 1601, Bouillon leur fit les ouvertures suivantes. L'association catholique cédera et garantira aux réformés toute la partie méridionale de la France, comprise entre les Pyrénées, l'Océan, la Loire, en suivant le cours de ce fleuve jusqu'au Forez et jusqu'à Livron, près de Valence, dans le Dauphiné : elle y ajoutera le reste du Dauphiné. Dans cette étendue de territoire, comprenant le tiers du royaume; les réformés feront sur le roi et sur ses gouverneurs toutes les conquêtes qu'ils pourront. Non-seulement les catholiques s'engagent à n'envoyer aucune armée pour s'y opposer, mais à favoriser de toute leur puissance les progrès des huguenots, en leur livrant deux des places les plus importantes de leur département, dont les catholiques achèteront les gouvernements; en leur délivrant six cents autres mille livres, pendant chacune des années que durera la guerre. Pour garantie de l'autorité que les réformés auront dans l'entreprise, et pour gage de la foi publique entre les deux partis, l'association catholique mettra entre leurs mains Lyon et Dijon, et ils retiendront ces villes s'ils ne sont pas pleinement satisfaits * . Ainsi se terminaient les vieilles inimitiés, la guerre de quarante ans des catholiques et des protestants. Désormais chacune des religions vivait indépendante et paisible dans la région qui lui était assignée, sous l'empire d'une réconciliation et d'une concorde, dont la destruction de la dynastie, de la royauté actuelle, de l'unité nationale faisait les frais.

> D'Aubigné, Hist. univ., t. HI, 1. V, ch. 10, p. 489. « Oo lairra aux » Reformez toute la partie occidentale de la France que Loire sépare, » à venir joindre par le Forest josqaes an droict de Livron, puis le » reste du Dauphiné , pour s'esteiRire en y conquérant. » Suivent les autres conditions rapportées dans le texte ci-dessus.-

576 L1V. VI. en. ii. ils échouent aupbès-des réformés.

Les chefis ralvinistes eurent assez de patriotisme, et eD même temps assez d'intelligence de leurs vrais intérêts, pour repousser dès l'abord ces propositions. Par Torgane de d'Aubigné, ils répondirent avec fermeté à BouiUon que le démembrement du royaume, qui serait leur opprobre à eux-mêmes, les rendrait Fborreur de toas les bons Français. Que ceux qui leur proposaient une association, ayant été jusqu'alors leurs constants et implacables ennemis, le redeviendraient, selon toute apparence, le lendemain du jour où ils auraient obtenu leur concours pour bouleverser le pays. Que les réformés, après avoir aidé au renversement de la royauté, qui maintenant protégeait leurs vies et leurs biens, et leur garantissait la liberté religieuse, se trouveraient en butte aux attaques des/catholiques français, du duc de Savoie , du roi d'Espagne, auxquels l'Empereur et le pape ne tarderaient pas à se joindre, et qu'ils succomberaient promptement sous leurs coups réunis. Le plan de coalition des catholiques et des protestants, imaginé par Biron, mis en avant par Bouillon, succomba sous cette réplique * . Les conspirateurs perdirent toute chance de séduire et d'entraîner le corps des églises réformées, la masse des huguenots , et furent réduits à rechercher la coopération partielle de quelques populations des campagnes, de quelques villes calvinistes, auprès desquelles ils trouvèrent faveur, en mêlant adroitement à la question religieuse des questions de libertés politiques et d'intérêt matériel.

Peu après leur vaine tentative pour attirer à eux les chefs de la Béforme, les conjurés virent leur échapper plusieurs des grands seigneurs catholiques qui avaient pris d'abord des engagements avec eux. Le duc de Montpensier apprit avec horreur ce qu'ils lui avaient caché :

» D'Aubigué, Hist. univ., t. Ul,!.^, cb. 10, p. 489-492: et Méinoire?, p. 101.

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