DÉFECTION DE PLUSIEURS DES CONSPIRATEURS
il sut que leur dessein , était nou de rétablir la monarchie féodale, mais de démembrer le royaume, de faire plusieurs rois en France, d'exterminer les princes du sang, du nombre desquels il était : il rompit aussitôt avec eux et sortit de leur association. Pareillement ils n'eurent plus à compter sur le duc d'Épernon, dès qu'il connut le fond de leurs projets. D'Épemon désirait voir la royauté traversée, jetée dans les embarras, pour être d'autant plus nécessaire ; mais il ne voulait pas la combattre, parce qu'il avait éprouvé en Provence combien cette lutte était difficile et dangereuse ; il était bien résolu à ne mettre en péril ni sa fortune ni ses charges : aussi refusa-t-il de suivre les conjurés dans leurs excès et leurs aventures ^ Ces divers incidents réagirent d'une manière sensible sur les négociations avec les étrangers , qui se poursuivaient à Some. En apprenant que les Réformés avaient refusé l'association avec les conjurés, et que le duc de Moutpensier l'avait répudiée, La Fin se troubla : de plus à Texamen il trouva que lès avantages promis, que le partage fait au maréchal par la convention, et dans lequel il devait trouver le sien propre, étaient mal assurés. Alors il retira son adhésion que dès le principe il avait donnée à regret, et il éleva des difficultés contre les deux clauses les plus révoltantes du traité, le morcellement de la France et l'extermination de la famille royale *. Le comte de Fuentes tenait passionnément aux deux conditions, qui étaient la fin même de la politique des Espagnols, l'inémédiable abais-
« D'Aubigné, Hist. univ., l. Hl, 1. V, ch. 11, p. 492. « Le duc de u MoDtpeiisier avoit horreur d'aider à mettre en pièces la monarchie, » establir plusieurs rois en ce royaume, et exteraiiner les princes du » sang, desquels il estoit. » — Pour d'Ëpemon> voir les maximes d'après losquelles il se conduit dans les OBcon roy., ch. 109, p. 396.
* D'Aubigné, ibid, « La Fin donc troublé de ce qu'il avoit fait, apporta » des difficultez à ce qu*on lui avoit proposé. » — La Relation contemporaine dans P. Cayel, L V^ p. 19I B.
578 uv. VI. en. n. la fin et renazê menacés dans leur vie.
sèment de la France et romnipotence de TEspagne. La Fin, dès lors, lai devint odieox et suspect, et il réscdutde le perdre. En le renvoyant au duc de Savoie, il écrivit au duc qu'il eût à se défaire de lui, et de son secrétaire Renazê. En effet, à peine ce dernier eut-il mis le pied en Savoie, qu il fut saisi par ordre du duc, et jeté dans les prisons de Turin, puis dans celles de Quiers (Chieri). La Fin qui se méfiait de tout, prit son chemin par le pays des Grisons, évita Tembùche, et se sauvant par Bâle et Besançon, rentra en France et se retira dans sa midson ^ n voua dès lors une haine implacable aux Espagnols et aux Savoyards. Quant à Biron , il resta à son égard en doute et en observation. 11 étudia ses déterminations dans •cette circonstance, avant de résoudre quels sentiments il devait prendre, quelle conduite il devait tenir envers lui.
Les difiicultés dont se chargeait ainsi lanégociation avec les étrangers, les périls qui pouvaient en sortir d'un moment à l'autre, les défections que venait d'essuyer Tasseciation des conjurés, tout concourait à réveiller la conscience chez Biron, à lui ouvrir les yeux sur les dangers de ses projets, à le faire renoncer à ses résolutions, que la
' La Relation coulemporaine dans P. Cayet, livre V, p. 184 B. — Matthieu, 1. III, p. 493. La date de ces faits est indiquée, avec quelque différence, par deux dépositions en justice faites lors du procès de Biron. Renazé dit au Parlement le 19 juillet 160Î « qu'il est resté en » prison seize mois étroitement gardé. Ubi annum et IV menses inten gros, sut arda cusfodia fucrit. » (Thuaiius, lib. 128, § 6, t. VI, p. 142.) Biron discutant la déposition de La Fin ajoute : « Si le duc de Savoye » a voit retenu Renazé prisonnier quatorze mois, comme disoit La Fin. » Ainsi la querelle de La Fin et du comte Fueutes au sujet d'-s deux clauses de la convention de Some, et l'incarté ration de Renazé qui en fut Id suite, datent du mois de mars ou du mois de mai 1601, selon que la captivité de Renazé a duré 16 mois ou 14 mois. Il importe de fixer la date de ces faits, car à une lecture rapide du texte d'Aubigné, 1. V, c. 10 et H, on pourrait croire qu'ils ont lieu après l'ambassade de Biron en Angleterre, dans les derniers mois de 1601.