‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 5)Chapitre 325 sur 344 · CONFRONTATION DE BIRON AVBC LES TEMOINS · texte numérisé non relu

CONFRONTATION DE BIRON AVBC LES TEMOINS

fournies aux jages pour apprécier la réalité et la durée des complots de l'accusé ' .

A Tinterrogatoirc devant les juges instructeurs, succéda la confrontation avec les témoins, non pas au nombre de deux, comme l'indiquent les histoires modernes, mais au nombre de quatre. Le premier fut La Fin. Avant de recevoir sa déposition, les magistrats instructeurs demandèrent à Biron s'il avait contre lui quelque reproche, quelque motif de récusation. L'accusé répondit qu'il le tenait pour un gentilhomme d'hpnneur, son ami et son parent, car sa confiance dans son ancien agent, nous venons de le voir, était restée entière. La Fin rendit alors un témoignage qui embrassa les complots du maréchal depuis le voyage au duc de Savoie en France jusqu'à la conclusion du traité avec le comte de Fuentes, dont La Fin avait rejeté les deux dernières clauses. Biron n'eut pas plutôt entendu cette déposition, qu'il se répandit en injures contre lui, le traitant de calomniateur, le proclamant l'homme le plus méchant et le plus corrompu du royaume. La Fin, sans se déconcerter, maintint énergiquement ce qu'il avait avancé, appuyant chacune de ses assertions de détails et de raisons qui leur donnaient la force de l'évidence. Mais le témoignage était unique, et l'accusé s'en prévalut en répétant à plusieurs reprises : « Si Renazé étoit ici, il te diroit bien le contraire. » Quatre jours après, Renazé qui s'était sauvé de Quiers en Piémont, et avait amené avec lui ses gardes en France, lui fut présenté. Le maréchal, qui le tenait pour mort, demeura confondu. Renazé lui soutint qu'il avait fait tous les voyages contenus dans la déposition de La Fin : il

1 Thuonus, 1. CXXVIII, § 5. t. VI La Relation contemporaine dans P. Cayet, p. 191 B, 192. — MatUiieu, 1. III, p. 495, 510, dit en parlant des réponses faites par Biron dans l'instructiou da procès : « De ces n seules réponses, on pou voit tirer sa condamnation, et il en dit assex » pour perdre, autant de vies qu*il avoit d*années. »

62â UV. VI. CII. 11. DÉPOSITIONS DES TÉMOINS.

ajouta qu'il en avait entrepris beaucoup d'autres par l'ordre de Biron, et dans ce nombre plusieurs ayant pour but de remettre des lettres et des avertissements adressés par lui au duc de Savoie et à ses capitaines enfermés dans les places assiégées. Deux choses pouvaient infirmer dans une certaine mesure les témoignages de La Fin et de Renazé, laisser des scrupules dans la conscience, des incertitudes dans la conviction des juges : Tanimosité personnelle des témoins contre le maréchal, l'indignilé de leur caractère. Mais les magistrats entendirent bientôt deux hommes i l'abri de ce double reproche, Cerésatd'Apchon, et Hébert, secrétaire du maréchal. Leur moralité était irréprochable : ils étaient dévoués à Biron, le premier au point d'avoir précédemment exposé plusieurs fois sa* vie pour lui ; le second, au point d'endurer la torture dans le cours du procès, sans rien révéler à la charge de l'accusé de ce qui était à sa connaissance particulière et personnelle '. Ils ne dirent juste, l'un et l'autre, que ce qu'ib ne pouvaient nier sans se perdre, en présence de preuves écrites et irrécusables, et dans une affaire de haute trahison. Cependant leur témoignage contirma pleinement les dépositions de La Fin et de Renazé. Cerésat lit connaître ce qu'il avait enteûdu de la bouche du maréchal à Saint- Jean-de-Losne, puis à Dijon, au sujet de ce qu'il pratiquait et traitait avec La Fin. Il révéla encore l'injonction qu'il avait reçue de Biron d'exhorter et de conjurer La Fin de se défaire à tout prix d'un curé, qu'il avait voulu employer comme instrument et comme ministre d'un noir attentat. Hébert reconnut avoir écrit les lettres en chiffres qui témoignaient des intimes intelligences du maréchal avec le duc de

1 Matthieu, 1. 111, p. 511. « Le mareschal ne reprocha Ceresat; an M contraire il dit : Qu'il le tenoit si brave, que s'il sçavoit qu'il fiist » en bas, el eust besoin de son service, il saute roil par la fenestre pour » lui tesuioigner sou affcctiou. »

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