‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 5)Chapitre 326 sur 344 · APPEL DES PAIRS AU PROCÈS : REQUÊTE DE LA MARÊCII. DE BIRON · texte numérisé non relu

APPEL DES PAIRS AU PROCÈS : REQUÊTE DE LA MARÊCII. DE BIRON

Savoie, et ajouta qu'il avait transcrit les autres lettres sur les originaux écrits de la main de son maître. Il confessa avoir fait, dans les quatre mois qui précédaient sa présente déposition, un voyage à Milan, par Tordre du maréchal. Il est vrai que, pour excuser Biron et lui-même, il prétendit que ce voyage n'avait pour but que d'acheter des épées et des étoffes de soie. Mais personne ne pouvait prendre cette allégation au sérieux ; et comme on avait des preuves des pratiques et négociations de Biron avec le comte de Fuentes jusque là, il était clair que le voyage en était la cx)ntinuation '.

Le 23 juillet, toutes les chambres du Parlement se réunirent sous la présidence du chancelier de Bellièvre. Les pairs, sommés deux fois de venir prendre séance au Parlement et de concourir au jugement, n'avaient pas répondu à cet appel. Les gens du roi rt^quirent défaut contre eux, et obtinrent, pour profit du défaut, que la Cour passât outre. Les pairs ne pouvaient commettre de faute plus grave : ils abdiquaient, comme corps, leur pouvoir judiciaire et leur participation aux grandes affaires du pays. On lut ensuite une requête de la maréchale de Biron, mère de l'accusé, demandant à la Cour de donner à son fils un conseil pour le guider dans les procédures, et pour l'aider dans sa défense. Sur les conclu-

1 La Relation contemporaine dans P. Gayet, liv. V, p. 190, 191. — MaUhieu, L \l\, p. 510, 511. U ne faut pas du tout confondre la déposi" tion d'Hébert dans rinstruclion du procès, et le maréchal vivant, déposition dans laquelle il dit le moins quMl put, en endurant généreusement la torture, avec les révélations qu'il fit, au mois d'octobre 1602, deux mois après le supplice de Biron. Ces révélations par lesquelles Hébert acheta sa liberté, au temps où elles ne pouvaient plus nuire à son maître, non-seulement confirmèrent tous les détails de la conspiration, pendant la période où La Fin avait été l'agent du maréchal^ mais encore tous ceux qui avaient suivi depuis lors jusqu'à l'arrestation du maréchal. Voye» les lettres du roi à Bellièvre et à Rosny du 10 octobre 160Î, t. V, p. 685, 686.

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sions du procureur et de l'avocal général, le Parlement décida que, vu l'action criminelle et l'état du procès, il n'y avait pas lieu d'accueillir la requête. Le même jour, l'un des magistrats instructeurs fit le rapport du procès au Parlement et déposa les pièces. Les juges les étudièrent avec une exactitude et une attention extrêmes : ils n'employèrent pas moins de trois jours à cet examen. Tandis qu'ils s'y livraient, les amis et la famille de Biron intercédèrent vivement pour lui. Ses amis affichèrent un placard à la porte du palais pour émouvoir les juges à pitié. La comtesse de Roussy, sa sœur, alla attendre les magistrats à l'entrée du palais, et les supplia avec larmes en faveur de son frère : elle lui rendit ce service au péril de sa santé et de sa vie, car elle n'était relevée de couches que depuis six jours : ses dangers ajoutaient à la force de ses instances. Ces diverses circonstances peignent Fétat de la législation, de la jurisprudence > des usages à cette époque. Biron n'obtenait pas un conseil qu'il recevrait à présent, et l'on faisait en sa faveur, auprès des juges, des sollicitations qui seraient interdites aujourd'hui. Le procès vu, le procureur général prit et lut ses conclusions. Sur les pièces écrites, les aveux de l'inculpé, les dépositions des témoins, furent dressés les cinq chefs d'accusation comprenant les intelligences de Biron avec le^ ennemis de la France, ses attentats contre la sûreté de l'Etat, ses attentats contre l'autorité et la vie du roi *. Le 27 juillet, le maréchal fut conduit de la Bastille au

1 De Tbou fait connaître Tétat du droit, dans les accusations de haute trahison, au temps du procès de Biron. Il dit, l. 128, § 6, t. VI, p. U3. a Ore suo, nuUo adhibito consullore, ad objecta respondere, » et ex vinculis, juxtà veterem formulam, causam dicere jussus est » Moris est apud nos, ut criminis capitalis rei in sella sedentes co- » ram judicibus interrogati causam dicant. » De Tbou est d'accord avec les autres historiens contemporains, la Relation dans P. Cajet, 1. V, p. 192 B; Matthieu, 1. 111, p. 51«. — Pour les autres déUils, voir Matthieu, p. 511-514.

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