‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 5)Chapitre 327 sur 344 · LES ESPÉRANCES RT LES ERREURS DE BIRON · texte numérisé non relu

LES ESPÉRANCES RT LES ERREURS DE BIRON

palais, et comparut devant les trois chambres du Parlement, pour répondre sur les chefs d'accusation que le chancelier lui fit connaître, pour les discuter, pour présenter sa défense générale. Dans les réponses qu'il fit, dans la discussion qu'il engagea sur les chefs d'accusation, son système fût tout entier de négation et d'atténuation. Il reprit un* à un les faits sur lesquels reposaient les chefs d'accusation, en nia la plupart, et s'efforça d*cn démonti'er la fausseté et même l'invraisemblance. Quant aux faits en petit nombre qu'il avoua, parce que les lettres et les mémoires dont il se reconnaissait l'auteur ne permettaient pas la dénégation; il les présenta comme des desseins qu'on pouvait blâmer, mais non punir, parce qu'aucun n'avait dépassé la pensée et l'intention et n'avait été suivi d'effets : il prétendit de plus qu'ils étaient couverts par le pardon de Lyon, sur lequel il revint sans cesse. Dans son erreur sur les véritables sentiments du Parlement, qu'il supposait tout de faveur à son égard, il se flatta pendant plusieurs jours que ces explications et ces excuses avaient été acceptées et que son système avait réussi. Il s'abusait étrangement. Les dispositions des juges étaient celles de la calme impartialité. Les allégations du maréchal n'ébranlèrent en aucune manière leur conviction, fondée sur les plus fortes preuves que pouvait avoir la justice, sur les écrits avoués par l'accusé, sur les dépositions des témoins et sur l'entière concordance des uns avec les autres. Les assertions de Biron ne furent donc considérées que comme des suppositions gratuites, et ne servirent en rien sa cause. Ses réponses et ses excuses lui firent au contraire un tort infini. Dans la discussion sur le cinquième chef d'accusation, sur son traité tivec le duc de Savoie et le comte de Fuentes, il dit que le refus de la citadelle de Bourg l'avait jeté dans un tel désespoir que, deux mois durant, il avait été capable de tout 11 40

626 L1V. VI en. 11. SES excuses et explication (H)*IL donne DBS PA1T8.

dire et de tout faire. Et au sujet des discours dénigrants qu'on avait faussement prêtés au roi sur son père et sur lui, il ajouta que ces propos l'avaient mis tellement hors de lui qu'il avait désiré se voir tout couvert de sang. L'explication forcée qu'il donna de ces dernières paroles ne fit point revenir les juges de l'impression qu'ils en avaient reçue : ils demeurèrent convaincus que Biron avait voulu dire le sang du roi et non pas son propre sang ; ils crurent que le maréchal, depuis la reconnaissance du fort Sainte-Catherine, s'était habituellement nourri de pensées de régicide. Il argua de la lettre qu'il avait écrite à La Fin, après la naissance du Dauphin, postérieurement au mois de septembre, pour prouver que les faits à lui reprochés étaient restés à l'état de simples projets, et qu'il avait même renoncé à ces projets. Et cette lettre écrite et reconnue par lui, invoquée par lui, établissait invinciblement qu'il avait poursuivi ses complots pendant dix mois après le pardon de Lyon. En outre, un billet signalé par La Fin, montrait que la protestation contenue dans la lettre du maréchal était mensongère, et qu'alors même il suivait plus activement que jamais ses pratiques et ses traités avec les étrangers. Après la lettre et le billet, venaient les négociations avec le duc de Savoie pendant l'ambassade de Suisse et le voyage d'Hébert à Milan. Ces derniers faits n'étaient pas compris parmi les chefs d'accusation et demeuraient aux présomptions. Mais ils confirmaient les faits sur lesquels les juges avaient à prononcer, et leur laissaient la conviction morale que les trames de Biron n'avaient eu ni interruption ni relâche jusqu'à son arrestation *.

* r^ Relation contemporaine dans P. Cayet, 1. V, p. 192-196 B. — Matthieu, 1. III. p. 514, § 2, p. 515, 516, 522. Voici le témoitmage de Matthieu sur le fait nouveau et très important du billet indiqué par La Fin, qui donnait le démenti h la lettre du maréchal. « La Fin » adjouste qu*il y avoit un billet tout au contraire ; que la négociation

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