DÉPENSE DE BIRON SON ADRESSE
L'interrogatoire sur les chefs d'accusation terminé, la discussion des faits épuisée , le Parlement entendit la défense générale de l'accusé. Au fond du procès de Biron, il y avait trois crimes de haute trahison : un complot formé contre la vie du chef de TÉtat, des renseignements détaillés fournis au duc de Savoie et au roi d'Espagne pour faire échouer toutes les opérations de Tarmée française dans la guerre de Savoie, un traité conclu et renouvelé à diverses reprises avec ces deux souverains étrangers pour l'envahissement du territoire et le bouleversement du royaume. Au-devant de ces attentats, Biron mit ce qui était le plus capable de les cacher et de les faire disparaître sous la gloire , et de les déguiser sous de spécieuses apparences : les services qu'il avait rendus au roi et à la France pendant tant d'années; l'inexécution, volontaire à ce qu'il prétendait, de ses projets; le pardon qu'il avait obtenu du roi à Lyon, étendu, par une confusion habilement ménagée, aux trames qui avaient suivi cette grâce, comme aux complots qui l'avaient précédée. Telle fut l'économie de sa défense , et voici le discours qu'il prononça :
« Mon malheur a cette consolation que mes juges n*ignorent les services que j'ai faits au roi et au royaume ; sçavent de quelle fidélité je me suis porté aux plus grandes et importantes occasions, pour rendre le roi en son royaume et le royaume â son roi, conserver les lois de rÉtat, vous remettre , Messieurs, en ce lieu dont les saturnales de la Ligue vous a voient chassés.
» Ce corps , duquel vous tenez la vie et la mort en la disposition de votre justice, n'a veine qui n'ait été ouverte et que je n'ouvre librement pour vous. Cette main qui a écrit les lettres que l'on produit maintenant contre moi , est celle qui a fait tout le contraire de ce qu'elle écrivoit. Il est vrai , j'ai écrit, j'ai dit, j'ai parlé plus que je ne devois ; mais on ne me montre pas pourtant que j'aye fait mal , et il n'y a point de loi qui punisse de mort la légèreté d'un simple mol, ni le mouvement de la pensée. La colère et le dépit m'ont renJ%*
» se continuoit, sans que le Roy en eust connaissance, de la part de » l'accusé, u
628 >IV. VI. en. H. ÉLOQUENT DISCOURS DE BIRON DANS SA DÉFENSE.
capable de tout dire, de tout faire; mais la raison ne m*a permis que j'aye rien fait qui ne mérite non d*étre dit simplement, mais loué, non fait seulement, mais imité.
D J*ai eu de mauvais desseins, mais ils n*ont pas passé ma pensée. Le même temps qui les a fait naître les a étouffés ; si j*eusse eu envie de les pousser et produire plus outre , j*en ai eu de grandes occasions. Je pouvois bien desservir le roi en Angleterre et en Suisse. U y a plus de cent gentilshommes qui témoigneront de mes déportements en la première légation ; et pour la seconde, je ne veux que les témoignages de MM. de Sillery et de Vie , qui sçavent en quelle façon et de quelle fidélité je me suis employé à joindre tant de volontés désunies et détournées de Talliance du roi.
» Si Ton considère comme je suis venu, et en quel état j*ai laisse les places de Bourgogne, il sera impossible de prendre mauvaise opinion de mes desseins. On n'a pas trouvé un homme de guerre en mon gouvernement; j*ai laissé les places vides de garnisons; je n*ai donné en partant autre commandement aux capitaines que de bien servir le roi. Chacim me conseilloit de ne venir k la cour ; je trouvai en chemin un valet de pied qui m'apporta une lettre d'un de mes plus singuliers amis qui me conjuroit de ne passer outre';, quand je fus arrivé, ma sœur de Roussy m'en envoya une autre pour me faire partir sans dire adieu : je la montrai à un gentilhomme qui me dit qu'il voudroit avoir un coup de poignard dans le sein et que je fusse à Dijon. Je lui répondis que quand j'y serois, et je sçaurois en recevoir cent à la cour, j'y viendrois sur la parole du roi. Une àme coupable et pressée de Thorreur de sa conscience fût tombée en pièces de peur et de tremblement; elle eût pris un autre parti. La secrète science que j'avois de ma fidélité, et l'innocence de mes desseins ne me pouvoient donner aucune imagination de défiance. Je disois toujours en moi-môme : « J'ai trop bien servi le roi pour pen- » ser qu'il ne m'estime pour son serviteur ; le roi a trop vu de preuves » de ma foi pour soupçonner ma fidélité. » Je ne pouvois comprendre que la foudre de la justice du roi pût offenser un homme reposant en la tranquillité de sa conscience et en l'attente de ses commandements.
» D'ailleurs, j'élois assuré que le roi m'avoit pardonné, et que je ne l'avois pas offensé depuis le pardon. Je ne puis nier que je ne lui dis tout ce qui s'était passé en celte action. Mais en lui disant que le refus de la cidadelle de Bourg m'avoit rendu capable de tout dire el de tout faire , je crus que je ne devois spécifier ce que j'avois honte d'avoir entrepris, et que la considération du bien que j'avois fait au