‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 5)Chapitre 329 sur 344 · PIN DU DI8C0URS. OBSERVATIONS SUR LE DISCOURS · texte numérisé non relu

PIN DU DI8C0URS. OBSERVATIONS SUR LE DISCOURS

roi en son service emporteroit toujours le poids du mal qae j*ai voulu faire, et duquel je me suis repenti ^.

» Je n*6£pére pas mon salut en la justice du roi, mais en la vôtre, Messieurs, qui vous souviendrez mieux que lui des périls que j*ai r.onnis toute ma vie pour son service. J*implore miséricorde, et quand je no dirois mot , les plaies dont je suis chargé la demandent pour moi. Je l'espère d -autant plus constamment, que je suis assuré qu'elle n*a été refusée à ceux qui avaient fait pus que moi. J*ai voulu mal faire, mais ma volonté n*a point passé les termes d'une première pensée enveloppée dans les nuées de ma colère et de mon dépit. Ce seroit chose bien dure que Ton commençât par moi l'exemple de la punition des pensées. Non que je craigne la mort, que j'estime ordonnée non pour peine, mais pour la fin de nature : il ne m'importeroit point de finir cette vie au milieu de la course » si c'étoit avec autant d'honneur que j'ai eu en la commençant. Ma faute est grande. Messieurs, mais elle n'a été qu'en dessein, non en exécution; en désir, non en effet. Les grandes offenses veulent les grandes clémences : je suis le seul en France qui éprouve les rigueurs de la justice, et ne puis espérer le mérite de la clémence. Quoi qu'il en advienne, je me fie plus en vous , Messieurs , que je ne fais au roi , qui , m'ayant regardé autrefois des yeux de son amour, ne me voit plus que de l'œil de la colère , et tient à vertu de m'ôtre' cruel , et à blâme d'exercer envers moi un acte de clémence. Il vaudroit mieux pour moi qu'il ne m'eût pas pardonné la première fois que de m'avoir donné la vie pour me la faire perdre honteusement *. ».

n n'y avait pas un mot dans ce discours qui ne parlât à l'imagination par la noblesse des pensées, le nerf et l'éclat du style ; qui n'émût à pitié par le spectacle d'une grande infortune ; qui ne lendit à affaiblir les charges de l'accusation par l'art avec lequel Biron essayait de réduire tout son crime à des montées de colère non suivies d'effets. Mais cette éloquence, propre à séduire et à entraîner les masses dans une assemblée populaire, devait rester forcément sans puissance auprès de juges graves , réflé-

^ Nous omettons ici un passage de quelques lignes, que des fautes d'impression rendent plein d'obscurité et de contradictions.

* Matthieu, Hist. de France pendant les sept années de patx, 1. V, narration 4% t. II, p. 310-313, Paris, 1606. — Hist. de Henri IV, 1. III, p. 516-518.

630 UV. Tl. CH. 11. EXAMEN DES ASSERTIOIIS DE L*ACCIISÊ.

chis, instruits des faits. Dans sou discours, tout manquait de sérieux et de vérité, et non pas seulement les détails, mais le principal moyen de défense luinnême. Prenait-on les détails, aucune de ses assertions ne soutenait Texamen. n parlait de ses bon& services dans Tambassade de Suisse, et à côté de ses négociations suivies avec les Suisses, on découvrait ses négociations continuées avec le duc de Savoie, par l'intermédiaire de Watteville. D prétendait qu'il était venu à la cour sur la parole du roi , et il était avéré que le roi n'avait pas donné de parole, et que luimême n'en avait pas demandé. Il avançait qu'il avait mis volontairement son gouvernement de Bourg(^e dans un état de désarmement complet; qu'en partant, il n'avait laissé d'autre ordre aux capilmnes que de bien servir le roi : le désarmement avait été opéré par la prudence et l'adresse de Rosny; les gouverneurs de places dévoués à Biron avaient essayé de la révolte, et n'avaient cédé qu'aux forces déployées par le roi et à l'active intervention de Jeannin *. S'attacbait-on au fond de sa défense, on ne le trouvait pas plus solide. En ce qui concernait les a\âs donnés à l'ennemi iK)ur faire échouer la campagne de Savoie, les plans pour F invasion de la France et la subversion du royaume , loin de s'arrêter, comme il le prétendait, aux idées coupables, aux vagues projets, il avait consommé plusieurs actes de haute trahison ; et si ces actes n'avaient pas été suivis d'effets désastreux pour la France, c'était par des circonstances indépendantes de la volonté de l'accusé. Au lendemain du pardon de Lyon, s'aidant contre le roi de la confianci^ même qu'il lui avait inspirée par des aveux incomplets, il avait repris ses complots, et il les avait continués pendant dix mois, si Ton

* La Relation coutemporaine, dans P. Cayet, livre V, p. 211 B. — Sully, (Econ. roy., ch. 109, t. I, p. 397 A. — Matthieu, Hist. de France, pendant lus années de paix, liv. V, p. 311. — Histoire de Henri IV. l. m, p. 505.

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