‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 5)Chapitre 336 sur 344 · MOUVEMENTS DANS LE MIDI : NOUVELLES INTRIGUES DE BOUILLON · texte numérisé non relu

MOUVEMENTS DANS LE MIDI : NOUVELLES INTRIGUES DE BOUILLON

Castres : de là il est passé à Genève, puis à Heidelberg, d'où il est revenu dans sa principauté de Sedan. De cette forteresse, il reste en observation, il épie, il guette. Il attend que de simples gentilshommes se jettent dans les aventures, ou que des populations, égarées et mécontentes, aient fait la préalable et périlleuse besogne d'une révolte, et d'une révolte solide : quand il comptera une armée de soldats pour défenseurs, et que la moitié de la France lui servira de bouclier, alors, mais seulement alors, il se mêlera aux troubles pour en recueillir le fruit.

Dès le commencement de l'année 1605 , deux mouvements plus inquiétants que dangereux agitèrent les provinces du Midi. D'une part des gentilshommes, parents ou amis du duc de Biron, prétendirent venger sa mort en s'appuyant sur les Espagnols, et en s'aidant des mécontentements du peuple, qui trouvait les impôts excessifs, quoiqu'ils, eussent été diminués , parce qu'il les supportait au milieu de la misère engendrée par les guerres civiles. Ces trames partant du Limosin et du Périgord, s'étendaient au bas du Languedoc et à la Provence. Un certain Meyrargues devait livrer aux Espagnols Marseille et Toulon en Provence ; et les deux Lucquisses Narbonne et Béziers en Languedoc *.

D'un autre côté, les calvinistes, voyant arriver le terme pour lequel des places de sûreté leur avaient été accordées par l'édit de Nantes, s'alarmèrent d'abord. Bientôt ils furent travaillés, excités par les émissaires de Bouillon dans les synodes qu'ils tinrent au commencement de cette année, et qui servaient de préliminaires à l'assemblée

1 Leiire de Rosny au roi, du 14 juillet 1605, danâ les GScon. roy., c. 153, t. H, p. 46 B : <c Le prétexte doit estre la vengeance de la mort 9 du feu duc de Biron, et l'extinction des excessils imposts que l'on » lève sur le peuple. » Rosny est informé seulement k cette date de ce qui a été comploté précédemment. Lettre de Villeroy du 25 juillet, ch. 154, 1* section, t. II, p. 55 A.

650 LIV. VI. cil. m. CKAINTES ET AGITATION DU PARTI PROTESTANT.

générale de Cbâtellerault où leurs députés devaient se réunir au mois de juillet. Ils conçurent alors les plus vives appréhensions ; ils craignirent de voir le roi leur retirer leurs places de sûreté, leur retrancher les fonds destinés à payer leurs ministres, et les traiter ensuite avec la rigueur du plus intolérant catholique. Ces calomnies répandues à la Rochelle , en Poitou , Limosin , Périgord , Quercy, et jusqu'en Dauphiné, jetèrent les peuples dans des pensées de révolte, et nombre de gentilshommes dans le projet de s'emparer des villes de Domme, de Sarlat, de Cahors, de Villeneuve d'Agenois. Il fut agité dans les réunions des mécontents de reconstituer l'ancienne union des calvinistes, leur ancien corps indépendant du reste de la monarchie : ce corps aurait eu une tête, qui eût été le duc de Bouillon : le protectorat se serait trouvé de la sorte reconstitué à son profit. Lesdiguières, tout-puissant en Dauphiné, fut vivement sollicité de prêter son secours et son appui à ces projets, et il délibéra au moins sur le parti qu'il avait à prendre, s'il ne fit pas plus *.

Henri arrêta ces principes de soulèvement avec une promptitude et une prudence égales. Il coupa court aux

' Lellres du roi à Rosiiy, des 30 mars et 7 avril 1005, CEcon. roy., c. 152, t. II, p. 41. « J'ai eu nouvelles du premier président de Tou- » louse el d'autres de Guyenne, par lesquelles on me mande que ceux » de la religion de Guyenne et de Languedoc y font rage, et ont en » leurs assemblées tenu des" langages que je vous diray. » — Copie d'une lettre de Bouillon au sieur de Saint-Germain, qu'il a eu la précaution de faire écrire par un secrétaire et de ne pas signer^ mais que ses partisans savent être de lui : la date est du 30 mai. « II faut dis- » poser les provinces; il faut travailler en Poictou et à la Rochelle, » et fermement : vous eu sçavez mieux que moy les moyens... Se » continuera le bastiraent de l'union duquel les fondements sont bien » advancez, el n'en dout»'z. » (OEcon. roy., c. 154, 2« section, t. II, p. 154 B, 55 A.) — Voir en outre les lettres de Villeroy, du 25 juillet; de Rosuy, fin de juillet; de Villeroy, du 3 adiit, dans les Œcon. roy , p. 55 B, 56 A et B, à la fin: 60 A, 61 B; et les discours de Rosnv, c. 154, p. 50 A, B, el c. 155, p. 71 B. Voir enfin Thuauus, 1. CXXXIV, t. XIV, p. 434, 435 de la traduction.

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