NOUVEAU VOYAGE DU ROI DANS LE MIDI
menaces des Espagnols contre les villes de Languedoc, en faisant arrêter les frères Lucquisses et leurs complices par le chevalier de Montmorency, au milieu du mois de juillet 1605 ^ H eut soin de séparer la masse des huguenots de leurs chefs et des meneurs. Il envoya Rosny présider l'assemblée générale des calvinistes, qui s'ouvrit à Chastellerault, à la fin de juillet. Il calma les craintes, et convertit les pensées de révolte en dispositions reconnaissantes, en accordant le 4 août, des brevets par lesquels les calvinistes obtenaient pour quatre ans la prolongation de la garde de leurs places de sùrelé, et les fonds nécessaires pour l'entretien de leurs ministres. La moitié du personnel de la révolte, tous les desseins de séparation du corps de la monarchie, de protectorat déféré à Bouillon^ se trouvaient ainsi dissipés. Quand le roi en eut fini ainsi avec les églises protestantes, il se tourna contre Bouillon et ses jagents maintenant délaissés, et contre les conjurés qui poursuivaient la vengeance du supplice de Biron. Il partit de Paris le 1 5 septembre, et se rendit dans les provinces du midi accompagné de sept mille hommes. Tout se soumit à son approche. Avant qu'il fût arrivé à Orléans, deux gentilshommes vinrent lui demander grâce au nom de cent cinquante nobles du Quercy qui avaient trempé dans les projets de Bouillon (22 septembre). Quant à Bouillon lui-même, l'un des ministres du roi en avait dit naguère : a Nous ne croyons pas que celui que l'on dit » estre le chef principal de ces menées, abandonne le lieu » où il est, pour venir en Limousin hasarder sa fortune » avec ceux qui offrent de le servir et assister. » Bouillon se chargea de vérifier cette prédiction et de la dépasser de beaucoup. Non seulement il se tint enfermé à Sedan, pen-
* LeUre de Villeroy à Rosny, du î5 juillet, dans les QBcon. roy., c. 154, l. Il, p. 55 B. Le fait alors accompli remonte à plusieurs jours ayant.
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dant que ceux qu'il avait entraînés dans s^ menées restaient exposés aux vengeances de Henri, mais il ordonna mé^me à ses capitaines d'ouvrir aux officiers du roi les portes des villes qui lui appartenaient en propre, Turenne, Montfort, Sinceray (20, 30 septembre). Ces faits peignent parfaitement Tattitude des grands à l'égard de la royauté, depuis le supplice de Biron. Henri, en s'avançant jusqu'à Limoges, ne trouva sur sa route qu'obéissance ou repentir, et il n'eut plus qu'à laisser le cours à la justice pour détruire les dernières traces de rébellion. Une chambre des grands-jours, établie à Limoges, condamna au dernier supplice treize gentilshommes coupables soit d'intelligences avec Bouillon et d'attaques résolues contre les villes royales, soit de complot tendant à venger Biron. Six furent décapités : les autres, qui avaient cherché un refuge en Espagne, furent condamnés par contumace (16 décembre). Peu de jours après, le parlement de Toulouse déclara les frères Lucquisses et deux capitaines leurs complices coupables de complot tendant à livrer Béziers et Narbonne aux Espagnols, et les punit du supplice des traîtres. Enfin, iMeyrargues, gentilhomme provençal, proche parent des comtes de Sault, député h Paris par les Etats de son pays pour soutenir leurs intérêts au sujet des impôts, après avoir eu plusieurs entrevues avec l'ambassadeur d'Espagne Zuniga, dans le but de li\Ter Marseille au roi d'Espagne, fut surpris au milieu d'une conférence qu'il avait avec Bruneau, secrétaire de cet ambassadeur, fut condamné par le Parlement de Paris, et eut la tête tranchée en place de Grève, le 19 décembre *.
» LeUre de Villeroy à Rosny, du 13 juillet. — Lettres du roi à Rosny, des 4 et lî août, des 10, 22, 30 septembre 1605. — Texte des breveta de prolougation des places de sùretft à ceux de la religiou. — Lettre de Bouillon au roi, du 20 septembre. — Récit de ces évéoemeuts par Rosny, dans les CEcoii. roy., ch> 154, 155, t. Il, p. 53 A, 65 .\, 07, 73, 75 A. à la fin, 76. - Tbuaiius, l. CXXXIV, t. XIV, p. 435-443 de la traduction. — Hist. générale de Languedoc, 1. XLU, p. 497.