‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 5)Chapitre 339 sur 344 · SUITE DES ATTENTATS CONTRE LA VIE DU ROI · texte numérisé non relu

SUITE DES ATTENTATS CONTRE LA VIE DU ROI

et des consciences faussées. Et c'est là où Ton arrivera inévitablement en partant soit de la religion, soit de la politique, dès qu'un gouvernement permettra à de dangereux sophistes, agissant individuellement, ou organisés en sociétés particulières, de prévaloir contre la société générale, contre ses lois, contre ses magistrats.

Les attentats contre la vie du roi allèrent de pair, se produisirent simultanément avec les complots contre son autorité. Ces complots eurent tous lieu après la réconciliation du roi avec le Saint-Siège, arrivée en 1595. Les assassins crurent et protestèrent uniformément que Fabsolution prononcée par le pape était sans valeur; que le roi était un tyran et un usurpateur opprimant la liberté de ses sujets ; qu'il était un hérétique perdant les âmes dans un royaume chrétien ; que sa mort était un sacrifice agrjéable à Dieu; que leur action était propre à racheter leurs péchés, et notamment les débauches dont la plupart d'entre eux étaient souillés. C'est l'histoire continuée de Jean Chastel. La liste de ces furieux, dont nous ne citons que les plus connus, s'ouvre, en 1596, par Jean Guédon, avocat d'Angers; en 1597, par un tapissier de Paris, qui annonçait que si Chastel avait manqué son coup, il ne manquerait pas le sien; en 1598, par le chartreux Pierre Ouin, du couvent de Nantes, excité à ce crime par l'agent espagnol Ledesma. Cette liste se poursuit, en 1599, par deux jacobins du couvent de Gand, Ridicoux et Argier, appartenant au même ordre que Jacques Clément, imbus des même3 principes que lui, recevant à Bruxelles, à Rome, à Milan, les instructions et l'argent des agents espagnols. Il faut y joindre le capuci'n Langlois, du diocèse de Toul : tous furent exécutés le 3 avril 1599. On rencontre ensuite, en 1600, Nicole Mignon, qui avait formé le projet d'empoisonner le roi ; en . 1602, Julien Guédon, digne frère de Jean, qui voulait H A2

658 Liv. VI. cii. in. suite des attentats.

employer le fer contre Henri, et qui avait impunément confié son secret au grand pénitencier de l'évêque d'Angers; en 1603, un prêtre et un gentilhomme de Bordeaux, qui avaient concerté de Tassassiner de loin d'un coup d'arbalète*.

Ces complots empoisonnaient l'existence de Henri, moins encore par les dangers auxquels ils l'exposaient sans relâche, que par le spectacle de l'incurable perversité qu'ils lui donnaient, et par Tamère pensée que sa mort interromprait le cours de la régénération de la France *.

L'énergie déployée par la justice pour la répression de ces crimes, la rigueur des supplices n'avaient arrêté aucun des coupables, et l'inutilité de ces moyens invitait le roi à en chercher de différents. D'un autre côté, plusieurs circonstances lui faisaient conjectnrer que s'il ne trouvait un prompt remède, l'avenir serait plus chargé encore que le passé de projets homicides contre lui. Depuis longtemps le pape sollicitait auprès de lui le rappel des Jésuites en France. Repousser cette demande, c'était jKDur Henri mécontenter le pontife et nuire à sa politique en Italie; c'était, de plus, se déclarer l'ennemi de cet ordre. Au commencement de Tannée 1603, les jésuites s'étiiieiit adressés directement à lui, deux fois, à Verdun et à Metz, pour obtenir la faveur réclamée par le pape. L'un de leurs membres les plus autorisés, le Père Majus, lui disait que si, dans d'autres temps, la Société s'était montrée si hostile à la France et à ses rois, et si favora-

VThuanus, l. GXVIII, CXXIII, CXXIX, t. XUl, p. 139. 140, 417-423 ; et t. XIV, p. 123 de la traduction. •— P. Gayet, Ghrou. sepLeu., 1. UI, p. 94, 95. — La Force, Gorresp., leUre du 12 février, t. 1, p. 306. — Lestoile et son Supplément, p. 270 B, 280, 316, 347. — Sully, OEcon. roy., ch. 96, p. 330 A.

« Tbuanus, 1. GXXXU, t. XIV, p. 308. « Il ajouta que ce n'étoit que » pour le salut des autres qu'il vouloit se conserver lui-môme. »

Page 1