DELIBERATION SUR LE RAPPEL J)ES JÉSUITES
ble à l'Espagne, on devait l'imputer à ce que, bien accueillie partout ailleurs, et surtout dans les États du roi catholique, elle n'avait essuyé en France que des persécutions et des opprobres. Il ajoutait que si Henri voulait lui témoigner de l'affection et de la bienveillance, il la trouverait en peu de temps dévouée à sa personne et à la couronne de France. Le roi craignait qu'en repoussant ces avances et ces supplications il ne ranimât chez les Jésuites la haine dont ils lui avaient donné des preuves si redoutables pendant la Ligue. Un fait récent justifiait ses appréhensions : le jésuite flamand Hodum, instruit du complot de Ridicoux, n'y avait apporté aucun empêchement, et s'était borné à dire froidement qu'un pareil acte demandait un homme plus fort et plus robuste *. Henri espérait au contraire que les Jésuites, une fois gagnés par les bienfaits, useraient de leur autorité dans la confession, et de leurs rapports si étendus avec toutes les classes de la société, pour écarter les coups dont la fureur des fanatiques pouvait le menacer.
Le rappel des Jésuites fut agité plusieurs fois dans le Conseil du roi et dans les entretiens particuliers de Henri avec Rosny. Rosny s'opposait à cette mesure , et , à l'appui de son sentiment, il apportait jusqu'à sept raisons. Nous ne rappellerons ici que les deux principales. « Pour » la seconde de mes appréhensions , Sire , c'est que ces » gens, lesquels j'avoue être non seulement habiles, mais » pleins de ruses et merveilleux artifices, étant une fois » remis en pleine liberté sans aucunes limites ni restric- » tion, comme je vois beaucoup d'apparence qu'ils gagner* ront ce point-là, n'excitent des aigreurs, haines et ani- » mosités entre vos sujets et serviteurs de différente reli- » gion, par le moyen de leurs familières conversations, » propos déceptifs, prédications, confessions et pénitences.
1 ThuoDUs, 1. GXXIH, t. XUI, p. 418, 419.