‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 5)Chapitre 341 sur 344 · G60 LIV. VI. CH. 111. AVIS DE ROSNY ET DO ROI · texte numérisé non relu

G60 LIV. VI. CH. 111. AVIS DE ROSNY ET DO ROI

» Je crains qu ils ne vous jettent enfin dans une guerre » civile en voire royaume contre ceux de la religion, » comme le plus excellent moyen, voire quasi l'unique et » l'infaillible , pour affaiblir vous et votre État. Pour la )» troisième appréhension , qu'ils ne gagnent tellement » votre oreille, voire peut-être même votre cœur, qu'ils » n'empiètent une puissance d'éloigner ou d'approcher de » votre personne et de l'administration de vos affeùres » tous ceux que bon leur semblera. » Ainsi, la force de cet esprit merveilleux d'observation, prodigieux de sagacité, lisait dans l'avenir, voyait tout ce qui devait arriver sous le petit* fils de Henri IV. Les faits lui apparaissaient dans leur essence ; il n'y avait que les noms à ajouter : le choix de tous les oflSciers dans l'ordre civil et militaire , dicté par les Jésuites dans les dernières apnées de Louis XIV ; la révocation de l'édit de Nantes, les dragonades; la France faisant la fortune de ses voisins, se ruinant elle-même et se déshonorant dans l'Eiurope entière.

Henri, incapable d'une pareille faiblesse, ne pouvait la concevoir dans les autres. Il voyait le Parlement de Paris, dont le ressort comprenait la moitié du royaume, les Parlements (le Normandie et de Bourgogne , prononcés ouvertement contres les Jésuites : la magistrature devait donc les surveiller et les contenir. Enfin, dans la réintégration qu'il projetait en leur faveur, il mettait d'amples et sages restrictions. D'après l'ensemble de ces faits, il conclut qu'ils ne pourraient jamais exercer un empire dangereux en France. Il resta uniquement frappé du danger qui menaçait le pays beaucoup plus que de lui-même, et du secours qu'il pouvait tirer des Jésuites pour le conjurer. Il répondit i\ Uosny : ce Par nécessité il me faut à présent faire de » deux choses l'une : à savoir de les admettre purement » et simplement, les décharger des diffames et opprobres

LETTHES DONNÉES POim LE RÉTABLISSEMENT DES JÉSUITES. 661

» desquels ils ont été flétris , et les mettre à Tépreuve de » leurs tant beaux serments et promesses excellentes; ou » Bien les rejeter plus ^solument que jamais, et leur » user de toutes les rigueurs et duretés dont Ton se pourra » aviser, afin qu'ils n'approchent jamais de moi et de mes » Etats. Auquel cas, il n'y a point de doute que ce ne soit » les jeter au dernier désespoir, et par icelui dans les » desseins d'attenter à ma vie. Ce qui me la rendroit si » misérable et langoureuse , demeurant toujours dans la » défiance d'être empoisonné ou bien assassiné (car ces » gens ont des intelligences et correspondances partout, » et grande dextérité à disposer les esprits selon qu'il leur » plait], qu'il me vaudroit mieux être déjà mort, étant en D cela de Topinion de César, que la plus douce mort est M la moins prévue et attendue. » Sur cette parole, Rosny passa sur-le-champ à l'avis du roi *. L'opposition de l'ami de Henri devait céder à ses craintes ; l'opposition du ministre, de l'homme d'État, pouvait céder non moins légitimement sur la considération que la haine et les vengeances des Jésuites donnaient tout à craindre, et qu'on ne pouvait exposer Henri , et la France avec lui , à un danger présent, pour conjurer les dangers à venir.

Au mois de septembre 1603 , les jésuites obtinrent du roi des lettres de rétablissement qui furent portées au Parlement. La cour les examina pendant les mois suivants, et le 24 décembre elle adressa à Henri dès remontrances demeurées célèbres, par Torgane de son premier président de Harlay, celui-là même qui avait signalé son courage et sa fidélité envers la royauté en résistant au duc de Guise. Les remontrances établissaient le danger de rappeler les Jésuites , sur la doctrine de ces pères, sur leurs

> Pour les troU paragraphes précédents, Thuanus, 1. GXI&, GXXIII, CXXU5, t. XIII, p. 158, 159, 418 419; t. XIV, p. 131-138. — Sully, CEcou. roy., ch. 149, t. I, p. 5Î7-5Î9, édition Michaud.

66^ LIV. VI. eu. m. REMONTRANCES DU PARLEMENT.

précédents, sur rinévitable adoption d'opinions et de sentiments dangereux pour la jeunesse élevée dans leurs écoles. Le système de leur doctrine , suivi et unifornie , disait de Harlay , était de ne reconnaître d'autre supérieur que le pape, de lui obéir en tout et partout comme de fidèles sujets; de croire, comme chose incontestable, que le pape était en droit d'excommunier les rois , et qu'un roi excommunié était un tyran à qui ses sujets- pouvaient impunément refuser obéissance; qu'un siniple tonsuré n'était plus sujet du roi , ni soumis à sa juridiction, et que, par conséquent, il ne pouvait, quoi qu'il fît, se rendre coupable du crime de lèse-majesté. Par cette doctrine séditieuse , ils soustrayaient les ecclésiastiques à la puissance séculière, en ce qui concernait le temporel ; ils favorisaient les attentats contre la personne sacrée des rois, et la subversion de tout gouvernement et de tout ordre civil. Tons leurs actes avaient été conformes à ces doctrines : ils avaient soulevé la moitié du royaume contre Henri III, comme coupable de protéger l'hérésie au détriment du Saint-Siège, et ils avaient prodigué les éloges au meurtre de ce prince comme à im acte de juslice. Toute la société, sans aucune exception, avait conspiré contre Henri IV, et s'était liguée avec les anciens ennemis de la couronne, avec les Espagnols. Les Seize avaient choisi pour l'un des chefs de leur faction Odon Pigenat, membre de la société. Barrière, enrôlé par les Jésuites, armé par Yarade, muni de l'absolution, avait comploté d'enfoncer un poignard dans le sein du roi. Chastel, qui l'avait frappé au visage, était sorti de leur école. Leurs doctrines, répandues au moyen de l'enseignement, devaient, avec le temps, changer l'opinion publiipie et la pervertir. La Sorbonne qui, dans le princip, avait été leur plus grand adversaire , qui avait déclaré même par un décret que cette société était née pour dé-

OPPOSITION DU PnÉSlDBNT DE HAnLAY. 663

tmire et non pour édifier, la Sorbonne peuplée peu à peu de théologiens formés dans leurs écoles , s'était plus tard mise à leur dévotion, associée à leups excès. De pareils maîtres, poursuivait de Harlay, formeront des écoliers docileS; dont plusieurs occuperont un jour les premières places du Parlement et du gouvernement. Fidèles aox instructions qu'ils auront reçues , ils se soustrairont peu à peu à l'obéissance due au prince, compteront pour rien les droits et l'autorité du roi, laisseront périr les libertés de l'Église gallicane. En s' appuyant sur ces faits et ces considérations, de Harlay pressait le roi de retirer ses lettres-patentes, et de laisser intact l'arrêt par lequel le Parlement avait banni les jésuites. H ajoutait que les sentiments qui avaient dicté cet arrêt n'étaient pas particuliers au Parlement de Paris, mais communs à cette cour et aux Parlements de Normandie et de Bourgogne, par conséquent aux deux tiers des magistrats de la France A ces raisons du magistrat et de l'homme d'État, le premier président joignit, en son nom et au nom du Parlement, l'expression de leur reconnaissance et de leur dévouement envers le roi, prolestant que, dépouillés de tout intérêt et de toute aflfection dans cette affaire, ils ne travaiUaient qu'à sauvegarder sa personne et à garantir son autorité qui, pour eux et pour la France, étaient celles d'un père.

Henri fut ému et ébranlé, et il remercia le Parlement en termes pleins d'affection. H persista cependant dans son dessein. Il répondit qu'il ne fallait plus reprocher la Ligue aux Jésuites, que c'était l'injure du temps ; qu'il voulait les employer comme le roi d'Espagne s'en était servi, et il ajouta : a Laissez-moi conduire cette affaire, j'en ai manié d'autres bien plus difficiles. Ne pensez plus qu'à faire ce que je dis et ordonne. » f^ Parlement ne

664 LIV. VI. GII m. ÉDIT POUR LE RÊTABLISSEIIBNT DES JÉSUITES.

songea plus dès lors qu'à obéir, quoique à regret, et il enregistra les lettres patentes le 2 janvier 1604.

L'édit du rétablissement des. Jésuites était marqué au coin de la sagesse ordinaire de Henri, et bien évidemment restreint dans certaines limites d'après les remontrances du Parlement, comme le prouve le discours de de Maisse. Le roi leur permettait de résider désormais légalement en France, et d'ouvrir leiux collèges dans douze villes du Midi, Toulouze, Béziers, Auch, Rodez, Bordeaux, Périgueux, Limoges, Tournon, Âuhcnaz, Le Puy, Lyon, et dans deux villes du centre, Dijon et La Flèche. Il leur rendait tous leurs biens présents et passés : il les dotait du collège de La Flèche, dont Térectioû avait coûté 300,000 livres, et dont les chaires étaient par lui richement dotées. Ces bienfaits devaient les gagner et lui concilier leur affection. Hais en même temps il leur défendait de s'établir dans aucune autre ville sans une expresse permission du roi ; d'où il résultait qu'à Paris et dans plus des trois quarts du royaume, l'enseignement restait confié aux Universités, et présentait au gouvernement les garanties qu'il pouvait désirer. Il leur interdisait de rien entreprendre et de rien faire, tant au spirituel qu'au temporel, au préjudice des évêques, curés, chapitres, universités, et leiu» enjoignait, au contraire, de se conformer au droit commun. Il leur défendait également d'administrer les sacrements, et celui de la confession en particulier, à d'autres qu'à des Jésuites, à moins qu'ils n'en obtinssent la permission des évêques, et celle des Parlements de Toulouse, Bordeaux et Dijon, dans le ressort desquels ils étaient établis. Il leur défendait d'acquérir aucun immeuble en France, par achat, par donation ou autrement, sans autorisation préalable du roi, et de preudre ou recevoir aucune succession soit

A QUELLES CONDITIONS ET AVEC QUELLES flESTRICTIONS. G65

directe, soit collatérale. Les membres de la société admis en France, devaient tous être Français. Us étaient astreints à prêter serment de ne rien faire, ni entreprendre contre le service du roi, la paix publique, le repos du royaume, sans aucune exception ni réserve ; et cet engagement solennel était pris par eux à une époque où les particuliers se tenaient pour liés et engagés par un serment. L'un d'eux devait toujours séjourner à la cour, et répondre de la conduite des membres de la société. L'iufraction aux conditions qui leur étaient imposées devait entraîner la déchéance de l'édit de rétablissement *.

Dans les limites où la prudence et la fermeté du roi les avait renfermas, ils ne pouvaient nuire, et ils ne nuisirent pas. Loin de là, ils semblent avoir été utiles: il est très remarquable, en eflFcvt, que les complots contre la vie du roi cessèrent durant les six dernières années de son règne, soit par l'intervention de ces religieux, soit par l'idée répandue dans des masses ignorantes que sa réconciliation avec eux était une preuve de son orthodoxie. Il est impossible d'imputer à ce prince les conséquences finales qu'eut le rappel des Jésuites, alors que la faiblesse et l'aveuglement des gouvernements qui succédèrent au sien eurent ôté toutes les restrictions qu'il avait mises à leur rétablissement.

* Pour les trois derniers paragraphes^ voir Thuanus^ livre CXXXll, t. XIV, p. 299-312.— Le texte d^ l'édit de réta^)lisst;ment des Jésuites, dans le Recueil des anciennes lois françaises^ t. XV, p. 2S8-290. — P. Cayet, Chron, sept., 1. VU, t. H, p. 274-27G.

Sur le champ de bataille de Fontaine-Française,

Ces renseignements se rapportent au Un*e V^ cbap. II, pages 55 et suivantes

Nous allons ajouter quelques détails à ceux que nous avons donnés dans le texte, sur les localités où s'est livré le combat de Fontaine-Française.

En se dirigeant du village de Fontaine-Française sur le village de Saint-Seine, et à la sortie de Fontaine-Française , on trouve d'abord une première plaine d'environ mille pas d'étendue. Quand on l'a traversée, on arrive à un ruisseau , bordé d'arbres formant rideau. Sur ce ruisseau est jeté un petit pont d'une arche , en pierre de taille , ou un ponceau , comme disent les militaires. I^a construction du pont semble remonter, soit au temps de Henri FV, soit à une époque rapprochée de son règne. Sous une couche épaisse de poussière et de mousse, que nous avons écartée, nous avons lu l'inscription suivante, gravée sur les deux parapets du pont, et à l'intérieur de ces parapets :

Hic Henricus magnus hostes debellavit.

Au-delà du pont on entre dans une seconde plaine, d'une étendue à peu près pareille à celle de la première. A droite, et à cent pas du chemin, on découvre un monument presque en ruine. Sur les deux façades est inscrit le vers varié de la Henriade :

Il fut de ses sujets le vainqueur et le père. Il fut de ses sujets le sauveur et le père.

G68 D0CUIIRNT8 niSTOMQUES.

On nous a dit que ce inonument, tout moderne, avait été érigé, au corainencement de la Restauration, par M"» de Saint- Julien.

Un peu plus loin , toiyoure à droite du chemin , on trouve une construction élevée sur une source abondante, la fontaine Française. La construction est en pierre de taille. La Taçade, sans être très élevée, porte le canctère. monumental. L'ouverture ou porte est à plein cintre. Les pierres de la voûte sont disjointes, et la clef de voûte est près de tomber à terre. On y lit cette inscription :

Victoire REMPORTÉE par Henri IV, 1595.

n est honteux pour la France que ce monument soit dans un pareil état de d^^dation.

Quand on a parcouru la seconde plaina, on arrive an pied • de la colline qui forme obstacle entre Fontaine-Française et Saint-Seine, et qui empêche qu'on ne découvre de l'un des villages ce qui se fait dans Tantre. Au-deli de la colline , on trouve successivement le bois, la rivière Vingeanne, Sidnt- Seine, la montagne enfin , au pied de laquelle Sainl-Seine est situé.

Détails sur la soumission de Mercœur.

Ces détails se rapporteul au chapitre XI et k la page 448.

Le contrat du mariage entre César, duc de Vendôme, lils du roi et de Gabrielle d'Estrées, el Françoise de Lorraine, fille du duc de Mercœur, existe en original. Il est consem dans rétude de M. Boucé, notaire à Angers. Cette pièce est revêtue des signatures de Henri IV elde Marie de Luxembourg, femme du duc de Mercœur; elle contient bon nombre de délails curieux, et on la consultera avec intérêt et avec fruit. Elle est imprimée à la fm du second volume de l'ouvrage intitulé : l'Anjou et ses Monuments, et publié par MM. Cosnier el Lachèse, imprimeurs-libraires à Angers.

Sur le caractère de Gabrielle d'Estrées, et sur les projets de mariage du roi avec elle.

Ce docament se rapporte an livre V, ch. XIII, p. 543.

Gabrielle d*Estrées, dont la liaison avec le roi remonte au mois de novembre 1590 ', montra, dans toutes les circonstances, des sentiments élevés et généreux. Elle usa des largesses qu'elle tenait du roi, pour lui venir en aide, et pour secourir TÉtat dans ses plus pressantes nécessités. A la fin du siège de La Fère, quand le trésor était entièrement épuisé , elle y envoyait ses diamants valant vingt-cinq ou trente mille écus, c'est-à-dire 90,000 livres de ce temps là, environ 330,000 francs du nôtre. Sur ce gage, les serviteurs du roi purent emprunter, et le roi lui-même atlendre l'argent que lui envoyait le grand-duc de Toscane. Sans ces secours, le siège aurait échoué, car les soldats, faute de paye, se débandaient déjà et désertaient. Le roi écrivait au connétable le 24 mars 1596 : c Hon cousin, madame de Monceaux envoyé à » Paris Valon, présent porteur, pour luy apporter pour vingt- » cinq ou trente mil escuzde bagues (diamants et bijoux). Et 1 parce que je désire qu'il passe seurement, je vous prie de 1 luy faire donner telle escorte qui luy sera nécessaire, et me » mander par luy de vos nouvelles '. i Pendant le siège d'Amiens, elle ne se montra pas moins libérale à l'égard de son royal amant et de l'État. Le roi et Rosny étant alors embarrassés de fournir aux infinies dépenses du siège, elle prêtait son argent à Henri, et à la seule date du 25 août lui fournissait quatre tnille écus ou 12,000 livres du temps, environ 46,000 fr. d'aujourd'hui. C'est ce qui est établi par la lettre du roi aux membres du conseil, en date du 25 mars

1 Note de M. Berger de Xivrey, dans le Recueil des Lettres miss., t. III, p. 297, 72Î.

* Lettres miss., t. IV, p. 543.

670 DOCUMENTS HISTORIQUBS.

1507. (( Prenés la dicle somme des deniers que vous a?és

> assemblez pour le sixiesme mois de mon armée, et me

> renvoyés en diligence avec dix ou douze mil escus pour

> fournir à infinies despenses pressées et inévitables qui se

> présentent journellement, et pour auxquelles pourveoir,

> j*ay esté contraint d'emprunter de madame de Çeaufort » quatre mil escuz qu'elle a faict apporter icy, lesquels je

> vous prie faire rendre par delà au sieur Pujet, à la récep- » tion de la présente ^ >

D'Aubigné, le satirique d'Aubigné, qui a lancé tant de traits mordants contre la plupart des personnages du temps, sans en excepter le roi, a tracé le portrait suivant de Gabrielle d'Estrées. Ce portrait, qui fait honneur à Gabrielle, achève d'expliquer le profond et durable attachement de Henri pour cette femme, c La duchesse de Beaufort, dit rhistorien, usoit » très modestement du pouvoir qu'elle avoit sur le roi; mais » ses proches n'y observoient pas tant de médiocrité. Cette 1 occasionnons convie à traiter de cet amour autant que le » respect et la bienséance nous permettent. On n'a guères » veu d'amies de nos rois, qui n'aient attiré sur elles les 1 haines des grands, ou en leur faisant perdre ce qu'elles t) (iesiroient, ou en faisant défavoriser ceux qui ne les ado- )) roient pas, ou en espousant les intérêts de leurs proches , j> leurs deltes, leurs recompenses et leurs vengeances. C'est j) une merveille comment cette femme, de laquelle l'exlrêrae » beauté ne sentoit rien de lascif, a pu vivre plustôt en reine » qu'en concubine, tant d'années et avec si peu d'ennemis. » Les nécessitez de TEslat furent ses seules ennemies ; de ce y> quoi je laisse, comme en chose douteuse, à chacun sou j> explication 2. »

li'historien Le Grain a caractérisé en ces termes l'attachement de Henri IV pour Gabrielle, et la nature de sa liaison avec elle: « Celle dame, dit-il, sçeut si bien posséder les » affections de ce grand prince, qu'il en usoit avec pareille

* I.ettres miss., t. IV, p. 833. Le sieur Pujet ou Pugel était Irésorier de l'Eparf^ne ou Trésor public (Suïly, QEcoii. roy., ch. 203, t. Il, p. 377).

* D'Aubii^ué, HisL univ., t. 111, 1. V, cb. 3, p. 46Î.

1K)CUMENTS HISTOniOOES. G71

1 fidélité qu'elle, car il n'en voyoit lors aucune autre, et 1 seroit difficile de juger duquel des deux estoil plus grande » l'affection *. »

Bien que cette affection fût aussi vive que solide du côté du roi, bien que dans des accès de tendresse il lui ait promis plus d'une fois mariage, il consulta sans cesse, avec ses serviteurs les plus intimes, sur les conséquences que pouvait avoir une pareille détermination, et il s'arrêta toujours, fut toujours retenu par la 'considération de ses devoirs de roi et de l'intérêt public. En 1598, il consulta jusqu'à deux fois Rosny sur ses projets de mariage avec Gabrielle, lui donna pleine liberté d'exprimer son sentiment, prit en bonne part les formidables objections que le fidèle ministre élevait contre cette union. En terminant cet exposé, les secrétaires de Sully ajoutent : c II ne put jamais vous entrer dans l'esprit, veu les ?» agitations où vous aviez souvent veu entrer celuy du Roi , » qui toujours combattoit entre l'honneur et l'amour, et la

> différence qu'il y avoit de sa gloire acquise à la honte qu'il

> recevroit d'un tel mariage, vous en parlant toujours en ces

> termes, lorsqu'il vous entretenoit en particulier là-dessus ,

> que les hautes espérances de cette dame peussent réus- 1 sir^. » Le roi agita souvent la question avec Sancy, qui s'opposa au mariage avec non moins de vigueur que Rosny, mais qui se donna le tort de s'exprimer sur la duchesse en termes injurieux, Sancy dit : « D'Angers le Roy s'en alla à

> Nantes, où la duchesse accoucha de son second fils qui est

> M. le chevalier de Yendosme. Lors le Roy luy promit et

> jura de l'épouser, ce qu'elle ne voulut point croire , s'il ne » luy promettoit de m'esloigner d'auprès de soy.... Je par- 1 donne à la duchesse de m'avoir haï. Je ne trouvé point h estrange qu'elle m'ait haï, et fait du pis qu'elle ayt pu, » parce qu'elle croyoit que personne que moy ne s'opposoit à

> son dessein] duquel toutes fois je ne crois point qu'elle

> fust jamais venue à bout. C'est une opinion contraire à tout

> le monde. Mais je le croy ainsi pour plusieurs choses que

* Le Grain, Décade de Henry le Grand, 1. \\i, p. 367.

* Sully, OEcoQ. roy.» ch. 80, t. I. p. S76-978; ch. 91, p. 312.

» j*ay autrefois entendues du Roy sur ce sujet, lesquelles sont: » que s*il Teust fait, il eust mis le feu entre ceux mêmes qu'il » destinoit ses héritiers. De quoi ne faisant pas dessein sur ]» Taisné, parce qu'il cstoil né devant que le mariage de sa

> mère et du sieur de Liancourt fut dissous, je laisse à penser

> quelle apparence il y avoit que le puisné prit cet advantage

> sur son aine, sans en .venir aux mains. Qui me fait dire que

> quand c'eust esté au fait et au prendre, il avoit assez de » dextérité pour trouver quelque moyen de dilayer. Il con- » noissoit trop la conséquence de cette affaire , et aimoit trop » son Estât ^ j»

Page 1