LIV. V. CH. II. ILS RESTENT CEPENDANT DANS UNE SITUATION PRÉCAIRE
contraire. D'abord ils tinrent avec peine contre la masse de leurs ennemis : ils ne parvinrent à ne pas se laisser entamer, à se préserver d'être accablés^ que par des prodiges de courage, auxquels la fatigue et l'épuisement pouvaient mettre un terme : « Les Français, dit un contemporain étranger, inférieurs en nombre, avec des gens épuisés, des chevaux fatigués et maltraités, couroient un risque presque évident d'être défaits. Cependant le roi encourageant les siens de la voix, et encore mieux de l'exemple, et le marécbal tout couvert de sang, de sueur, de poussière, combattant en désespéré au premier rang, firent des efforts si prodigieux que leurs gens combattirent aussi audessus de leurs forces *. » Ensuite, l'un des chefs ennemis proposa une attaque infiniment plus dangereuse pour les royaux qu'aucune de celles qui avaient eu lieu jusqu'alors. Durant le second engagement, Mayenne reconnut que le roi n'était suivi ni de son armée, ni même de toute sa cavalerie. Il pressa alors le connétable de Castille de lui envoyer quatre cents cavaliers qu'il avait sous la main, et qui n'avaient pas encore donné, pour être joints aux divisions qui avaient combattu dans les charges précédentes. Mayenne proposait d'attaquer, avec tous lescorj^s de la cavalerie hispano-ligueuse ainsi réunis , le petit nombre de combattants qui entouraient le roi, tandis que le connétable passerait lui-même la Vingeanne avec son infanterie,* et couperait la retniite à l'ennemi. Il affirmait, qu'à suivre ce plan, la défaite de Henri était certaine, et sa captivité probable. Le connétable de Castille tint le conseil de Mayenne tout à la fois pour hasardeux et pour suspect, n refusa* de croire « qu'un roi de France fût venu » là sans avoir toutes ses forces à ses épaules, » et il craignit pour les armes espagnoles les hasards d'une action générale. Il sou[)Çonna Mayenne de vouloir l'engager » Davila, 1. XIV, t. UI, p. 555.
IL3 EN SONT TIRÉS PAR L'âRRIVÉE DE LA CAVALERIE ROYALE. 65
à la défense de la Bourgogne, sans délais, à tout prix, même au risque de la perte de la Franche-Comté, en cas d'échec. Il resta immobile dans le poste qu'il occupait, en attendant de plus sûres informations. Pendant ce débat entre les deux chefs, le fugitif moment d'une attaque, qui pouvait être heureuse, passa, et Henri fut tiré de la périlleuse situation où il était resté jusqu'alors par l'arrivée de la moitié des corps auxquels il avait assigné rendezvous. Le comte d'Auvergne et Vitry, les compagnies de chevau-légers du roi et du duc de Vendôme , celles du duc d'Elbeuf et du comte de Cheverny , du chevalier d'Oyse, des sieurs de Risse et d'Aix, débouchèrent successivement dans la plaine de Fontaine-Française. A l'ombre de ceux-là, les fuyards se rallièrent. Tous se joignirent à la troupe victorieuse du roi qui compta alors six cents chevaux. La cavalerie royale arrivant de moment en moment, ce nombre devait être promptement porté à quinze cents. Avec ces forces, Henri rentrait dans Tes conditions d'une guerre régulière. Même en supposant que l'ennemi , deux fois mis en déroute , se ravisât pour une attaque , et se portât contre lui avec la totalité de ses forces , il était assuré de sa retraite , regagnait le gros de son armée à Lux, et^en se mettant à sa tête, se trouvait en mesure de livrer aux Espagnols et aux ligueurs une bataille rangée régulière. Mais ses ennemis étaient loin de toute pensée d'agression. A leur contenance, il jugea qu'il devait pousser l'avantage qu'il venait d'obtenir , et il lança contre eux les compagnies nouvellement arrivées. Ik n'attendirent pas le choc: à l'approche des royaux, ils firent un tour en limaçon, se sauvèrent, et allèrent chercher protection et sûreté derrière leur infanterie , abandonnant au roi le champ de bataille, les deux côtés de la colline jusqu'au bois, leurs morts, et une centaine de prisonniers. Henri revint alors de son côté, et fit halte au miu 5