HOLLANDAIS ET CONTRE LA FRANCE. DE ROSNE. ÉTAT DE LA PICARDIE
puissamment encore par le concours que leur prêta le ligueur de Rosne. De Rosne était également redoutable par ses talents militaires et par son habileté à conduire les intrigues. Seul des anciens chefs de fa Ligue, il savait combiner un plan de campagne : longtemps conseiller de Mayenne, initié à toutes les affaires et à tous les secrets, il savait qufels ressorts on pouvait faire jouer utilement dans les villes qui avaient autrefois appartenu à la Ligue, comme Cambrai, et dans celles qui lui obéissaient encore : il ne connaissait pas moins bien le côté faible des villes royales par suite des intelligences qu'il avait liées avec quelques traîtres. Tous les succès des Espagnols, dans cette campagne et dans la suivante, doivent être rapportés à cet habile et dangereux transfuge.
Au moment de l'entrée des généraux de Philippe II en Picardie, l'Espagne et la Ligue ne conservaient plus que trois places dans cette province. Les Espagnols avaient contraint Mayenne de leur abandonner La Fère trois ans auparavant, et en avaient fait leur place d'armes. Ham, à cinq lieues ouest de La Fère, appartenait au duc d'Aumale : cette ville ouvrait la route à travers toute la Picardie jusqu'à Beauvais. Soissons continuait à obéir au duc de Mayenne. Au commencement de la campagne de 1595, les Espagnols conduisirent un grand convoi de vivres et de munitions à la Fère pour favoriser leurs opérations. Peu après ils tentèrent de s'emparer de Ham. D'Aumale, jeté ouvertement dans leur parti et pensionné par eux, leur avait permis de mettre une garnison de seize cents hommes dans la ville ; mais il avait laissé pour gouverneur dans le château de Moui de Gomeron , avec des troupes de la Ligue. Les Espagnols ne pouvaient devenir maîtres de la place qu'en occupant le château, et Gomeron , qui prétendait en conserver le gouvernement , refusait de le livrer. Pour l'avoir , de Rosne et Fuentes