‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 5)Chapitre 57 sur 344 · ETAT DU LANGUEDOC OCCIDENTAL : LE DUC DE JOYEUSE · texte numérisé non relu

ETAT DU LANGUEDOC OCCIDENTAL : LE DUC DE JOYEUSE

et les forteresses avoisinantes, il livra à Henri les moyens de rétablir complètement son autorité et la paix pubÛque dans les deux provinces d'Anjou et de Maine ^

Ce mouvement de dissolution de la Ligue, décidé dans les pays de l'Est et du Centre par la présence du roi et de son armée, s'étendit pareillement et simultanément aux provinceis du Midi , au Languedoc occidental , au Rouergue, au comté de Gommioges. Dans le Languedoc occidental, soumis au duc de Joyeuse, la plus grande partie du Parlement de Toulouse, après Tabjuration du roi, avait témoigné l'intention de le reconnaître. Henri , informé de ces dispositions et empressé de les seconder, avait envoyé dans la contrée, au mois de décembre 1594, Aymeric de Vie, frère de Dominique, conseiller d'Etat, habile et actif négociateur, pour traiter des conditions avec le Parlement et avec la municipalité de Toulouse. Ces deux corps avaient dressé des articles , et le 7 janvier 1595 le Parlement avait rendu un arrêt dans lequel il promettait de reconnaître Henri pour vrai et légitime héritier de la couronne, sous Ja condition qu'il donnerait les provisions nécessaires pour l'exécution des articles, et qu'il continuerait à poursui\Te son absolution auprès du Pape. Peu après, le roi avait répondu favorablement aux articles, et fourni aux ligueurs modérés de nouveaux motifs de soumission. Joyeuse, qui voyait l'autorité lui échapper par o^t accord, l'avait violemment traversé. Le il avril, il avait excité de nouveaux troubles dans Toulouse , recouru à la force armée, et établi un ordre de choses dans lequel en privant le Parlement et les magistrats de la cité de leur autorité,

^ L'édit relatif à Boisdauphin compris dans le recueil des Édicts du Roy Henry IV^ pour la réunion de ses subjects, Paris, i601, in-8*, porte au folio 93 verso : « Donné à Lyon au mois d'aoust, l'an de » grâce 1595. Enregistré.... en Parlement le 12' de septembre 1595. » — P. Gayet, 1. VU, p. 680 A. — Sully, Œcon. roy., ch. 151, t. Il, p. SO A, pour les conditions pécuniaires.

88 LIV. V. ÇH. m. LE PARLEMENT DE CÂSTEL-SARRASIN : SB» ACTES.

le peuple de ses franchises municipales , il s'arrogeait à lui-même un pouvoir sans bornes. Le lendemain, le président Saint-Jory et la grande majorité du Parlement, fuyant celte tyrannie, s'étaient retires à Castel-Sarrasin : dix membres seulement de la cour, exaltés ligueurs, étaient restés à Toulouse. Par ses lettres du 30 avril , le roi avait dénoncé à l'indignation des villes et communautés du Languedoc occidental les attentats de Joyeuse contre l'autorité du Parlement, contre la liberté du peuple de Toulouse, qui venaient s'ajouter à sa révolte contre l'autorité royale. Il avait averti les peuples de ne pas se laisser surprendre par les artifices et les impostures dont usait le rebelle pour colorer son ambition, éterniser la guerre civile, dissiper l'Etat. En effet, il devait payer l'assistance de l'étranger par de honteuses concessions, abandonner un certain nombre de villes du pays aux ennemis de la couronne , livrer les habitants en proie à l'avidité et à la tyrannie des Espagnols *. Par d'autres lettres du même jour, il avait autorisé les membres du Parlement sortis de Toulouse à résider dans une ville voisine et à y rendre la justice souveraine. Ces magistrats avaient tenu leur première séance le 6 mai, et par arrêt du 9 de ce mois avaient ordonné aux trésoriers de France , à la chambre des re- (juêtes et au présidial, de se transférer de Toulouse à Castel-Sarrasin.

Une révolution pour le rétablissement de Tordre était commencée : le voisinage du roi et des forces qu'il com-

» Lett. miss, du dernier jour d'avril, t. rv, p. 348, 349. « Les ca- » lomiiies et détractions inventées et publiées de nonvean par le duc » de Joyeuse et aes adhérents, pour colorer l'usurpation qu'Ut ont n naguèies faicie de l'aucton'té du Parlement et de fa liberté des habi- » tants de uostre ville de Thoulouse.... Nous ue doublons pas que Dieu » ne le punisse, à la confusion de ceux qui l'assistent eu ses desseings, I) qui ne tendent qu'à livrer nos villes aux ennemys de ceste couronne, » pour captiver la liberté de nos subjects, les investir de leurs biens, n et assouvir leurs passions. »

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