EFFORTS COMBINÉS DU PARLEMENT ET DES LIEUTENANTS DU ROI
mandait, le prestige de ses succès la hâtèrent et la précipitèrent entre le mois de juin et le mois de septembre. Les démarches des négociateurs et des corps publics, les opérations militaires des gouverneurs, les manifestations des peuples en faveur de la paix publique , prirent alors un caractère nouveau et bien plus accusé de décision et de vigueur. De Vie traita avec le Parlement que Montmorency avait établi à Beziers par ordre du roi pour y rendre la justice : ayant interposé l'autorité royale, il engagea ces nouveaux magistrats à se joindre à ceux de Castel-Sarrasin, afin de doubler par cette réunion leur autorité et leur force, et d'y puiser les moyens de contraindre Joyeuse et ses partisans à rentrer dans le devoir. Les deux corps se concertèrent dès-lors et agirent en commun, quoique leur fusion matérielle n'ait eu lieu que quelques mois plus tard Mis firent au nom du roi et du Parlement une dénonciation contre Joyeuse et les ligueurs, qui remua profondément les populations du Languedoc occidental. Ventadour, lieutenant-général dans le Languedoc oriental chargé du commandement en l'absence de Montmorency, et Matignon, gouverneur de Guyenne, ïippuyèrent cette déclaration par leurs armes. Ils réunirent leurs forces, emportèrent , dans le coiu^ des mois de juillet et d'août, les villes et les châteaux voisins de Toulouse au nombre de douze, et terminèrent ces conquêtes par celle de Castenet qu'ils prirent et ruinèrent. L'oècupation de ces postes était déjà im blocus, et devait servir de point de départ à à un siège ultérieur de Toulouse. Après une expé-
1 1^8 mesures inises en commun par les Parlements de Beziers et de Castel-Sarrasin remontent au mois de juin^ quoique les quatorze magistraU du Parlement de BézierS; peur suite de quelques difficultés élevées sur les nominations faites j)ar le roi et par Mayenne, n'aient été transférés à Castel-Sarrasin, et incorporés au Parlement de cette yilie, que le 9 décembre 1595. (Dom Vaissette, Hist. gén. du Languedoc, l. XLI, t. V, p. 47Ô.)
90 LIV. V. CH. ni. DIVERSES RÉVOLTES DANS LES VILLES CONTRE lOTBUSE.
dition de deux mois, Ventadour licencia son corps d'armée que la guerre et les chaleurs avaient épuisé ; mais Matignon put tenir le sien sous les armes, et le conduisit contre Cordes en Albigeois qu'il soumit à l'autorité du roi. Le parti de Joyeuse, affaibli par les opérations militaires, ne tarda pas à être ébranlé par de dangereuses insurrections. Le 1 2 septembre, les habitants de Lautrec, au diocèse de Castres, profitant d'une course entreprise aux environs par leur gouverneur et leur garnison , qui les retenaient malgré eux attachés à la révolte, leur fermèrent les portes, rétablirent l'autorité royale dans leurs murs, puis sortant le lendemain , firent main-basse sur tous les ligueurs. Joyeuse attribuait avec raison la première cause de ces revers à la dénonciation, faite au nom du roi et de la cour, par le Parlement de Castel-Sarrasin. Pendant la première quinzaine de septembre, il réunit des troupes, et alla assiéger ces magistrats dans la ville où ils avaient cherché refuge. Mais tandis qu'il battait les murs avec son artillerie, il apprit que la dénonciation avait excité une vive fermentation et d'inquiétants mouvements dans deux des principales villes de son obéissance, Narbonne et Carcassonne. Les habitants chassèrent ses garnisons , lui déclarèrent qu'ils étaient las de la guerre, et le sommèrent de traiter promptement avec Henri, s'il ne voulait les voir se révolter ouvertement contre lui, et se jeter dans le parti contraire, sans se soucier de ce qu'il pourrait alors devenir. Sur ces nouvelles. Joyeuse s'éloigna précipitamment de Castel-Sarrasin pour retourner à Toulouse, où il craignait de voir éclater de semblables manifestations. Il inclina alors à des pensées d'accommodement et de soumission que son ambition avait jusque-là riepoussées *.
1 Thuanus, 1. CXUI, § 14, L V, p. 508, 509. — Dom Vaissette, Uist. gén. du Languedoc, 1. XLI, t. V, p. 469-476. Les actes publics et les
SOUMISSION DU ROUERGUE ET DU COMTÉ DE GOMMINGES. 9l
La Ligue tombait en même temps dans les contrées voisines du Languedoc. En se séparant de Yentadour y Matignon marcha contre Rodez , contraignit cette ville à» se soumettre, et fit reconnaître l'autorité royale dans le Rouergue entier. Le 29 août, une lettre de Tévêque de Comminges apprenait à Henri qu'après la prise de Saint- Gaudens, la soumission de Saint-Bertrand suivie de celle des autres villes, Montluc venait de ramener à son obéissance tout le comté de Comminges *.
Le séjour de Henri à Lyon avec une armée, après son expédition en Franche-Comté, n'agit pas moins puissamment au dehors qu'au dedans du royaume, et devint auprès du Pape la raison déterminante de son absolution. Clément YHI était déjà ébranlé dans les rigueurs dont il avait usé jusqu'alors à l'égard de Henri , sous la pression de l'Espagne, depuis qu'il avait reconnu que ses refus devenaient un danger chaque jour plus menaçant pour ses finances , pour son autorité , pour les plus graves intérêts du siège pontifical. La chancellerie se plaignait à lui que la France royale ne prenait plus de provisions à Rome, et que l'interruption des rapports entre les deux cours avait tari pour le Saint-Siège l'une des principales sources de ses revenus *. Le royaume préludait à un schisme. La Pragmatique ou édit de 1592 recevait son exécution, et c'était déjà une rupture avec la cour de
mémoires du temp6 qu'il allègue éclaircissent et complètent Texposé de de Tbou.
' Thuanus, iàid,, p. 508. — Portefeuilles manuscrits de Godefroy, n* Î62. — L'évoque de Comminges écrit à Henri le 29 août. « La plu- » part des villes n'ayant pas voulu estre forcées, comme Saint-Gaudens, » se aonmireut en votre obéissance.... Vostre ville de Saint-Bertrand n monstre le chemin à toutes les autres en ce bon debvoir- et vous » jure fidélité entre les mains de M. de Montluc. » C'est un fait nouveau.
* Mezeray, Gr. Hist., t. III, in-fol., p. 1145 : « Surtout la chancellerie » faisoit grand bruit dans la crainte qu'elle avoit de voir ses praticques » bien esclaircies, si la France n'y prenoit plus d'expéditions. »