LIV. V. CH. III. RAPPORTS DE LA COUR DE ROME AVEC LA FRANCE
Rome par le côté disciplinaire et administratif de la religion. Les Parlements continuaient à travailler de toates • leurs forces à empêcher que personne n'allât à Rome impétrer des bénéfices , et ils refusaient la possession de ces bénéfices à ceux qui en impétraient. Le roi faisait nommer par arrêt du grand-conseil des économes spirituels aux évêchés et aux divers bénéfices ecclésiastiques qui venaient à vaquer. En 1595 , les idées de scission se fortifiaient et se développaient dans la magistrature et dans une partie du clergé : on parlait publiquement de rendre le régime actuel définitif, de substituer les économats spirituels aux bulles des papes : on songeait à créer un patriarche pour l'Eglise gallicane et à déférer le patriarchat à l'archevêque de Bourges. Les catholiques les plus sincères et les plus zélés , d'Ossat après le duc de Nevers, annonçaient au Pape « qu'ils prévoyaient un grand mal- » heur, et que peu à peu la France s'accoutumerait à se » passer de Rome. » Plusieurs cardinaux et prélats romains partageaient ces appréhensions, et l'un d'eux disait au Pape «que Clément YII avait perdu l'Angleterre par trop » de précipitation, et que Clément VIII perdrait la France » par trop de lenteur. » Ainsi d'une part, la cour de Rome en difi'érant plus longtemps l'absolution, avait à craindre que Henri ne séparât à jamais la France du Saint-Siège par un schisme *. D'un autre côté, le roi avertissait le pape d'une manière éclatante qu'il pouvait oser contre l'Espagne en sa faveur, oser en même temps au profit de l'indépendance du siège pontifical. En effet , pendant la durée des négociations , il envahissait d'abord la
* Davila, 1. XI V, in-4o, t. III, p. 563. — Thuanus, 1. GXm, § 2!, t. V, p. 518, 519. — P. Cayet, 1. VII, p. 685. — Mezeray, Gr. Hist., p. 1145. « Le pape enleudoit dire qu'on renouveloit en France les pro- » positions d*y faire un patriarche, et de gouverner TEglise gallicane » selon la Pragmatique et les saints canons, sans avoir plus de corn- » munications avec Rome. »