‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 5)Chapitre 65 sur 344 · LIV. V. CH. III. CONDITIONS DE L^ABSOLUTION DU ROI · texte numérisé non relu

LIV. V. CH. III. CONDITIONS DE L^ABSOLUTION DU ROI

Tels furent les tempéraments à leurs prétentions et à leurs propositions premières que du Perron et d'Ossat obtinrent de Clément VIII et de ses ministres. La convention h passer entre les deux cours fut ensuite arrêtée. J^s conditions mises à l'absolution du roi furent au nombre de seize, et les principaux avantages assurés à la cour de Rome furent formulés de la manière suivante : Les procureurs du roi feront en son nom abjuration du calvinisme et promesse d'obéir aux mandements du Saint- Siège et de l'Eglise, condition qu'emporte toute absolution avec elle. Le roi rétablira le catholicisme dans tous les lieux où la violence des guerres de religion l'a aboli , et particulièrement en Béam , où il nommera et entretiendra deux évêques. Il fera élever et instruire dans le catholicisme le jeune- prince de Condé , le seul prince du sang que les réformés pouvaient alors espérer de voir embrasser plus tard leur croyance : la cour de Rome n'avait plus ainsi à craindre que les calvinistes trouvassent pour chef un membre de la famille royale. Les sujets nommés par le roi aux archevêchés , évêciiés , abbayes , demanderont désormais des provisions à Rome et obtiendront leur confirmation du Pape, comme avant le conflit. Les concordats entre la cour de France et la cour de Rome seront rétablis, gardés et maintenus. Le roi ne

» Trente, excepié aux choses qui ne se pourront exécuter sans troubler M ia tranquillité du royaume ^ s*il s'y en trouve de telles. » — Auuolations et advertLsseiuens (de du Perrou et d'Ossat) sur le précédent article. ») LN'xceptiou qui est au piod de cet article, pour laquelle il a fallu M aux dits du Perron et d'Ossat suer sang et eau, montre assez le soing » qu'ils ont eu de nn rien promettre ny accepter qui peust troubler ») la tranquillité du royaume, soit pour le regard de ceux de la pré' » tendue religion reformée, ou autrement.... Les sieurs du Perrou et » d'Ossat, n'ont pas dépendu un seul point de l'autorité temporelle du » fjoy, ny de ses cours de Parlement , ou d'aucun df ses magistrats, n quelque grande presse qui leur nyt esté faite, et art dont on a usé » envers eux. » (Mémoires du chancelier Cheveniy, t. X, p. 545 A, 546 A, 547 A.)

OBSERVATIONS SUR CES CONDITIONS. iOl

nommera aux dignités et bénéfices ecclésiastiques que des sujets exempts d'hérésie et de soupçon sérieux d'hérésie. Il fera publier et observer en France le concile de Trente, avec Texception formelle des articles dont l'exécution serait de nature à troubler l'ordre et la paix du royaume. Le roi fera tous les jours acte particulier, et quatre fois par an acte public de catholicisme. Il bâtira im monastère d'hommes ou de femmes dans chacune des provinces de France y compris le Béarn. Il protégera la religion, garantira la personne et les biens des ecclésiastiques contre les violences des gens de guerre et de tous autres, s'emploiera à leur faire restituer les biens usurpés sur eux pendant les troubles civils.

Cette convention est la plus importante de celles intervenues entre la France et le Saint-Siège , entre la puissance temporelle et la puissance spirituelle, depuis le concordat de François I" et de Léon X. Plusieurs des articles accordés importaient autant à la bonne administration de la religion , à la liberté religieuse , à la paix publique en France, qu'aux intérêts de la cour de Rome. La clause qui rétablissait l'exercice du catholicisme, dans tous les Jieux où il avait été détruit depuis trente ans, assurait aux catholiques une liberté de conscience , une pratique de leur culte, réclamées par tous les hommes du temps ayant quelque modération et quelques lumières. L'article portant que le jeune prince de Condé serait élevé dans le catholicisme, ôtait aux brouillons et aux ambitieux dans le parti calviniste l'autorité d'un chef prince du sang, une occasion aux soulèvements, un aliment aux guerres civiles *. Ces avantages de détail s'effaçaient devant le résultat général de la convention, la réconci-liation du roi avec le Saint-Siège, qui poussait dans leiu-s

* Articles accordez et promis au nom du Roy, pour Tabsolution de Sa Majesté, dans les Mém. de Cheverny, t. X, p. 545.

102 LIV. V. CH. lU. L*ABSOLrnON DU ROI PRONONCÉE PAR LE PAPE.

derniers retranchements les derniers soutiens de la Ligue, chefs et peuples ; rendait au royaume , dans un prochain avenir , la disposition de toutes ses forces contre l'étranger , s'aidant jusqu'alors de nos dissensions. L'Espagnol le sentit bien , et le duc de Sessa, ambassadeur de Philippe n , s'efforça et se flatta de prévenir ce résultat. « 11 crut, dit un contemporain , que c*étoit dans le consistoire ordinaire et à la manière accoutumée, que le pape vouloit entendre les avis et recueillir les voix des cardinaux. U savoit qu'un grand nombre d'entre eux dépendoit du roi catholique, et d'autres par eux-mêmes étoient opposés à ce que l'on accx)rdât l'absolution au roi de France. Après avoii^ compté exactement le nombre des voix, il imaginoit que Tavis de l'absolution ne passeroit jamais dans le consistoire, et il s'assuroit que le pape ne feroit jamais le contraire de ce qui auroit été décidé à la pluralité des voix. » Le pape échappa à ces difficultés par la marche qu'il donna à l'affaire. Au lieu de laisser agiter préalablement la question dans une réunion de cardinaux, il appela auprès de lui chacun de ces prélats , et dans des entretiens particuliers, put ramener les convictions et vaincre les résistances. Il réunit les cardinaux au palais de Monte-Cavallo le 30 août, et déclara en son nom et au nom des deux tiers du consistoire , l'intention où il était d'accorder au roi l'absolution : il ajouta que c'était dans l'intérêt et pour le bien du Saint-Siège. Un cardinal, partisan de TEspagne, Marc- Antoine Colonna, voulut prendre la parole pour répondre à cette proposition, discuter et attaquer la mesure ; mais le pape lui imposa silence, congédia le consistoire et disposa tout pour Texécution. Le 17 septembre, après avoir reçu de la bouche des deux négociateurs français la profession de foi du roi, son abjuration du calvinisme, sa promesse publique d'observer les conditions promises en son nom à la cour de

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