‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 5)Chapitre 67 sur 344 · LE DUC DE NEMOURS ET JOYEUSE ENTRENT EN TRAITÉ AVEC LE ROI · texte numérisé non relu

LE DUC DE NEMOURS ET JOYEUSE ENTRENT EN TRAITÉ AVEC LE ROI

les armes, le duc affaiblissait les uns, et par son exemple entraînait les autres.

Plusieurs d'entre eux donnèrent dès-lors des gages d'une prochaine soumission. Saint-Sorlin , devenu duc de Nemours, Joyeuse, chef de la Ligue à Toulouse et dans le Languedoc occidental, acceptèrent et observèrent la trêve conclue par Mayenne : durant l'armistice, ils négocièrent le traité de leur accord avec le roi, conclu et signé quelques mois plus tard *. Partout où la révolte ne cédait pas, Henri la poursuivait avec persévérance , intelligente adresse et succès. En Provence, son parti se trouvait en présence du duc de Savoie, du roi d'Espagne, des derniers soutiens de la Ligue, du chef le plus autorisé et le plus entreprenant de la faction des hauts seigneurs. Le duc de Savoie tenait encore deux villes. Le roi d'Espagne essayait de se saisir de Marseille, et espérait se la voir livrer par les tyrans nés de la démocratie. Le duc d'Epernon occupait plusieurs villes du pays, tentait de subjuguer le reste avec son armée de Gascons, qui ne connaissait d'autre loi que la sienne ; de joindre le gouvernement de Provence à ceux d'Angoumois, de Saintonge, de Boulogne, de Metz qu'il possédait déjà ; d'établir dans cette grande principauté de la féodalité ressuscitée une puissance rivale de celle du trône. On a vu précédemment que les divers ordres de la province avaient demandé sa destitution au roi, et que Henri déférant à leur vœu, conforme à l'intérêt public, avait poiu'vu le duc de Guise du gouvernement de Provence. D'Epernon bravait cette révocation, et se flattait de la mettre à néant avec l'appui de l'étranger^. Dès le mois de décembre de l'année précédente , aussitôt après la no-

1 p. Cayet, 1. VII, p. 682 A; L VHI, p. 731, 732.

*Suily, ÛEcon, roy., ch. 58, p. 186 B. « Le gouvernement de la » Provence dont M. d'Espernon s'estoit emparé contre le désir du » Roy, et projettoit de retenir malgré lui. » — P. Cayet, 1. VHI, p. 716.

406 UV. V. CH. m. GUISE ENTOTÉ EN PROTENCE CONTRE D*BPERHON.

mi nation du duc de Guise, il avait ouvert des négociations avec le duc de Savoie et avec le roi d'Espagne pour s'assurer leur assistance : maintenant il cherchait particulièrement à se concilier le roi catholique, en offrant de lui livTer Boulc^e, Tune des villes où il commandait comme gouverneur *. Pour conjurer ces périls, pour tenir tête à la fois au duc de Savoie, au roi d'Espagne, aux ligueurs de .Marseille , à d'Epemon , Henri , le 24 septembre, avant son départ de Lyon, envoya le duc de Guise en Provence. Il le pourvut des forcer militaires et des soutiens que réclamait cette tâche difficile. Il ordonna à Lesdiguières de lui amener toutes les troupes disponibles dans le Dauphiné. Il lui ménagea les conseils et l'intervention de Montmorency, agissant comme connétable. Montmorency, parent de d'Epemon, avait été jasque-là son plus ferme soutien. Maintenant il s'indignait des projets de démembrement du royaume et de l'opiniâtreté de ce grand ambitieux, qui refusait insolemment les compensations que Henri daignait lui ofirir, et il prenait parti contre lui ix)ur le roi et pour la France *.

Les résultats de ces sages mesures arrêtées pour la Provence, et pour le Languedoc occidental, comme pour les provinces de Test et du centre, ne se firent pas attendre, et Henri, qui en prévoyait les effets, pouvait,

* Dépêche manuscrite du roi, en date du 24 décembre 1594, citée par M. Berfîer de Xivrey, dans les notes sur la lettre missive suivante. — Lettre missive du 23 octobre 1595, t. IV, p. 432. « J'ay moyen M d'empescher que le duc d'Espemon ne vende Boulofzne aux Espa- }} gnols, comme il menace. » Evidemment cette menace remonte à quelques mois.

* Lettre ù Montmorency du 23 octobre, t. IV, p. 430. a Les offres » que vous avés faictes au duc «rEspemon, suivant Tinstruction que » je vous avois donnée , estoieut assez grandes et advantageuses » i)0ur le contonter et retenir pu son debvoir, s'il luy eust resté tant » soit peu d'affection et de bonne volonté envers le Roy, et au bien » du royaume. » Montmorency envoyé en Provence le 24 septembre y séjourna jusqu*au 29 octobre. (Lett. missiv., t. IV, p. 439.)

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