‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 5)Chapitre 68 sur 344 · GRAVES MOTIFS DU SÉJOUR DU ROI DANS L'EST · texte numérisé non relu

GRAVES MOTIFS DU SÉJOUR DU ROI DANS L'EST

en écrivant à ses ambassadeurs, exprimer son plus ardent désir : a Le repos de mon royaume approche, par la grâce » de Dieu *.»

Deux des historiens du temps lui reprochent comme une faute son séjour prolongé en Franche-Comté et à Lyon. Ils prétendent qu'après l'avantage obtenu à Fontaine-Française, il devait sans retard partir pour la frontière de Picardie, où sa présence, selon toute probabilité, aurait prévenu les revers qu'on y essuya. Ces écrivains se sont faits les échos des bruits populaires du temps circulant dans la France du Nord. L'examen de l'ensemble de la situation , des besoins et des vœux des provinces , des témoignages des contemporains français et étrangers, repoussent cette accusation. Le roi , par son départ , aurait perdu les immenses avantages qu'il recueillit du 6 juin au 24 septembre. D'une part, il aurait compromis ou même perdu les chances de son absolution : d'une autre, en laissant le champ libre à l'armée espagnole et ligueuse restée presque entière, au connétable de Castille, à Mayenne, à Nemours, à Joyeuse, àd'Epernon, il aurait aventuré les destinées des cinq provinces de Bourgogne , de Lyonnais, d'Auvergne, de Provence, de Languedoc, pour sauver la frontière d'une seule. Non-seulement ces provinces réclamèrent sa présence et son séjour pendant tout le temps qu'ils durèrent , mais sollicitèrent instamment son retour chez elles au mois de janvier suivant, si ses affaires pouvaient le permettre. Dans son allocution au parlement de Paris du 1" octobre , Henri considérant ce qu'il laisse derrière lui d'entrepris, de commencé, mais encore d'incertain , surtout en Provence , démontre que loin de s'être trop longtemps arrêté à Lyon , il aurait eu besoin d'y rester six semaines de plus dans l'intérêt de la pacification du royaume. L'historien français Matthieu,

* Lettre du roi à de Brèves, du 21 septembre 1695, t. IV, p. 406.

106 LIV. V. CH. m. JUGEMENT DES CONTEMPORAINS SUR CE SÉJOUR.

l'historien étranger Bentivoglio , prononcent que sa présence à Lyon , tant qu'elle dura , fut indispensable ; qu'il ne prjuvait se rendre en Picardie avant le temps où il s'y transporta. Enfin la relation contemporaine, transcrite par P. Cayet et mettant dans tout leur jour les motifs et les résultats de sa conduite, dit d^une manière excellente : « Dès que cette trêve avec les ducs de Mayenne , de Nemours, de Joyeuse fut publiée, on jugea qu'on ne devait plus craindre de ce côté-là, et que leur paix était autant que faite. Tellement que le roi, ay^t envoyé M. le duc de Guise pour être seul gouverneur en Provence ^ et y mettre ordre aux divers partis qui s'y étaient faits , Sa Majesté laissant le Lyonnais^ la Bourgogne et toutes les provinces de ces quartiers-là en paix^ s'achemina vers Paris *. »

11 était capital d'en avoir fini sinon encore avec les derniers restes, au moins avec la partie la plus considérable,

* Dans sa leUre missive du 5 octobre à Elisabeth, postérieure à tous les revers de Picardie (tome IV, p. 421), Henri dit : « Mon voyage )> estoit si nécessaire et m'a esté si utile pour les provinces ou j'ay » passé, que je n'ay aulcun regret de l'avoir faict. » Dans les lettres inédites de Henri IV, recueillies par M. le prince Galitziu, on trouve, page 169, Tinstruction du roi à Lomenie envoyé en ambassade en Angleterre. Celte instruction porte entre autres la phrase suivante au sujet du st'vjour de Henri on Bourgogne, en Franche-Comté et à Lyon. « l>e voyage de Sa Majesté ostoit si nécessaire pour la conservation des » provinces de Hourgongne, Lyonnoys et aultres, desquelles Elle s'est » approchée, que si Elle n'y feut allée, lesdictes provinces ne se pou- » voient conserver, principalement celle de Bourgongue, en laquelle » Sa Majesté ne teuoit que trois ou quatre villes. » — Dans sa harangue au Parlement de Paris du 1" octobre, t. IV, p. 414, le roi dit : a J'ay » faict un long voyage, mais pas si long que j'eusse d.^siré ; car si » j'eusse peu esfre encore six semaines par delà, j'eusse nettoyé toutes » mes affaires qui sont grandes. » D'accord avec Matthieu, 1. I, p. 199, l'historien étranger BentivogUo, 1. XIII, p. 401, in-12, dit : « Henri » s'étoit d'abord proposé de marcher lui-même vers Cambray, pour » faire lever le siège, mais il ne })ouvoit encore effectuer sa 9^solution. » Le résumé des effets produits par le voyage et le séjour de Henri 8e trouve dans la relation contemporaine, transcrite par P. Cayet, l. Vn, p. 682 A.

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