‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 5)Chapitre 7 sur 344 · HENRI ORGANISE DE NOUVEAU LE CONSEIL D'ÉTAT ET DE FINANCES · texte numérisé non relu

HENRI ORGANISE DE NOUVEAU LE CONSEIL D'ÉTAT ET DE FINANCES

de réparer les maux de la guerre civile, de donner au royaume une bonne administration intérieure , en composant à nouveau et en perfectionnant le Conseil d'État et de finances, essayé en 1 594 après la mort de François d'O. Ce conseil n'avait remédié à aucun des désordres de la situation financière, l'une des grandes plaies de la France. Le roi attribuait l'impuissance dont il avait fait preuve à l'absence d'hommes possédant la connaissance théorique et pratique de la fortune publique. Aussi, dans celui qu'il institua en 1595, fit-il entrer à côté du maréchal de Retz , du secrétaire d'Etat Forget de Fresne , des conseillers d'Etat de Schomberg et de Maisse, quatre financiers, Lagrange-Leroi, les intendants Heudicourt, Marcel, Guibert. Il donna la neuvième place à Rosny, qui dans cette difficile matière s'était montré en plus d'une o<*.casion d'une rare habileté. Le Conseil d'État et de finances fut indépendant de celui qui se tenait auprès du roi , et eut une large part dans l'administration générale du royaume entre les années 1595 et 1599. Les Œconomies royales nous apprennent dans quel esprit Henri Tinstitua, et de quelles attributions il Tinvestit. Le conseil fut étabh à Paris comme corps sédentaire, résidant en un lieu certain, auquel toutes les demandes et plaintes des provinces se pussent adresser. D devait tenir le gros des affaires en réputation et en ordre, donner provision à celles qui ne souffraient pas de retard et qui ne tiraient pas à trop grande conséquence ; informer le roi de tout ce qui se passerait , lui renvoyer les questions d'intérêt majeur, recevoir ses décisions, et en assurer l'exécution *. Le roi se promettait beaucoup du nouveau conseil en

* Sully, CEcoD. roy., ch. 60, t. I, p. 192. — Le secrétaire de Sully, après lui avoi^ rappelé les atlributioiis du Conseil d'Etat et de finances, et les noms des huit premiers membres de ce corps ajoute : « Auquel » conseil le Roy vous fit adjousier trois jours après, prenant pour

\0 LIV. V. CH. 1. iL RÉSOUT DE PORTER LA GUERRE DANS LE PAYS ENNEMI.

ce qxii touchait aux finances. Tous les membres qui le composaient étaient renommés jusqu'alors pour leur intégrité , leurs lumières , leur expérience. Henri espérait qu'ils se surveilleraient, se contiendraient, se stimuleraient les uns les autres ; qu'ils réprimeraient les négligences et les dilapidations précédentes ; que les sommes enlevées au gaspillage et au vol seraient reversées sur les divers services publics , et profiteraient particulièrement à notre état militaire.

En même temps que le roi réglait ainsi l'intérieur du royaume et tentait une réforme, il arrêtait le plan de campagne et , avec des soins infinis , préparait une force armée proportionnée à la puissance de l'ennemi qu'il avait à combattre. D résolut de porter les hostilités sur le territoire espagnol , de détourner ainsi du Boulenois , de la Picardie , de la Champagne , les ravages de la guerre , ou d'infliger à l'ennemi des pertes égales aux nôtres ; d'attaquer Philippe II sur son terrain, dans ses principautés; et s'il n'était pas possible dé ruiner entièrement sa domination dans les Pays-Bas, de lui enlever au moins les provinces les plus voisines du royaume. Il arrêta donc d'assaillir à la fois le Luxembourg, l'Artois, la Franche-(ùomté.

Il fit des armements considérables , et ne forma pas

» prptpxte que M. lo prince de Cooly ayant tout'» créance en vous , » se disposeroit, par vostre moyen, à tout ce qu'ils adviscroieut entre » eux, qu'il devroit dire et faire. » Ainsi dans le principe le Conseil se compose de neuf membres, sans compter le prince de Conti, président honorifique, H Maillant le secrétaire qui n'a pas de voix. Quand plus tard, les huit premiers membres nommés ont contraint Rosny à sortir du Conseil, et à se retirer à Moret, le roi, dans sa lettre du 15 avril 1596, réduit à huit le nombre des membres du Conseil d'Etat et de finances. « On ma donné pour certain, et s'est-on fait fort de le » vérifier, r/e/e ces huit personnes que j'ay mises en mes finances, ont M bien encore pis fait que leur devancier.» (Sully, CEcon. roy., ch. 64, t. I. p. 207 A, et Lettr. Missiv., t. IV, p. 566.) On ne trouve dans les histoires de France modernes au<;un exposé exact de ce second Conseil d*£tat et de finances.

SES PREPARATIFS MILITAIRES : LEVEE DE SEPT CORPS D'ARMÉE. i 1

moins de sept divisions ou corps de troupes. Il donna trois divisions à Ix)ngueville , gouverneur de Picardie ; à Nevers, gouverneur de Champagne; au maréchal de Bouillon. Les deux premières se composaient des forces des provinces de Picardie et de Champagne , auxquelles quelques corps de troupes avaient été joints. La troisième comptait, outre les soldats levés par Bouillon dans sa principauté de Sedan, trois mille Hollandais auxiliaires, commandés par le comte Philippe de Nassau , car au début de la guerre la Hollande sembla devoir tenir à Henri les promesses que ses ambassadeurs lui avaient faites. Ces trois divisions devaient être renforcées d'un corps d'élite que l'intrépide Villars avait ordre d'amener de la Normandie. Le roi appela du Languedoc le nouveau connétable de Montmorency et cinq mille hommes dont il disposait, et le dirigea sur le Dauphiné et le Lyonnais, pays menacés à la fois par l'ennemi du dedans et par celui du dehors : c'était la quatrième division. Biron reçut la cinquième, destinée contre la Bourgogne, province où Mayenne maintenait son autorité et le parti de la Ligue. Les nouvelles levées faites sur divers ix)ints du royaume et rassemblées autour de Troyes en Champagne, formèrent la sixième division. La septième se composa de six mille Lorrains auxiliaires, commandés par le baron d'Haussonville et par Tremblecourt, que le duc de Lorraine après sa paix faite avec la France, venait de congédier. Henri les prit à son service et en grossit la force publique. Il pourvut aux subsistances et à la solde de toutes ces troupes pour six mois, en partie avec les produits insuffisants des impôts, en partie avec un emprunt de 100,000 écus qu'il avait négocié avec le grand-duc de Toscane, employant le crédit, dont les ressources ne lui étaient pas inconnues. Il compléta ses armements en appelant sous son drapenu la

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