ACCROISSEMENT DES FORCES DE L*ARMÉE ESPAGNOLE
chevaux, et il commençait à battre Cambrai avec soixantedouze pièces de canon ^
Mais le roi avait trouvé dans de Vie un homme digne de s'associer à ses desseins. L'intelligence et la vigueur de sa défense suppléèrent aux forces que nous refusaient nos alliés , rendirent vain l'accroissement d^s troupes et
* Pour les forces réunies autour de Nevers, la relation dans Gayet, L VII, p. 682, B § 3. — Pour la publication du ban eldelarrièru-ban, Tbuanus, 1. CXIII, § 5, t. V, p. 496. — Pour les secours demandés à TAngletenre et à la Hollande et refusés par ces puissances, 1" La lettre missive du roi à Elisabeth du 5 octobre, t. 1V, p. 418, relatant des faits accomplis dans les deux mois précédents. « Le secours duquel vous avés A (^té requise pour les affaires de mou pays de Picardie par ceulx de mon » Cwtseii que favois estaUis à Paris durant mon absence, et pour lequel » je vous ay prié depuis par la depesche que le sieur de la Baroderie » vous a portée, estoit si nécessaire que ne Tayant accordé, j'ay jugé » quelque diminution de vos favorables offices d'amitié accoustumez » en mon endroict. » î** Deux lettres inédites d'Elisabeth, dont je dois la commimication obligeante et libérale à M. Miller membre de l'Institut. Dans la première de ces lettres, la reine refuse d'envoyer aucun corps de troupes au secours de la France et de Cambrai. Dans la seconde , elle confirme par la phrase suivante les faits qu'énonce celle du roi du 5 octobre. « Il vous desplaict de trouver quelque affoiblissement » de ma bonne volonté , fondé soubz le non mander de forces en la » Picardie, quand vos conseillers et vous mesme le requerates. » 8* On voit que la lettre missive du roi écrite aux États-généraux des Provinces-Unies des Pays-Bas, en date du 17 septembre, t. IV, p. 403- 405, que du 11 août au 18 septembre, les Hollandais n'ont envoyé aucun secours pour le siège de Cambrai. Pressés par les reproches et les menaces que contient cette lettre du roi du 17 septembre, les Hollandais décident, le 22 de ce mois, qu'ils enverront un secours de deux régiments à la France. Cinq compagnies de ces deux régiments préparent leur départ le 22 septembre, et le reste des régiments le 1*' octobre (Meteren, Hist. des Pays-Bas, l. XVllI, fol. 383 recto). A cette date, pas un soldat hollandais n'est encore entré en France, puisque. dans sa harangue au Parlement de Paris du 1** octobre, p. 41 6, Henri dit: «Les Estats m'envoyent des gons de guerre. » Aucune partie du secours hollandais n'arriva ni avant le 2, ni avant le 7 octobre , jours où la ville d'abord de Cambrai, ensuite la citadelle se rendirent. Les Hollandais n'entrèrent pas dans le royaume avant le 8 octobre au plus tôt. — Pour l'emploi fait de leurs forces par les Hollandais et l'augmentation de l'armée de Fuentes, P. Cayet, 1. VU, p. r,58 A, 672 673. 674 A, 684.
118 LIV. V. CH. m. DE vie LUI FAIT ESSUYER UIŒ SUITE DE REVERS.
du matériel militaire de Tarmée espagnole, firent entrer le siège de Cambrai dans une période de succès continus pour les armes de la France. Fuentes battait Cambrai du côté du bastion Robert avec trente canons. De Vie fit élever par ses soldats, derrière la courtine, deux platesformes qui dominaient les ennemis , et un cavalier à la gorge du bastion Robert. Sur ces ouvrages, il établit une contre-batterie si forte qu'elle démonta et creva neuf canons aux Espagnols , brisa leurs afiïïts , renversa leurs gabions , tua leurs plus braves soldats , et les contraignit à retirer le reste de leurs pièces et de leurs troupes, pour les soustraire à la destruction. Rs furent dix jours sans pouvoir rouvrir le feu contre la ville. Au bout de ce temps, ils redressèrent, mais sans plus de succès, leurs batteries en deux autres lieux, donnant à l'une quatorze canons, et à l'autre huit. Contre la première, de Vie établit une nouvelle contre-batterie qui la rendit inutile : contre la seconde il conduisit une mine qui, en éclatant, enterra une partie des pièces ennemies et abaissa tellement le terrain sous les autres , qu'aucun de leurs coups ne porta plus. En même temps, de Vie avait exécuté des sorties meurtrières, et fait éprouver aux Espagnols de sensibles pertes. La prolongation du siège amena pour Fuentes d'autres complications et d'autres dangers. Les provinces d'Artois, de Hainaut, de Toiu'naisis, après avoir défrayé jusqu'idors ses troupes, et lui avoir fourni la moitié de l'argent promis, se trouvaient hors d'état d'acquitter le reste. Philippe II, dans la pénurie de son trésor, le laissait sans argent, sans moyens de payer les soldats , d'acheter des vivres et de nouvelles munitions. L'armée espagnole était diminuée, harassée, découragée. Dans cette situation critique, Fuentes assembla son conseil de guerre le 25 septembre , et le consulta sur le parti h prendre. La plupart opinèrent à lever le siège : ils se
FUENTES DÉLIBÈRE DE LEVER LE SIÈGE. \ l9
fondaient sur la considération que Nevers , d'un moment à l'autre, devait tenter avec ses 6,000 soldats de délivrer la ville et son fils ; que Farmée espagnole , placée entre l'attaque de Nevers et la sortie de de Vie , courrait déjà un grave danger ; qu'elle s'exposerait à un complet désastre, si elle attendait que le roi, qu'on savait prêt en ce moment à marcher en Picardie , vînt l'assaillir avec une armée entière. Sur l'insistance de de Rosne et de l'archevêque, qui conduisaient une intrigue dans l'intérieur de la ville, et demandaient qu'on en attendît l'effet, on résolut de continuer le siège, mais seulement pendant quelques jours. Cette menée ne semblait pas devoir mieux réussir aux Espagnols que les opérations militaires. En effet, les habitants s'étant réunis en assemblée solennelle dans les derniers jours de septembre, réitérèrent le serment de se maintenir sous le protectorat de la France, et le 30 septembre envoyèrent au roi une lettre contenant leur nouvel engagement et des protestations de leur fidélité *. Ainsi au moment où Henri , parti de Lyon le 25 septembre ,^s'achemina vers la frontière du Nord , les succès continus de la garnison, les dispositions des habitants lui donnaient et au-delà les moyens d'arriver à temps pour secourir Cambrai. La délibération des Espagnols ne laissait aucun doute sur le parti qu'ils prendraient : ils lèveraient le siège et décamperaient avant d'affronter l'attaque
^ Pour les opérations du siège et la délibératiou de Fuentes , la relation dans P. Cayet, 1. VII, p. 682 et l'exposé de Davila, 1. XV, p. 27, 28. D'accord sur tous les faits principaux, ils ne diffèrent que sur des détails sans importauce. — Pour Tétat de Tarmée espagnole, la Lettre missive du 8 octobre, t. IV, p. 425. « L'armée des Espagnols est ha- » rassée , incommodée et sans vivres. » — Pour la délibération et le nouvel engagement des habitants de Cambrai^ la Lettre missive du 1 4 octobre, t. IV, p. 428. « Par leurs lettres datées deux jours avant » Vexécution de leur trahison, les habitants me donnoient les assurances » de leur Ûdéle résolution à se maintenir soubz ma protection, jur^e » et reitérée peu de jours auparavant en assemblée publicque et solen- » nelle. » Fait nouveau fourni par cette lettre.
120 LIV. V. CH. m. LE ROI ET UNE ARMÉE POUR SECOURIR CAMBRAI.
du roi et de son armée. Cette armée toute fraiche devait se composer, comme Henri nous Tapprend lui-même,' des Suisses qu'il amenait à sa suite ; de la noblesse qu'il trouvait sur son passage ; des 6,000 Français que Nevers avait rassemblés ; de- 3,000 lansquenets qu'amenait Sancy, tous puissamment secondés par la garnison de de Vie *. Les cbances de succè^s étaient magnifiques : un concours inoui de circonstances malheureuses put seul les détruire.
Les fonds faits par le roi pour l'entretien des armées, mais diu'ant six' mois seulement, avec le produit insuffisant des impôts et avec les emprunts à l'étranger, ces fonds étaient épuisés. Il fallait trouver d'autres ressources. Une meilleure gestion financière en aurait fourni la plus grande partie ; mais aucune réforme n'avait eu lieu, et le Conseil de finances , réorganisé par Henri au commencement de cette année, trahissait sa confiance, perpétuait le désordre , continuait déplorablement François d'O. Il avait trouvé moyen d'écarter Rosny , le seul homme capable de combattre les dilapidations et le gaspillage, par une contradiction de tous les moments , par une sourde et constante persécution, et il l'avait contraint de se retirer à Moret. Henri cherchant vainement dans le trésor de quoi couvrir les dépenses extraordinaires de la guerre, de quoi faire l'argent exigé par la circonstance, le demanda aux expédients. Il rendit quatre. édits bursaux, et dans sa course rapide de Lyon à Paris, écrivit le 27 septembre au parlement de Paris pour les enregistrer sans délai. « Nous vous enjoignons, disait-il, que sans aucune » remise ni retardement , et sans attendre aucune lettre » de jussiou , que les soixante-dix canons qui battent » Cambrai, et vous appellent à son secours, vous ayez en
> Harangue de Henri au Parlement de Paris à la date du !•' octobre, t. IV, p. 416. Autres faits nouveaux.
FUNBSTR OPPOSITION DU PARLEMENT. ASSAUT DONNÉ A CAMBRAI. I2i
» toute diligence à vérifier l'édit, et que nous le trouvions » vérifié à notre arrivée, qui sera dans deux jours. » Le Parlement, qui durant la Ligue avait mis la main aux affaires publiques, voulut gouverner de moitié avec la royauté après les troubles , et inaugura sa participation an pouvoir par une intempestive et désastreuse opposition. La lettire du roi ne lui ouvrit pas les yeux sur la nécessité qui dominait tout : il ne vit dans les édits bursaux que le préjudice apporté à quelques intérêts particuliers ou secondaires, et résista à l'injonction de Henri. 11 l'obligea de rassembler le l^r octobre , et de lui adresser des exhortations dont il ne tint encore aucun compte, car il ne céda qu'à des jussions réitérées *. Le roi perdit quelques jours irréparables dans ce conflit, et l'entêtement du Parlement entra dans la perte de la ville et de la citadelle de Cambrai pour une part considérable, quoique moindre que la trahison des habitants et les fautes nouvelles de nos généraux.
Le 2 octobre j Fuentes et de Rosne , instruits de l'approche du roi , tentèrent un grand elfort pour s'emparer de Cambrai avant son arrivée. Ils battirent la" place avec toute leur artillerie, pendant plusieurs heures, et parvinrent h ouvrir une brèche. Mais ils trouvaient derrière de Vie et sa garnison^ aussi résolus que jamais pour l'assaut, et, comme le témoigne la relatioti contemporaine, « leurs » efforts eussent de |)eu profité, si le dedans de la ville » eust esté asseuré. » Il cessa de l'être par un changement
* Sully, CEcon. roy., ch. 60, 61, p. 192, 193, 199. — Lettres missives des 27 septembre et 2 octobre au Parlement de Paris, t. IV, p. 41^, 413, 417. Les quatre édits bursaux, dod mentionnés ailleurs, nous le croyons, étaient un édit pour la création des jaugeurs de vins par tout le royaume ; un autre pour la créatiou d'un siège présidial à La Flèche, les nouvelles charges de juges étant vendues; un autre pour les revenus et augmentations du parisis des greffes, un autre pour des réunions diverses au domaine.
lia LIV. V. CH. III. JETONS DE BALA&NT. TRAHISON DES HABITANTS.
dans Tétat des esprits. Le parti de Tarchevêque et des E-spagnols , docile aux su^estions des jésuites et à la dilection de de Rosne, avait souvent tenté d'insurger la majorité contre l'autorité de Balagny^ et d'ébranler chei elle le dévouement à la cause de la France. Jusque-là ce parti avait échoué, et la promesse de la majorité » adre^ sée au roi le 30 septembre, semblait garantir la durée de ces dispositions. Un incident malheureux les changea et amena une subite défection. A la fin d'un long siège , Kalagny , à bout de ressources pour payer la garnison^ avait depuis quelques jours fait bjatire des jetons de cuivre ; il leur avait attribué la valeur de vingt sous, et leur avait donné un cours forcé dans les transactions des soldats avec les habitants. Mais il avait averti en même temps que cette monnaie serait retirée aussitôt après le siège levé, et que tous les détenteurs des jetons en seraient alors remboursés en argent , cherchant ainsi à prévenir chez les bourgeois la crainte d'être lésés, et les ressentiments, n n'y réussit pas. Le cours de cette monnaie engendra des disputes entre les soldats et les habitants, et chez ces derniers un profond mécontentement. Le parti «le rarchevêquc et des Espagnols l'exploita d'une manière désastreuse pour nous. Le 2 octobre, au moment de l'attaque de Fuent(*s, le peuple de Cambrai était réuni sur la place publique, pour partager la défense avec la garnison. Les agents de l'archevêque et de de Rosne s'abouchèrent avec les autres bourgeois , les pressant vivement de se joindre à eux pour secouer la ilomination de Balagny, et pour se soustraire aux dangers d'un assaut. Ce» derniers, au mépris Je leur serment de l'avant-veille, se laissèrent fatalement entraîner. Tous ensemble élevèrent des barricades, gagnèrent à la révolte les Suisses soudoyés par Balagny, se saisirent de la porte du Sainte Sépnlcr<\ convinrent avec Fuentes de se rendre sous la