LBS ESPAGNOLS DANS CAMBRAI : LES FRANÇAIS DANS LA CITADELLE
condition que. leur ville, rentrant dans son ancien état, demeurerait libre, et qu'ils recouvreraient tous leurs privilég^'s et franchises. De Vie et Balagny Umtèrent vainement de traverser cet accord par la persuasion , et les Français, occupés alors sur les remparts et se préparant à repousser l'assaut de Tennerai , ne purent l'empêcher par la force. Les habitants introduisirent les assiégeants dans leurs murs, et les Espagnols, qui avaient échoué dans toutes leurs tentatives pour emporter la ville, s'en trouvèrent maîtres sans combat le 2 octobre. Rien cependant n'était encore perdu sans retour. Pendant la capitulation des habitants , de Vie et les Français étcdent pai-venus à se retirer dans la citadelle. Ils avaient résolu de la défendre à toute extrémité jusqu'à l'arrivée du roi, et Henri accourant avec son armée, prenant de la citadelle le point de départ de son attaque , pouvait chasser l'Espagnol et recouvrer la ville. Mais à peine entrés dans la citadelle , les Français s'ètant fait ouvrir les magasins, trouvèrent qu'il y avait à peine des vivres pour quelques jours : la dame de Balagny, aussi avide qu'imprévoyante, avait fait vendre les provisions à l'insu de Sun mari. Restait un moyen , un suprême moyen de défendre la forteresse, de ménager à Henri le temps d'amener ses forces : c'était que le duc de Nevers, qui avait réuni 6,000 soldats dans Péronne, à une journée de marche de Cambrai, fit un vigoureux effort et amenât aux assiégés , avec des troupes fraîches , les vivres et les munitions dont ils manquaient. De Vie et les Français requirent avec instance le duc de Nevers d'uu secours ; mais , après tous les autres , ils virent ce dernier espoir d'une résistance possible leur échapper. iVevers avait son fils dans la citadelle; il ne voulut compromettre ni sa tête ni sa liberté, et au lieu de renfort, il envoya aux assiégés le conseil de capituler. Ignorant la marche et la
124 LIV. V. CH. m. RÉPONSE DE NEVERS : LA CITADELLE RENDUE.
prochaine arrivée de Henri ; ayant à craindre de ne sortir (lu poste qu'ils défendaient que la corde au cou, ils traitèrent avec Fuentes à des conditions honorables le 7 octobre, et rendirent la citadelle le 9. Cependant le roi, sorti de ses différends avec le Parlement, et des soins qu'exigeait le rassemblement des troupes , s'était avancé avec une partie de ses forces jusqu'à Montdidier. Mais là il apprit qu'il n'y avait plus rien à tenter, et que le manque de résolution de Nevers, qu'il qualitia comme il le méritait, avait porté le coup de grâce à Cambrai*. Il n'eut plus dès lors a songer qu'à la protection du territoire voisin et à une éclatante revanche sur les Espagnols.
Récapitulant dans l'une de ses lettres tout ce qu'il avait fait pour sauver Cambrai, il établit, et les historiens étrangers reconnaissent, que cette place lui fut enlevée par des circonstances trompant dans leur fatal concours tous les calculs de la prudence humaine *. Mais la ville perdue contre toute raison , nVn était pas moins perdue
ï Le roi instruit que le fils de Nevers se trouvait avec de Vie et les Français dans la ciladclle do Cambrai, ju}j;ea de ce qui arriverait et dit : « Cela rendra la capitulation plus press<^e : le duc ne voudra » laisser longtemps son fils dans cette peine.» (Malthieu, 1. U, p. 218). Matthieu ajoute que le roi délibiMant d'aller attaquer Cambrai, malgré la pri&e de la citadelle, et Nevers l'en dissuadant, Henri s'écria: « C'est bon pour vous qui n'en avez jamais approché que de deux » lieues. » —La Lettre missive du roi du .14 octobre, t. ÏV, p. *Î8, relativement ^i l'état des Français après le refus de secours fait par Nevers. « Mes serviteurs eussent esté contraincts de sortir de la » citadelle la corde au col. »
Pour tous les autres détails relatifs au siège de Cambrai et compris dans les para|iraphes précédents qui n'ont pas été accompagnés de citations, voir: Tliuanus, 1. CXI, § 4 , 6, t. V, p. 425, 427-429, et LCXUI § 2-7, p. 491-501. — Matthieu, 1. I, II, p. 198, 199, 218, 219. — D'Aubifiné, t. m, 1. IV, c. 9, p. 300, 361. — P. Cayet, 1. VII. p. 673, 674, 682-684. — D.ivila, l. XV, t. III,sui»pl., p. 21-32. — Bentivoglio, l. XVIll, p. 452-475,
* Lettre miss, du 14 octobre, t. IV, p. 428. — Davila, 1. XV, p. 29. « Des circonstances nouvelles et imprévues dissipèrent tous les obs- )> tacles qui s'opposaient à l'entreprise des Espagnols. »