LES FDONTIÈRBS GARANTIES, LE SIÈGE DE LA SÈRE RÉSOLU
pour la France, et elle devint pleine possession espagnole par l'insigne manque de foi de Fuentes. Il n'accorda à l'archevêque de Cambrai que des droits honorifiques et vains, et réserva toute la souveraineté effective à l'Espagne. H ne rendit pas davantage aux habitants leur régime communal et leurs franchises ; il les réduisit souss l'absolu pouvoir de Philippe II , infiniment plus dur que la domination de Balagny K Cette peine de leur trahison, cette stérile satisfaction donnée aux injures de la France ne changeaient rien à l'ascendant nouveau que les Espagnols avaient pris par leurs conquêtes. De Cambrai et du Cambrésis ils menacèrent incessamment le royaume. La prise de Cambrai, après celle du Castelet et de Dourlens, le massacre de Dourlens, avaient répandu la consternation dans tout le voisinage, et inspiré à plusieurs villes de Picardie de lâches et désastreuses résolutions. Les habitants, pour échapper aux rigueurs de la guerre, songeaient à se soumettre aux Espagnols dès qu'ils paraîtraient : nous étions menacés de voir nos revers s'étendre dans une mesure eflrayante *.
Le roi para d'abord à ce danger. Avec les troupes qu'il avait amenées, il protégea les villes en augmentant leurs garnisons, en tenant la campagne, en barrant le passage aux Espagnols : il rassura et ramena promplemenl les esprits à Ham, à Saint-Quentin, à Péronne, dans toutes les villes situées sur la Sommé ^. Après avoir ainsi prévenu de nouvelles pertes, il résolut de réparer l'échec (jue venaient d'essuyer le royaume et sa répulation, en expulsant l'Espagnol de Tinlérieur de la Picardie et de la France, en entreprenant le siège de La Fère. La difficulté de l'entreprise était grande : il s'en rendit
» P. Cayet, 1. VU, p. 68* A.
* Lettre miss, du li octobre, t. IV, p. 426.
"• Lettre mh^. des 12 et 23 octobre, t. IV, p. 426, 429.
120 LIV. V. CH. gi. LE ROI DEMANDE DU SECOURS A SES ALLIÉS.
compte, et pour assurer le succès il chercha à fortifier les troupes nationales des siecours des alliés de la France.
Au mépris de leurs promesses et de leurs engagements du mois de janvier, T Angleterre et la Hollande ne nous avaient pas fourni un soldat pendant la dernière campag:ne, et notamment pendant le siège de Cambrai. Cet abandon avait découvert à Henri une iiartie des secrets desseins de nos alliés : la négociation ouverte par lui , pour obtenir des contingents auxiliaires, lui dévoila tout le plan, toutes les combinaisons de la politique anglaise. Le but principal du ministère anglais, dominé et inspiré par le grand-trésorier, lord Burghley, était d'user de la rivalité et de la guerre entre la France et l'Espagne pour les abaisser Time par l'autre, et pour assurer à l'Angleterre la prédominance dans les affaires de TEurope. L'accessoire de ce projet était d'amener notre pays au point de la Hollande, que les ministres d'Elisabeth tenaient dans leur sujétion. Aux ambitieuses prétentions de cette politique dans les affaires continentales, venaient se joindre les calculs «l'un intérêt maritime et les spéculations d'un intérêt commercial. Le ministère anglais visait à l'occupation de quelques-unes d»» nos places maritimes , qui , outre la facilité (les invasions en France , lui ménageait deux avantages. Le premier , en procurant à l'Angleterre des possessions et des établissements des deux côtés di! détroit, était de lui assurer Tempire exclusif de l'Océan, (pi'elle affectait depuis quelques années. Le second était d(» lui doimer des entrepôts qui lui permissent d'inonder incessiimment la France des produits de son industrie, et d(» faire, d'iuie manière permanente et durable, ce qu'elle avait fait par oc<*asion pendant les troubles de* la Ligue, comme l'établit renquêti». ouverte à la lin de 1596 *. lies
' Lt'Uro d'ÉliDabeUi à aou euvoyé pï\ Friuice, dans les manuscrits de
RAPPOHTS AVEC L'ANGLBTERRE , POLITIQGE DE CETfE PUISSANCE. 127
résultats aux(|iiels lord Bui^hley s'attachait avec ardeur, le premier était atteint. La perte de nos places frontières, la défaite de Dourlens nous avaient affaiblis en Picardie ; le rappel des troupes de Norris avait arrêté le progrès de nos armes en Bretagne et ajourné la réduction de celte province ; les succès obtenus par le roi sur la Ligue et sur TEspagne à Test et au midi, avaient été ainsi non détruits mais balancés.*, l^e grand-trésorier s'efforçait maintenant de faire réussir la seconde de ses combinaisons, et d'amener la France à l'abandon de quelquesunes des villes de ses côtes. En envoyant des secours en Bretagne, le ministère anglais avait réclamé une ville pour servir de lieu de retraite à ses troupes. Dédaignant Paimpol, que Henri leur avait assigné, sons prétexte que la place était incommode et malsaine, en réalité parce qu'ils ne la trouvaient pas assez importante, les ministres anglais avaient demandé Brest en 1593, et Morlaix après sa réduction en 1594. La patriotique opposition de de
Brienue, vol. 37, fol. 5, citée par M. de Sismondi, t. XXI, p. 419. « Calais » est mainlenaDt le plus. proche désir de TEspagnol, comme une place » de grand renom, et plus propre pour interroènitre nostre jtouvoir au » détroit de la mer, où ne pouvons endurer de compagnrm. » Davila. 1. XV, p. 65. \ja. Reine d'Angleterre avait souvent demajidé à Henri « une » place sur les côtes de France, propre au commerce des Anglois , et à » leur servir de nantissement. » Voir ci-après, dans le livre consacré au commerce et à Tindustrie les réclamations de Barth. Laffemas.
* Lettres inédites de Henri ÏV, à la date du 5 octobre 1595, dans le recueil du prince Galitzin, p. 171. <c Sa Majesté n'esperoit pas moins 9 faire en la Bretagne qu'en la Nortuandie, si après les conquestes et » heureux succez qu'eut feu M. le mareschal d'Aumont l'année der- » nière en la Basse Bretagne, la dicte dame n'eust revocqué ses forces, » qui fui cause d'arrester le cours des progrez que ftouvoient faire les » affaires de Sa Majesté au dict pays. » P. 170. « Cependant les forces o et favorables services dont la dicte dame a cy-devant assisté Sa n 'Majesté ajant esté employez contre les Espagnols et leurs adhérens, » ennemys communs de leurs royaulmes, ladicte dame ne peut qu'elle » n'ayt particippé au fruict qui est provenu, ayant esté les progrès » et dpsseiugs desdicts ennemys interrompus par \o moyeu desdictes » forces. »
128 LIV. V. CH. lii. L'ANGLETERRE VEUT AVOIR CALAIS.
Rieux (le Sourdéac , gouverneur de Brest , rindignatioo des États <le Bretagne dénonçant au roi l'attentat à leur indépendance et à l'intégrité lie notre territoire , et lui écrivant qu'ils ne voulaient plus d'Anglais dans leur pays, avaient mis à néant les projets de l'Angleterre sur Brest et sur Morlaix. Boulogne et Calais étaient maintenant l'objet de la convoitise de lord Burghley. Attentif à la nécessité du roi et prévoyant sa demande , il lui avait . fait proposer l'abandon de Calais par l'organe de Roger Willems , l'ambassadeur anglais. Quand le roi envoya , le 5 octobre, Loménie en Angleterre, avec charge de réclamer l'assistance et les contingents anglais et hollandais devant être employés au siège de La Fère, il lui prescrivit, dans ses instructions, de ne pas accepter la cession de Calais pour condition des secours que sollicitait la France. En même temps, il rejetait, et justement selon toute apparence , l'exigence de Calais sur ceux qui entouraient Elisabeth ; lui disait que cette pensée intéressée n'était pas née dans son âme ; la rappelait aux sentiments de la dignité royale et de la politique élevée ; la pressait de ne pas marchander l'assistance qu'il réclamait d'elle , de ne pas exploiter sa nécessité *. (^.e noble langage ne trouva
* Pour Br<»8t et pour Morlaix, voir Dom Taillandier, Hisl. de Bretagne, 1. XIX, p. 430, 435, et Matthieu, 1. Il, p. i47, 249. « Sourdéac dit qne » la ploice (Brest) estoit au Boy; qu'il la lui remettroit pour eu diapo» » SOT à sa volonté ; et que si elle estoit à d'autres qu'à luy, il n'y de- » meurcroit jamais ... La royne d'An^çIeterre fit revenir le général » Norris, et la Bretagne, ne voulait plus d'Anglais, pria le roy de leur » donner des Suisses. » — Pour Boulogne, Lettre miss, du 23 octobre 1595, t. IV, p. 432. « J'ay moyen d'empescher que le duc d'Ëspemon M ne vende Boulo«nie aux Espagnols, comme il menace, quand Je t-otê" » drny i'abnruiomier à la royne d*Ang/eterre ^ Taimant mieux eu ses » mains qu*(*n la puis.>anc'e du roi d'Espagne. » Il est clair <[ue dans les mois précédents Elisabeth a solUeité Henri de lui céder Boulogne. — Pour Calais : Lettres inédile» de Henri IV, p. 17i, 5 octobre 1595, iustructioD baillée a M. de Loménie par le roy, renvoyant en Angleterre, a Si la n dicte dame parle de (Valais, comme elle en avoil chargé le sieur Roger » Willems, le sieur de Lomenye luy fera congnoistre que Sa^Majesté ue