LIV. V. CH. 111. RAPPORTS DE LA FRANGE AVEC LA HOLLANDE
plus hostiles que jamais. Quel qu'ait été son motif déterminant, dans le cours du mois de septembre et au mois d'octobre 1595, par l'intermédiaire du pape d'un côté, du duc de Mercœur de l'autre, il fit proposer au roi une trêve, durant laquelle seraient débattues les conditions d'une paix éventuelle. Heiu*i sentait qu'en supposant qu'il dût faire quelque fond sur ces propositions, la paix en ce moment, ne pouvait être qu'onéreuse pour la France et pour lui : avant de prêter l'oreille à aucun accord, il voulait reconquérir ses villes perdues, et tirer une éclatante revanche des succès des Espagnols en Picardie *.
Mais il profita des ouvertures du roi catholique, pour contraindre l'un des peuples alliés de la France, à remplir, au moins dans une certaine mesure, les engagements que cette nation avait pris à notre égard, au moment de la déclaration de guerre à l'Espagne. Les
* De Thou, d'ordinaire si exact, se trompe quand il dit, 1. GXm, § 9, t. V^ p. 502, qu'Elisabeth envoya au roi quatre mille hommes pour le siège de La Fère : Elisabeth ne lui envoya pas un soldat C'est ce que témoigne formellement le secrétaire d'Etat ou ministre de la guerre Villeroy^ dans son mémoire placé en tète du volume manuscrit de ses dépêches, fol. 5 recto § 2 (Bibl. imp.. Fonds français, u* 3,456). 11 nous apprend qu'au siège de La Fère Henri ne fut aidé que par les Hollandais seuls : a La ville de La Fère fut rendue » au roy en ce temps-là, après l'avoir tenue assiégée huict mois eu- » tiers, sans y avoir été assisté d'autres fot'iies que de celles desdits » sieurs des Estais, » Le siège effectif de La Fère dura moins de sept mois; mais Villeroy compte dans le temps du siège celui des préparatifs et de l'envoi du corps auxiliaire des Hollandais, lequel eut lieu au mois d'octobre. — Davila, 1. XV, t. Hl, suppL p. 44. — P. Cayet, p. 684 B.
Lettres missives des 21 septembre, 28 octobre, 10 novembre 1595, L IV, p. 407, 432, 444. « Mes ennemys me recherchent de la poix par » l'entremise du pape... Je suis recherché d'une tresve générale du » roy d'Espagne... Je n'ay aulcuuc volonté de Iraicter avec le loy » d'Êspdgne, contre lequel les derniers exploicls m'animent plustost » qu'ih ne m'adoucissent , et quand je vouldrois entendre, je ne le » ferois aulcunement par le moyen de mes subjects, et moins du » duc de Mercœur que d'un autre. »
HENRI FORCE LES HOLLANDAIS A LUI FOURNIR DES SECOURS. 13t
Hollandais étaient restés sourds à toutes les invitations qui leur avait été adressées pour secourir Cambrai. Loin de nous aider contre Philippe II d'aucune armée, ni même d'aucun corps de troupes ; loin d'opérer en notre faveur les grandes diversions qu'ils avaient promises, ils avaient réduit l'effectif de leur armée , et apporté une grande mollesse dans leurs opérations militaires durant tout le cours de cette année, comptant que la France ferait la guerre à l'Espagne pour elle et pour eux à la fois. Ils avaient essuyé une suite d'échecs : ils avaient perdu la ville de Huy dont Fuentes les avait chassés : le prince Maurice avait été repoussé au siège de GroU : Philippe de Nassau avait été vaincu et tué dans un combat livré sur les bords de la Lippe : un autre de leurs chefs avait encore échoué à Tattaqne de Lières*. Au mois de septembre, Henri les menaça de traiter avec Philippe II s'ils ne lui tenaient les promesses qu'ils lui avaient faites, et s'ils ne sortaient de l'abandon d'eux-mêmes dans lequel ils étaient tombés. Toute trêve ou paix de la France avec l'Espagne donnait à cette dernière puissance la facilité de tourner contre la Hollande les armées qu'elle avait jusqu'alors employées contre la France ; et les Hollandais, dans la mauvaise fortune et la faiblesse où ils se trouvaient alors, couraient risque <l'être écrasés par le roi catholique. Aiissi se mirent-ils en devoir de donner quelque satisfaction à Henri. Vers le milieu d'octobre, ils lui envoyèrent deux mille hommes de leurs troupes, l'argent nécessaire pour en solder deux mille autres, une grande
» P. Cayet, 1. VU, p. 658, 67î. 673, 6H4. — Les Hollandais sont chassés le 13 mars de Huy dont ils se sont emparés. Le prince Maurice eU contraint d'abandonner le sié;ie de GroU le 25 juillet : les Espagnols annoncent cet événement dans des écrits qu*ils intitulent : « Piima Mauricii Nassovii fuga. » Philippe de Nassau est vaincu et tué sur les bords de la Lippe, le i septembre. De Hérauguire, gouverneur de Bréda, essuie un nouvel échec à l'attaque de Lières, le 14 octobre.
iSt LIV. V. CH. 111. COURROUX ET VENGEANCE D'ÉUSABBTH.
quantité de grains pour la subsistance de son armée '. Ils fournissaient ainsi à la France une partie de ce qui était nécessaire pour se relever dans sa lutte contre TEspagne au nord. Ce secours qu'ils nous donnaient contrariait les projets formés par l'Angleterre pour rabaissement de notre pays : aussi leur valut-il la colère et la persécution d'Elisabeth. Elle déclara aux Etats de Hollande que, puis(|u'ils avaient assez d'argent pour en fournir au roi de France, ils en avaient sans doute assez pour payer leurs dettes, et qu'elle voulait être remboursée de ce qu'elle avait avancé pour eux. Ces avanc^'s se montaient an chiffre de 4,500,000 livres d'alors, 16,500,000 francs d'aujourd'hui, somme énorme pour le temps. Elle ajoutait que s'ils ne lui donnaient pas une prompte satisfaction, en lui remboursant sur-le-champ une partie de la dette, et en lui assurant le reste dans un certain temps, elle prendrait les moyens propres h les y contraindre. L'occupation des trois villes de Ramekens, La Brille, Flessingue qu'elle tenait en otage des Hollandais, rendait sa menace formidable. Mais les événements qui survinrent inopinément, la nécessité où elle se trouva d'emprunter aux Hollandais une partie de leur marine pour la joindre à la sienne, la contraignirent à ajourner l'effet de son mauvais vouloir et de ses menaces. Les Hollandais purent impunément laisser à la France le secours dont ils venaient de l'aider, et Henri l'employer à l'attaque de La Fère, qu'il commença le 8 novembre 1595 *.
« Lettre missive du 23 octobre, t. IV, p. 432. «Messieurs des Estais » iu*oiit euvoyé doux mil liouimcs de pied, et j'ay deux mil François » entreleous de l^urs deniers dans mes villes de celte frontière. » — Rapin de Thoyras, 1. XVif, t. VII, p. 485.
* Camdpn. Ann. rer. anglic. , pars IV, p. «48-650. - Du Vair, Advis sur la constitul. de l'Estat d'Angleterre, p. ina. « Depuis le secours » que ceux des Pays-Bas ont donn*^ au roy, elle a pris sujet, et n'a I) cessé de les poursuivre de luy rendre l'argent qu'ils luy doivent.