‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 5)Chapitre 9 sur 344 · IL ATTAQUE LA FRANCE SUR CINQ POINTS A LA FOIS · texte numérisé non relu

IL ATTAQUE LA FRANCE SUR CINQ POINTS A LA FOIS

Il attaqua le royaume sur cinq points à la fois , soit avec ses années, soit avec le concours des seigneurs qui soutenaient encore le parti de la Ligue ou le parti aristocratique, n ordonna à son armée des Pays-Bas de s'employer tout entière d'abord à chasser les Français du Luxembourg et de l'Artois envahis par eux, ensuite à pénétrer en Picardie. Il menaça en même temps la Bretagne par les troupes espagnoles, dont Mercœur continuait à subir la dangereuse assistance; la Bourgogne par celles que Mayenne était contraint d'y appeler pour la défendre ; le Lyonnais par les corps auxiliaires que sou gendre, le duc de Savoie, envoyait au duc de Nemours, échappé récemment de la prison de Saint-Pierre-Encise ; la Provence enfin par son alliance avec Louis d'Aix, (Nasaux et d'Épernon. Il entretenait déjà d'étroites relations avec Louis d'Aix et Casaux , tyrans nés de la démagogie, qui asservissaient Marseille : il en noua au commencement de 1595 avec d'Épemon , et il les convertit en traité formel à la fin de cette année.

La France, qui au début de la lutte avait pris le rôle agressif, fut contrainte de l'abandonner, par suite de revers que l'invasion, d'abord heureuse, ne tarda pas à essuyer. Bouillon, ignt)rant l'art, si bien pratiqué par Lcsdiguières, de joindre pour la solde et l'entretien de ses troupes les ressources créées par lui-même aux sommes restreintes que pouvait lui fournir un trésor public obéré, abandonné d'une partie de ses soldats qui désertèrent dès qu'il ne les paya plus, destitué tout à coup de l'aide des Hollandais auxiliaires, fut contraint d'abandonner les petites places qu'il avait occupées dans le Luxembourg, et repassa la Meuse. Après la mort du duc de Longueville, tué par accident à son entrée à Dourlens, ses troupes, en perdant leur chef, perdirent confiance, évacuèrent T Artois et se replièrent sur la Picardie. Le 24 avril, le roi reçut

i6 LIV. V. CH. I. LA FRANCE EST MENACÉE A SON TOUR DE L'INYASION.

avis que le connétable de Castille était entré dans la Franche-Comté avec l'armée qu'il amenait du Milanez et qui dépassait douze mille hommes. La disproportion des forces entre les Espagnols et les Lorrains au service de la France était telle que ceux-ci ne pouvaient tenter une lutte sans témérité. Leurs corps se retirèrent tous successivement de Franche-Comté en Bourgogne, après que Tremblecourt, Tun de leurs chefs, eut valeureusement défendu Yesoul pendant quelque temps. De ce côté encore nous étions chassés du territoire ennemi, refoulés sur- le nôtre, et nous avions à le défendre contre ime prochaine invasion.

La situation nouvelle qui était faite à la France, les dangers qui la menaçaient, provenaient en grande partie de la conduite des alliés à notre égard : dès le début de la guerre, ils violaient à son égard les promesses faites, les engagements pris d'honneur. Les Anglais et les Hollandais avaient promis d'opposer à Philippe H <les armées assez nombreuses pour attirer sur eux la plus grande partie des forces dont ce prince disposait, et pour faciliter à Henri la conquête des pays soumis à la domination espagnole. Elisabeth rappela son général Norris et les quatre mille Anglais qu'elle avait envoyés pour combattre les Espagnols en Bretagne. A la date du 25 février, le roi écrit à Beauvoir, son ambassadeur en Angleterre :

fl Je ne sçais ce qui peut faire résoudre la reine de contremander le capitaine Noreis avec ses gens, alors que les Espagnols ont fait entrer en mon royaume une nouvelle armée... Edmond ( l'ambassadeur Anglais) , m'a fait entendre qu'elle avoit résolu de retirer lesdiles forces parce qu'elle ne les avoit envoyées que pour reprendre Codron (le fort Codron) , et qu'elle étoit contrainte de se décharger de la dépense d'icelles, pour mieux pourvoir à d'autres qui la pressent, n'étant sans jalousie pour quelque remuement du côté de l'Irlande. Laquelle, avec plusieurs autres considérations, l'empêcheront de s'embarquer plus avant en la guerre contre l'Espagne. »

ABANDON DE LA FRANGE PAR L'ANGLETERRE ET LA HOLLANDE. l7

La révolte du comte de Tyrone,qui éclata peu après en Irlande, n'eut aucunes suites, et laissa intacte la puissance d'Elisabeth. La flotte de Philippe U repoussée par des vents contraires, échoua dans l'attaque du pays de Cornouailles, et les côtes de l'Angleterre demeurèrent à l'abri de rinvasion espagnole. La reine, restée dans la pleine disposition de toutes ses ressources, n'en persista pas moins dans sa résolution, et quand Henri insista de nouveau pour être secouru contre l'ennemi commun, elle ne lui répondit plus que par des refus et d'injustes reproches. Ainsi, après l'avoir jeté par ses instigations et ses promesses dans la guerre ouverte contre Philippe H, elle refusait, elle, de s'y embarquer, de prendre sa part des dépenses et des dangers. La Hollande l'imita dans l'abandon où elle nous laissait. Le corps de trois mille soldats, que les Provinces-Unies avaient envoyé à notre secours à la fin de la précédente année, servait dans le Luxembourg. Le comte Philippe de Nassau, et les officiers sous ses ordres, conformément aux instructions qu'ils reçurent de leur gouvernement, décidèrent à la fin du mois d'avril 1595 qu'ils sortiraient du Luxembourg, abandonneraient le duc de Bouillon, et reprendraient le chemin de leur patrie. Peu après ils exécutèrent cette résolution, et le comte Philippe ramena les troupes hollandaises en Zélande *. .

Ici il faut s'arrêter un moment pour se rendre un compte exact de la conduite des alliés de la France à son égard, pendant la fin périlleuse de sa longue lutte contre l'Espagne. On trouve, dans Camden, la réponse d'Elisabeth et de ses ministres aux propositions que leiu* adresse

f Lettre du roi à Beauvoir du 25 février, dans les Lettres Miss., t. IV, p. 311. Nous ne reproduisons pas Torthographe du temps. — P. Cayot, 1. VII, p. 661,663.— Thuanus, 1. CXm, § 11, t. V, p. 504. — Matthieu, 1. II, p. 249. — Camden, Annales rerum Anglicarum, pars iv, p. 640,

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