‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 5)Chapitre 91 sur 344 · G LIV. V. CH. IV. COMBATS ET SIÈGES DANS L* INTÉRIEUR DE MARSEILLE · texte numérisé non relu

G LIV. V. CH. IV. COMBATS ET SIÈGES DANS L* INTÉRIEUR DE MARSEILLE

Ligue française, accourus à la nouvelle de son entreprise. A la tète de cette force improvisée, il s'empara successivement d'un corps de garde voisin, où étaient disposées les batteries; puis des diverses dépendances et des trois portes de la porte Royale : il demeura pleinement maître de cette forteresse, et la garnit de défenseurs sûrs au dedans et au dehors. Il dépêcha alors sur de rapides chevaux les capitaines Laurent et Impériali au duc de Guise, pour l'informer de la mort de Casaux, et le presser d'amener sans retard le corps du secours. Dans l'intervalle, entre le départ de ces messagers et l'arrivée du duc de Guise, Liberté eut à soutenir à la porte Royale une redoutable attaque de la faction ennemie. Louis d'Aix, en s'éloignant des murailles , s'était sauvé vers le port. L'enceinte de la ville étant très basse en cet endroit, le viguier s'était fait hisser par-dessus, avait traversé le port dans une barque, était rentré dans la ville par le côté de la mer, et avait appelé aux armes ses soldats et ses partisans. Après avoir rassemblé une troupe nombreuse, et s'être rallié au fils de Casaux , il venait à leur tête pour reprendre la porte. Mais ils furent repoussés avec vigueur par Libertà et ses amis , aidés du détachement du duc de Guise, qui peu d'instants auparavant avait mis l'escorte de Louis d'Aix en fuite. Louis d'Aix et le fils de Casaux, refoulés dans la ville, allèrent occuper l'Hôtel-de-Ville avec cinq cents hommes, tandis que Libertà introduisait le duc de Guise et le corps du secours. Les^royaux commençaient à peine à entrer dans la ville, lorsqu'ils furent joints parle président Rernard et par deux mille bourgeois, que l'autorité et les exhortations de ce magistrat avaient armés pour la délivrance. Ils se mirent à la tête des troupes du duc de Guise, et allèrent avec elles attaquer l'Hôtel-de-Ville. Le siège fut rude : le duc combattant avec intrépidité au premier rang des assaillants, eut à essuyer avec eux les mousquetades,

PAR UBBRTA, LES TROUPES DU DUC DE GUISE, LA BOURGEOISIE i57.

les pierres , les pièces de bois , les feux d'artifice que les assiégés faisaient pleuvoir. Mais il les pressa si vivement que bientôt Louis d'Aix et le fils de Casaux, désespérant de la résistance, se sauvèrent en secret, et traversant le port dans une chaloupe, se retirèrent le premier au fort Saint-Victor, le second au fort de Notre-Dame-de-La- Garde. Après leur retraite , les royaux et les bourgeois eurent à forcer quatre corps-de-garde, dont un seul était défendu par plus de mille hommes armés. La résistance fut courte cependant, les soldats de Tanarchie se laissant intimider autant par les manifestations des citoyens que par les opérations militaires : tous les habitants avaient pris l'écharpe blanche, étaient accourus autour du duc de Guise, exprimaient avec une énergie terrible leur courroux contre les tyrans et leurs suppôts. Le duc, sans perdre un moment, attaqua et emporta le fort Saint- Jean, puis celui du cap de More situés sur la mer. Dès le commencement de l'insurrection, Charles Doria «ivait fait embarquer les douze cents Espagnols occupant la rive au-delà du quai, sur les dix galères mouillées dans le port. Aussitôt qu'il les eut rassemblés, il gagna en toute hâte la pleine mer : son départ acheva la délivrance.

En moins de deux heures, Marseille, qui était presque toute espagnole, redevint toute française. Ainsi qu'à Lyon , la révolution se fit aux cris de « Vive la liberté , » vive la France , vive le roi ! » Et rien n'était plus exact, puisque le rétablissement de l'autorité légitime aflranchissait à la fois les habitants des tyrans domestiques et de la domination étrangère. Le duc de Guise, victorieux de toutes parts, employa le reste de la journée à empêcher que la ville ne souffrît aucun préjudice de cette insurrection. Le pillage n'eut lieu qu'aux maisons de Louis d'Aix et de Casaux, où les soldats et le peuple trouvèrent trois cents mille livres du temps, plus d'un million d'aujourd'hui,

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que le viguier et le consul, dignes émules de Bussy-Leclerc, grands catholiques à sa façon , avaient extorqué à leurs concitoyens. Après cette exécution populaire, l'ordre fut pleinement rétabli. Le lendemain, les habitants rendirent à Dieu de solennelles actions de grâce, et procédèrent à la nomination des magistrats municipaux et des capitaines de la garde bourgeoise. Liberté, en récompense de ses services, reçut la charge de viguier et une somme de 50,000 écus : tous ceux qui l'avaient assisté dans son entreprise furent payés par d'autres charges et largesses. Les nouveaux viguier , consul et assesseurs signalèrent leur entrée en magistrature par un acte conforme aux ordres du roi, aux sages prescriptions du duc de Guise. Us réunirent en assemblée générale les gentilshommes et les principaux bourgeois, et prirent avec eux une délibération prescrivant l'oubli des choses passées, le pardon et la remise des injures ; défendant aux citoyens de se provoquer entre eux de fait ou de parole. Tout ce qui suivit fut empreint de la même modération, de la même conciliation prudente, qui calment les passions et finissent les troubles. Deux jours plus tard , Louis d'Aix, hors d'état de prolonger la résistance, rendit le fort Saint-Victor au duc de Guise, et peu après le fils de Casaux remit le fort de Notre-Damede-La-Garde. Par la capitulation , ils obtinrent , eux et leurs partisans, de se retirer en toute sûreté à Gênes avec leurs biens : leur seule peine fut le bannissement. Marseille, dont l'antiquité était la moindre recommandation, tenait dès lors le premier rang entre les villes du royaume par sa grandeur, par la multitude de ses habitants arguerris, par ses richesses , par l'admirable situation de son port, qui lui donnait l'empire de la Méditerranée, le commerce de l'Afrique et du Levant. Telle était l'importance de sa réduction qu'en en recevant la nouvelle, Henri s'écria : « C'est à présent que je suis roi ! »

DERNIÈRE DÉFAITE ET SOUMISSION DE dV.PERNON. 159

D'Epemon était encore en Provence à la tête d'un corps de troupes considérable ; mais il n'avait plus de point d'appui ni dans la population , ni dans les villes , ni dans l'étranger, et le duc de Guise le vainquit près de la rivière d'Argens. Après ce dernier coup, il obtempéra aux ordres du roi, portés par Roquelaure, et consentit à évacuer la Provence (24 mars 1596). Toutefois la France était tellement pressée par l'Espagne dans la guerre sur la frontière du Nord ; il était si nécessaire de réduire le nombre des ennemis qui, à l'intérieur, pouvaient occuper et distraire les forces publiques, que d'Epernon, vaincu et coupable d'un récent traité avec le roi d'Espagne, put stipuler et obtenir les conditions les plus avantageuses. Il reçut de la Provence 150,000 livres du- temps pour lui, et 90,000 livres pour ses capitaines : il obtint du roi l'énorme somme de 496,000 livres, le maintien de son gouvernement d'Angoumois et de Saintonge , la promesse de celui du Limosin. Par sa retraite, la Provence était pacifiée, et entièrement rattachée au corps de la monarchie. Par suite des réductions définitives, opérées depuis le mois de janvier, toute la Bourgogne, des portions du Forez, du Vélay, de l'Auvergne, la Provence entière, la moitié du Languedoc, la dernière ville du Poitou avaient été ramenées sous l'obéissance du roi. Le territoire de la France, pour être reconstitué en entier, l'unité nationale pour être complètement rétablie^ n'attendaient plus qu'une partie de la Bretagne, et quatre villes de la Picardie occupées par l'Espagnol.

La faction des grands cherchant à se créer des principautés et à se rendre indépendante de la couronne , était loin d'être détruite : on la retrouve à l'œuvre quelques mois plus tard, et l'on peut suivre ses idées et ses desseins jusqu'aux temps de Biron , et même du duc de Bouillon. Mais de tous les seigneurs qui, depuis huit ans , avaient tenté de ressaisir l'indépendance féodale , les armes à la

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main, il ne restait plus, d'Épernon soumis, que Meroœor en Bretagne. L'insurrection de l'aristocratie touchait à sa fin, et Ton pouvait prévoir le moment où la souveraineté publique, naguère brisée, serait reformée en faisceau. D'un autre côté, les anciens parlements de la Ligue abjuraient les principes de cette faction, et adoptaient ceux ^ue le parlement de Tours avait constamment professés pendant la grande tourmente du royaume. Dans les rapports de l'Église avec l'État, ils contraignaient le clei^ à l'obéissance envers la puissance civile et l'autorité royale. Genebrard, archevêque d'Aix, ayant persisté dans la révolte contre Henri , fut déclaré par le parlement d'Aix criminel de lèse-majesté, banni à perpétuité du royaume, et ses biens confisqués au rod (26 janvier 1 596). Il se sauva à Avignon : l'indulgence de Henri lui permit plus tard de se retirer dans son prieuré de Semur en Bourgogne; mais il perdit son archevêché K Le besoin de Tordre et de la paix provoquait une réaction de la Ligue contre elle-même.

* Pour ces huit paragraphes relatifs à la Provence, voir : 1* Les registres du pays, les mémoires contemporains dont plusieurs inédits, et les actes publics, dans Bouche, Hist. de Provence, 1. X, § 14, t. II, p. 810- 823. A la page 816, on trouve le texte de l'engagement contracté par le duc de Guise avec Libertà le 10 février, publié de nos jours plus complet. — 2* La narration contemporaine intitulée : Discours véritable de la réduction, etc. — 3" Une autre relation du temps dont P. Gayet, 1. VIII, p. 717-721 donne l'extrait. -- 4« Davila, 1. XV, p. 50-53 à la fin du t. III. Dans l'exposé de Davila, il y a quelques erreurs, mais des détails précieux sur les préparatifs de Philippe H pour s'emparer de Marseille. — 5© Thuanus, 1. GXVI, § 2, t. V, p. 592-595, et 1. CXIX, § 1, p. 715. — 60 Sully, OEcon. roy., ch. 72, t. I, p. 242, et ch. 151, t. II, p. 30 A. — 7© Lettre du roi du 29 février 1596 au Connétable : cette lettre, écrite sur les premières nouvelles, contient deux inexactitudes au sujet du fils de Casaux et de Louis d'Aix . le fils de Casaux ne fut pas tué en même temps que sou père, et Louis d'Aix fut traité avec humanité. Lettre du roi du 6 mars et du 7 aoùtÀ M. de Libertat (sic), t. IV, p. 507, 516, 633. li lui dit, p. 517 : « Le service » que vous nous avés faict en ceste occasion est le plus grand et » singulier que nous pouvions recevoir, non seulement de vous, mais M aussy de nul autre de nos serviteurs et subjects. »

SUCCESSION DES FAITS. l61

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