CHAPITRE V
Epuisement de la France, Profonde atteinte aux fortunes particulières et à la fortune publique, et désordre financier, entraînant comme conséquences ^insuffisance de Pétat militaire, et pour une part considérable Us revers à la guerre.
État de la France en 1586. Destruction de villes, de villages, de malsonn. Dépopulation des campagnes; décadence et ruine menaçante de Tagriculture, de Pindostrie, du commerce Intérieur et extérieur. Misère du peuple, portée au comble par rétablissement de nouveaux impôts desiinés A payer la soumission des cheft, des gouverneora, des villes de la Ligue. Les fonds et revenus de la noblesse et de la bourgeoisie anéantis, depuis que les Intérêts des créances et les fermages ont cessé d*étre acquittés. — Détresse du trésor public provenant de trois causes : 1* LMusufflsance du produit de l*eiisemble des Impôts pour faire face aux divers services publics. Déflcit annuel sur Timpôt foncier, par suite de la misère du peuple, et diminution sur Timpôt indirect. S** La dette : chiffre de la dette, et vicieuse organisation de son paiement. So l^a mauvaise gestion et le désordre de l'état financier. — Le Conseil d'Etat et des finances, récemment réorganisé par Henri pour y remédier, trahit la confiance du roi. Les conseillers intègres s'occupent exclusivement d'affaires d'Etat etd'adminbtration politique, et ne se mêlent pas des finances : les quatre conseillers financiers prennent p;<rt aux concussions, et font pire que leur prédécesseur François d'O. Le seul homme capable de les surveiller et de les arrêter, et en même temps de réprimer les officiers de finances, les agents du fisc, Rosny abreuvé par ses collègues de déboires et de contradictions, s'est retiré dans ses terres. — L'épuisement et les désordres financiers, qui minent le royaume A l'intérieur et le menacent d'une irrémédiable décadence, réagissent en même temps sur son état rnilliaire, et amènent en grande partie les revers qu'il essuie bientôt après. Lettres du roi à Rosny sur les désordres financiers et sur leurs effets, l» Misérable état de l'armée en ce qui concerne sa solde et ses vivres. 2" Insurfisance des fortifications, des garnisons, des approvisionnements d'un grand nombre de villes frontières et exposées à Tattaque de l'Espagnol, dans la Champagne, la Picardie, le Boulenois. 3* Manque de fonds pour les entreprises les plus Importantes et offrant le pins de chances de succès : détresse personnelle du roi et abaissement de la royauté. Le roi prévoit et annonce d*avance les fune»tes conséquences que cette pénurie et ce désordre doivent avoir sar les événements de la guerre.
Tandis que ces faits se passaient en Provence , le roi continuait le siège de La Fèrç , qui lui opposait une opiniâtre résistance. Depuis la fin de l'aunée 1593, jusqu'au commencement de 1 595, les événements heureux s'étaient succédé presque sans interruption et sans mélange. En H 11