‹ Histoire du règne de Henri IVChapitre 13 sur 75 · HAPPOBTS DO ROI AVBC OUVIER DE SERRES DANS CB BUT · texte numérisé non relu

HAPPOBTS DO ROI AVBC OUVIER DE SERRES DANS CB BUT

Divers passages des écrits de de Serres nous apprennent qnels furent ses rapports avec le roi. Henri l'appela & la cour au commencement de 1599 : il l'entretint famili^ rement et discourat plusieurs fois avec lui ; il lui commanda de publier ce qu'il avait découvert ou reconnu par l'expérience ; il fit imprimer ses premiers essais par son imprimeur ordinaire, jamet Hettayer ; il accepta, et probablement provoqua la dédicace du Théâtre d'agriculture, où il ne s'agit plus du mûrier et des vers à soie e» particolier, mois de l'agriculture dans sa généralité et dans son vaste ensemble '. De ces diverses circonstances il résalle pour nous la preuve que Henri porta son attention SOI tontes les parties de l'agriculture ; qu'il résolut d'y introdnîre de grands et profonds changements au moyen de la science ; que, dans son projet de la régénérer, il se KFvit de l'aide et du concours de l'homme qui était le plos capable de servir ses idées et ses bienfaisants desseins.

Olivier de Serres, né en 1539, était parvenu alors àsa wÂxantième année. 11 s'était tenu, autant qu'il l'avait pu, éloigné des (roubles religieux et civils, préparant dans le

* Voici lee carieux reoseigoemeDU que les écrits de de Serres toniv nUKDt mt tes rapport" avec le roi : !< Son Ireilé de la aieilleile de 'o *oj/» par la lumrrifurt det vert qui la font, échantillon du TMâtrt fagrieulturt , imprimé cbei Jamet Metta;er, imprimeur ordinairt! du 'oy, à Paria, le premier Jour de febïrier 1599, ert précédé d'une épltw ^icatdre an prévAt dei marchBiids, échSTins el coiueillerï de l'Udteld»-ViUe de Paris. On lit dans cette épILre le pawage siÙTant : « J'es-

* limerai ce tempe bien employé, et le ooyage qit je tait venu fairt

* à la tour, taeareuz, de m'avoir causé ce contentement du TOUt

* pouToJr e^re utile. •

1* Le traité de 'a namde richeate du meurier bianc est précédé d'une tpltre dédicaloire k Ugr de Belièvre, chancelier de France, laquelle Koferme cet autre passage : n Geste ilKBcnlté m'a fait différer quelque

■ temps d'Mcrire de la manière de lairu croistre la soie, par l'iotro*

* duclion des meoriera, «n Is plus part des provinces dn cœur de ce

■ rof anme, Jutga'i c« gt^it ptust au roy m» eommander d'in dîicourir

* M jour dttmnt luy, ôi egmt tkH rectu la raitont lur laqvellei je

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180 LIV. vu. CB. IV. ATUDES DB DR 8ERREB SUR L'AGIUCULTDBB.

silence et la méditation les moyens d'en réparer en partie les désastres, aussitôt que la fièvre furieuse qui agitait sa patrie serait tombée. Il avait appliqué une forte intelligence à l'étude rùsonnée de tous les traités d'agriculture des temps anciens et modernes, et à celle des procédés mis en pratique soitdans lesdiverses provinces de France, soit dans les pays vobins ' . Il avait réuni tontes les indications, toutes les prescriptions que les livres ou la commune renommée lui avaient fournies ; puis, pour en apprécier la valeur , il les avait soumises pendant de longues années à des expériences faites sur ses propres domaines qui étaient étendus, et sur les terres des paysans dont il était le seigneur, toutes les fois qu'il les avait trouvés dociles à ses instructions. Après cette épreuve, il avait distingué entre ces prescriptions, rejeté les unes comme vaines et stériles, admis les autres comme sérieuses et fécondes. De ces dernières, s'appliquant aux diverses parties de l'agriculture dans son vaste ensemble, classées méthodiquement, exposées avec ordre et clarté, il avait fait un nouveau code, dans lequel toutes les applications se rattachaient à des principes fixes et certains. U définissait l'agriculture, ainsi transformée par lui : a Une science plus utile que difficile, pourveu qu'elle soit

D me fondais pour ml iffect, il me commanda de mettre en lumitre et » que l'expérience m'en aooit fait reroffnoiiire, Voilà comaie,a''ecl'au' B thorilé de Sa Majtsti, j'ni aiposé en poblic le premier Inicté de a ceit ouvrage. »

3* Le Tbéfllre d'agricollure est précédé d'une dédicace au roy, dalée du 1" mars IGOO. De Serres y parle avec émotion de la paix que le TOI a donnée à son peuple et de la proteclion qu'il accorde à rftgiiculture. On trouTeia ci-eprèe la citaLion de ce passage qui a Irait, à la îoU, à l'ordre public, à l'état de l'agricallure, à la condition du laboureur en ue temps.

Voir dam l'âdiUon du Théâtre d'agriculture de 1BI)4, ISPÏ, le tome U, p. S4, col. 1; p. 36, col. 3; le tome I, p. ISl.

> Préface de de Serres, t. I, p. I8i, a Ayant eouTenl et soignenae- D ment leu les lifres d'agriculture, tant anciens que modernes. »

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DB SBBRES PUBLIE SON TBÉATBS D'AGtllCi;LTURB. 181

V entendue par ses priacipes appliqués avec raison, cod- » duite par expérience, et pratiquée par diligence. » Le traité, où il a consigné le résultat de ses vastes études et de ses expériences, a pour titre : Le Théâtre d'agriculture et mesnage des champs. Il est divisé en huit lieux qui remplacent les livres. Soit dans la préface en tête de tout l'ouvn^e, soit en tète de chacune des huit grandes divisions, il jointe l'analyse raisonnée de chaque lieu, et donne l'idée la plus précise des sujets d'une importance immense, qu'il a traités dans l'ensemhle de son oeuvre.

■ Au premier liou, je veux inslruiro noslre père de fjmille du devoir du mesuager , c'esl-à-dire de bien cognoiilre et choisir les lerret, pour les acquérir et employer selou leur nalurel ; approprier l'habitalioD champestre, et ordonner de la conduite de son mesnage'.

• An second, pnisque le pain est le principal aliment pour h nourriture de l'homme, je lui monilrerai le niojen de bien cultiver u terre, pour avoir de toutes sortes de b\é& propres i cest usage, mesmc des légumes qui servent beaucoup ii l'enlrelencment duinaà- Dige cbampeslre *.

• Ad troisième, d'autant que le seul manger ne nourrit pas l'homme, mail qu'il faut aussi boire pour vivre, el que le vin est le plus commun el salutaire breuvage, je lui enseignerai la façon de bien planter et cultiver la vigne, pour avoir du fin, le faire et garder, el tirer de* raisins aulres conimodilei. Aussi des autres boissons, pour ceux qui sont sous aer impropre à la vigne '.

■ Au quatrième, parce que le bétail apporte très grand profit au UKsnager, pour le nourrir, veslir, servir, et rendre pécunieux, je lui oidonnerai ses près et autres paquis, afin d'y entretenir force bestail, et moiialreTTii h manière d'csiever et conduire toutes sortes de bestea i quilre pieds, avec avantageuse et louable usure.

■ Au cinquième, pour encore fournir de la viande au mesnager,

' Préface, p. 1S9. — Titre général du premier lieu, p. 1 , édition ds mi.

' Préface, p. 1S9, édition de 1804.

'Préface, p. 1B9. — Titre général du troisième lieu, p in. Dans ce litre général, de Serres ajoute ; n Pour avoir des vins de toutes sortes, ttosgi des paaerillet et autres gentillesses procédantes des raisins. » Patmiilet vent dire raitint secs (uta pasta).

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182 UV.VII.CH. IV. SON CONTENU. LES ANClBIWBSCULTimKS PERFECTION.

je lai accommoderai le poulailler, le pigeonnier, la garenne, le parc, l'eslang, l'apier ou rnchiT. Je le Testtrai et meublerai pompeutement, eo lui donaaat t'adreise d'avoir abondance de soye, dont au»ai il lirera grandi déniera, par admirable arliflco dea vert qui la vomissent lout« ftlje, estant nourrii de la feuille du meurier.

■ Au lixième, afin de lui donner, avec la nécessaire commoditd, rhonneale pltUîr, je lui dreuerai dea jardins, desquels il tirera, comme d'une source vive, des herbes, des Deura, des fruits, des simples ou herbes mâdicinalea. Ensuite je lui édifierai un verger, planterai et enterai ses arbres, pour les rendre capables de porter abondance de bons et précieux fruicts. Des lieux aussi seront destinés au safran, an lin, au chanvre, et 1 autrea matières propres au mesnage pour meubles et babils.

> An septième, attendu que l'eau et le bois sont du tout nécessaires an masnage.j'en traiterai Eoigneusemenl.

» Au huitième et dernier lieu, je monslrerai l'usage des alimenta. J'instruirai la mesnagire i tenir sa maison fournie de toutes choses requises, tant pour le vivre ordinaire que pour les provisions 4[ui servent durant l'année. Je lui fer<ii faire des dislillations et autres préparatifs pour aa secourir et les siens en l'occasion des maladies, comme estant chose inQniment incommode et périlleuse aux champs de n'avoir prompt soulagement, en attendant plus amples remèdes du docte médecin. Et d'autan) qu'il faut que le m^snager ait soin de ses bestes, ayant parlé dea remèdes pour les personnes, je traiterai ensuile des médecines pour le bestail ' •

Dans ce cadre complet, de Serres a fait entrer tout ce qui est nécessaire à la vie et au bien-être de l'homtne réuni en société, d'après les lois de la Providence. Ses conseils également applicables an vaste domaine et au domaine de moyenne étendue, également utiles au propriétaire qui cultive lui-même et au fermier, leiu* apprenentcomment ils se pourvoieront eux-mêmes, et comment ils foumiront au pays entier le logement, la nourriture, le vêtement, la richesse ; ajoutant au nécessaire le superflu, tel que le commandent en quelque sorte, et l'amèneat invinciblement les progrès de la civilisation. Au chapitre xv de son cinquième livre, il indique avec soin

• Pages 194-191, édition de 1S04.

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NOUVELLES CDLTCRES BBCOMHAKDBBS PAO DE BSBABS. 183

les procédés suivant lesquels on obUeadra « la fioe aoie pour se meubler et vestir honorablement par la nourritore et artifice des vers à soie dit Magniaux. » Si's préceptes, à excellents, si supérieurs, qu'ils sont devenus la plupart des aphorismes, et ont formé tous les agronomes Tenus .après lui, comme ils se plaisent à le reconnaître , ses préceptes embrassaient toutes les anciennes cultures, les réformaient, les perfectionnaient toutes. En outre, de Serres avait été à la découverte des cultures nouvelles. A|HrÈs avoir reconnu celles qui renfermaient le principe de nouvelles richesses, il les annonçait, il les propageût parmi ses coatemporains^ et, en homme de génie, il en présentait, il en devinait les conséquences dans l'avenir. Que l'on en juge par ce qui concerne la culture du mûrier, celle du mais, celle du houblon, celle de la betterave, celle de la garance, celle du smnfoin. Nous rejetons au chapitre suivant les détails relatifs à la première ; voyons ce qu'il dit des cinq autres. Le mais, qu'il noûime gros grain de Twquie, importé des paya étrangers, était à peine connu en France de son t^mps. Au second lieu, chapitre iv, il lui donne rang et le recommande à celé du froment, de l'épeautre, du seigle, de l'orge *, et lui prépare sa naturalisation dans les provinces du Midi de la France, où il a remplacé à lui seul plusieurs céréales, aii

< Voir les l^tnoigDBget anccewlb de de Haller, Bibliothèqae botanique pobliAe en 1771 ; des auteara du Supplément de l'EDcjclop^die, article Agriculture, où il estdilqnele T/iéUretfagrieu/iurtûeleocota le meilleur livre et le plus complet que Vau ait fiit aur ce Bi>jet, depuis qu'il a para ; de l'ablié Rozier, lue pendant le aiéflâ de I.joq en 1793, lequel dirait dam diTeraei lettres de 17BB et du B mai ITBB, en parlaot de de Seirea : <■ Olivier de Serres eut, dans son genre, anaù ' sablime que Bernard Psliesf ; Je l'ai chanta toute ma vie et je le

■ cbanterai jus qu'A ma mort. Ce vrai Colnmelle français, bien aopérieur

■ k celui de la République runutioe, traça d'uue main lavanle les pré- • ceptea do l'agriculture : c'est le seul de nos ècriveins agronomes qui

■ lit Ëlâ vraiment praUcîen; Je dois cet hommaa.e fc mon maître... » ) Second Uen, c. (, 1. 1, p. IIB, édition de »».

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18i LIV. vil, CH. IV. LE MURIER BT LES VERS A SOIE, LBH&ÏS.LB HOUBLON.

il a, fourni un nouveau pùo à rbomme en même temps qu'un aliment excellent aus bét«s. Au troisième lieu, chapitre xv, préoccupé des besoins des pays de la France où la vigne ne pouvait croître, il avait décrit pour eux 1^ procédés au moyen desquels ils devaient se procurer « les » boissons artificielles composées de fruits, de miel, de » grains, n telles que le cidre, le poiré, l'hydromel, la bièif '. Au lieu VI, chapitre x, il recommande de perfectionner la bière au moyen du houblon , arbuste dont la culture n'avait commencé en Angleterre qu'au milieu du XV fi àècle, dont l'existence et les propriétés n'étaient pas encore sorties, dans notre pays, du cercle de quelques curieux. «Du houblfin, dit-il, outre le plaisir de la » ramure pour ombrage, tire-t-on ce profit que d'eu » manger, eu la primevère, les tendres cimes des jetions, n en divers appareils. Sa fleur et sa semence sont aussi n uliles à la bière : pour laquelle cattse, es pays où telle » arli/icielle boisson est en usage, au défaut de la vigiie, » avec soin est le houblon eslevé et entretenu *. » Voilà les provinces du nord de la France pourvues, dès qu'elles appliqueront ces précieux enseignements, de leur principale boisson. Mêmes indications de sa part pour la betterave, mêmes révélations du produit priacipol de cette plante, produit qui devait amener toute une révolution dans une partie de l'alimentation et de l'économie financière et commerciale de la nation. On lit au lieu VI, chapitre vn ; « Une espèce de pasteaades est la betterave, » laquelle nous est venue d'Italie n'a pas longtemps. C'est a une racine fort rou^e, assez grosse, dont les feuilles sont » des bettes, tout cela bon à manger, appareillé en cuisine. n Voire la racine est rangée entre les viandes (aliments) » délicates; dont le jus qu'elle rend en cuisant, semblable

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LA BITTBRAVe ET LB SUGRB, LA GARANCB, LE SAINFOIN. 185

» à syrop au sucre, est très beau à voir par ta vermeille ■actmlew*. n L'importance de la garance n'est guère moindre, et celle du sainfoin, encore nommé esparcette, est au moins égale. La garance, d'un si grand emploi dans la teintiire des laines et l'industrie manufacturière, a enrichi par son produit toutes les campt^nes des environs d'Avignon. Le sainfoin fournit les moyens de former des prairies artificielles , fertilise les terres naturellemf'Dt ingrates par un excellent engrais, donne du foin en ahondance . produit un grain propre à la nourriture des bestiaux et de la volaille. On a présenté la culture de ces deux plantes comme des nouveautés, comme de récentes importations. Ces nouveautés dalentde deux ceut soixantequatre ans ; et c'est à de Serres que l'on doit d'en avoir fait la désignation, d'en avoir prescrit l'usage, d'avoir signalé l'immense parti qu'on pouvait et qu'oii devait en tirer, particulièrement du sainfoin, alors relégué et parqué en Dauphîné. Au lieu VI, chapitre xxix, après avoir indiqué la patrie de la garance qui est la Flandre, après avoir décrit dans toute sa perfection la plante ellemême et sa culture, il en signale ainsi les avantages.«La » garence, dit-il, ainsi préparée sert à taindre des draps B de laine en orangé, se pluye aussi en rouge, et adjoustée » au pastel, fait le plus beau noir et lé plus durable de n tous autres, et rend bonnes et asseurées les dites cou- B leurs *. 0 II vante en ces termes et travaille à propager la culture du sainfoin ou esparcette. «Le paysoà l'esparcet B est aujourd'hui le plus en usage est le Danphiné , vers

> les quartiers de Die. C'est une herbe fort valeureuse,

> non de beaucoup inférieure à la luzerne. Elle rend

> abondance de foin exquis, appétissant et substantiel, B propre pour nourrir et engraisser toutes sortes de bestes

1 Ueu VI, c. 7, t. II, p. Ite, 347, iiUtioo de iSOi, ISOS. > Uea VI, c. », t. Il, p. 4M, iîO.

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186 L(T.VtI.CB.lV.VOGUB DONNÉE PAR LE ROI k CBT OUTRAfiB.

•» à quatre pieds, jeuneset vielles, mesmes poar aigneaax

» et vtsaux, faisant abonder en laict leurs mères Elle

K vient gaiement eu terre maigre, et y laisse une certaine » vertti engraissante, à l'utilité des bleds qui ensuite y » sont semés, dont elle est tant plus recherchée, ne désire » l'arrousement, trois fois l'année est fauchée. Du grain » produit aussi l'esparcet, chacuue année, servant d'à- » voine au bétail, servant pour engraisser la volaille, » pour la faire fertillement over ou pondre. Nostre père » de famille bien avisé employera ce mesnage, considé— » rant la notoire commodité qui lui en revient ; laquelle » regardant au foin, à l'avoine, à la graisse du champ, » trouvera que la chose vaut bien la peine d'envoyer qué- » rir de la semence de ceste exquise pasture en Daupbiné^ » bien qu'esloigné jusque» au bout de la France : sans V craindre l'introduction de nouvelleté, puisque cesle-ci » tout notoirement favoiise le labourage, à quoi prïnci- » paiement a-t-il à regarder : s'asseurant aussi, qu'en u quelquepartqu'ilsoitarresté en ceroyaume,ceste herbe » profilera pour sa facilité à croistre. Et pour achever l'a- » dresse, lui donnerés advis la semence de l'esparcet se » vendre à Die et es environs, communément à double » prix que l'avoine', n C'estàde Serres, et à ses renseignements relatifs au sainfoin, que nous devons la fertilisation d'une partie considérable des campagnes de la France.

L'ouvrage, publié le 1«'' mars 1600, eut en dix ans cinq éditions tirées à un grand nombre d'exemplaires : il parvint donc entre les mains de tons ceux qui étaient capables de le comprendre et de l'appliquer. Le roi, qui s'était fait dédier le ThéAtre d'agriculture, donna, lors de son apparition, des marques publiques de l'admiration que l'ouvrage lui inspirait. Nous avons vu qu'en s'instniisant sans relâche des besoins de son peuple, en s'informant des abus

" Lien IV, c. S, l. 1, p. S18, Bl».

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RÉVOLDTIOH QD'IL OPÉRB DANS L'AGRtCULTUKE. t87

à réprima*, des réformes à opérer, il faisait du gouveroement à tout instant et partout. Mais il n'accordait chaque jour que deux heures à la tenue de son Conseil, àl'exposé et à la décision des affaires publiques courantes. On fut siogulièrement frappé quand on apprit qu'il avait distrait de son temps une demi-heure chaque jour, pendant trois ou quiUre mois, pour se livrer à la lecture et à l'étude de l'ouvrage de de Serres ' . Cette marque de haute approbatiiHi contribua puissamœeot à la fortune du livre. Alors, comme toujours, le public, insoucieux et froid d'abord pour les découvertes et les nouveautés, se prit d'engouement pour ce qui était goûté par le prince et la cour. La mode' aidant, l'ouvrage se répandit partout, et sa diffusion eut pour effet d'introduire un changement radical dans Dotre agriculture, de la faire passer de l'état de pratique inintelligente et grossière à l'état de science.

C'était beaucoup, c'était immensément déjà d'avoir donné à l'agriculture direction éclairée, capitaux, protection sans bornes, en un mot tout ce qui pouvait la mettre «n demeure de produire davantage. Mais l'œuvre serait demeurée incomplète, si le roi et Sully ne lui avaient préparé en même temps les moyens de placer sans peine et de vendre avantageusement ses produits. Ces facilités, ils les lui fournirent, et ils complétèrent ainsi sa prospérité.

Os rétablirent les anciennes voies de communication qui avaient disparu pendantles. guerres civiles, et en établirent une foule de nouvelles par terre et par eau. Nous n'entrerons ici dans aucun détail, parce que ce sujet sera expressément traité dans l'article du commerce. Nous nous bornerons à constater que, grâce à ces voies de communi-

■ Scaligerana, p. Bll. ■ L'Agricolture d'OlÎTier de Serras rat trte-

* belle; elt« esl iHiie kq roi, leqnel, IroU ou qostre mois dorant,

• H U (kisoU apporter après dîner, après qu'on la loi eut présentée ; ■ il e»l tort impalisnt, et si, il lisoit^me deml-benre. n

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(88UV.VII.CB.lV,V0tE8DBC0irilUNlCAT10H0UVERTOSAL'AGniC[n.-njRB.

catioD, l'agriculteur, au lieu de voir les fruits de la terre multipliés par son labeur, se vendre à vil prix, ou périr même inutilement, dans une localité enfermée de toutes parts et sans issue^ eut moyen de les transporter dans les diverses provinces du royaume; qu'il put les livrer à ceux qui en avaient besoin, et recevoir en échange soit d'autre» denrées dont il manquait, soit de l'argent.

Les mesures qui viennent d'être énumérées donnaient à l'agriculteur la facilité de produire, et la facilité de pla~ cer ses produits dans toutes les parties du royaume. Mais elles ne lui fournissaient pas les moyens d'en tirer un prix avantageux, dès que la cessation de la guerre civile et étrangère, et la fertilité des bonnes années, auraient amené la surabondance de ces mêmes produits. Pour que les prix se soutinssent, il fallait que le laboureur put vendre à l'étranger tout ce qui excédait la consommation de la France ; il fallait que le gouvernement établit la libre exportation, le libre commerce des grains.

A la fin du xvi^ siècle, la liberté du commerce des grains avait pour adversaires les préjugés et la pratique du gouvernement sous les trois derniers règnes : les rois et les ministres avaient pensé que l'humanité et la pohtique demandaient également qu'on interdit toute sortie de grains, pour assurer la nourriture du peuple et prévenir ses révoltes '. Cette même liberté avait contre elle les passions intéressées de la population des villes, des bourgeois et des parlements, lesquels prétendaient non-seule-

' Sous FrsDçoia It, Cbarleg IX, Henri 111, la prohibition delasoilie des graîDs BTKit été la coutume et la rËgle; la libre sortie des grains n'avait éLé que l'exceplioD, et l'eiceplioo de courte durée. C'est lout ce que pourraient établir quelques actes émaaÊa de ces princea et qui 8e trouveraleattavarablesanlibre commerce de cette denrée, Bo effet, Henri IV, daaa les Lettres- patentai du 36 lévrier 1601 , sur lesquelles a0U3 reviendrons bientôt, dit en termes formels : « Nous avons eu n agréable c]ri]evant de retascber Its de/fentet faieUs par not prédëets- H sturt, de braasporler les dicta grains hors de notlie royaurae. »

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LIBUITt DU CONMEnCB DES GRAINS ÈTABUK PAA LE ROI. 18!)

ment avoir da blé d'une manière sùre, mais l'avoir à bas pnx ; ne coD sidérant le laboureur que comme une machine [iropre à produire le grain nécessaire » leur alimentation ; B'ioi|DiéUint fort peu que par suite de cette condition faite à l'agriculture, le paysan restât pauvre et souffrant, et la coltore du territoire à jamais restreinte.

Tontes ces entraves mises à l'essor des idées et k la bberlé d'action de Henri furent rompues par la force de son génie et de sa volonté. La terre, pensa-t-il, est le dépAt des richesses premières, du nécessaire comme du superflu. L'abondance de l'État dépend de la multiplication de ces ricbesses. Pour animer leur multiplication, il faut que le commerce leur ouvre des débouchés. Ces débouchés et le commerce lui-même n'existent pas sans la liberté. Henri prit ces maximes pour règles de son gouvernement en ce qui concernait Tagricidlure, ses produits, le placement de ses produits ; et cela dès la première année de" son règne, alors qu'il ne pouvait consulter que son expérience et ses lumières, alors que Sully n'en était pas même encore à ses débuts, à son premier apprentissage de l'administration. On trouve la preuve de ce fait important dans la déclaration du 12 mars 1595, laquelle rappelle ce qui a eu lieu pendant les précédentes années, en même temps qu'elle prescrit des mesures pour les circonstances présentes. Voici ce qu'on y lit :

< L'expérience, dit-il, noua enseigne que la LiBBRTâ DU trafic,

I qne les peuples et subjecis des royaumes font avte leurs voitiru tt

I MrangtTi, est un de$ principaux moyens de les rendre aitei , riches

I tl opH&nff. En ce»le considération, nous nt tioufani cmpescher que

duteut faste son profit de ce qu'il a, par h moyen et binépct du

> Les habîtanls de ce royaume n'ont besoin pour leurs vivrea et mires choses requises i l'usage coromun, d'aller emprunter le «ccours duToisin, lequel, de son costé, est tous les jours contraincl d'en tenir chercher en nos tores.

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190 UV. vil. CB. IV. BDSPENBION liOllEMTANÉE DB CBTTB LIBBHTË.

> Consid^mna que si, loua prétexle de la liberté du traficq, oous penneltions les coittinuatiotu dei traictes el tranaporls de bleds et ■ntrei graini et Ijgumu, comm» nout nvon» faiet par le pat$é.

Ainsi, depuis souavénement, en 1 589, jusqu'au 12 mars 1K9Q, c'est-à'âire pendant plus de dnq ans, Henri avait établi l'exportation et le libre commerce des grains dans quelques uns des pays de son obédience qui avaient eu surabondance de cette denrée. La condition très-diyerse des diverses provinces du royaume, durant cette période de plus de cinq années, explique comment le roi avait été amené à cette libérale tolérance, et comment un petit nombre de pays s'étaient trouvés en mesure d'en user. La guerre civile et étrangère k la fois sévit avec fureur dans ta Picardie, la Champagne, l'Ile-de-France, la Normandie, la Bretagne, le Lyonnais, le Daupbiné, la Provence, le Languedoc. La guerre civile, sans la guerre étrangère, désola plusieurs provinces du centre. Enfin, cinq ou àx provinces sur vingt-trois furent exemptes ou à peu près du double fii'au,: ce furent le Bourbonnais, l'Auvergne, leLimosin, la Touraine, l'Angoiimois, la Guyenne. Ces pays recueillirent souvent une quantité de grains et de vins qui excédait leur consommation, et ce &it à eux que le roi accorda l'autorisation de les vendre aux étrangers.

Mais, au mois de mars 1 595, la prolongation du libre échange n'eût plus été qu'une imprudence. Les provinces, en très-grande majorité , qoi avaient subi tes horreurs de la guerre durant cinq années et demie non interrompues,

> Cette déclaralioD qui est d'un à fnni Inlérèt, tant pour les priacipPB qu'elle contient, qne pour le fait particulier qu'elle établit, n'est ptsiiH[iriiDêedansleediTen recueils d'èdits. ordonnances, dëclaraLoDa. Elle se trouve daiu le premier volume des Ordonnances d'Henri IV, rai de Ptaoce et de Navarre, cali RR, loi. >9S-(00. Delamarre en a donni le texte, dans le Traité de la police, 1. V, tit. It, c. 6, p. 061; mais il a changé le titre de Déclaration en celui de Lettres-patentes.

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LIBERTÉ PARTIELLB BÉTABUB A PARTIR DE 1698. 191

avaient été tellement dévastées par la soldatesque et par les brigands, que presque partout les campagnes étaient en fricbe et désertes, comme nous l'avons vu au commencement de ce chapitre. Celles des provinces du centre et du midi qui avaient été plus ou moins préservées, et au^qufillusle roi avait permis la libre exportation, produisaient à peine ce qui était nécessaire à leur propre consommation el à celle des pays qui avaient été complètement rainés. Le roi venait de déclarer la guerre à Philippe II, de la part dnquel il fallait s'attendre à une recrudescence d'hostilités : on ignorait de quelles sommes l'ennemi pouvait dî^ioser, et l'on ne savait s'il ne profilerait pas de la liberté du commerce des grains pour en acheter la plus grande partie, et affamer le royaume. Henri avait donc des mesures à prendre pour prévenir une disette, une famine peut-être. D éloigna ce danger de la France, par ses lettres-patentes du 12 mars 1593, en défendant la sortie des grains, et en décernant contre les inâracteurs les peines encourues par les coupables du crime de lèse-majesté. En intimant cette défense, il instruisit ses sujets des motifs qui la rendaient indispensable, meùntint de la manière la plus explicite, en tête de sa déclaration , le principe de la liberté du commerce, et annonça ainsi que la prohibition cesserait le jour où cesserait la nécessité qui l'avmt dictée '.

Les précautions suspensives de la Uiterté ne furent plus commandées par la prudence à partir de l'an 1S98. D'une part, le roi conclut la paix avec les Espagnols au mois de mai de cette année. D'une antre, les mesures qui proté-

< DiclanUon du IS maie ISM : « Par la liberté dn Ira&c... i) serait I A craiadre qoe peoeaDt A ayder A autruy, noalre royaanie ne demen- • rast teUement deggarai de bleds et aulree graine, que nosinbjects...

■ De vinsieiit k tomber en une extrême disette ellam^e iDaupporlable, s de laquelle s'en suivrait la mort piteuse et lamentable de plusieurs,

■ et une déaoUtion giairale de tout ce«t Ealat. »

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193 UV. vu. CB. IV. LlBERTft PARTIELLE RÉTABLIE.

geaient le laboureur, prises par ce prince depuisle 1 fi mars 1595, époque où plus des Irois quarb du royaume étaieat déjà rentrés sous sOD obéissance, furent complétées le 4 aoù t 1598, par la défense sur le port d'armes' : elles fournirent de sûrs et nombreux: moyens de rétablir la culture dans les campagnes et de les remettre en valeur. Enfin, Henri fut secondé par la fertilité naturelle du sol, par le courage, l'intelligence, l'ardeur passionnée de la nation, qualités qui produisent des merveilles, et que les publicistes du xvii< siècle trouvaient plus prononcées chez elle que chez tout autre peuple de l'Europe. « Il ne faut pas, » disent-ils, beaucoup de temps aux François pour se 8 remettre : leur climat et leur inclination laborieuse les » fait bienti^i passer de la disette à l'abondance, n Dès 1598, le roi trouva le pays dans un état tel que, sans lever encore généralement l'interdictioii de la sortie des grains, il en permit l'exportation dans toutes les provinces du centre et du midi, et dans l'une des provinces du nord, la région qui avait été le plus éprouvée de toutes par les dernières guerres. Un acte législatif postérieur nous apprend qu'il accorda cette faculté à tous les pays qui bordent la Loire à droite et à gauche, depuis sa source, à la Bretagne, à la Normandie, à la Guienne, au Languedoc ; dans le nord, à k Champagne, et peutr^ke encore à d'autres pays. On voit, par sa correspondance, qu'outre la libre sortie des grains, il avait accordé la libre exportation des vins à quelques uns de ces pays, et en particulier au Languedoc. La seule entrave que ces provinces trouvassent au libre commerce des grains et des vins était une surtaxe, une élévation des droits mis de tout temps pour les denrées à leur sortie du royaume. Mais le droit à payer n'égalait pas encore les avantages que les populations trouvùent à ^-

' Voir ù-deMus, àasa ce volume, le diap. u, p. 7], Ti.

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LIBKE EXMItlTATlON ACCOHDKe A TOUTES LB5 PROVINCES. 193

cer leurs produits au dehors, puisque la permission était fort recherchée '.

Enfin, en 1601, Henri acheva la pacification au dehors, par le traité conclu avec le duc de Savoie dès le mois de janvier de cette année. Il reconnut en même temps qu'après un laps de cinq années de paix pour quelques pro- \inces, et de trois pour d'autres, la plus grande partie des manx de ta guerre civile et étrangère était réparée. Avec un vif sentiment d'affection pour ses peuples, de recon* naissance envers la Providence, il put dire' solennellement au pays :

I Depuis deux on Iroû ans que, par ta grlce et la bonté divine, nous iTons redonné le repos à nos pauvres subjects, et qu'ils rf (oiisnt quelque rel*sche de lant de pertes et ruines qu'ils ont souffertes auparafanl ; ayant, par leur travail et bonne diligence, remis sus et en nienr les terres qui, pendant ces derniers troubles, estoient demeurées dèsertef el sans culture. Dieu bénissant leur labeur, a donné généralement en ebascune des provinces de nostre royaume des fruits et grains eu grande quantilé.

I Desquels considérans l'abondance , nous avons recogneu qu'il astoit impossible que ce qui estoit recueilly en iceluy y fuit consom-

< L«ttre»-pateiileB du 36 février 1601 , dans le Traité de la police de ttelamarre, Jiv. V, lit. ti, c. ^,p. t»i. A cette date du mois de février IMI , Henri, rappelant ce qui a en lieu dans les années précédentes, dit : R Comme nous aurions en agréable cydevant de relascher les ■ deffensea faicles par nos prédécesseurs de traneporter les dicts graine

• hors de noslre royaume ; et pour le besoin que nous avions de retirer <• h Gommoditt dudiet transport, nos affaires estant encore fort nèces-

• aiteosea et incommodËea, nout l'aurioru permis et accordé en av.cunes t dei prmiincet de noilie royaume, moyennant quelque subaide et I impost... Nous deacbargeons nos subjecls de tous les aultrea impots > et subsides ordonnez estre pris tant sur ce qui pastoil dtiiiili bUds » le long de la rivière de Loire, et esloit lire de noalre prooince de » Bretagne, que dteelles de Normandie, Champagne el autre) , où ledict I transport a etlé pi'imilij^ment par nous permis, n Nous pensons que parle mot autres proviocea, le roi désigne snrtoat les provinces de Guyenne et Languedoc, comme semble l'établir inrincibteipent ce qne l'on Ijronve dans sa correspondance au sujet de ces provinces en 1598. Lettres du roi à Bosny, en date des S et 11 octobre 11)68, dans les

lu 13

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I9i UT. TH. ca. IV. LALIBBRTà DÉFENDUE COrmiB LES POlfVOlIlâ LOCAUX,

Dès lors il put appliquer ses principes dans toute leur étendue. Par les lettres-patentes du 26 février 1601, il accorda à toutes les provinces sans exception la faculté de traosporter hors du royaume les grains et les vins. U favorisa l'exportation, en abolissant la surtaxe, qu'au ntilieu de ses pressantes nécessités d'argent il avait imposée aux provinces admises précédemment et par exception , à la ' liLre sortie, et il ne laissa subsister que les anciens droits de traite foraine ' . Cette liberté, il la maintint jusqu'à la fin du règne dans toute son étendue, d'une manière constante, d'après des maximes dont il ne se départit jamais. £n 160i, deux circonstances majeures gênèrent un moment l'exportation et le libre commerce des grains. D'une part, une maladie contagieuse répandue dans plusieurs provinces enleva des bras à l'agriculture et fit craindre que cette année et l'année suivante ne fussent frappéesde stérilité : les autorités locales, disposées en tout temps à retenir les grains dans le pays qui les produisait, pour procnrer aux populations de ce pays les denrées de première nécessité aux taux les moins élevés, passèrent bien plus avant quand elles redoutèrent une disette. Le Parlement de Toulouse, enfreignant les édits du roi, probiba par un arrêt la sortie des blés de la province de Languedoc. Dès lors les agriculteurs devaient être frustrés de tout le bénéfice qui devait résulter pour eux de l'élévation du prix de cette denrée, soit en la transportant dans l'une

Leltrei mUsiTes, t. V, p. 4t j 49 : « Beringuen m'a parlé de la défense B des traiUes de bled. — J'aUeDds ce que H. d'iDcarrille me dira u todcbant les offres que l'on faicl pour les traitte» des bkût et vins B du Laagutdoc, pour m'y résoudre ou vous mander ma volonté. » ■ Lettres -[.atentea du %i révrier 1601, ciléee à la noie précédente, n Nous avons à tou* nos aubjecb iDdifférameot, comme aussy à loDs D eslranger», permis, accordé, octroyé, de tirer et taire tirer et trans- B porter hors de nostre royaume, soit par terre ou par mer, quand ■ et où bon leor semblera, toutes sorlea de bleds, librement et senre- » nient. »

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CONTIIB Le PAKUMBHT DB TOITLOUBB BT LK IDCB DE SitlMUR. 195

des provinces du royaume où elle était plus rare, soit en la vendant à l'étranger après s'être soumis aux droits de trmte foraine. En second lieu, dans cette même année, Henri ayant à exercer des représailles contre la cour de Madrid, défendit pendant quelques mois de transporter en Espagne les blés et les vins de France et les toiles tissées avec nos lins, dont les Espagnols, possesseurs d'un territcnre moins fertile, et surtout moins industrieux, se fournissaient chez nous. SuUy vit d'un seul coup d'œil toutes les conséquences désastreuses qu'entraînaient après elles ces prohibitions : les paysans mal payés de leurs rudes labeurs et découragés ; l'agriculture ralentie en peu de temps et donnant moins de produits ; la vente des grains, et les impôts indirects qu'en retirait le gouvernement par la traite forsdne, très restreints ; le tout indépendamment' de la souffrance du commerce intérieur et du commerce maritime. En ce qui concernait la défense faite par le Parlement de Toulouse, il écrivit au roi :

■ Sire, j'aj receu les lettres des Irésorien de France en Languedoc, par lesquelles ils me mandent que le Parlement de Toulouie, de son mthoriû absolue et direclcaieal contre celle de Vostre Msjeslé, a diïendu la sortie des bleds hors la province, et qac par cette orcasioo les fermiers des Inities foraines, domanialles et patentes, disent ne touloir plus pajer le prix de leurs Termes. De sorte que je prjtois que TDS fortiScalions et vos galères demeureront sans payement *. >

Sur cette énergique réclamation de Sully, l'autorité dn roi intervint en faveur de l'agriculture et du trésor tout ensemble. L'arrêt du Parlement de Toulouse fut cassé, et le libre transport, le libre commerce des grains de province à province et avec l'étranger fut rétabli. Les difTéreods survenus enfre la cour de Madrid et la couronne de France ne tardèrent pas à être composés utilement et honorable-

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196 UV. vu. CB. IV. DIFFÉREND BNTRK U FRANCK KT L'SSPACNK.

ment pour la Fraoce par la politique de Sully^ et de Henri : les relations entre lea deux pays, interrompues au mois de février 1604, furent renouées le 17 octobre de la même année, et l'écouJement que les produits de notre agriculture trouvaient de ce cdté fut rétabli. Henri désirait si vivement satisfaire et encourager les laboureurs, qu'en attendant la ratification de ce traité, il levait l'interdiction du commerce des grains avec l'Espagne, avant que l'înlerdictioD étendue aux autres denrées fàt retirée. C'est ce dont ses lettres à Sully font foi :

■ Han cousin, tous uTei mieux que nul autre, puisque c'ett vous ipà l'iTei fiit, comme le traité pour la liberté du coramerce ayant esté cotielu et i^solu, la publication n'en a été différée que pour attendre la ratification qui doit venir d'Espagne.

• Hiis cependant, parce que je sçay que c'est une cliose qui est fort désirée de mes sujets, et qut leur est importante et commode, i'a; estimé que le retardement de la publication ne devoit point relarder de leur donner ceste consolation de leur permettre dés maintenant de le pouvoir exécuter, pourvu que ce soit pour les bleds seulement.

• Pour cestèoccasion, vous leur ferez savoir ce que dessus, et comme de cesle heure la permission leur est par moy accordée pour le transport desdits bleds, sans les astreindre i prendre aucuns passeports ny autre scureié que ceste déclaration que vous ferei de ma volonté ; leur ordonnant de différer le transport des autres denrées jusques après qtié ladite publication aura esté faite. Le 17 octobre 1604 <.j>

Henri et Sully veillèrent avec sollicitude jusqu'à la Su du règne à ce que l'agriculture trouvât la pins constante protection pour la liberté de ses transactions et le placement de ses produits. £n 1607, un juge de Saumur porta de son autorité privée la défense de transporter des blés hors du royaume et d'en vendre pour l'étranger dans

' Sully, Œc«n, roy., c. m, t I, p. 60*, 608. — P. Ciyet, Cliron. septen., I. Vil, t. II, p. SU A. — Le Préambule dn traité, pour l'intervention de Sully dans ce traité.

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LA LIBERTE SUSPENDUE EST PROMPtEHENT RSTABLIB. 197

retendue de sa juridiction de Saumur. Sully gt casser tout d'abord cette sentence au conseil d'État. Il écrivit ensuite au roi : u Si chaque otQcier en faisoit autant, vostre peuple B seroit bientost sans aident, et par conséquent vostre » Majesté. » Ayant obtenu l'agrément de Henri pour une répression plus sévère, il fit ajourner personnellemeut le juge, ainsi que tous les officiers de justice qui avaient prêté ta main à Texécution de la sAitence '.

Cette liberté si large fut accordée sans interruption au conmierce des grùns, sans que le pays eût jamais à souffrir ni marne à redouter une disette, bien tjue les années 1604 et 1607 eussent été calamileuses, la première par une contagion, la seconde par les débordements*. Des appiovisionnementsfaitsdansunesage mesure, une bonne direction donnée au commerce, qui porta les grains des localités où ils abondaient sur les points où ils manquaient momentanément, suffirent à Henri et à Sully pour préserver toutes les provinces sans exception du manque de grains, et même d'un renchérissement excessif de cette denrée.

Le libre échange en ce qui concernait les denrées agricoles, le libre commerce des grains et des vins, produiùrent cet important résultat que le cultivateur put placer les produits de la terre, les fruits de son travail, au plus haut prix qu'il pouvfùt en trouver. Les blés et les autres céréales, au lieu d'être une denrée qui, une fois produite, appartenait autant aux populations qui l'entouraient qu'à lui-même, etquerautoritélocalemaintenaitsystémaliquement à vil prix, devint une marchandise qui, comme toutes

' Leitre de Sully an roi du Î7 aïril 1607. — Lellre du roi à Sully da 30 octohra 1607 : n Jay tronvé Tort miUTaises les défencea Wctea

■ par le juge de Saumur; c'est uoe grande hardiesse qu'il Taul repri-

■ mer, ainay que tous avez biea commenci. >> (Sully, (Econ. loy., c. ICSet 171, t. H, p. IBt B. 199.)

1 solly, (Ecou. roy., v. 187, 1. 11, p. a7S A, >7t A.

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108 LIV. TU. CH. IV. GRANDS EFFETS PRODUITS PtR CKTTB LIBERTÉ.

les autres, se paya plus ou moins cber, selon son al>on<lance ou sa rareté : toutes les fois qu'il eu trouva un meilleur prix chez l'étranger qu'en France, il put librement la vendre à l'étranger et bénéficier de la différence. Nous verrons tout à l'heure que, dans une période de médiocre longueur, la différence fut de moitié.

Le placement avantageux la vente h haut prix des produits agricoles, assurèrent au laboureur des facilités et des avantages de diverses natures, tous d'une haute importance. En premier lieu, il put appliquer à la culture assez d'argent pour mettre les terres labourables et les terres propres à la vigne en plein rapport, en pleine valeur. Par le préambule des lettres patentes de 1 601 , nous venons de voir que ce but avait été atteint dès ce temps, à la suite de trois ans de liberté accordée au commerce des grains dans un certain nombre de provinces, puisqu'en 1601 le royaume avait un remarquable excédant de proiluits. Quand, aux termes de ces lettres, l'agriculteur fut décha^ du double droit dont la sortie des grains avait été frappée ; quand il n'en eut plus qu'un seul à acquitter, il donna à la production plus grande de la terre l'argent qu'il n'avait plusà verser dans le trésor. Aussi, malgré deux mauvaises années, l'abondance se soutint-elle sans interruption jusqu'à l'année 1610, jusqu'à la fin du règne.

En second heu , l'agriculteur eut à sa disposition l'argent nécessaire pour acquitter exactement les impôts. Le gouvernement avait été obligé, en 159S, de lui remettre 20 millions du temps, environ 80 millions d'aujourd'hui, de tailles arriérées , qu'il était hors d'état d'acquitter : la fin du régne, au contraire, ne présente plus de nonvaleurs , ou n'en montre que d'insignifiantes.

Enfin le paysan trouva, dans les produits de son travail, dans le prix avantageux de ses grains et de ses vins, le moyen de se procurer à lui-même , de donner à sa fa-

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BUT DU ROt EH DONNANT LE BIEN-ËTHG Al) PAYSAN. 199

mille des alinaents abondants et solides. Au commencement de l'année 1600, Henri disait au duc de Savoie, alors de passage à Paris ; a Si Dieu me donne encore de » la vie , je ferai qu'il n'y aura pas de laboureur en mon » royaume qui n'ayt moyen d'avoir une poule dans son n pot*. » Dans les dernières années de son règne, son intention était rempbe, son vœu réalisé dans presque toutes les parties du territoire. Le fameux mot de Henri IV n'était pas seulement celui d'un père qui désirait passionuément le bien-être de ses enfants ou de ses sujets, comme il les appelait indifféremment ; c'était aussi la parole d'un prince consommé dans l'économie politique, ayant appris on deviné de cette science les grandes vérités qui n'ont été formulées qu'un siècle plus lard. Après toute une vie de recherches, d'observations, de réflexions, Buffon, rendant compte de ce qu'il avait sous les yeux, et jugeant l'étal de la population agricole de son temps, s'exprimait en ces termes : u Les gens de la campagne, réduits à ne vivre que de légumes et de pain , languissent et dépérissent plus tdt que les hommes de l'état mitoyen auxquels l'inanition et les excès sont également inconnus *. » Henri IV voulut et obtint le contraire. Il pourvut à ce qu'une nourriture abondante et substantieÛe donnât au laboureur des forces en proportion de ce qu*il en dépensût, entretint chez lui la vigueur nécessaire pour qu'il tirât de la terre tout ce qu'elle pouvait rendre, pour qu'il accrût la population , pour qu*il supportât sans peine les fatigues de la guerre.

Quand on veut se rendre un compte exact de la condition du laboureur sous ce règne, et mettre d'accord entre eux les témoignages des contemporains sur ce point

■ Usltliieu , Hialoire des années de paix. — Pfréflxe, Histoirt de Henri le Grand, p- t3S, iD-BS 1BI3.

■ Bnltoa, Uist. aatur., arlicle le BcBof, tom. XII, p. ISl, în-ï", 1818.

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SOO Liv TU. en. IV. TROIS Epoques dans la condition du paysan.

important, il faut distinguer trois périodes : la premièFe rompreod de l'an 1S95 à l'an 1600. Grâce à la paix, à la destraction de toutes les tyrannies, de toutes les concussions; gr&ce à la remise des tailles arriérées, à de premières réductions sur la taille, les unes officielles, les autres effectives, le paysan sort de son ancienne détresse, n ne meurt plus avec sa famille sur une terre maudite qui ne peut le nourrir, quand il n'est pas parvenu à se sauver dans les villes ou à l'étranger; partout il remet son champ en culture, il a le nécessaire et une entière sécurité : c'est là le pas immense fait, le progrès acquis. L'homme illustre, le plus occupé de son temps du sort des classes agricoles, Olivier de Serres, signalant cette révolution et peignant l'état des campagnes, en 1600, dit, dans la dédicace de son Thé&tre d'agriculture adressée au roi :

• VoElra peuple, par vos tnnui, demeure en ieurelé publicque Mua son figuier, cuUivint sa (erre , comme i vos pieds , i l'abri de Voslra Majesté, qui a i ses costés la justice et la paix *. •

La seconde période s'étend del600 à 1607. Le gouvernement demande forcément au paysdes sacrifices proportionnés à l'énorraité de la dette qu'il faut rembourser, aux dépenses infinies qu'entraîne avec elle une complète restauration du royaume. Les impôts, sans écraser les contribuables , sans atteindre la dernière limite de leurs forces et de leurs moyens, restent cependant fort lourds : Sully témoigne que, si le laboureur les acquitte partout, dans plusieurs pays, il a peine à les acquitter *.

Mab tout change, et change heureusement, dans la dernière période de 1607 à 1610. La fortune publique est rétablie, et le roi libéré de ses principales charges. Il ré-

< Dédicace au rot du TbéAlre d'agriculdira, datée du 1" mars 1600. « Sully, (Econ. roy-, ch. IfiB, ]66, t. II, p. 166, 178. Voyez iea citalioDs ci-dessus, aux notea des pages t>i, i'iS.

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BTUT DES CAMPAGNES ET DBS PITSANS A LA FIN DU RÊflKE. zOl

duit les imp6U et les redevances de i millions, et, dans le soulagement qu'il accorde à son peuple, personne n'en profite autant que l'habitant des campagnes. La taille est comprise dans l'abaissement général des impdts, et subit une seconde et considérable diminution : une nouvelle réparti tïon et des allégements sont accordés sur la gabelle ; des remises sont faites aux paroisses les plus pauvres ; par-dessus tout, la liberté du commerce des gratna paye ses sueurs au cultivateur et reorichit. Il entre alors dans l'état où Henri, dès l'an 1600 avait voulu le mettre : il a le bien-être, l'aisance. Dans les premières pages de ses Hémoires, l'abbé de Marolles a décrit la fertilité des campagnes, la prospérité des paysans en Touraine, l'an 1 609, quelques mois avantla mort du roi, en donnant un regret au déclin qu'elles ont subi depuis lors jusqu'au moment où il publie ses Hémoires. Voici dans quels termes il s'exprime :

• 1609. L'idée qui me reste de ces cboses>li tne donne de la joie. Je rcTois eu espril, aiec un pUisir non pareil, U beauté des campagnes d'alorB : il me semble qu'elles éUienI plus fertileg qu'elles n'ont été Jepais ; que les prairies étaient plus verdoyantes qu'elles ne sont à présent, et que nos arbres araient plus de finiils. 11 n'jr avait rien de si doux, que d'entendre le nmage des oiseaux , le mugissement des boeufs el les chansons des bei^ers. Le bétail était mené sdremeut aui champs, et les laboureurs versaient les guérels pour j jeter les blés que les leveurs de tailles el les gens de guerre n'sviient pas ravagés. Ib avaient leurs meubles et leurs provisions nécessaires, et couchaient dans leurs lits. Quand la saison de la recolle était venae, il j avait plaisir de voir des troupes de moissonneurs, courbés les uns pris des autres, di^pouiller les sillons , et ramasser au retour les javelles, que les plus robustes liaient ensuite, tandis que les autres diargeaient les gerbes dans les charrettes, et que les enfants, girdant de loin les troupeaux, glanaient les épis qu'une oubliance ifiectée avait laissés pour les réjouir. Les robustes filles de village seiaieut le* blés ^ comme les garfons , et le travail des uns et des lutres était eatreeoupé de leifips en tempe par un repas rustique, qui se prenait

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SOS LIV. VII. CH. IV. TABLEAU DR LEUR PHOSPfiftlTB.

i l'ombre d'un cormier au d'un poiritr, qui alHltait sea brandies chirgées de Truilt jusqu'i la portée de leurs brai.

■ Après la moiston les pa^sias ehoieisMient un jour de fête pour t'aueoibler et faire lui petit festin qu'ils appelaient l'oùon dt métive (c'est le inot de la province). A quoi ils conviaient non-seulement leurs amis, m.iis encore leurs maîtres, qui les comblaient de joie s'ils se donnaient la peine d'y aller.

> Quand les bonnes ^ns faisaient les noces de leurs enfanta, c'était un plaisir d'en voir l'appareil i car outre les beaux habits de l'épousée qui n'étaient pas moins que d'une robe rouge et d'aae coiffure en broderie de iàux clinquant et de perles de verre, les parents étaient lélus de leurs robes bleues bien plissées , qu'ils tiraient de leurs coffres parfumés de lavande, de roses sèches et de romarin. Je dis les hommes aussi bien que les femmes; car c'est ainsi qu'ils appelaient le manteau froncé qu'ils mettaient sur leurs épaules, ajant un collet haut et droit, comme celui de quelques religieux : les paysannes, proprement coiffées, ; paraissaient avec leur corpt-de- cotte de deux couleurs. Les livrées des épousailles n'étaient point Dubiiëes; chacun les portait i sa ceialure ou sur le baut-demanche. Il y avait un concert de musettes, de flûtes et de hautbois, et après un banquet somptueux, la danse rustique durait jusqu'au soir.

• On ne se plaignait point des impositions exoessivea ; chacun payait sa taxe avec gatté, et je n'ai point de mémoire d'avoir ouï dire qu'alors un passage de gens de guerre eût pillé une paroisse, bien loin d'avoir désolé des provinces entières, comme il ne s'est vu que trop souvent depuis, par la violence des ennemis.

• Telle fut la fin du règne du bon Henri IV, qui fut la fin de beaucoup de biens, et le commencement d'une infinité de maux, quand une Furie enragée dta la vie i ce grand prince *. >

■ Les Mémoires de l'abbé de Uarolles ont été publiés pour la première fois en 16SS, IRBT, et réimprimés à Amsterdam, l'an I7SS, en S volumes In-ll. Le fragment cité se trouve aux pages Id-tf de la dernièri: édilîon. Nous devons la connaissauee de ce curieux et important passage k M. Sainte-Beuve. Il l'a donné dans l'examen qu'il a bien voulu taire de l'histoire du règne de Henri IV, inséré au Moniltur au 16 février iSBT. Cet examen se trouve reproduit dan^ le tome XIII, pages ITS-lsg des Causerie* du lundi, ouvrdge où la science historique s'unit à un si hautdegré au talent littéraire.'

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PROJETS DE HKNHI POUR L'ACCflOITRB 8T LA GâNÉRAUSBR. 303

L'beoreux état de la Touraine était celui de la plupart des provinces du royaume. Certes, eu quelques localités, lies misères particulières restaient à soulager dans les campagnes; mais le contemporain, qui les mentionne, a le grand tort de ne pas mettre en regard leur prospérité presque générale. Ces souffrances, Henri voulût les détraire; ce bien-être, cette aisance, il entendait les généraliser, par une nouvelle réduction des charges publiques, dont il fixait l'époque à trois ou quatre ans, au moment où il serait sorti de la guerre contre la maison d'Autriche dans laquelle il entrait alors. Projets eu rapport avec les actes accomplis depuis quinze ans par ce roi, dont le peuple, à bon droit, garde et chérit la mémoire.

Nous allons examiner maintenant quelles conséquences eut sous ce règne, et dans les temps qui suivirent immédiatement , le hardi et libéral système de Henri IV en ce qui concerne l'agriculture et ses produits. En même temps qu'il enrichit le paysan, il fit ta fortune de l'État dans une mesure considérable : l'argent abonda en France par suite de la vente avantageuse de nos denrées agricoles , soit en nature, soit manufacturées, faite aux peuples voisins et principalement aux Espagnols. Le roi disait que les pistoles d'Espagne étaient plus communes ea France qu'en Espagne. La liberté assurée au comnierce des grains par Henri IV et par Sully, depuis 1598 partiellement, depuis 1601 généralement, et maintenoe après eux jusqu'à la disette de 1661, à travers et malgré des mesures funestes sur lesquelles nous allons revenir, la liberté produisit ce résultat à jamais mémorable. Le prix du froment suivit une progression continuellement ascendante : parti, en 1598, de 9 livres 16 sous 6 deniers le setter, aident le roi, H

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304 UV. vit. eu. IV. CONSÉaUENCES DB LA UBERli DU COIHBRCE

arriva, en 1660, jusqu'à 17 livres, c'est-à-dire à près du double '.

A la fin du ministère du cardinal de Richelieu, les impôts furent démesurément augmentés, et le gouvernement laissa tomber en désuétude lesédits protecteurs des cam> pagnes rendus par Henri IV : le laboureur retrouva les mauvais jours et se souleva. L'année 1636 tut marquée par une émeute des paysans en Saintonge et en Angoumois; l'année 1637, parla révolte des Croquants, soulevés au nombre de trente mille dans le Périgord, et fortement agités dans le reste de la Guyenne; l'année 1639, par la révolte des Va-nu-pieds en Normandie *. Le ministère de Mazarin n'améliora pas et peut-être empira la condition des campagnes. Il y a là un quart de siècle de mauvaise administration économique et de rigueurs.

■ Voir le» Table» du prix comman du froment de 1596 i 1665, daus Forbounais, Recherches et coDBidérallons bot le^BDODCfe, t. I, y. U>. La liberté de Vexporlation et da commerce des grains k l'étranger Ml prouvée, pour la période de dix-aept aua écoulée de 1610 à 16ÎT, - par la répoase conleDue dant le cahier de» Notables assemblés l'année précédente : « L'assemblée estime que pour remédier à la pénorie » des grains es années moins fructueuies, il sera uéceuaire de faire

■ la deffense des traites et sorLies de f;rains tiors le royaume, dans les

■ proTincei qui seront menacées et les circonToitinea qui les peuveot

■ secourir, b 11 est évident, d'après ce passage : 1° que dans les années ordinaires la liberté du commerce des grains est illimitée, étendue à tout«s les provinces; 1° que dans les années de dlselte même, cette liberté n'est suspeodue momenlanémenl que pour les provioces les plus maltraitées et pour les provinces voisines, les autres pays, même en de pareille» années, conservant la liberté en question, établie par Henri IV et en vigueur depuis lui. On peut établir, sur des preuves semblahleg, que la libre exportation des grains subsista jne* qu'en 1G61, à l'exception de courts intervalles durant lesquels cette liberté ne tut entravée un moment que pour être rétablie peu de temps ^>rés, comme le prouve l'édil du Louis XIII Je t639.

* UéDiOires de Richalieu, I. XXVIII, t. III, p. SIB de ces Mémoires, et t. XXlll de la collecUOD Uicbaud. — Mémoires de Montglat, t. XXIX, p. ST, 88 de la même collection. — Bazin, Hist. de France sons Louis XIII, t. III, p. 495, pour les émeutes des paysans en Saintonge et en Aogoumoii l'an 16ie.

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DSS GlUtNB, 900S CE nÉGNK ET LES SUIVANTS JUSQU'EN 1661. 205

Tootdbis, l'agriculteur et l'agriculture tinrent bon, résistèrent, se soutinrent. Parmi leurs souffrances, on découvre les signes d'une vigueur subsistante , entretenue par un principe actif et puissant. L'attitude des paysans est l'opposé de l'abattement, de la prostration. Leur population se maintient nombreuse, puisque dans un seul pays, petite partie seulement d'une province, dans le Périgord, on les compte au nombre de trente mille. Enfin il e^ impossible de méconnaître qu'ils continuèrent à fertiliser le sol, et à lui faire rendre prodigieusement. En effet, la France porta sans fiécbir vingt-quatre ans de guerre contre la moitié de l'Europe, soudoya jusqu'il dix-sept armées à la fois, et termina la lutte par les glorieux traités de Westphalie et des Pyrénées. Gomme les finances furent mal administrées sous Louis XIII et au commencement du règne de Louis XIV, comme le pays ' n'avait alors aucune grande industrie , parce qu'on avait laissé périr celle dont Henri iV l'avait doté; il faut nécessairement qu'il ait tiré ses ressources de l'agriculture. Le laboureur vendait son blé 1 7 livres le aetier : excité, tenu en haleine par le gain présent, eu attendant de meilleurs jours, il continuait à tiravailler avec ardeur. Nos grains et nos vins étaient placés à l'étranger avec un bénéfice conâdérable. Cet argent venu du dehors n'enrichissait pas le paysan , n'améliorait pas sa condition , parce qu'il Lui était arraché en presque totalité par l'impAt. Mais s'il sorlùt de ses mains, il restait dans le royaume, et lui fournissait de nombreux et incessants moyens de bire face à ses dépenses. Ainsi le mal, si grand qu'il fût, était combattu, et en partie neutraUsé par la liberté laissée au commerce dés prodoits agricoles.

Cette liberté, qui avait été pour l'agriculture le vrai principe de vie depuis soixante ans ; qui lui avait donné tantôt la prospérité, tantôt la force de résbtance, eUe la

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306 LIV. VII. CH, IV. CETTE LIBERTÉ DÉTilIIlTE EN 1661.

perdit en 1661. Cette aDDée , les récoltes ayant été mauvaises , le' Parlement de Paris rendît , te 19 août , un fameux et déplorable arrêt, qui, sous prétexte de préTeuïr la famine pendant l'année 1662 , détruisit par sa base le commerce des grains : il défendait aux marchands de contracter aucune société pour pratiquer ce commerce, et à tous les particuliers de faire aucun amas de grains. Les Pariements de province imitèrent k l'envi celui de Paris. Dans cette question, d'un immense, intérêt, le gouvernement de Louis XIV et de Colbert trouvait pour précédent et pour exemple la répression du Parlement de Languedoc et de toutes les cours de justice par Henri IV et par Sully. Louis XJV et Colbert prirent le contre-pied de cette libérale conduite : ils tolérèrent d'abord, puis autorisèrent les arrèls des Parlements, et leur donnèrent de la suite et de la continuité : la sortie et le libre commerce des grains se trouvèrent dès-lors prohibés. Colbert voulut tenir habituellement dans le royaume les blés h bas prix, pour fournir aux ouvriers des manufactures, qu'il favorisait, une alimentation abondante et facile, et la défense de t'esportation amenait inévitablement le bas prix. Il eut lieu promptement. Après la disette de 1662, les grains devant forcément rester rares pendant quelque temps, le prix du blé, quoique renfermé dans le royaume, se maioliot élevé durant trois ans, jusqu'en 1665. Mais, entre 1666 et 1675, il retomba de 17 livres le setier, où il était avant la disette, à 9 livre» 15 sous 4 deniers, c'est-à-dire au-dessous de son point de départ sous Henii IV '. Dans la période décennale de 1675.à 16S5, sauf les temps de disette, il baissa à 10, 9, 8 et même 7 livres le setier. Le pain fut & bon marché pour quelque temps ; mais le propriétaire de terres et le cultivateur couvrirent à peine les

n du troment do 1666 à 16X3 dani

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