V. LA CONTRBBANDK. DETRESSE DE LYON
tralnBÏt, vendirent ces marchandises à uo prix exorbitant. La clameur des acheleura, qai ne savaient pas s'en passer, fut universelle et le mécontentement profond. Au souvenir de cette émeute pour les étoffes de soie, le roi disait quelque temps après, dans une délibération sur laquelle nous aurons occasion de revenir : « J'aimerois mieux n combattre le roy d'Espagne en trgis batailles rangées » que tous ces gens de justice, de finance, d'escriloire, et » de villes, et surtout leurs femmes et leurs filles, que » vous me jetteriez sur les bras par vos défenses'. » Cette , lutte du gouvernement contre des classes entières de la société ne fut ni le seul inconvénient, ni le seul danger de la prohibition. Les droits que la couronne percevait sur les étoffes à leur entrée dans le royaume périrent, et le trésor public, qui commençait à peine à sortir de la détresse, fut menacé de perdre l'une des branches importantes de ses revenus. Enfin les moyens d'existence de plusieurs villes de l'est et du midi de la France, surtout de Lyon, furent compromis. Lyon n'avait alors qu'un petit nombre de manufactures d'étoffes de soie : l'industrie et la fabrique n'y étaient établies que dans des proportions très restreintes. Ce qui faisait vivre cette ville, c'était un immense commerce d'importation et de transit ; elle tirait d'Italie les draps et étoffes de soie dont elle approvisionnait ensuite presque toute la France, et même une partie des pays voisins. Elle fut momentanément minée par la prohibition : les contrebandiers vendirent tout ce que ne vendaient plus ses marchands. Ainsi il ne sortait pas moins d'ai^ent de France, et la fraude seule profitait de ce que le commerce et le trésor public perdaient. Tandis que les Étais d'Italie, aidés par les contrebandiers, continûment malgré les défenses à couvrir la
■ SuU;, (Xeon, roy-, c. I3t, t. 1", p. SIG A.
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UrRÀNCKU«m&&EDESPR0MnTSÉTRiHeEflS,HlLCHBLE8PR0HIBIT. 257
Fraoce de leurs produits de luxe, les Flamands et surtout les Anglais iaondaient la Picardie et la Nonnandie de leurs denrées de première Décessité, également proscrites et tout aussi inutilement proscrites par les Notables de Rouen : ils les apportaient à pleins vaisseaux sur nos côtes, et les répandaient de là dans l'inlérieur du pays. Un pareil état de choses n'était pas soutenable, et minus d'un an après que l'édit de prolubition eut été rendu, le roi le révoqua pendant son séjour à Lyon (1600) '. Les édits {ffohibitifs de cette année 1600, de l'année 1601 et suivantes, portèrent uniquement stu* les draps et étoffes d'argent et d'or ; ils n'atteignirent plus les draps et étoffes de srâe, ni les autres denrées.
§ 3. Le roi établit en grand rindustrie de la soie en France.
Pendant la durée de celte épreuve, Henri, qui en suivi
' Sully, OEcoo. rojr., c. 93, 1. 1, p. 317. ■ Tout cela ajanl eaté auu
■ mal basli, saus les roodemcDU nécessaires pour ud bi grand dessein
■ t'en ails dans m note en rnloe, les incomnioditez qne quasi toute
■ la PraDC« recevoit de ces dérences ayant conlraiul le Ro; de le* k KToquer, eetant à Lyon.» — P. Cayel, Clir. eept., 1. Il, p. et. ■ Ce
* fost one «Etrange confusion, car cest édict ne fut «ilAt laict à la
■ pounuUe det mardiaadt et owiriers en sot/e de Touri, que lei doua-
* nitrt de Lyon et auiret banquiers ne (fy opposaiienl, et flrcDl tant
■ que l'anoÊe ensuivante il tut rëvoquë. u
Ce passage est de la plus haute importance. 11 prouve ; 1° qu'en 1S99, tlndastrieet Ufabriqnede la soie sont, comparativement an reste de la France, fort développées à Tours, bien que, relativement aux besoins do pays elles ne le soient que sur uoe échelle trop étroite et res- Ireble ; i* qu'à cette même époque, la fabrique, la manufacture de U soie n'est encore que tort peu de chose à Lyon, tandis que le com- Uerce d'importation et de tran^t y eA établi dans des proportions immenses ; que la ville de Lyon reçoilde l'Ilalie lesétoSesde soie dont dlc approvisionne presque toute la France, «prés avoir payé les droits d'suirée pour ces marcbandises à la douane du gouvemtment. — Les Uits prohibitifs rendus en ISdO, 1601, leufl, ne portent plus qne sur les drapa et étoffes d'or et d'argent, et non sur les drags et étoffes de soie. Voir dans les Ancien, lois tran^., t. XV, p. 13«, ïes, SOS.
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258 LIV. VII. CH. Y. PUN RilSONNft DO ROI POUR LE RBTABUSSEMUCT
dès le principe les effets d'un œil attentif, et qui en découvrit les vices, revint à Ms grandes et Isi^ies idées et aux plans de Laffemas. 11 féconda les projets de Laffemas en y appliquant sa puissance et le concours de tous les hommes spéci^ement versés dans c«s matières.
Dans un plan général etraisonné sur l'industrie, il embrassa toutes les parties de cette délicate et vaste matière, et il arrêta ainsi le programme des efforts que le gouvernement avmt à faire, des obligationsqu'il avait à remplir : 1* Donner par l'industrie des moyens d'existence à toute la classe pauvre de la nation, qui soutenait quelque temps sa misér^levieparraumdne, et la terminait par la fûm; transformer tous ces mendiants en ouvriers vivant honorablement de leur travail et enrichissant le pays. 2° Retenir en France l'énorme quantité de numéraire que l'industrie étrangère en tirait, et empêcher que le tribut annuel que nous lui payions n'égalât ou ne dépassât tous les bénéSces de notre agriculture restaurée. L^ contemporains Laffemas, de Thou, P. Cayet, Fontenay-Mareuil, témoignent unanimement que telles furent les deux idées dominantes du roi'. 3° Surmonter les obstacles contre
1 Laffemaa. ReigUmeitl péitéml, p. S ; ■ On peut avoir moyen de
■ fùre marchaodiee en France pour en eatre veatus, et par ce moyen
• on Terotl Iravailler les panvreB ; cst t faute de leur donner moyen, B Ua demeurent à rien faire et m perdent du tout, eoil de panvi«!£ on » autrement. ■ — Page 46 r « Ceux qai menrent de grande aftcesùté,
■ oisife comme bestea brutes, donnent asaei 1 cognoistre le mal que
■ toute la France reçoit d'empescher le moyen de faire Tivre on » cbascQU.K — Dédicace an roy,page * ; oCe seront les «raie tbrèson
• de» Indes ponr remplir la France du deniers et ricbeaaes, emp?»- B cbant d'aller chercher aux étranges pays ce qui peut se faire et n traTailler en France pour la bieu da vos subjecU. >>. — P- Cayet, Cbr. »ep., I. II, t. Il, p. BK A. « L'entrée des marchaDdises manufac-
■ tattea d'oj^ d'argent et de aoye tust deffeudue en France, afin que D le peuple e adonnait t la manufacture, et par ce moyen, que l'ar- » gant que l'on transporte aux pays eitrangerS] estimé à plus de » e millions d'or par an, y demeurast. » — Fontenay-Hareull, Mém., collect. Hicbaud, t. V, p. IS A. « Le roy pretendoit par ces moyens
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BE L'INDDSTHIB. LES TROIS BUTS QU'IL VBUT ATTBINME. S69
lesquels les gouvemeinen(a précédents avaient échoué, et au lieu de recourir à la prohibition contre les étoffes de soie devenues l'un des besoius généraux, se mettre en mesure « d'avoir de quoy en faire dans le royaume. » Pour atteindre ce but, et faire à l'industrie étrangère la seule guerre qui fût sérieuse et praticable tout ensemble, créer une industrie française, d'abord rivale et ensuite rivale victorieuse de cdle de dos voisins. 4" A cet effet, multiplier la graine des vers à soie, et les mûriers dont la feuille servait de nourriture aux vers ; se procurer ainsi la matière première, et en gagner le pris. 5° Etablir par* loot des manufactures, et gagner le prix de la fabrication, bien plus considérable que le prix de la matière première. 6° Etendre l'industrie de la soie à toutes les provinces de la France, par le mouvement et l'élan que le gouvernement uuprimerait lui-même, par les plantations, magnaneries et manufactures modèles qu'il instituerait, par les facilités qu'il donnerait aux particuliers de le suivre et de l'imiter dans ce qu'il faisait pour cette industrie. 7" Pour ne pas gêner le commerce français dans ses rapports avec les étrangers, et pour ne pas diminuer les droits de douanes et les revenus pubhcs, restreindre la prohibition aux seuls draps d'or et d'ai^nt, fabriqués à Milan, en stimulant du reste les manufactures nationales, et en les excitant à fournir comme tous les autres ce produit, qui du reste n'intéressait que les princes, les grands seigneurs, les principaux gentilshommes et les riches financiers '.
■ (ftt inaiiiifftctureBl empetcher qu'on ne portast l'argeat bon da
■ royaume, et donaer bui pauvres diverses occaaioiu de g&gner leur
■ Lei idéea et le plan gAnéral de HeniilV relativement à l'iudiutrie, qui ne lont énoncéa que fort imp&rlUtement dam les historieiis, se Souvent dans les auteurs des Hénoim qae le roi detoandait aux hamniee spidani. B. Laffemai, dans le Recu«i7 de et qui m ftattt m Vtttemblét du commerce à Paris, 1604 (Archives curieuses, t. XIV
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S60 LIV. Tll. CH. V. LB HOI RiSOUT D'ftTABLIR BN GRAND
Telles furent les règles de conduite et d'administration que Henri établit, pour tout ce qui coocemait l'industrie et les articles de luxe. Quant aux manufactures d'objets de première nécessité, il résolut de les rétablir et de les étendre par la forte direction centrale d'une Commission, Conseil, ou Chambre supérieure de commerce , par de bons règlements, par une protection incessante.
Nous suivrons d'abord sans interruption tout le travail administratif qui se rapporte ans industries de Inxe, eten premier lieu, celui qui concerne l'industrie de la soie. Kn 1599, trois ans après les plantations de mûriers que le roi avait faites lui-même dans les allées du jardin des Tuileries ; deux ans après la publication du Rèylement général de Laffemas, son argentier, avec lequel il conférait sans cesse sur ces matières d'industrie agricole et manufacturière ; enfin, postérieurement au plan général qu'il avait arrêté et que nous venons d'exposer, il ne s'agissait plus pour Henri que de passer & l'exécution et de choisir les voies les plus sûres et les plus promptes pour y arriver. Cette année, 1599, il appela de province à la cour Olivier de Serres, seigneur duPradel en Languedoc, qui après trente-cinq ans de méditations et de pratique, passait pour l'homme le pins habile du royaume dans ï'tirt de l'agriculture, et dans l'éducation des insectes utiles que cet art multiplie. Le roi eut avec lui une mémorable conférence dans laquelle furent agitées toutes les questions relatives à l'extension, en France, de la production
p. U9), dit OD propres larmes '. <■ Sa M^eaté a praâomment pr^veu
■ eljngt que comme ce n'estolt aaaei pour ce grand «t très riche M deraeio d'entreprendre le plan des menriera seul, qui n'; adjonte-
■ roit l'art de la aaye par la nourriture des vers qui se toit racilement » dei feuitlM des dite mearieroj q; ces deux choses ensemble, qui n'y » soradjouleroil encore la Iroiaième pour le parfait accompliieement, a qui est la manuracture des dictes sojes en toutes les façons et per- B [ections, dont les estrongers prenneul Unt d'odvantage et d'argent n sur noue. ■
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