BKVOTBS PAR DE SERRES, PLANTÉS DANS LES JARDINS HOVAUX
une persévéraoce qai étcmnent, la propagatioD de la itoie dans ses moindres détails. Il envoyait en Provence, Laagnedoc et Vivarais le sieurde Bordeaux, baron de Colonces, surintendant des jardina de France, recueillir dans ces pays, première patrie de la soie chez nous, tons les renseignements propres à favoriser Texpérience qui allait être tentée. D écrivait à de Serres une lettre qui fait époque dans l'histoire de notre agriculture el de notre industrie, et par laquelle il le pressait de s'employer à recouvrer et à l\n envoyer des plants de mûriers '. De Serres s'acquitta de sa comnûssion avec une telle diligence, qu'il se trouva en mesure au commencement de 1601, de faire coDdmreàParis20,000piedsde mûriers. Ils furent plantés en divers lieux, au jardin des Tuileries, non loin de ceux dont le roi avait bordé les allées de ce jardin dès 1 596, au château royal de Madrid près Paris, au parc de Fontainebleau. Ils reprirent partout avec la plus grande facilité. Ils purent hientât fournir à la nourriture des vers à soie que l'on ferait éclore, et donner la graine nécessaire pour la propagation du mûrier dans les diverses provinces du centre el du nord de la France . Le roi voulut, de plus, avoir une pépinière. Par son ordre, le sieur de Congis, gouverneur du jardin des Tuileries, y sema des mûriers en 1601. La crue de ces arbres fut telle que,
< Le Tbéilte d'agricoHnre, lien V, c. XV, p. 110 B. — Lettre du roi du VI septembre IBOD, insérée dans l'Etoge d'Olivier de Serres par Frauçoii de NenfchUeAu, p. iiiiij. Noos ne trouvons pu celte lettre, ma moins à sa date, ni à ancune date du mois de septembre, dans le Recueil des Lettres missives, tome V. ■ A noble Olivier de
■ Serres, seigneur du Pradel. Monsieur dn Pradel, vous enleudres par
■ le f. de Bordeaux, par les mains duquel vous recevres la présente, > l'occasion de son voyage en vos quartiers, et et que je détirt de
• OMU. Je TOUS prie donc de l'assister en la charge que je lui s; doo-
■ née, et vous me ferei service tris agréable. Sur ce. Dieu vom
• aisi, H. dn Pradel, en sa garde. Ce i^ septembre, à Grenoble. Signé
■ Benri. »
.-3bvGoOgle
•966UV.VU.Cn.V.6lt,000AUTRBBinjniBnSIUtCI»BTD18TniB.PAIILKROI.
trente mois après, aucun bomme ne pouvait atteindre leur sommet*. Henri avait dès lors une immense plantation, une immense réserve de mûriers dans ses jardins. Tontefois la naturalisaUon de cette culture au centre du royaume ne lui paraissait devoir être assurée que quand la capitale l'aurait adoptée et aurait donné l'exemple aux provinces. Cette satisfaction lui fut bienidt accordée. Au commencement de rannée 1602, et par ses soins, le Languedoc fit un envoi de soixante mille mûriers que les habitants de Paris et des campagnes environnantes achetèrent et replantèrent avec un plein succès dans leurs jardins *.
Le roi avait dès lors en abondance le mùner et sa feuille, la nourriture même des vers à soie ; ses jardins, Paris, les environs de Parisen étaient couverts. Un grand
> Lei pluiU de mûriers e&Tojis par de Serrm aTiient niceieairement troU aiia, comme ceui planté» par Heori IV eu IBSe, dans Im allées duju'dia dei Tuileries : nous allons eu donner deux preuves. Pour la plantation faite en lâS) au jardin desTuileriee, voirdeSerre*, le ThéAlre d'agriculture, lien V, c. XV, l. Il, p. tlO B. Pour cella laite au cliAteau de Madrid, voir P. Cayel, Cbr. sept., t. Il, p. U» A. Sous l'ao 1608, Cajet dit : « Des espreuves en avoienl esté bietea an B cbaleau de Uadry près Paris, où il ; a grande quantité mainlenaiit D de *ers k soye. n Pour qu'il y ait grande quantité de vers à soie è Madrid en (601, il faut que des mAriers ayant au moina trois ans d'âge aient tii planta en ce Heu en 1601. Pour la plantation faite & Fonlaioebleau en 1601, voir Snll;, OEcoa. roy., c. lïS, t. II, p. 16 A. Sully, son* l'année 160B, dit: a Le roy estant retourné sur le chemin
■ du Cbeoil.... et roua ayant pris par la main, il tous mena dans Ui
■ attéti de meuritrt blanea, qui sont tout environnei de canaux. ■ Ces arbres avaient sa moina sept ou huit ans. Pour la formation d'iule pépinière eu jardin des Tuileries, voir B. Laffemaa, La façon de faire et «emer la graine de menriera. Il écrit en leot, et il dit page SS :
■ Le priacipal est d'avoir des menriera en abondance et les foire H semer, ainsi qu'a fait le ùenr de Congis, gouverneur du jardin dn D roy aux Thaileries, en ayant fait lemtr il y a Irtnle mot'i, qui sont
■ creuB ai haut qu'il n'y a bomme qui les pnisM atteindre. ■
* B. Laffemaa. La preuve du plant et prolBt des meuriera, Paris, Pantonnier, I6DB, p. Il : a L'année passée (IBM), il arriva à Paris n 60,000 menriera du Languedoc, lesquels ont repris pu le rapport a de ceux qui les ont acbelei et plantei en leurs jardine. •
D,q,z.-3bvGoogle
MAGNANERIEB ÉTABUBS. PREMIER THJlVia DE LA SOIS. S67
centre était formé dans U capitale, et devait bieotAt distribuer cet arbre aux provinces qui ae le possédaient pas encore. Mais ce n'était U que la moitié de ce qui était nécessaire aux progrès de l'industrie que Henri voulût populariser. D fallait faire éclore les vers, les élever, récolter leur soie, mettre cette soie en état d'être manafadurée. Le roi pourvut à tout. « Pour d'autant plus accélérer et advancer la dicte entreprise, et faire cognoistre la facilitéde cette manufacture, Sa Majesté fît exprès construire one grande maison au bout de son jardin des Tuileries à Paris, acGomodée de tontes choses nécessaires tant pour la nourriture des vers que pour les premiers ouvrages de la soie '. » C'est de Serres qui signale ce premier et important établissement fait à Paris. Un autre contemporûn en indique un second de même nature créé au cbàteau royal de Madrid près Paris. « Dans le château de Madry, près Paris, dit-il, il y a grande quantité maintenant de vers à soye , de moulins et autres instruments pour Inî donner toutes ses façons. » Par conséquent , en se servant de la feuille soit des mûriers plantés par lui-même dès 1 596 dans les allées des Tuileries, soit des planta de trois ans que de Serres lui avait envoyés au commencement de 1601 , le roi était parvenu en 1602 à ffùre niUtre aux Tuileries, et à Madrid, dans le bois de Boul(^oe, une grande quantité de vers, à en tirer la soie en abondance, à faire dévider et oi^nisner cette soie, à lui donner la préparation complète qu'elle devtùt recevoir avant d'être livrée au tissage. L'Italien Balhani surveillait et dirigeait ces établissements royaux, principalement celui de Madrid*.
> OlÎTier àe Berret, Théâtre d'agricult., Uen V, c. IB, t. II, p. 111 A.idit. iSOt-lSOS. -
> P. Cttjet, ChroD. Mçt., 1. VI, 1. Il, p. 159 A, «dit. Uichand. Ga;el, duu 1« Hcit de ce qui concerne L'tn Ittl, B'iDtorrompt pour rappeler
D,q,z.-3bvGoOgle
S68 LIV. vil. CR. V. ÉPREUVE DES SOIES ET DBS ÉTOFFES NOUVELLES.
il ne restait plus qu'à recoonattre le rendement et la valeur de la soie nouvelle : on sut bieatdtàquoi s'en tenir à cet égard par une épreuve décisive. On livra les soies obtenues en 1602, dans les magnaneries des Tuileries et de Madrid, aux directeurs et aux ouvriers de la manufacture établie à Paris pour la teinturf; et pour le tissage de la soie. Ils les comparèrent aux plus fines soies d'Italie, à cellesde Sùnte- Lucie en Sicile, de Bassauo, de Bologne, dontles Italiens faisaient les satins et les crêpes : les soies de Paris furent trouvées plus fines, plus légères, plus brillactfs. De plus, après les avoir employées, les ouvriers déclarèrent que quinze onces de soie française rendaient pareille quantité d'étoffe que dis-huit onces de soie d'Italie ' . Ainsi, par les soins de Heuri, dans le cours de
ce qui ftvall Été fait en 1601 Telativement i la soie. Cela résulte dea foila qu'il rapparie et âea tenues dont il se sert. ■ Des espreuvea ea ■ avoyeal eiU faicles dani le cLastean de Madry, près P«ris. » Le délatl des moulios qui se troure daiia sou teite est tris-précieux : il prouve que les onTrieraemployésparleroidiTidaieotetorguisiaaleDl la soie, puisque les moulina s'emploient pour l'organûDage. Pendant longlempa, les Milaaais et les Piâmontais aTaient connu eenis et caché l'art de (aire de l'organain. Organsin, terme de manurBcture. Fil de soie Iris-Qn, composé de ploalcurs brins de soie grége, déjà apprêtés Uolémtnt par une premiire opération qui Ica tord à droite, et qu'on retord une seconde fois msembU k gaucbe, sur le moulin h organsinet. — Voir de plua Thuanns, 1. CXXIX, g IS, t. VI, p. 170, idit. Loud., 17IS, pour le leite; t. X.IV, p. Ut, pour la traduction. Balbani a laissé son nom à l'une des routes du bols de Boulogne ; elle fut percée alors pour faciliter ses commaoicationa entre Paria elle cb&teBD de Uadrid.
< Laffemas, La prtuvt du plant tt profflt du meuriert, Paiis, Pautonnier, 1603, p. 6. a Les ouvriers qui employeat les soyes faictes à » Paris, aaaeurent que quinze onces de celles de France rendent «pareille quaotilâd'ou*rage8(d'étoffe)qne dix-huit de cellesd'lialie. n Ce passage si eiplicile pour la bonté, valeur et rendement des soies recueillies àParIs et dans les environs,nel'estpaa moins pour la nature de la manutscturc de soie établie à Paris. Puisque les ouvriers de cette manufacture déclaraient combien quinze onces de soie da Paris pouvaient rendre d'étoffe de soie, il est évident que ces ouvrière ne se bornaient pas à préparer et à teindre la soie, que de plus ils la tisMient et en faisaient des étoffes.
D,q,z.-3bvGoOgle
BKTOI DAKS ODATRE PROMNCBa DE KURIEItS ET DR VERS A SOIE. 269
rannée 1602, la plaolation en grand du mûrier à Paris et dans les eaviroas de Paris, deux oiagnaiieries royales, deux oianufactiires royales pour les {n^mières façons de la soie, avaient été érigées à la fois. De plua, le roi avait acquis la preuve que, dans son noble projet, ni lui-même ni ses conseillers Laffemas et de Serres ne s'étaient laissé prendre à de trompeuses ou même de lointaines espérances.
Pour achever le grand établissement dont il voûtait doter son pays, il comprit qu'il devait pousser avec une égale vigueur, une égale promptitude, la diffusion du mûrier, la production des vers et le premier travùl de la soie dans les provinces. Ce n'était qu'à ce prix que l'éducation de la France devait être complète. « Il ne voulait B pas que tels trésors demeurassent resserrés en certains T coins de son royaume, ains que ses peuples s'en ressenn tissent universellement'. » En conséquence, il ordonna que les commissaires déjà nommés par lui pour le commerce général par les lettres patentes du 15 avril 1601, avisassent aux plus faciles expédients qu'il serait possible pour fournir de mûriers tout le royaume, et donner eu peu de temps les moyens de recueillir d'abord et ensuite de manufacturer la soie. Après une délibération approfondie et suivant l'expresse volonté de Henri, des contrats furent passés avec des marchands et entrepreneurs de Paris, les 14 octobre et3 décembre 1602, et confirmés pardes lettres patentes, pour fournir de plants et de graine de mûriers, ainsi que de semence de vers à soie, les généralités de Paris, d'Orléans, de Tours, de Lyon. Un mandement fut adrewé à tous les officiers royaux, le 7 décembre 1602 j des commissaires, à la tète desquels était Laffemas, qui venait d'être nommé contrAleur général du commerce,
< De Serres, ThUtre d'agricnltare, 1. V, c. lis, p. 110 B.
D,q,z.-3bvGoogle
ZTO UV. VII. CH. V. C0NHIB8AIHES RNVOTÉB : 8URVBIULAHCE ET
ainsi qu'on nombre suffisant d'entrepreneurs et de oom— mis, furent envoyés ; enfin des in^nictions imprimées furent répandues dans les quatre provinces, pour favoriser cette importante opération . La distribution des plants et de la graine de mûriers, de ta semence de vers à soie, eut lieu du 1^ au 8 avril 1603. Dans chaque paroisse, les arbres et la semence des vers furent confiés à quelquesuns des habitants les plus capables et intelligents : ils leur furent délivrés gratuitement, et les arbres durent leur rester en propriété, sous la condition qu'ils les soi^ gneraient et les feraient prospérer. Une pépinière de mûriers fut établie dans chaque élection, avec la graine de mûriers, et servit à remplacer les arbres qui mourraient. Les commissaires et les entrepreneurs ou leurs commis séjournèrent assez longtemps parmi les habitants pour leur donner les conseils nécessaires à la réussite de l'entreprise. Dans tous les lieux où les ecclésiastiques, les nobles et privilégiés voulurent soit se substituer aux habitants, soit entreprendre dans de plus vastes proportions la plantation destinée à chaque localité, les plants et graine des mûriers, la semence des vers, les instructions imprimées, leur furent délivrés à raison de la modique somme de 7 livres 1 0 sous pour chaque cent de plants ' .
Après la création d'une œuvre, la surveillance et les encouragements doivent arriver sans relard et lui venir en aide, si l'on prétend lui assurer quelque durée. Henri satisfit à ce devoir des véritables oi^anisateurs. Les commissaires et experts envoyés par lui dans les quatre généralités de Paris, d'Oriéans, de Tours, de Lyon, pour lai rendre compte des résultats de l'opération, après l'avoir
• De Serres, ThéAtre d'agriculture, Ueu V, c. 15, p. 110 B, 111 A. — Handemeot du roi pour l'establissement d'un plant de meuriere et l'entretien des vert à »oye, 7 décembre 1601, dans PodIodod, t. I, p. 1049 ; dans les Adc. lois frauç., t. XY, p. 378-181.
-:i,vGooglc
MtteAUTIOm. R^DLTATS REMinOUABLCS OBTENUS t PARIS. S7t
conduite et dirigée, déclarèrent à leur retour, en 1603, que le mûrier et les vers à soie pouvaient prospérer dans cesdireraes localités'. Cette même année, Laflemaa publiaitdeaxnouveauxécritscourts, substantiels, populaires. D'une part , il y indiquait les précautions à prendre pour prévenir la mortalité des vers à soie dont quelques propriétaires avaient souffertj d'une autre, il encourageait puissamment les nouveaux éleveurs à persévérer dans leurs efforts, en leur apprenant par quels légitimes bénéfices ils devaient être bienlAt payés. Dans le cours del'année4603, les propriétaires ou les domestiques de l'hâlel de Retz avaient employé la feuille des mûriers, qui se trouvaient plantés dans le jardin, À la nourriture des vers à soie : les vers leur avaient donné 1 8 livres de soie, vendues ii écus ou 252 livres du temps, avec 20 écus de fnùs, et 64 écus ou 192 livres de bénéfice*.
Les soins infinis que le roi avait pris par lul-^néme et par ses agents avûent produit dès lors d'importants effets. Une culture et une industrie d'une immense valeur avaient franchi les étroites limites où elles étaient renf^mées et immobilisées, etavaienl fait une heureuse iovasioQ dans de nouveaux pays. Henri avait acquis la pacifique gloire h laquelle de Serres rendait hommage en ces tenues dans la seconde édition de son Théâtre d'agriculture, publiée en 1 603 ; a Voilàle commencement de l'introduction de la soye » an cœur de la France, où l'exemple de Sa Majesté a n esté joinct à ses commendements, avec grande efficace » pour le bien de son peuple *. »
Les dépenses qu'il avait consacrées à ces utiles travaux
' LelelU«r, Héinoirea et instraclioua pour l'establiMemeiitdea maori«ra. Parla, 1S03.
' B. LaDemaa, Le plaisir d« la nobltue et <uitm qui ont dei hiritagtt aux ehampt, Pirïs, Pautonuler, 16011, p. t. Lea 191 livres du tempa renient pins de 691 francs d'aajODrd'hoi.
■ Oo Serrea, TbéAtre d'agricDllure. lieu V, e. 15, p. lit A,
D,q,z.-3bvGoogle
272 UV. vil. CH. V. DÉLIBÈKATIDN ENTRE HENRI IV ET SUU.V.
éUdeat déjà importantes : les sacrifices qu'il devait s'imposer pour perfectionner et étendre son œuvre étaient bien plus considérables. En outre, on touchait au moment où un grand changement dans l'industrie devait en entraîner d'autres dans l'administration générale, et par plusieurs cAtés dans la politique du royaume ; les finances de l'État et ie sort de plusieurs classes de citoyens se trouvaient intéressés dans les projets du roi. Le gouvernement en était arrivé au point critique et décisif de toute entreprise : il allait passer des expériences à l'application en grand. Une explication et ime délibération, qui n'avaient pas eu lieu jusqu'alors, devenaient inévitables entre Henri et Sully, son surintendant des financesetson principal ministre. Sully, dès leprincipe, dësTan 1599, s'était montré hostile à la culture des mùners et à l'établissement des manufactures de soie : à cette époque, il avait traversé les propositions de de Serres, lequel aurait succombé s'il n'avait été soutenu par le chancelier de Bellièvre '. En 1603, dans sa conférence avec le roi, il ne se montra pas plus favorable aux plans d'économie agricole et industrielle dont ce prince poursuivait l'exécution. Les idées d'un homme tel que Sully commandent le plus fidèle exposé et le plus sérieux examen. Voici la substance des objections élevées par lui contre les projets de Henri. Le climat de la France s'oppose à la culture du mûrier et à l'éducation des vers h soie. Les travaux de la campagne peuvent employer tous les bras etoccuper tous les oisi& : il ne s'agit que de les appliquer au défrichement des terres restées jusqu'alors incultes. Le travail de la soie, bon pour des enfants et non pour des hommes, détournera une partie des populations des villes des rudes
■ Voir 11 D£dicace au cbuicelier d< BelUàvre, de l'opMcule de de Serres, inlitolé : La leconde richait du mturitr i/ane, dans le Théâtre d'aericulture, t. II, p xxxvj, zxxvij, édit. l80t-lP09.
-:i,vGooglc
OPPOSITION DB SULLT kV\ imXJgTMBS DB LUXE. ^3
labeurs de l'agriculture : dèslorsragricoltureserestrràndra au lieu de s'étendre ; l'armée perdra ses [dus vigoureux mldats, les métiers pénibles leurs plus nerveux artisans. Le luxe et ses insépù^les compagnes, la vtdupté, la mollesse, l'oisiveté, se propageront dans les vîUes, et en corrompront, eu abâtardiront les habitants. Il n'y a point à capituler avec la passion pour les étoffes de soie et les vêtements somptueux : elle doit être réprimée et vaincue par des lois somptuaires, contenant à la fois prohibition de laisser entrer dans le royaume aucunes étoffes de luxe , et défense aux âtoyeos d'en porter ' .
Ces objections n'étaient pas solides. Les expériences particuti^^» et restreintesfaîtesdepuis de longues années, les expériences publiques et sur une grande échelle faites en 1602 et 1603, prouvwent, contre l'opinion de Sully, que dans les cinq sixièmesdela France, le mûrier et les vers à soie -trouvaient un climat favorable. Les travaux de la campagne ne pouvaient occuper tout le monde, parce que la différence d'âge, de forces, d'esprit, de résidence môme, s'y oppose souvent, et entraîne une partie des populations vers les travaux de l'industrie, à défaut de laquelle ces populations restent condaomées à l'inertie. Dans les trois provinces de Dauphiné, Provence, Languedoc, où la culture de la soie avait pris une grande extension, et dans les pays où elle s'était établie sur quelques points, bien avant 1599, les champs n'avaient pas été désertés, l'agricolture.D'avait rien perdu, le courage n'avait pas faibli, les recrues de l'armée et des métiers qui exigent la vigueur n'avaient pas diminué. Depuis Sully jusqu'à nos jours, aucune de ses sinistres prédictions à l'égard de i'iodustrieetdesvilles manufacturières ne s' est accomplie. Iioiu de là : autour des grands centres manufacturiers,
■ Snll;, Œcon. ro;., c. lit, t. 1, p. MS, 516.
2Ti LIV. VII. CH. V. EXAHBN DB CBTTB OPINION.
l'agriculture s'est développée et perfecliounée, parla raison qu'ayant à alimenter la population a^omérée des ouvriers, elle a trouvé de faciles et avantageux débouchés. Les professions pénibles n'ont été nullement désertées. À l'époque des plus grandes guerres que la France ait eu à soutenir, les régiments fournis par plusieurs des villes manufacturières ont été constanunent réputés pour leur bravoure, comme l'avaient été, au moyen âge, les corporations des métiers en Flandre. Les arts industriels n'ont pas non plus corrompu les mœurs : en effet, quiconque comparera avec attention et impartialité les moeurs du xvi° siècle aux mœurs des trois siècles suivants, trouvera que ces dernières ont plutdt gagné que perdu avec le temps et les progrès de l'industrie. Enfin, un peuple moderne ne peut s'isoler du reste de l'Europe et vivre comme une communauté de moines. Entre les arts et l'industrie de l'Italie, de la Flandre, de l'Angleterre, la France ne pouvait demeurer dans l'austérité Spartiate. Il restait purement et simplement k savoir si elle tirerait d'elle>mème les jouissances que procurent l'élégance et le luxe, en occupant une partie de sa population, ou si elle les achèterait de l'étranger en se ruinant, et en faisant beaucoup d'oisifs et de gens demandant l'aumône. Des nombreux motifs dont Henri appuyait son opinion, nous ne connaissons que cesdeuxdernier3,lesqudsdu reste sont capitaux.Sully a omis les autres dans ses Mémoires ; il nous apprend seulement que le roi trouvait ses propres raisons infiniment meilleures que celles de son ministre, et la postérité s'est rangée de son avis.
Sully fit ce que fera tout ministre, tout administrateur consciencieux. Après avoir soutenu son sentimeut avec force, même à plusieurs reprises différentes, et tout en gardant ses convictions, il mit son point d'honneur, comme nous allons le voir, à exécuter avec ponctualité et
D,q,z.-3bvGoogle
LE HDRlBEt ET LES VKRS A SO» HÊPANIHIg DtN8 VHS V" PROVINCE , 276
arec zèle ce que le pouvoir royal, alors seul responsable dans le pays, avait décidé.
Henri ^ermidésormaisdonssoa dessein d'une manière inébranlable, multiplia, prod^oa les mesures {m>pres à rendre générales en France et durables, à (ont jamais, la culture du mûrier et l'industrie de la soie. En 1604, il obUnt de Sully qu'il fit une plantation en grand de mûriers dans son gouvernement de Poitou '. C'étfût une cinquième province dans laquelle cette culture était nouvellement établie - c'était mieux encore; après le roi, le premier ministre donoùt l'exemple à tous de la propager. Le 16 novembre 1605, une déclaration du roi prescrivit l'établissement daus cbaque diocèse de France d'une pépinière de 50,000 mûriers blancs, que les monastères et les couvents, les plus propres à cette culture, devaient recevoir avec une quantité proportionnée de graine de vers à soie. Dès le mois de décembre de la précédente année, l'évèquc de Paris avait donné au reste du clergé l'exemple d'obtempérer à cette injonction. Lors de la plantation faute au commencement de 1603, dans quatre générabtés, Laffemas et les commissaires avaient sollicité et obtenu dans t>eaucoup de localités le concours des curés. Maintenant le roi rédamfùt celui de tous tes évèques du royaume '.
■ Laffemaa, Recutil prùenU au Boy de ce qui it paat en l'aaemblét du tommtnx à Parti, P. PautoDoier, lest, et dus les Archives cari«uaea, t. XIV, p. S31 : « L'establiMemenl du plant de meuriert, > et art de foire la aoye en France a commencé à Aorir et rémaîi n pour la prâsente année (1601) an gouvernement de Poitou, soub la 1 faveur et sage permiadon de monseigneur de Rosuy. a
* DéclartitiOD du 16 novembre IBOS dans Fontanon, t. I, p. iOBl ; clans les Ane. loie frang., t. XV, p. i9M9i : « Les bénéficiera et ■ ecclésiastiqoes Taisana le premier ordre de aostre royaume,- noue a avons estimé qu'ils dévoient aussy les premiers embrasser ceste n enlreprise, pour y attirer les autres à leur exemple, d — Laffitmas, Uecueil préseuté au roi, dans les Arcbives curieuses, t. XIV, p. S3tl, £3D. — Pour le concours des curés dans h |ilantatiou du conunence- ■Dent de 1603, voir l'instruction du mâme LaSemas ^ata U Preuve
D,q,z.-3bvGoogle
276 UV. Tll. CR. V. PUIS DANS TOUS LES DIOCSSSS ET PKOVINCES.
Le gouvernement appelait donc le clei^ à rendre à l'agriculture et à l'iaduHtrie du pays, dans les temps modernes, les mêmes services cpi'il lui avait reDdus durant le moyen &ge par le défrichement des terres : il le conviait à ajouter ce lustre à l'honneur dont l'immense majorité des évoques s'était couverte au commencement de ce règne, en défendant contre les fureurs de la Ligue et de l'étranger la légitimité de la royauté des Bourbons. Les évéques, après quelque hésitation, ayant répondu à cet appel à peu près unanimement , le roi parvint ainsi à implant^le mûrier sur presque tous les pointsdu territoire.
U pourvut à ce que l'ignorance des agriculteurs, grands et petits, et l'inconstance naturelle de la nation, fussent vaincues, en contractant pour une troiùème année, c'està-dire pour l'an 1 60 5 , avec lesentrepreneurs de 1 602 , et en les donnant comme instituteurs et comme directeurs aux populations des dernières provinces du royaume , poiu* la plantation des mûriers, l'éducation des vers, la récolte et le premier travail de la soie . Les entrepreneurs devaient employer tous leurs soins à les répandre dans la Champagne, la Bourgogne, le Bourbonnais, le Berri, la Gascogne, et surtout dans la Normandie, où des essûs heureux avaient été faits pendajit l'été de 1604 autour de Rouen, ville dont ta population industrieuse appelùt de ses vœux cette féconde innovation '.
Le roi affermit et compléta ce qu'il avait fait j usqu'alors pour l'éducation des vers, la production et la préparation de la soie, en augmentant le nombre des établissements
duptant »l profil dei miarivt, PaDlonuitr, leOi, p. 15, t6 : a Ues s comoU du controlle seront ed*ertiB que pour bîsa foire entendre Il ce béoâBce, iU e'adreueront aux curei de* peirOMMi el leor doaDi>- D roDt cet petite trailei, pour autant qu'il est besoin d'i^iprendre (ios- ■ traire], presser et solllcitsr le menu peaple. ■
> Laffemas, Recueil de ce qui se passe k l'assemblée du commerce à Paris, p. 1S8.
UiqrzD^bvGoOglt'
NOUVELLES HAGNANBUIBS. LBS tHTISANS ITALIENS. 377
modèles que le goavemement destinait à cet usage, tl avait érigé deux magnaneries aux Tuileries et à Madrid , en 1602: il ee fonda deux autres eo 1605, l'une à Fontainebleau, l'autre à Paris. Il destina à élever les œufs des vers à soie, qu'il faisait venir de Valence en Espagne, son orangerie des Tuileries, dont il hâta Fort la construction et l'achèvement pour cet effet '.
Dans la même période de 1603 à 1605, le roi avait pourvu à ce que les prc^rès des manufactures des draps et étoffes de soie, des draps et étoffes d'or et d'argent marchassent de pair avec la propagation du mûrier et de la soie. D avait appelé à grands frais dans le royaume les plus habiles ouvriers d'Italie, avec la condition qu'ils révéleraient aux Français tous les secrets de leur industrie, qu'ils les instruiraient, d'abord en exécutant les travaux sous leurs yeux et en leur donnant des conseils, ensuite en leur faisantprendre part aux travaux. Dès le commencement de 1603, Henri avait fait venir du Milanezle sieur Turatopour montrer aux nationaux l'art de filer l'or, façon de Milan. Le fil d'or de Milan était plus beau que celui qui se fabriquait en France, quoiqu'on y employât la moitié moinsd'or; par suite de cette dernière circonstance, il coûtait infiniment moins cher. Nous l'achetions aux ItaUens, et ce seul article de luxe nous coûtait 3,600,000 livres du temps, environ 13 millions d'aujourd'hui, lesquels sortaient chaque année du royaume. Turato établi à Paris, dans l'hôtel de la Maque, vaste bâtiment situé rue de la
< LeUre dn roi A U. de Rosay, dv 19 ours 16Db : a Mon am;, je t vous prie de ttàre haster U charpente et couverture de mon oren- 0 garie des Tuilleriei, afin que ceste année je m'en puisse aeirir A y a faire eslever la graine des Ters à soye qnej'ay fait venir de Valence n eu Espagne, laquelle il hudra faire eeclorre sawitM que les meug rïere auront jetlA de quoy les pouvoir nourrir. Vous savez combien i> j'affecUonne cela ; c'eat poorquoy je vous prie encore nu coup d'y » pourvoir, «t les faire haster. »
D,q,z.-3bvGoOgle
378 UV. VII. CB. V. ËTABLISSBHBNT DES MANUFACTURES
TixeraDderie, y fabriqua le fil d'or dans sa perfection et en grande quantité. Turato, et d'autres Italiens attirés à Paris, nous apprirent également à fabriquer tous les tissu» de soie, d'or et d'argent, r Us fout, dit un contemporûn, » des pièces excellentes eo rehaussement de fil d'or et n d'argent, draps d'or et d'argent, toiles d'or et d'argent, n d'or frisé de toutes les façons, avec une grande naïveté » tant des étoffes que des estofures. Tellement qu'aux » damas figurés, satins et autres ouvrages, it sembleroit i> que les couleurs qui y esclatent sont choses naturellen ment procréées, comme elles apparoissent : tant est l'in- 1) dustrie naïve et subtile de leurs tissus <. >
On profita rapidement de leurs leçons. Le 2 août 1603, le roi put rendre un édit pour l'établissement à Paris d'une manufacture de draps et toiles d'or et d'argent, de draps et étoffes de soie, dirigée par des Français. Le travail de l'exploitation comprenait « la batterie d'or et d'arn gent pour battre, couper, filer ces métaux, àlataçon de n Milan et au titre de 1 0 deniers 22 grains ; les moulins n à soye et mestiers pour façonner et travailler toutes » sortes de draperies de soye, tant pleines que façonnées » et medées d'or et d'ai^ent. a La manufacture et ses produits étaient exploités par Saintot, 0. Colieberl, . Limaigne, Camus, Parfait. Henri les anoblissait sous la condition que la manufacture aurait une existence d'au moins douze années. Pour le même espace de temps, il leur accordait le privilège de fabriquer et de vendre seuls des étoffes de soie à Paris et dans la banlieue : nul autre qu'eux ne pouvfût en débiter sans leurformelle autorisation . Dleur
I Laffemai, Recueil de ce qui «e passe à Piri», etc., p. 2SS. — P. Cajet, ChroD. gepleo., 1. VI, i.l[, p. asS B. — Sauvât, Aullq. de Paris, 1. IX, t. Il, p. SOS. Il relève l'erreur de Richerel de Ôiyet quicootondeDt pour la fabrique des draps et toile d'or, d'argent et de soie, Turalô et lea Italiens établie k U Uaque, avec Dubourg, qui Était un Français, et qui n'ajamaia excella que dans la tapieserie.
D,q,z.-3bvGoOgle