‹ Histoire du règne de Henri IVChapitre 29 sur 75 · DB LA SOIS, DU TBKPS DE BENRI IV ET DE NOTRE TEMPS · texte numérisé non relu

DB LA SOIS, DU TBKPS DE BENRI IV ET DE NOTRE TEMPS

persévéraDte ; si elles ne lui avaient présenté des avantages capables de tenter son opiniâtreté routinière et soQ avarice, que de Serres nous représente comme dépassant les bornes du vraisemblable ; même dans le midi de la France, les trois quarts des terres capables de nourrir le mûrier et le ver à soie ne les auraient jamais reçus. Et une preuve de cette vérité, c'est qu'il en était ainsi depuis l'expédition de Charles VIII en Italie, depuis cent ans, et que ce pitoyable état de choses n'a cédé qu'à la puissante action de Henri. En effet, bien qu'avant sa réforme, la France tirM de l'étranger les cinq sixièmes de sa consommation d'étoffes de soie, on sait d'une manière certaine que le petit nombre de manufactures que nous avions à Lyon et dans le Forez étaient contraintes d'acheter leurs soies grèges non pas dans les provinces du midi de la France, mais en Italie ' .

Les établissements manufacturiers, créés par Henri, pour le travail de la soie, dans la région du centre et du nord, ont mieux résisté que ses plantations de mûriers et ses magnaneries. Les manufactures de Paris et de Picardie qui lui doivent leur naissance, subsistent et prospèrent encore aujourd'hui ; le genre de produits qu'^es fabriquent a seulement changé ^. Elles emploient et con-

' B. Laffemas, Recaeil de ce qui se passe en t'assemblée du commerce à Paria, prèseote au roy, 1604, arl. Ig, p. ISO. « Va seul par< •> ticuUer, ridie marchuid et qualiSé, entreprend pour tout le piiys » de Foretz, d'aiUeure Apre, sttrtle et pauvre, ledict estAbliMement » dn plaot de meuriers et art de la »o;e, en trou ans, pour fort petite ■ Mmme par année, et de rendre son pays remply et enrichi dtàdittt t toye$ ipiiU tant eoatraints à acheter chiremenl hors it royaume, pour » lit manufaetunt qui y sont eslablits de longtemps, et au pays de » Lyonttoi*. »

' An temps de Henri IV, les manutaclures de soie de Paris prodaisaieot des draps et ËtofTea de soie : aujoui'd'bui elles produisent de< blondes, des gazes, des franges et aulrea objets de passementerie. Voir Cbaplal, De l'industrie (rançaise, t. H, p. 117. — Dictionnaire universelde commcrce.p. S6, IIS.BSS. — BBlbi,Abrigèdeeéogr.,p. ISt.

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somment une énorme quantité de soie, et les terrains voisins n'en produisent pas : Henri IV s'était chai^ de lever cettu contradiction. Dans le midi, les deux tiers des manufacturessontnées de l'activité nouvelle qn'il imprima à cette culture et A cette industrie. Celles mêmes qui existaient avant lui, à MontpelUer et à Lyon, par exemple, ont puisé dans ce mouvement une activité et une force qui les ont transformées. Les pr<^rès successifs par suite desquels Lyon et ses faubourgs, après avoir employé au svi° siècle quinze cents bras environ pour la fabrique et le commerce réunis des étoffes de soie, en occupent aujourd'hui cent cinquante mille, et sont devenus la première fabrique du monde, ces progrès datent et partent tous du règne de Henri IV.

Voyons quels ont été les résultats pour la fortune publique des développements donnés par Henri IV à l'industrie de la soie. T>e son vivant, la France fut afiFranchie de la plus grande partie de la perte annuelle qu'elle subissait,du tribut anuuelde 65 millions d'aujourd'hui, qu'elle payait à l'industrie étrangère pour sa consommation intérieure. £n 1620, quand tes manufactures françaises eurent complètement obéi à l'élan que Henri leur avait imprimé, et lorsque demeurant encore sous l'empire d'un tarif modéré de douanes, elles purent livrer leurs produits à un pris qui n'avait rien d'exorbitant, la ville de Lyon, outre les soies qu'elle tirtut de nos provinces méridionales, acheta annuellement au Levant et à l'Italie jusqu'à 20,000 balles de soie grége et ouvrée, pesant ensemble 3,200,000 livres, et valant plus de 75 millions d'aujourd'hui. Elle les convertit en draps et en étoffes de soie, et après avoir satisfait à la consommation intérieure de la France, elle en fournit l'Allemagne, la Flandre, la Hollande, l'Angleterre, le Portugal, avec un bénéfice annuel pour la main-d'œuvre que l'on ne peut pas estimer à

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WDUSTBISLS DE HENRI IV POUn LBB FINANCES DU PAVS. 285

moÏDs de 130 millions d'à présent. Ce prodigieux résultat est attesté par des documente contemporains et irrécusables '.

L'avidité inintelligente du fisc, la folle élévation des droits de douane, à la fin du ministère de Richelieu, et surtout sous le ministère de Mazarin, changèrent ce florissant état de dioses, et commencèrent pour la fabrique française une période de décadence relative et de médiocrité absolue, qui se prolongea jusqu'à la fin de l'ancienne monarchie. En 1789, notre industrie des soies avait ressaisi quelques faibles débris de sa première prospérité. La France importait, c'est-à-dire aciietait à l'étranger, les soies grèges et oi^ansioées pour une somme de 23 milhons ; mais elle exportait pour plus de 2 6 millions de soieries fabriquées, manufacturées par elle. Par conséquent, elleavaitgagnétoute sa consommation inlérietfre, qui était de 65 millions, et elle plaçait de plus chez l'étranger ses produits pour une valeur annuelle de près de 3'millions. En 1813, l'ancienne France, la France sans les adjonctions faites par les conquêtes de la RépubUque et de l'Empire, exportait annuellement les produits de son Industrie en soie pour une somme de 31 millions, après le prélèvement delà consommation intérieure: l'exportation était donc augmentée de 28 miUions. Mais les grands dé-

< Uémoire manUBcrit adreasé en 16S9 au canliDal Mazarin sur la déudence du commerce de LyoD. « Avaat 16S0, nue balls de eoye

> du Levant ne pajoit que 16 1. 13 s. 4 d. Aujoard'huy elle paye ea ' tout 111 1. s. a. a d. avant de pouvoir être employËe en oavragea. •> Lea Miyea grézes d'Italie ue pajoleot que 18 livre», et les ouvrées 36 :

• les onea en payent actuellement tlS, et les autre» itS livreB. Auisi

> de 10 milit ballei de $oge qui vtaoient à notre douane, année corna mvae, il n'en arriue plui 3 mille. Les marchanda d'Allocnague, de

> Flandre, de Hollande, d'Angleterre, de Portugal, n'acbèleoL plus

• rien à Lyon : la nécesaitè lea a [orcËa d'imiter la fabrique de nos ■ iloffes, ou de raconrir aillenrii. » Ctiaque balle de gole pesait 1M livres.

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286 LIV. vil. CH. V. HÉ5ULT1TS IMMÉDIATS ET rROCHAlHS,

veloppements de cette industrïe et de ce commerce partent de 1830, et {ovoneat accroissement d'année en année sousla direction d'un gouvernement souverainement sage, et avec l'aide de la paix. En 1835, la France achetait à l'étranger pour 48 millions de soies grèges ; mais après avoir fourni à sa consommation , elle exportait pour la valeur de 1 44 millions, avec un avantage de 1 1 3 millions sm' rexportaUott de 1813. Les faits qui noue restent à cx|)0ser,le tableau du progrès que nous avons maintenant à tracer demandentàètre éclairés par quelques dé&nitions empruntées aux publications officielles. Le commerce d'exportation est général et spécial. Le commerce général se compose de toutes les marchandises qui passent k l'étranger, sans distinction de leur origine, soit française, soit étrangère. Le commerce spécial comprend seulement les marchandises nationales, et celles qui, après avoir été nationalisées par te payement des droits d'entrée ou autrement, sont exportées. En 1844, eten ce qui regarde le commerce spécial , la France exportait déjà pour le chiffre énorme de 151 millions 500 mille firancs, dont 7 millions 800 mille francs pour les soies, et 148 millions 700 mille francs pour les tissus de soie et de fleuret. En 1847, ce chiffre s'élevait encore, et montait à 153 millions 942 mille francs. Le pays a obéi à la puissante impulsion qu'il a reçue à cette époque, et depuis lors, il n'a cessé d'avancer dans la voie du [irogrès. En 1860, il exportait pour 425 millions 300 mille francs de soieries, dont 395 millions 600 mille francs pour son industrie, pour ses tissus de soie et de Qeuret. En 1863, il vient d'exporter pour 458 millions 100 mille francs de soies et de tissus de soie. Il faut bien remarquer que, dans le commerce spécial, l'exportation des soies et des tissus de soie dépasse constamment en importance, et tanl6t de plus du double, tantât de près d'un quart, nos autres expor-

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tations les plus considérables, celle des tissus de coton, et celle des vins et eaux-de-vie. Prenons pour exemple les aimées 1835 et 1844. En 1835, la France a exporté pour 144 millions de soieries, tandis que son exportatioo de cotons manufacturés ne s'est élevée qu'à 61 millions, et que son exportation de vins et eaux-de-vie n'a pas dépassé 66 millions. En 1H44, elle a ttxporté pour 151 millions de soies et de tissus de soie, tandis qu'elle n'a livré k l'étranger que pour 108 millions de tissus de coton, et pour 51 miÛioas de vins et d'eaux-de-vie '. Voilà ce que Henri IV a donné à notre patrie, en lut donnant l'industrie de la soie en grand : voilà ce qu'elle tient de sa main.

Nous avons essayé les premiers de donner, d'après les originaux, une histoire suivie et raisonnée des commencements de cette industrie, l'une des principales richesses de la France. Nous n'avons trouvé sur cette matière, chez les écrivains modernes, que des essais informes. On y réduit tout au mûrier et à la nourriture des vers à soie : l'éducation des vers, la récolte et le premier travail de la soie, la fabrique de la soie, sont regardés comme non avenus. De plus , la vérité y est étrangement défigurée.

■ Tableaux annexé* à l'exposa de la lituatioD de l'Empire, préwiilé ua Corpa légùlstU daoi la «éance du 3B féirier 1813 par M. le comte de UoDUlivel, mioUIre de l'intÉrieur, p. 10, tl. Il faut avoir bien soiii, en conâultant ces Ubleani, de dégager ce qui concerne l'ancienne France, la France de Benri IV et de Loni» XIV, de ce qui ee rapporte aux paya conquis au temps de la République et de l'Empire, 1m départements nonveaui des Alpes Maritimes, Doîre, Uarengo, etc. L'andenne France n'entre que ponr du peu moins de moitié dans la productioa des soies, l'inlpOTlalian et l'exportation des «oieriee pour Ja totalité de l'Empire. — Eu ce qui toncbe aux exportations de 18SS, voir Balbi, Abrégé de gtograpbie, édition de 1814, p. lit. — En ce qui regarde l'exportation des soieries en 1844,1860, 186S, voir le Tableau général du commerce de la France avec ses colonies et les puissances élrangires, dressé par l'administration des douanes pour CM diverse* années.

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288 LIV. VII. CB. V. VËI11TABLB8 FONDATBUne D8 LA SErICICULTVRB

Le plus intelligeot et le plus actif ministre des projets du roi, qui demandai soleDoellement, eu janvier 1597, que l'on étendit à la France entière l'industrie séricicole; qiii (le sa propre personne répandait le mûrier et la soie dans les quatre provinces qui les reçurent les premières ; qui inspirait et dirigeait à Paris toutes les délibérations de ce -Conseil des manufactures et du commerce chargé des détails de l'entreprise; qui succomba en 1605, épuisé par la fatigue de tant de travaux, et qui littéralement mourut à la peine, Laffemas disparaît complètement. Henri, qui, dès 159C, voulut remplacer par la production française l'importation étrangère ruineuse, et la [HY)hibition impossible ; qui n'eut pas trop de tout son génie, de tous ses soins personnels et directs, de toute sa puissance employée sans discontinuité durant quatorze années, pour surmonter l'aveuglement et l'indolence des masses, et jusqu'aux répugnances de Sully, Henri ne joue plus dans ce drame d'économie politique que le personnage du chœur dans les pièces antiques : il assiste à ce (jui se passe, et donne de temps en temps quelques conseils. Si l'on eu croit les auteurs des Essais, le véritable et le seul créateur de la culture du marier et de l'industrie des soies en France, est Olivier de Serres. Ouvrons cependant les ouvrages de de Serres lui-même, écoutons son propre témoignage, donnons-leur pour contrôle le recueil des édits et ordonnances, et nous reconnaîtrons sur ces preuves irrécusables que le râle de de Serres, dans cette grande œuvre, s'est borné à une coopération très-utile , très-glorieuse sans doute, mais partielle et bornée à deux années. Cette coopération ne commença qu'en 159^ par un appel à l'opinion publique, venu après ceux du roi el de Laffemas, et par d'excellents conseils pour l'éducation des vers à soie. Elle se termina en 1601 par un envoi d'une grande importance pour la propagation du mûrier. Elle

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