LES TOILES FINES. FAÇON DE HOLLANDE
aux divers artisans et aux diverses industries, et que nous ferons bientôt connaître en détail ' . C'est la première origine de la célèbre manufecture de la Savonnerie,
EIq 1604, la commission du commerce disait au roi, dans le recueil ou rapport qu'elle lui {véseatait : « La manufacture nouvelle des toiles fines et façon de Bollande, et autres semblables qui sont û chères, ne s'est fûte jusqu'à présent en France; et nous sommes contraints de les achepter des étrangers, où il se transporte une grande quantité éPor et cTar^ent, Cependant, nous en avons les lins et autres principales estoffes abondamment en France, plus que lesdits étrangers, qui les viennent prendre et acheter de nooB, pour nous les revendre manufacturés incontinent après, et y gagnent le quadruple et plus; ce qui ne procède que de la seule industrie de les blanchir, foçonner et polir. Mais il s'est trouvé deux riches marchands qui ont entreprins de les faire filer, manufacturer, blanchir et feçonner dans les fauxbourgs de la ville de Rouen , en telle quantité qu'ils en foumiroient la France. Leurs mémoires et propositicHis ont été examinés et délibérés en la' compagnie desdits sieurs commissaires, par le commandement et renvoj' à eux faict par Sa Majesté. Os en ont donné leur advis sous le bon plaisir de sadite Majesté, et ils espèrent qu'il en proviendra un grand trésor à la France quand il sera exécuté '. s En 1607, l'exécution avait suivi la proposition, et cette richesse Industrielle était acquise an royaume. Le roi avait pris l'entrepreneur sous sa protection, avait ùdé son établissement par une subvention
t B. Laffemas, R«caeil de ce qm m passe, etc., art. SI, Arch. enr., L X[V, p. 111 el m. Voir plus loin U citaUoD de Saoyal.
) B. l.aflSs[iMS, Becneil de ce qui se pa«M, etc., article 34, Archcnr., t. JIV, p. Ma, M».
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S94 Liv vti. en. V. lbs deht&llkb. lbcuir cohâ et drapé.
coDsidérable iju'it urachait à l'écoDomie trop parcimonieuse <le Sully, et il avait affranchi l'État de la coûteuse importation des tissus de toile Sne de Hollande '.
Ed 1596, deux hommes venus des Pays-Bas avaient apporté à Senlis et dans les villages environnants l'art de faire la dentelle, que l'on nommait alors ourftage de Flandre. Le roi tendit également la main à cette indusb'ie, qui se développa promptement parmi les nationaux, et qui livra au commerce des produits d'une rare perfection en très-grande abondance *.
Nous aurons épuisé. la liste des industries de luxe encouragées par le roi, quand nous aurons mentionné celle des tapisseries de cuir doré et drapé, de toutes les sortes et de toutes les couleurs, plus belles et plus solides que la broderie : ces tapisseries paraissent avoir eu une gruide vogue dans les premières années du xvii* «ède *. , Ces établissements formaient les diverses parties d'un plan général que Henri avtùt arrêté, se rattachaient tous à quelque grande pensée, à quelque noble idée mère, saisie par les contemporains, et transmise jusqu'à nous par leur intermédiaire. Les manufactures de cristaux et de glaces avaient pour mission spéciale de fournir des moyens d'existence aux gentilshommes tombés dans la misère, qui pouvaient se livrer à ce travail et à ce trafic sans déroger à la noblesse. Toutes les aub^ manufactures d'objets de luxe, ainsi que celles de cuir doré et drapé, « qui occupaient de grandes boutiques dans les
' Lelire de Henri IV it Sully, dn Î2 août 1607 : o Hod amy, j'aj i Bppril que Vienne fût difficulU de contraroUer l'acquît pour les a entrepreneurs de toile k la b^oD d'Hollande, en ta [orme qu'il a n esté expédif. Commandez le lu; & ce qu'il les depesche [irompte- 1} ment, car c'est chose que je veux, s
■ B. Laffemaa, Reiglement géDèral pour dretser lea manuhcturee en Fronce, p. 10.
> B. t^aSeoiae, Recneil de ce qui se paeae, etc., d<> T, p. sit. — P. Cayet, Ghrou. sept., I. Vil, t. II, p. 1H4 A.
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PLAN GBNbl&I. AVWnL SB nATTACBINT CES DETAILS. SII5
faaiioargs Sùnt-Honoré et Saint - Jacques , » étaient chaînées d'employer et de nourrir une qnantité de pauvres gens'. De plus, Henri avait conçu, et il réalisa le projet de former à Paris, dans son propre palais, un foyer d'art et d'indiifitrie, dont il pût répandre les lumières sur toutes les provinces du royaume. D voulut constituer notre pays & nouveau, et y établir un ordre de choses où l'esprit humain exercerait une puissance égale à celle -des armes, à celle de la force matérielle. H assigna enfin et voulut assurer à la France, parmi Les nations de l'Europe, le rôle magnifique de promotrice de l'intelligence et de la civilisation. H se flattait , non sans raison, de consommer ainsi l'œuvre de François I", dont il se glorifiait d'être à cet égard le continuateur*. Sauvai, le plus religieux dépositaire, après Pasquier, de nos traditions nationales, s'exprime ainsi sur les projets réalisés de Henri IV :
f Le roi s'éloit proposé d'avoir chei lui toutes sortes de msnurutarea et les meilleurs artisans de chaque profession, tant pour les mainteoir 1 Paris que pour s'en eerrir au besoin : il Touloit que es rat comme une pépinière d'ouvriers qui pflt produire nue quantité d'excellents maîtres, et en remplir la FraDC«. Il pratiqua mus la galerie du Louvre divers ipparlemenls afin de les j loger, et il leur accorda, en I60B, toutes les prérogatives les plus ftvorahles 1 leur bdustrie et an commerce qD'îls pouvoient eu faire... H avoît, dans les galeries dn Louvre, les meilleurs sculpteurs, horlogers, parfumeurs, conleUere, graveur* en pierre* précieuses, forgear» d'épées d'acier; les pins adroits doreura, dimsaquineurs, faiseurs d'instrumenta de malb jmatiquea ; trois tapissiers, l'un des ouvrages du Levaul, les deni autres de haute lisse.
■ B. I.a(temaa, iUd., p. ni, SIB.
«TbneDiis, 1. CXXIX.g SdutexU, t. XIV, p.ltSdelatradnction.Hll
■ exécuta tout cela avec tant de magnificence, qo'il sembla plutAl n vouloir surpasser François t", son grand oncle, que l'imiter. Il étoit
■ ravi quand on dlsoit qu'il lui ressembloit non pas tout b fait par la u taille, mais par les Ir^s, la grandeui d'&me, les inclination». »
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896 LIV. vil. CH. V. ÉTIT DES IHimSTRieS DE PRIMlfeRK NtCBeSirfc.
> Une colonie de sealpleura, d'architectes , de Upiuien et lutres •emblablei occupe tout ce qu'il j a do logement la-detsoui de cettA galerie. Ces divers appartements aïoient été deslinéa par Henri IV pour les artisaoa lea plus renomm/^. Car te damn dt et prince était de loger dam ton Limtrt la plut grand* uigneun et It* plu» txeei— lentt Moilret dit royautne, afin dt faire comme mm alliaiux de Petprit et dtt htam-arii swc la nobUtu et îipie. Mail parce <iue ton paiais n'éloit pas encore en £lat de tbger tant de monde, il M contenta d'abord d'jr Toir lea artisans, tous au reste en grande réputation, et les premiers de leur siècle chacun en son genre '. u
ly. U roi rettavre et développe les industriet de première nicemié.
Autant le roi avait mis d'ardeur et d'intdligence & naturaliser dans le royautne les iodustines de luxe dont il avait enlevé le secret et l'exercice eïclusil aux étrangers, autant il apporta de soin et d'attention à rétablir et à développer les industries de première nécessité, dont [>lusieors causes réunies avEÛent amené la décadence.
La guerre civile, prolongée pendant plus de trente ans, avait développé le luxe au lieu de le restreindre ; parce que , d'une part , elle avait fait des fortunes de parvenus, et que , d'un autre cdté , ne donnant à personne un lendemain assuré , elle avait précipité la plupart de ceux qui avaient conservé quelques ressources dans des habitudes désordonnées. Mais , comme uous l'avons vu, elle avait réduit à une telle détresse la masse de la population des campagnes et uue partie des populations des villes, qu'elle ne leur avait pas laissé les moyens de se procurer le plus strict nécessaire ; elle avfdt amené ainà le chômage de beaucoup de manufactures. Elle en avait détruit beaucoup d'autres par ses ravages ; elle avût de plus interrompu partout les communications et le commerce. Ainsi, en
HIHeTRtIBint ABUe DBS CORPORATIONS D'ABTS BT HtriERS. 397
1 597 , toutes tes industries de première nécessité avaient été réduites, toutes avaient souffert, et bon nombre avaient péri.
L'industrie s'étût fait autant de mal à elle-même par sa tyrannie et par son improbité, qu'elle en avait reçu du reaversemcnt de Tordre public et de la fm«ur des armes. Dans tons les boargs et villes de France, indistinctement, depnis le r^ne de saint Louis, les artisans et marchands étaient réunis en c(»rps ou communautésd'artsetméUera; mais, dans certaines localités, les maîtrises jurées aviùent été établies, et elles n'eùstaient pas dans d'autres '. Partout où elles avaient été étabUes,. c'est-à-dire dans la plupart des grandes villes, les artisans et marcbands étaient divisés en deux classes : celle des maîtres jurés, ainsi nommés parce qu'ils prêtaient serment devant le juge au moment où ils étaient admis à la maîtrise, et celle des apprentis et compagnons aspirant k la nuûtrise. Jusqu'au commencement du seizième siècle, nul apprenti ni compagnon n'avait pu devenir maître juré, et n'avait obtenu la faculté d'exercer une professiou industrielle, sans avoir au préalable subi de longues et nombreuses épreuves, et saus avoir obtenu des lettres du rot des merciers de la corporation.
François 1" avait reconnu que les rois des merciers, de cMicert avec les maîtres jurés des communautés, exerçaient d'une manière abusive les droits et privilèges dont le temps les avfdt investis. Il avidt supprimé les titres et ■
' Ëdit dn mois il'a*iil 1S97, article* S et 4, dans tes Ane. loU franc., t. XV, p. 1S8, 13a. 0 Tous marctuuiB veodane par poids ou mesures, » et lous antres faisans profeesioD de quelque Iraflc de marchandise, u art ou meatier qne ce soit, ta villes, fftuxbonrgs, bourgs, boui- ■ gades et autres lieux où les dites maislrises jurées ne août encore ' «établies. — EDJoigQons très eipreasêmeat k lous les ixrps «( com- > munaultâ de* marehans, tant des villes et lieux jurti lut non /u-
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S98 UV. VII. CH. V. LB8 HAmiES lURte BT LCSHOIS DES ■KACIERfi.
attributions des rois des merciers , réuni leurs droits à la couronne, et réservé à la royauté le pouvoir d'accorder ou de refaaer à un citoyen l'autorisation d'exercer la profession d'artisan et de marchand : mission grave et délicate, puisque les particuliers etla aociélé avùent un égal intérêt dans la juste et bonne distribution de ces aatoiïsations. François I^*^ avait donné pour inspecteurs et pour censeurs aux communautés les gardes jurés, dont les fonctions déjà anciennes étaient électives et bornées à deux ans. Les gardes jurés avaient été charftés par ce prince de surveiller la conduite et les progrès des apprentis et des compagnons , de leur faire subir les épreuves nécessaires pour établir leur capacité, et de les déclarer ensuite aptes à la maîtrise, que le gouvernement seul leur conférait. Les gardes jurés exerçaient , sur tous les maîtres anciens et nouveaux, une exacte surveillance a pour les policer et n discipliner en leurs estats et exercices. • Ilslesforçuent à observer les statuts de leur communauté, les ordonnances des rois relatives à leur commerce ou industrie ; et ils obtenaient ainsi qu'ils ne donnassent an public que des denrées et des produits irréprochables. Sous lefûhle gouvernement des derniers des Valois , cette organisation et cette police nouvelle des communautés avaient péri, avec l'autorité royale, au milieu de l'anarchie ; et , dès ce moment, le despotisme et la hcence avaient exercé tons leurs excès au sein des corporations.
Les rois des merciers s'étaient rétablis ; ils avaient fait revivre leur nom et leurs attributions. Ils avaient passé un accord avec les anciens maîtres jurés des ccwnmnnautés, et, tous ensemble, ils avaient établi un ordre de choses d'une injustice et d'une violence révoltantes. Bs avaient fixé à cinq ans au moins, souvent à sept on à huit, le temps de l'apprentissage, et t'avaient rendu fort coûteux. Ils avaient soumis les compagnons aspirant à la
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maltriae, à des viutee, à des examens, à l'achat des lettres de maîtrise, à des baoquets de réreptiou, entraînant ensemble des frais tels que bien peu d'aspirants avaient les moyens nécessain» pour les acquitter. Quand, par hasard et par exception, les compagnons pouvaient satisfeire à cette multitude d'exactions, ils étaient airétés et repoussés par la confection du chef-d'œuvre toujours jugé arbitrairement. Dons ce système, les maîtres jurés n'avaient' plus laissé arriver à la maîtrise que leurs enbnts ou leurs parents, de telle sorte que l'exercice des professions d'artisan et de marchand était devenu le privilège exclusif de quelques familles. Ils avalent extrêmement réduit le nombre de ceux qui exerçaient la même profession, pour concentrer entre eux et augmenter les bénéfices : il y avait donc monopole. Us jouissaient , non pas seulement gratuitement, mais même en se faisant payer, pendant de longues années, du travail des apprentis ; quand l'apprenti était devenu compagnon , ils le réduisaient pour toute sa vie à une subsistance précaire sous l'empire de maîtres absolus. Oub« ces avantages communs à tous les mt^tres jurés de chaque corporation, les rois des merciers avaient hors part les bénéfices qu'ils tiraient du prix mis par eux aux visites, examens , délivrance des lettres de maîtrise ; et, de plus, le premier rang et l'autorité dans leurs corps. Cette œuvre d'iniquité avait produit des fruits dignes d'elle . D'un cdté, les apprentis, les compagnons et leurs familles nourrissaient des haines furieuses contre les maîtres jurés et tes rois des merciers. D'un autre cdté , dons beaucoup de localités , les professions industrielles étaient exercées par les moins intelligents, les moins adroits, les moins probes.
Dans un édit rendu par Charles IX au moisdemars 1 57 1 , on trouve la liste des fraudes commises par deux corporations seulement des arts et métiers ; cette liste est déplo-
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