LIV. VII. CD. VI. TENTATIVB DU CANAL DU LANGVGDOG
el de ces projets il De resta rien : la mort de LéonarO , survenue en 1 5 19 , lesdan^rs et les dépenses dans lesquels la rivalité contre Charles-Qutnt jeta François (*', rompireDt tout*. Ces tentatives se bornaient àiles canaux de dessèchement, n la canalisation des nvières coulant dans on même bassin, le tout devant servir à la petite navigation. Mais à la fin de son règne, François I", reprenant une idée de Char lemagne, agita un projet ayant une autre destination et une tout autre importance. Il s'agissait d'unir l'Océan à la Méditerranée, par une ligne navigable établie à bavers le Languedoc et la Guyenne. La première partie de cette ligne était formée parlecour.sdeIa Garonne jusqu'à Toulouse ; la seconde, parun canal d'environ dix-huit lieues, en y comprenant les détours, depuis Toulouse jusqu'à Villepinte, à deux lieues sud de Saint-Papoul ; la troisième, par le cours du Fre3*|uel et par celui de l'Aude, qui formaient la continuation du canal, et conduisaient la voie navigable jusqu'à la Méditerranée. C'était la première donnée du canal de Languedoc. Le tracé et le devis du canal alors projeté furent arrêtés et rédigés à Béziers le 20 octobre 1539, et examinés en 1543 par des commissaires que le roi nomma, et qui se transportèrent sur les lieux pour vérifier le travail des ingénieurs, et juger la possibilité de l'exécution. Le texte de ce devis ejûste, et il forme l'une des pages les plus importantes de l'histoire de l'art de l'ingénieur et de la construction des canaux en France, parce qu'il fournit des renseignements cerlains sur les connaissances acquises en mécanique bydraidîi]ue, et sur les procédés de construction employés
■ M. DuteDs, Histoire de iBuavi^tion intérieure delà France, S'sect-, 1 I, p. 81. — U. F. Pillel, article Léonvd de Vinci dao« la Biog. univ., t. XLIX, p. IS6. L'iuteur Tait remarquer qu'oD peut voir pu le volume des mauuecriU de Léonard de Vinci dépoté àta Bibliotbëqne impériale, que Léonard n'eut pas le temps de mettre à exécution le canal qui devait paner par RomoraoliD.
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sous vnANÇOis l*^ bxpobb de cbttb tkntatite. 37U
chez nous dans le premier tiers du xvi* siècle '. L'historieo de la localité, Lafaille, après avoir étudié ce plan avec soin, ez[H'ime dans les termes suivants son impression et son jugement- « Ce que j'ai remarqué, c'est qu'on » prétendoit rendre la navigation du canal aisée en ap- 0 planissant le$ eaux, et en les tenant dans le Tiiveau par B l'iD^alité des excavations. On n'avoit pas encore trouvé H rioveation des écluses *. » Trois écluses sont meotion nées à la fin du devis, co'mrae devant être établies sur un seul point, et à l'une des extrémités du canal. Non-seuleroent Lafaille avait le devis sur les yeux , mais il en donne même le texte. Il ne peut donc ignorer, et il n'ignore pas, que l'invention des écluses simples, garnies d'une seule porte marimère, dépourvues des propriétés des écluses à sas, remontait jusqu'au moyen âge, et que dès ce temps il en avait été fait partout des applications en France. Par conséquent quand l'historien parlant du canal de 1539, dit dans sa dernière phrase qu'on n'avait pas encore à cette époque trouvé l'invention des écluses, et qu'on n'en avait pas établi dans le canal, il est évident qu'il parle des écluses nouvelles, des écluses à sas, et non des écluses sim(des. Ainsi, soit que l'on étudie le devis de 1939 lui-même, et qu'on se rende un compte exact de l'économie générale de la construction du canal; soit que l'on s'en rapporte au témoignage de Lafaille, il en résulte que les ingénieurs de François I^' n'aviùent profité en rien des connaissances apportées et des essais faits en France par Léonard de Vinci. Us ignoraient l'existence des écluses à sas, et leur application aux canaux, quoique reniontant en Italie à plus de quarante ans, ou s'ils con-
' Le teste de ce devU te trouva parmi laa piâcei jnatiQcativeg du lome II des Annale» de la ville de ToDlau^e, par Lafaille, p. 19, 10, iu-toUo, 1701.
*LtIitlle,AiUMlwdelaviUtt de Toulooae, 1* partie, p. in.
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naissaient de nom cet ingénieux mécanisme, ilsen méconnaissaient la puissance. Leurcanal.quenousavons soumis après Lafaille, à l'examen le plus attentif, n'était autre chose qu'un fossé, dans lequel ils introduisaient par la dérivation les eaux de la Gaioone. Us maintenaient ses eaux dans leur niveau, et les faisaient couler dans leur fossé comme elles auraient coulé dans le lit d'une rivière, depuis leur départ de la Garonne jusqu'à leur entrée dans le Fresquel, et de là dans l'Aude. Leur cand était donc modelé sur ceux des Italiens exécutés durant le moyen âge, avant l'invention des écluses à sas, à l'époque de l'enfance de l'art. En assujettissant leur canal à de nombreux détours, ils avaient bien évité les montagnes et les collines qui forment la séparation entre le bassin de la Garonne et celui du Fresquel et de l'Aude ; mais ils avaient rencontré des élévations de terrain autres que les montagnes et les collines, assez nombreuses et considérables : les travaux nécessaires pour couper ces élévations jusqu'au niveau du sol, les excavations à pratiquer dans le sol lui-même pour former le fossé bu Ut du canal, produisaient ensemble des enlèvements de terre prodigieux, et entraînaient d'énormes dépenses. D'un autre câté, les ingénieurs ignorant combien les eaux perdent par les infiltrations et l'évaporation, n'avaient pas préparé une suffisante alimentation à leur canal, qui devait rester à sec une partie de l'année : c'est ce qu'une discussion détaillée de leur plan et devis établirait clairement. Les travaux pour l'exécution de ce canal ne furent même pas commencés sous le règne de François I", où tant d'autres établissements furent menés à fin. Le devis est de 1539, la mort du roi de t5'{7, l'intervalle de huit aus. L'entreprise était donc indéfiniment ajournée. Tout donne à penser que le roi fut éclairé par les commissaires ou par son Conseil sur les vices et peut-être les impossibihtés du
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CANAL b'inRIGATION DE Cltj
plan qui lui était soumis, et qu'il y.reuonça. Ainsi, dans le cours de ce règne, aucun canal ne fut établi, parce que la France manquait encore de moyens d'exécution fournis par la science et adoptés par la pratique.
Sous Henri II, Tatlentioa et l'intérêt du gouvernement dirent ramenés vers cette importimte et nouvelle partie des services publics, par le succès d'une entreprise particulière. Une grande et généreuse idée, conçue par un homme de génie , profondément versé dans les sciences mathématiques et l'architecture hydraulique, dota la. France de son premier canal , et ouvrit la voie à la constmction de tous les canaux exécutés dans la suite. Des terres qui environnaient la ville de Salon en Provence, au nord jusqu'à Lamanon , à t'est jusqu'à la Durance, à Touest jusqu'à Eyguièrcs, au sud jusiju'à l'étang de Berre, les unes dans cette zâne méridionale étaient dévocées et ruinées par les chaleurs de l'été ; les autres, faisant partie de la Crau d'Arles, ne présentaient dans l'espace de plusieurs lieues qu'un désert dont le nom indiquait la stérilité : on appelait cette campagne les champs de pierre, eampi lapida*. Adam de Crapponne*, gentilhomme, né à Salon, résolut, dans l'intérêt de sa patrie, de changer
■ Expillf , Diction, géognpb. «t bJator., t. 11, p. M9. n La Cran, ■ Cra*U8, eampi lapidti. ■
* La TériUble orthographe du nom est CrappoDoe, comme le proD> veut de* actes sonecrilgpar lui et «ubùslants aujourd'hui. Aox termes des mbnes act«a, la date de ea naissance est trâs probablement 1S3G, cl la date de sa mort très certainement le commencement de tBT6. Lea diverses hlc^raphies indiquent par errear 1B19 pour la naissance, et I5M pour la mort. Celte derniûre date ne laisserait ancun temps ni sacane place ponr Ips grands projets de canaux et de débichemenis cooços par Crapponne, postérieurement ii l'achèTement de son canal d'biîgaliuD. On trouTera dans l'un des documenta bistoriqnes, dea notions plOB exactes bot la patrie, la famille, la naissance, la mort, et quelques-uns des plan* de Crapponne, avec le témoignage rendu au patriotisme et au génie de cet homme illustre par un autre homme Illustre, OlÎTier de Serres.
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l'état àe ces terres désolées ou incultes, eu les traversant par un canal d'irrigatiop pris au cours de la Durauce ; distribuant à toutes les eaux dont elles avaient besoio ; ménageant à celles de laCraulesdépdts limoneux delarivière,qui devaient les fertiliser, avec un art admiré encore aujourd'hui par les ingénieurs * ; fournissaat en outre au pays entier les moyens d'établir des moulins -dont il mani{uait. Dès 1551 , Crapponne avait achevé sur le terrûn les études <|ue demandaient le plan et la confection du coiurs d'eau qu'il projetait. Le 27aoùtl554, il obtenait du président et des maîtres de la cour des comptes de Provence les permissions et autorisations nécessaires pour l'emplacement même et le creusement du canal ' En 1597, il commençait les travaux, et il les achevait le dernier jour d'avril 1559. Nous allons faire connaître la marche de l'entreprise d'après l'exposé de César de Nostre-Dame, compatriote, parent, contemporain dans bob enfance de celui ijui l'exécuta; exposé qui nous paraît avoir été inconnu , ou très-imparfaitement consulté jusqu'à présent. Nostre-Dame rend compte dans les termes suivants de l'œuvre de Crapponne :
f Adam de Crappone entreprend une eatreprise Can ein^vaiUet^lièmt du siècle, dont l'bisloire doit faire compte et mémoire à tooljimiii. En ce temps, ce gentilhomme cognoissant ({uesi lilleee-
* Notice historique sur Adam du GrappoDne par U. le marquis de JesséCbarleTal, p. 15. « Adam «tablii son canal avec une pente al bien B réparUe que eee eaux peuvent parvenir sur tous les ])oints à iiriituer, » laUB avoir perdu le limon dont elles sont chargées; dispositions. B heureuaes qui font encore aujourd'hui l'admiration des iogénieun n hydrauliques appelés k visiter ce beau travail du iti° siècle. ■
* Les priocipalee digpo^Iious de cet acte émané de la Cour des comptes de Provence sont rapportées par M. Uouan dans la notice qu'il a consacrée A Adam de Crapponne et imprimée dans le Plutarque provençal :c'e8t K la paga M. Cet acte appelle le lac de Derre la mode Berre, dénoniinalion que Bouclie lui a conservée, comme on va le
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SUITE DB L'inSTOUHlUB DE CE CANAL. 383
toit en une exMme nëceuiU de moniins, et que «on territoire, par le* pointes aspresetfiolenlos àet mois plDibrutlanUetilei plu violentes cbalaors, «ouffroit mainles Tois des «oifs et lecherewe* exirémea, dont les &uit« et les herbages se irouToient loul esUngorei, aridee, transis et sans liqueur, perte aux habilans inestimable, pensa de suppléer an deffiDt des eaux et plujres du ciel, el par l'art de sufannir i U nature. Et comme il ealoit d'un vif et tréa noble enlendement, il s'adviaa de tirer de l'imoianiable, tnrbuienle et limoneuse Durance... un pelil braa d'eau «t lieu de la Roque, qu'il ' mena par un petit canal enTJron trois ou quatre lieues jusques aux portes de Salon. Là tout le peuple ateeroblé.,. receut cette eau avec appUudisMioeiit, eatonnemenl, et joje autant incroyable qu'inespérée. En ce principalement que plusieurs sages avojenl ereu, Toire semé que Crappone iToit attreprit rinfaitalile «I nmpmible. Ce premier et noble e&sa; fut apperceu un dimanche 23* de itaj, el peu après conduit par un faut de huit â dix pans de large, de diverse prolondeur, selon U* lieux plans (plaaij ou monlueux, et lesditerses [ortuoûlés et lolume de son passage, UlUnenl à ton niveau, que le dernier jour d'avril de l'an einqnaïUe neufvièmt (1559) il fut 1 sa perfection, et passa dans Salon, k l'usage d'ioflois moulins, et d'in- Donibrables, plaisants et fructueux arrousements, qui furent constmits et lires des lors par mille diverses branches, ruisselels et saignées du maiatre el principal canal... Pour l'excellence do sou esprit el de ses oufnges, le tay fit un don de eeste eau, comme d'un fief perpétuel, à Crappone et aux siena. Ce canal, qui porte encore pour le jourd'hu; le propre nom de son aulbeur, le mit en telle estime el lel bruil qu'il ne se parioit que de lu;. ■
Bouche, auteur un peu postérieur d'uae Histoire de ProTence, ajoute: ■ L'année 1557, l'on vil le conunenceraent, comme les deux tnivanles l'on verra la continuation et la fin de ce beau et renommé FmU en Provence, du nom de Crappone, dans lequel un bras de la rivière de Durance, pris au terroir de la Roque, paase au profit el i l'avanta^edes vergers, prés, jardina, et moulinsd'unc Irés-^rande éten* due de pays, depuit la Durante jutqu'à la mer, aux terroirs de Salon, de Gran;, d'islres, de Saiot-Martin de Crauel d'autres '•
* César de Mo atredame. Histoire de Provence, partie VU, p. 776,777, iD-folio, Poris.lËlt. — Bouche, Hîatoire de ProveDCC, I. X,l. ll,p. 607 et 6SS. Bouche dit; Depuis laDuranee jiuqu'à la mer, an lieu de dire: Depuis le Durance jutqu'ù l'itang deBerrt, parce que l'étang de Bxrn: commnniquo avdc la mer, et que l'historien rénuitet confond l'ébuig de Berre avec U mer.
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Crappoone, on vient de le voir, avût commencé son entreprise au milieu des impressions que les plans impraticables agités sous le règne de François 1" avaient laissées dans les esprits. Les ingénieurs de son temps l'accusaient de tenter l'impossible : il devait donc répondre par une réussite infaillible et prompte , et se conduire d'après les règles de la prudence la plus sévère, de la circonspection la plus contenue. Son canal, si admirablement utile du reste, n'était qu'un canal d'irrigation ; il ne lui avait donc demandé que la moitié des effets produits par plusieurs canaux établis en Italie dés le moyen âge, lesquels servaient à la fois à l'arrosage et à la navigation. Il ne lui avait donné d'étendue qu'environ neuf à dix lieues du pays, treize lieues communes, en suivant une ligne, qui de l'est à l'ouest allait de la Durance et du lieu de la Roque au hourg de Saint-Martin en Crau ; qui du nord au sud traversait les territoires de Lamanon , de Salon , de Grans, d'Istres, et finissait à l'étang de Berre, lequel communique avec la mer. En effet, malgré les assertions contraires et erronées qu'on trouve dans divers ouvrages, telles furent originairement la seule étendue et la seule direction de son canal. Enfin il l'établit avec les seuls moyens éprouvés , par l'ancien système de la dérivation simple, ne demandant ses eaux qu'à une saignée faite à une rivière, les tenant dans le niveau, ne recourant pas aux écluses h sas'. Aussi les historiens contemporains l'appellent-ils fossé ou fosse, nom qu'il a gardé jusqu'à présent. Dans le temps même qu'il exécutait ce premier canal, l'an 1558, Il répondait à la demande des autorités du pays, en leur fournissant te plan étudié à ses frais d'un second canal, le canal de
, > NoLice historique dû U. le margaig de Jesié, p. )S : ■ Alors on Il comraeiiça.à admirer ea connaisMiici: admirable des localités, qal > paimit k Adtm d'établir mn canal taat oaoragt d'arl. »
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CBAPPOmiB INVENTEtIR DES CANAUX A POINT DE PARTAGE. 385
Prorence, qui eût porté les eaux de la Dunmce à Aix , et de )à soit à l'étang de Berre, soit même jusqu'à Marseille. Ainsi que le premier, ce second cours d'eau n'était qu'un canal d'irrigation '. Il ne parait pas que l'ingéniur soit enc(H« sorti de la voie circonspecte qu'il avait jusqu'alors suivie ; qu'il ait indiqué d'autres moyens d'exécution, d'autres procédés, que cens dont il avaitusépour conduire à une un heureuse et sûre son premier canEil.
Mais tandis que, pour s'assurer la réussite à son début et au début des canaux , il encbatnait ainsi ses actes aux plus vieilles pratiques, son génie s'élevait aux plus magnifiques conceptions, aux plus hardies nouveautés; et l'éclat même que le succès répandit sur lui, lui fournit l'occasion et la facilité d'en ffùre l'application , dans les plans que le gouvernement ne tarda pas à lui demander. Henri II reprit avec lui les projets dont François I" s'était préoccupé à la fin de son règne. Crapponne fournit un plan pour le canal ie Languedoc, qui partait d'une donnée dont il n'y avait pas d'exemple, qui était conçu dans un système enUèremeht nouveau , dans le système ' de remploi des eaux supérieures, soutenues par des écluses à sas échelonnées : c'est ce dont on trouvera ci-après la preuve dans la lettre adressée à Henri IV par le cardinal de Joyeuse. Henri II et sou conseil ayant cherché pour le commerce des communications plus lai^s, une voie navigable qui traversât un plus grand nombre de provinces que le canal de Languedoc, l'ingénieur dressa un autre plan qui opérait la jonction de la Méditerranée et de l'Océan, en faisant communiquer la Saéne avec la Loire, au moyeu d'un canal creusé dans le Gharollais, et qui , en passant par le centredu royaume, établissait la ligne de grande navigation du midi à
< Notice bMtoriqne de H. de Jeué, p. G, d'après lea Umoignagei de Guseadi, Vie de Peireae, loL S2t, et de Bouche, 1. 11, p. S71.
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l'ouest. Le projet fut approuvé, et, si l'on en croit quelques historiens, reçut même un commeDcement d'exécution '. Ainsi , dans l'œuvre si compliquée et si difficile de la coDstrucUon des canaux , la France, gr&ce aux efforts de Crapponne, avait franchi deux degrés. Jusqu'alcw? elle n'avût aucun canal d'aucune espèce, et un canal venait d'être étahli : soit par le fait seul de son exécution, soit par les merveilleux effets qu'il avait produits, il avait donné des garanties et des encouragements pour l'entreprise d'autres ouvrages de ce genre; le pas si difficile, si glissant de la théorie à la pratique étut franchi. De plus, si le canal tiré de la Durance n'était qu'un canal d'arrosage et non de navigation, s'il était obtenu par la dérivation et par les anciens procédés, Crapponne avait tracé les plans de deux canaux de grande navigation , l'un en Languedoc, l'autre dans le Charollais, et pour l'exécution il avait trouvé des moyens inconnus el d'une admirable puissance. La France semblait donc arrivée au moment d'entreprendre les canaux sur une grande échelle, et de donner ainsi à son commerce et à ses ressources intérieures les plus vastes développements, quaod elle tomba peu après la mort de Henri II dans la ^este période des guerres de religion. Dès lors commença un temps d'airèt de quarante années pour les travaux d'utilité publique. On employa l'aident qu'on aurait pu y consacrer à soudoyer des armées pour combattre les calvinistes. Deux raisons nous pillent à ajourner l'exposé du nouveau système découvert par Crapponne pour l'etahlissemeot des canaux de grande navigation intérieure. En premier lieu, quoique l'ingénieur ne soit mort qu'au commencement de 1576, et non en 1559, comme on l'a énoncé par eiTeur, les plans que lui avait demandés Henri U
■ Deltlaude, Des cuianz de uaiTigstioa, c. t, p. tW. — M. Dntem, Hiat. de la navig. iatèr., t. i, p. US.
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BT OS CANAL DO GBAHOLLAIS RESTÉS SANS KXACUTION. 387
pour les canaux de grande narigation, négligés d'abord, puis perdus par les miniatres des trois derniers Valois, cessèrent d'exister pour la France pendant près de quarante aos'. En second lieu, recueillis par quelques élèves comme une doctrine sacrée, ils devinrent le sujet de leurs médîtalious, tandis que les masses en avaient perdu jusqu'au souvenir, et ces études silencieuses poursuivies par des hommes d'élite, affermirent et com[détèrent le système de Crapponne. Il nous a paru préférable de ne l'exposer qu'au temps où il avait reçu tous ses développements, et où la publicité le ramena dans le domaine des idées souverainement utiles à l'intérêt public.
g IV. Travaux de Henri IV et de Sutly relatifs aux voies de communication par eau, cours el navigation des rivières, canaux, lignes de petite et de grande navigation.
Henri IV et Sully embrassèrent également dans leurs projets et dans leurs améliorations de la chose publique les voies naturelles et les voies artificielles de communication par eau, la navigation des fleuves et des rivières, et la conslruction des canaux. Nous nous occuperons d'abord des premiers.
Dès la fin de l'assemblée des Notables réunis h Rouen, c'est-à-dire dès l'année 1597, le roi, conformément JL la promesse qu'il venait de faire « d'estre le restaurateur de » l'Estat, » s'occupa de rétablir et d'étendre la navigation sur les rivières, et projeta les travaux nécessaires. En
■ (7eat ce donl on troirvera la preava aux Documenls bUtoriquea. Charles IX en preacrifanl b Crapponne, l'an 1BT2, d«B études pour la déi^TBlioa dam la Loire et pour le deeaécheraeot des inarais ranuant la ceioLure du lac de 6raiid>Ueu. près de Mantes, en demandant des plaus qui d'aillear» ne reçurent point d'exécution, oe donna aucune suite aux projeta formés sous Henri 11 pour le canal ds Languedoc el pour le canal du CbaroUais. 11 n'j a aucun indice qne cea projeta aient été repris eoub le règne de Henri III.
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