‹ Histoire du règne de Henri IVChapitre 48 sur 75 · X LIV. VII. CH. VI. NAVIGATION DK6 RIVIBRCS · texte numérisé non relu

X LIV. VII. CH. VI. NAVIGATION DK6 RIVIBRCS

(émoigoe qu'autrefois le Claio était navigable jusqu'à Poitiers ' . Nous trouvons dans un ouvrage moderne de statjstiqueet de géographieque li; gouvernement s'occupe, depuis quelques années, de rendre cette rivière navigable entre son embouchure dans la Vienne et Poitiers. Quand ce projet aura reçu son exécution, le Glùn s^a ramené juste à l'état où il avait été mis en 1609.

Dans la même période de 1601 à 1610, Henri et Sully travaillèrent avec la plus grande activité à étendre à toutes les rivières du royaume les travaux que nous venons de voir exécutés sur un certain nombre. Dans l'état des dépenses faites jusqu'en 1607, et présenté au roi par Sully, les lurcies et levées destinées à hausser, rectifier, diriger le cours des rivières, et à améliorer leur navigation, entrent pour une forte part dans la somme totale de 4,850,000 livres de ce temps, environ 17 millions et demi d'aujourd'hui, consacrée aux divers ouvrages publics. Un artide du compte de 1609 porte pour les levées et turcies, pendant une seule année, 125,000 livres du temps, environ 150,000 livres d'aujourd'hui : c'était la part de dépense que le gouvernement s'ioiposait pour cet objet; les provinces et les villes en supportaient une autre *. Au moi» de juin 1609, Henri FV prescrit à Sully o de luy » dresser Testât de toutes les réparations publicques qui H ont esté commencées, oïl soit spécifié ce qui a «ité » desjà fait , ce qui reste à parachever , ce que cela n pourra couster ; et surtout les ouvrages pour ce qui » concerne la navigation des rivières,.., afin de facin litar le trafic *. » Dans ce passage, il s'agit évidemment

I Deltlaiide, Dm canaux de lUTigatioD, c. xrr, p. >S8. — EzpiUj, Dtct. géogr. but. polit., t. U, p. IS6, [o-fol.

* Snlly, (Econ. roj., c. CLUV, t. Il, p. 171 B. — Dép«iiae àa compte de t'Epargne de l'année 1609, dans Forbonnak, t. I, p. 131.

» SuUy. CEoon. roy., ch. aa, t. D, p. >SS B.

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LES VOIES m COMHUNICATION ARTIPICIELLES PAR EAU. 393

non pas de qaelques rivières, maïs de toutes les rivières do royaume : les mois ce qui a esté deijà faiet, prouvent que dès lors une parUe considérable de ces utiles ouvrages était terminée. La mort de Henri IV, la destitution de Sully arrêtèrent seules ces travaux, qui devaient s'étendre à toutes les provinces, rendre navigables au profit du traffie tous les conrs d'eau susceptibles de le devenir, dimioner les frais de transport, et servir à la fois les intérêts des marchands, des propriét^res et des consommateurs.

Dans le temps même que le roi et son ministre rétablissaient et perfectionnaient ainsi les voies de communication naturelles, ils portaient leur attention et leur féconde activité vers les voies de communication artificielles par eau. Ils donnèrent à la France les premiers canaux navigables qu'elle ait eus, et malgré l'immense utilité de ces nouvelles voies de communication, considérées d'une manière absolue, c'est ià peut-être leur moindre mérite et leur moindre gloire. Ils conçurent de plus un vaste plan de lignes de navigation intérieure, où les canaux n'entraient que <x>mme partie et comme instrument, et ils poussèrent l'exécution de cette oeuvre à la deriiière limite que les décrets de la Providence leur permirent d'atteindre. Dans cette partie de l'administration intérieure de la France, ils formèrent des desseins, s'élevèrent à des combinaisons qui frappent d'étonnement ceux mêmes qui sont les plus habitués à les comprendre et à les admirer.

La plupart des historien^ qui ont présenté le tableau de l'administration de ce règne, et notamment les plus répandus, les plus populaires, Péréfixe dans son Histoire, Voltaire dans un chapitre de l'Essai srir les mœurs , m'ont mentionné que le canal de Briare comme ayant occupé Henri et Sully. De ce que ces auteurs ne parltuent que d'un seul

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39i uv. Tii. ca. VI. bruhiii bdi> lbs gamux bt les lignes

canal, on a conclu que le roi et aon ministre n'en aTaient projeté et entrepris qu'un seul, d'une seule espèce, destiné à unir la Loire et la Seine. Rien n'est plas faux. La correspondance de Henri, les états de finances, les procèsverbaux d'enquâte, protestent contre cette erreur. Dfi nons apprennent que de 1S97 à 1610, le gouvmiement de Henri a embrassé dans ses projets et dans ses travaux un très grand nombre de canaux ou de voies de communieatiou artificielles par eau. Us noua apprennent, en oabre, qu'il a tracé, ce qui est radicalement différent, plusieun lignes, soit de petite, soit de grande navigation, dans lesquelles les canaux n'entraient plus que comme parties et comme intermédiaires. Les historiens ont réduit im vaste éditice à une seul chambre basse, un ouvrage immense à nne seule page. Pour retrouver la vérité, il faut oublier tout ce qu'ils ont avancé, effacer avec soin de son esprit les impressions qu'ils y ont laissées, se livrer à l'étude des documents originaux, des pièces officielles, et leur rendre leur véritable sens et leur signification en les commentant. C'est le seul moyen de rét^Ur dans l'art de l'ingénieur les commencements de son histoire, et de remonter aux grands principes d'après lesquels ceux qui les pratiquent se conduisent encore aujourd'hui, lorsqu'ils ont à construire des canaux et à établir des voles navigables. C'est le seul moyen de retrouver dans l'histoire des travaux publics l'origine et le premier développement des travaux hydrauliques, qui de tous ont le [Jus contribué peut-être au développementdesressourcesintérieuras de la France. C'est le seul moyen ^n, pour l'historien, de se faire absoudra du reproche d'avoir mis des illusions à la place de la vérité historique, d'avoir exagéré les projets, et surfait la grandeur du règne dont il était appelé à présenter le tableau.

Dans l'exposé de ce sujet, nous parlerons d'abord des

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NAVICABLBS EXiCUTEB 80UB CB RÊCHB. LES CANAUX. 395

caoaox, et nous ne traiterons que plus tard laquestiondes lignes navigables, parce que les canaux occupèrent seuls d'abord le gouvernement. Lorsque Henri IV voulut renouer la chaîne rompue des grandes et salutaires idées, quand il s'occupa des canaux, comme faisant partie int^ grante d'un vaste projet arrêté par lui pour la régénération et la prospérité du pays, il ne trouva plus de subsistant que le canald'irrîgatîon de Crapponne. Tous les autres travaux du célèbre ingénieur avaient péri ; ses plans détaillés pour la jonction des fleuves et des mers, soumis d'abord à Henri H, confiés ensuite à Catherine de Médîcis durant ses régences successives, avaient été perdus ou égarés par leurs ministres. La donnée la plusgénérale des plans de Crapponne, les traits principaux et les plus fortement accusés de son système et de son mode d'exécution, s'étaient seuls conservés dans la mémoire de ses élèves, n fallait, par un instinct de génie, deviner, sur des bruits et des indications vagues, l'importance du secret dont ils étdent dépositaires, rétablir en quelque sorte la valeur des conceptions de Crapponne , retrouver ses élèves perdus aux derniers confins du royaume, rendre la vie à ces traditions. C'est ce qu'établit jusqu'à l'évidence une lettre du cardinal de Joyeuse, sur laquelle nous aurons plus d'une fois l'occasion de revenir '. Tels étaient les précédents existants en France, et tel fut le point de départ de Henri IV et de Sully.

Pendant les six années écoulés de 1597 au commencement de 1604, ils étudièrent avec le plus grand soin la question des canaux, réveillant les traditions et les souvenirs relatifs aux projets dont les guerres civiles avaient violemment détourné les esprits, par un appel fait à ceux qui avaient pu en conserver quelque mémoire ; recueil -

■ Od peut TOIT ci-après la lettre du cardinal de Jajtaee à l'appni de la plupart de cet diuma.

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306 LIT m CH. Tl. EMQUÊTK SUR LES CANAUX DB 1597 A t60t.

lant les idées Doavelles que l'étude ^ l'expéiieDce aTaieut su^éréca aus esprits inveotifs, concernant ce qui était applicable à chaque localité et aux pays les plus voisins ; C0Dsultai|t nos ingénieurs, parmi lesquels le célèbre Lçuis de Foix ; exigeant de nos ambassadeurs des mémoires sur les travauxde cette naturequiavaientétéexécutésdansles pays où ils étuentacrrédilés, sur le mode d'exécution qui avait été employé, sur les résultats qoel'on avait obtenus; leur demandant de plus de joindre à ces renseignements les observations et les rapprochements faits par eux dans leurs divers voy^es *.

Une des voies navigables sur lesquelles le roi provoquait le plus vivement les investigations, et s'enquérait avec le plus de sollicitude, était celle à travers le Languedoc et la Guyenne. Cette ligne n'occupait pas le premier rang sous le rapport de l'importance et de l'utilité, puisquelle ne traversait quedeux provinces, et qu'elle n'ouvrait une nouvelle route au commerce intérieur que du midi au sud-ouest du royaume. Mais le gouvernement n'en étfùt pas encore à la comparaison et au choix entxe les diverses lignes, et le canal de Languedoc se recommandait à son attention et à son intérêt par une foule de raisons. D'abord il avait fortement préoccupé les esprits sous François 1" et Henri II, et il était entouré de trop de popularité pour qu'on le négligeât. En second lieu,, la taerveilleuse sagacité du roi soupçonnait que dans les projets et les plans successifsauxquels il avait donné lieu, on pourrait découvrir des moyens d'exécution qui servinuent h la construction descanaux en général. Enfin le cantà présentait en lui-même, et abstraction faite de toute comparùson, une utilité assez grande et assez incontestable, pour que le gouvernement eût à le ranger au nombre de ceux dont il devait tât ou lard ordonner l'exécution. En effet.

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B1IR LE CANAL DE LANGUEDOC. TnAITÉ DE 1. 8CALIGER 397

do jour OÙ le canal était ouvert, notre marine marchande édiappait à une navigation dont les contemporains disent : a Elle ne se fait qu'avec une très-grande despense, et le B plus souvent avec la perte des biens et delà vie '. » Les vaisseaux marchands n'avûent plus à parcourir le circuit de plus de sept cents lieues qui s'étend de l'embouchure de la Garonne au golfe de Lion, en longeant les côtes du Portugal et de l'Espagne : la traversée, qui, parles vents contraires, durait de six à sept mois, était réduite à deux on trois semaines. Qs n'avfùent plus à passer sous, le canon des Espagnols à Gibraltar, et, au sortir de là, ils ne trouvaient plus les Barbaresques et tous les pirates de l'Europe postés en embuscade pour y attendre les bâtiments du commerce, tuer ou réduire en esclavage l'équipage, et voler la caigaison '.

L'appel fait à tous les souvenirs par Henri IV au sujet du canal de Languedoc et de cette ligne de navigation, ne produisit d'abord que des indications incomplètes et insuffisantes. Joseph Scaliger, qui déjà devait beaucoup au roi, et qui en attendait davantage, composa certainement, pour répondre à son invitation, le traité écrit en français et ayant pour titre : Discours sur la Jonction des ma-s. Mais les souvenirs de Scaliger étùeut inexacts, et les renseignements qu'il avait recueillis manquaient du

' Joseph ScoUger, OpiiKolea, p. SBV; 4'aria, 1610, m-4>. L'oonage Uité par CaumbOD en 1610, du an ipris la mort de Scaliger, fut compas* varalM7.

* Chartes Bernard, qui écrit ea isil, dit que Is Tojage de l'embouchure de ta Seine josqu'A celle àa RbAue, est de huit à neuf mois ■ quand le rent «bI uontraire et qu'il faut aller en Teat de bollDe.a (La couJODction des mers, p. 16 ; Paris, 161 S, ia-4*.) Ea faisant la rédaction voaloe pour la différence entre l'embouctiure Je la Saiae et '^t du Hhûoe d'une part, el celle de la Garonne et le golfe de Uon de l'autre, on arrive pour ce dernier trqjat â une navigation de eiz à sept mois. — L'auteur énumère aux pages 11 et 13 toui ce que les ^BiweauK marchand* ont & redouter on k souffrir de la part des EepagDoU, de* barbaresques et dea pirates.

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898 UV. VII. en. VI. LE8 VIEUX HOTENS DE CONSTRDCT. DES CANIDX.

d^ré de précision et d'étendue suffisant, poar qu'ils fussent utiles, n confondait le plan et le tracé du canal de Languedoc primitivement dressés sous François I", avec ceux faits en demieriieusouaBenri 11; et surces derniers il se bornait à un énoncé tellement court et tellement vague, qu'il ne pouvait guider ni le gouvernement ni les ingénieurs. Comme moyens d'exécution pour l'étaMissement des canaux en général, il n'indiquait que la dérivation : il ne parlait partout que de tranchées dont il fallait couper le sol, que des fosses qu'il fallait creuset pour y ffùre entrer les eaux des rivières : vieux procédés avec lesquels il était impossible, même en s'aidant des écluses à sas, d'opérer la jonction des fleuves, ^es bassins et des mers, comme l'expérience l'avait prouvé depuis plus d'un siècle dans l'Europe entière. Il ignorait complètement le nouveau système que Crapponne avait imaginé, précisément avec l'intention et l'espoir de suppléer à l'insuffisance de l'ancien mode de construction des canaux '.

Ce système, perdu par la négligence des ministres des derniers Valois, inconnu désormais à tous, bore du cercle de ceux qui avaient vécu dans l'intimité de Crapponne, courait donc ris<jue de périr par l'oubli, ou d'y demeurer enseveli pendant une nouvelleet longue période de temps. Si Crapponne, par un puissant effort, avaittouché le but, s'il avait résolu le grand problème qu'il s'était posé, s'il avùt trouvé le secret de donner à la petite nav^Uon tous ses développements, et de créer la grande navigation, l'un des principaux moyens qu'eût la France de développer ses ressources intérieures lui échappùt pour

> JoKpfi Scaliger, OpaMules: pour le tracé dn canal, p. B55; pour les mojfeiu d'exiculioo, p. ES9. a Le secqod (mojeD) est d'un fleuve » qui soil ToluD do l'une des deuimera et tombe en l'autre, couduire D nue (roncAAjueques à la tuer proche du fleuve. Le troisième, joindre ■ deux riviârea par une tranehit, desquelles riviËrea l'une tombe en

une mer, l'autre en l'autra (mer), b .

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LE NOUVEAU SYBTÈltE DB CRAPPONNE TOMBÉ DANS L'OUBU. 399

toujotirs, OU était rejeté dans un avenir indéfini. Ce danger fat conjuré par la sagacité et l'activité prévoyante de Henri. Il avEut ôdculé que les hommes d'État chai^ du maniement des affûres, en rapport avec tout le monde, partout obéb et aidés, parce qu'ils représentaient le roi, étsdent en position de recueillir et de transmettre au goavemement des renseignements inestimables que la violence du temps, l'interruption des communications entre les provinces, avaient détournés du domaine de la science. Henri s'était donc adressé aux' hommes politiques en même temps qu'aux savants etaux érudits, etil avait precritàses agents, tant audedansqu'audehors du royaume, de selivreraux plus soigneuses recherches, et de lui transmettre le résultat de leurs investigations sur la question des canaux.

De cette large et intelligente enquête jaillit tout à coup, en 1 598, uu trait de vive lumière qui devait éclairer la France et la guider d'une manière sûre dans la voie des constructions hydrauliques, au moment où elle se préparait à y entrer sous la direction du gouvernement le plus passionné pour la prospérité et la grandeur du pays qui l'eût encore régie. En 1 598, le cardinal de Joyeuse se disposait, en traversant nos provinces méridionales, à se rendre en Italie, où il allait reprendre ses fonctions de protecteur des affaires de France auprès de la cour de Rome '. Avant de quitter le roi, il en avait reçu l'ordre formel de recueillir sur place, en parcourant le Languedoc et la Provence, tout ce que la tradition avait pu conserver de projets et de plans relatifs aux canaux qui avaient pour destination de faire communiquer la Méditerranée à l'Océan, par la jonction des fleuves entre eux. L'initiative et les premières ouvertures, rdativement à ces projets, vinrent donc du roi : elles n'appartiennent pas ■ AabâTy,Vie da Mrdiul de JojanH; Parii, ia-i', 1664, p. il.

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400 LV vit. CH. VI. LETTRE DO CARDIHAL H JOTETOE EN 1598.

da toat aa cardinal, comme quelques écriTains l'affirment par erreur. Pendant le court séjour que le cardinal fil à Nariwnne, il écrivit an roi, à la date du 2 octobre 1 598, une lettre dont nous extrairons les passages importants pour la qoeftion qui nous occupe.

( Sire, qiund j'eiii l'honneur Ja prendre con^ de V. M,, elle Mt diel tt amma»da txprutememt de lui donner «dvù de m que je pourroU apprendre tar le subjet du eamal d'eau qui loi i eeté propofé de tûit pour JM»dr» U* dettx «er*

1 Aussi ne f«îllis-je point (KeuTOfer incontiaent p«r nn homme ex* prêt les deipechet de V. M. que H. Durresneme fit tenir pour le deur Lojs de Foii ', que je priai inaUmment de venir vers moj , ■fin que nous vous puissions donner quelque eacliircissement sur Ha OMim auui important gut eelitf-U. Il me manda qu^l estwt en chemin pour yoo* aller Uonver, el qu'il feroit entendre i Voetre Majesté ue qu'il sçavoit et avoil jugé *e pouvoir faire li-dessna.

* H'eslant auaai souvenu que un nommé Pierre Reneau, nuistre nîveleur de Salon de Crau, en Provence, m'avoil dit aotrerois que lom maitlre, tppeU Crappoiu, avait fëiet U dtitin de et conoJ, et rawit forU à la nnne, min d» feu roy (Henri 111), ««jant qu'il en pust avoir quelque Diémoire. je l'envojaj querre (quérir). El outre cela, je ne faillis d'en parler i tous ceux que j'aj pensé m'en pouvoir apprendre quelque choae.

> Tous ceux avec qui j'ai^ couréré de cette aSiire, ju(:enl qu'il faut que les bateaux qui viendront de Bordeaux, ailUnt de Je rhiére de Garumne dont eeÙt iAnde, qvi pww li Cotcmiomm el m ^hm fa Kêditenanie.

> Pour ce faire, il se présente une difficulté, qui est que de quatone lieues on environ de pajs, dont il faudroit que le canal fuit,

* Cest l'architecte et ingénieur trançeia, employé longtemps en Elpagne, conatnicteur en partie an pal^ de l'Escurial, conatmctenr en France de plusieurs monuments soit d'art, soit d'utilité pnhUqae.doiit on trouve ci-apria l'énoncé. Parmi les manuscrits de la Biblioth&qœ impériale, on trouve deux capies de la lettre dn cardinal de Joyeuse, l'une dans lu coU.clionDupny, vol. 8S, folio 3BB; l'antre dans le Journal de Ueniî IV, fonds du roi, n<> 8,897, p. tl. Les deux menuBcrils portent : « lie fit tenir par le sieur Loys de Foix. ■ Il faut nécessairement pour le sieur Loys de Fois, an lien de par, & le cardinal en-roie un homme exprès, c'est qu'il a à taire remettre à Louis de Foix les dépêches du roi expédiées pour cet ingénieur.

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tlOtlVEiU STST^IIB DB CONSTRUCTION DBS CANAUX. Wl

il j en 1 six on sept jasqu'i an lieu mmini U» Pitrrti dt Nauromu, ^i wmt en mentant, et toiu la Tuitieàux qui font en cet espace, daeeitdenl datu la Garumne. Par ainsi il tenit impOMibte de /oirt nonler ladite rivière de Garunuiejutque-là.

■ Hais ledicl maistre Reneau, qui s'entend aux mesures, respond qu'il peut remédier i cela m prenant le eattal non de ta rivière de GantMJW, Mais de telle de l'Ariégt, qui est une grande et belle rivière qoi entre dans la rivière de Garumne deux lieues au-dessus àe Tholose, et vient de plut haut, et teiiement haut, qu'il croit qu'on pourra aisément conduire un canal jutqu'aux dtltt Pierret de Nanrouie, et estant là il n> a plus de djfficnlté.

* Hais il resloil encore celle-U: faire aller le» ruiueavs de Gwmnê dant le canal de FAriége qui teroil plut tout. D respond aussi qu'il le peut aisément faire, par le mojen d'un autre canal, qui ne durera qu'une lieue, et prendra depuis le chasleau de Saiul- Uiehel, od estant arrivé tout près de l'autre, il asseure de faire monter les bateaux par le moyen d'une escluse. Ce qui est asseï erojabla i ceux qui ont esté sur le canal qui va de Venise i Padoue ; qui vous diront que les basteaux montent bien plus haut par le roajen d'une tour qu'on ferme, que ceux qui auront icj i monter. Par ainsi. Sire, ledict maistre et les autres i qui j'ai parlé, jugent l'ienvre fort faisaUe.

» J'a; désiré sçavoir de quelle hauteur et laideur il faudroit que le canal fusl; combien il budroit qu'il eusl d'eau; combien de poids il porteroit; combien il pourroit cousteri en quel temps il pourroit eslre faict. •

Le cardinal reprend ensuite un à un ces divers pointa, et transmet au roi les calcids auxquels chacune des parties de ce devis si complet a donné lieu ; d'où l'on voit quelle importance Hemi attachait au cdté pratique, avec quelle sollicitude il cherchait les moyens de swtir des projets si vtùnement agîtésdepuis quatre-vingts ans, etd'entrerdans l'exécution. L'indication générale de ce que contient la seconde partie de la lettre du cardinal nous par^t suffire ', et des détails qu'elle renferme, nous n'extrairons que ceux qui complètent les renseignements sur te plan,

■.a le texte entier de la leUre du

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Wi LIV.TD CB.VI.PROPOSIT.DEL'APPUflUERAUCANALDULANCUBDOC.

et intéressent l'ensemble de l'eDireprise. Le canal établi dans une étendue de quatorze lieues de pays, répondant à peu près à vingt lieues communes, doit coûter, d'après une estimation approximative, six cent-vingt mille écus ou dix-huit cent soixante mille livres du temps, lesquels feraient environ six millions sept cent mille livres d'aujourd'hui. Sur ces dix-huit cent soixante mille livres, six cent mille livres seront employées à l'amélioration du cours de l'Aude, qui sera rendue navigable, et surtout à la construction des écluses. C'est le tiers de la dépense totale, ce qui indique d'une manière certaine que les écluses seront Irès-moltipliées et très-rapprochées les unesdes autres dans l'étendue du canal.

Le plan étant connu maintenant dans toutes ses parties, il convient d'extraire par l'analyse les données principales qu'il contient ; de saisir et d'exposer le système entièrement nouveau d'après lequel il a été conçu et tracé'; de faire connaître les grandes et belles lois qu'il introduit dans la construction des canaux en général.

L'ingénieurReneau est un élève d'Adam de Grapponne, et les renseignements qu'il fournit au cardinal de Joyeuse ne sont, pour l'ensemble du plan , que la reproduction et l'exposé des conceptions de son illustre maître. Mais dans les détails, dans ce qui se rapporte à l'exécution, Reneaa intervient personneUement et d'une manière aussi active qu'intelligente. Ces deux points résultent également du témoignage du cùdinat. Ils prouvent que les principes établis par Crapponne devinrent la r^te et l'étude de ceux qui lui succédèrent, que ceux-ci s'en pénétrèrent assez fortement poureafaire de continuelles et heureuses applications ; que si le plan du canal de Languedoc , tel qu'il fut adressé au roi, reproduit avant tout les idées du chef de récole,*il contient en même temps l'indication des travaux silencieusement accomplis par ses élèves pendant

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EXI^eÉ DU PLAN DE CRAPPONNE ET DB BENSAU. 403

la seconde moitié du xvi« siècle ; L'expression des doctrines daos la science hydrauliijue qui régnaient parmi eux du temps de Henri IV, et dont l'applicaUon devait avoir lieu au moment où elles seraient sorties victorieuses de la double épreuve de la publicité et d'un examen sérieux fait par le gouvernement.

Crapponne, continué par Reneau , veut unir l'Océan fi la Méditerranée par la jonction de deux Qeuvea , dont l'un, la Garonne, débouche dans l'Océan, dont l'autre, l'Aude, se jette daos la Méditerranée.

Comme intermédiaire entre les deux cours d'eau , il trouve un pays de vingt lieues d'étendue; comme barrière au milieu de ce pays la chaîne des Corbièies, qui forme le mur de séparation entre les deux bassins au fond desquels coulent la Garonne et l'Aude dans un sens opposé. Les lois naturelles interdisent aux deux fleuves de se joindre, et l'industrie humaine n'a découvert jusqu'alors aucun moyeu propre à les réunir.

En effet, on ne connaît jusqu'à présent que la dérivation et les écluses à sas. Les eaux tirées de l'un des deux fleuves par la dérivation , accrues de celles des petites rivières qu'on trouverait sur le passage, sagement ménagées par les écluses à sas, rempliraient sans doute un canal qui servirait à faire communiquer les deux fleuves entre eux. Mais il faudrait creuser un lit à ce canal , à travers vingt lieues de pays et la chaîne des Corbières, en nivelant toutes les éminences qui, soit dans les montagnes, soit même dans les prairies, s'opposeraient au passage et à la pente des eaux : des excavations et des enlèvements de terres énormes, des dépeuses fabuleuses seraient inévitables. Et comme la jonction des fleuves présente partout des difiiculiés égales, si ce n'est pas pareilles, dorant les cent années qui se sont écoulées depuis l'applicatioQ des écluses à sas aux cours d'eau , ni

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404 Liv. Vil. CH. vt. stnrB de (.exposé de ce plm).

en Italie, ni dans les autres États de l'Europe, aucun gouvernement , réduit aux moyens connus jusqu'alors, n'a tenté un seul canal pour la jonction des fleuves et des mers.

Crapponne et ses élèves , mis aux prises avec ce problème d'hydraulique, au-dessous duquel se trouve un grand problème d'économie politique, le résolvent en imaginant un système tout nouveau de constructiou e( d'alimentation des canaux. Pour former le canal qui joindra la Garonne à l'Aude, ils renoncent complètement à se servir d'eaux qui soient empruntées à l'un des deux fleuves au moyen de la dérivation. De plus, leur canal , au lieu de partir de l'un des fleuves et d'abouLir à l'autre, viendra déboucher par deux branches dans l'un et dans l'autre, en partant d'un point diflëreut. Leur canal existera donc par lui-même et aura des eaux qui lui appartiendront en propre. Les ingénieurs échappent ainsi à la ruineuse nécessité de couper toutes les élévations de terrain intermédiaires entre les deux fleuves qu'ils veulent joindre, et supérieures au niveau du fleuve dont le canal serait dérivé.

Sur un plateau qui domine à la fois et les deux fleuves et la porUon de la chaîne des Corhières où ils veulent établir leur voie navigable, ils vont chercher d'autres eaux , des eaux su{>érieures, celles de l'Ariége, grande et belle rivière qui coule plus haut, et tellement haut, que son cours se prêtera facilement à toutes les exigences de la comhinÛBOu. Ha conduisent ces eaux au point le moins élevé de la chaîne des Gorbières nommé les Pierres de Naurouae, celui-là même que Riquet choisira après eux, en se servant de leurs idées ; à Tendrott oii la fontûne de la Grave, partageant ses eaux, en verse la moiUé sur l'un des flancs de la colline, l'autre moitié sur le flanc opposé, et indique ainsi à l'observateur de génie quels moyens il

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SDITR DE l'exposé DE CE PLAN i05

doit emprunter à la nature pour la vaincre ou pour la suppléer. C'est en ce lieu qu'ils conduisent les eaux empniDtées à l'Ariége et fournissant déjà un volume considérable. Ils ne s'en tiennent pas là : ik veulent fcàrealltr les rtàsseaux de la Garumne dans le canal de tAriége gui sera plus haut, c'est-à-dire détourner les ruisseaux qui jusqu'alors sont tombés dans la Garonne ', et les conduire dans le canal déjà formé et alimenté en partie des eaux de l'Ariége. Ils arrêtent ces ruisseaux au passage, et les font entrer dans une rigole ou petit canal d'une lieue d'étendue, partant du cb&teau Saint-Michel , s'arrétant aux Pierres de Naurouse, s'approchant du grand canal , lui amenant le supplément d'eaux qui est nécessaire pour compléter ce que l'on nomme i'abmentatioa principale.

De cet amas d'eaux réunies avec tant dé soin au point culminant de ce canal, Crapponne et ses élèves en projettent une moitié à l'occident vers la Garonne et vers l'Océan , l'autre moitié à l'orient vers l'Aude et la Médilerranée. Les eaux descendront dans les biefs, c'est-à-dire dans les parties de canal comprises entre deux écluses, et dans les écluses elles-mêmes superposées les unes aux autres : les biefe et les écluses formeront ensemble autant de gradins ou d'échelons, à droite et à gauche de la colline de Naurouse et des terrains en pente qui en forment la continuation.

Les eaux iront chercher les barques sortant de la Garonne , leur feront monter le versant occidental , franchir le plateau , descendre le versant oriental , et après cette étonnante, traversée , elles les déposeront dans t'Aude qui les conduira dans la Méditerranée.

■ Ces roùseoux eoot le L«n-Mort, la Gcinguisc et qaelqnei autres. Voir l'excelleDte carte géologiqne de U France par UU' DuIcéDo; et Ëlje de Beanmoot,

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«06 LIV. VII. Cil Tl. C'IST UN PLUf DB CANAL A POINT DB PARTAGE.

Si le point de départ des barques est daas l'Aude , la mèniR marche aura lieu eu sens ioverse, et daus la direction de la Garonne et de l'Océan. San» doute CrappODoe et ses élèves obtiennent une partie de ces puissants effets par l'emploi des écluses à sas découvertes longtemps avant eux , mus ils transforment complétumeut cet ancien mécanisme , et lui donnent deux propriétés qu'il n'avait pas eues jusqu'alors. Autrefois les écluses s'étendaient en bande plate sur un terrain disposé horizontalement et ne présentant qu'une faible déclivité : h présent, elles s'élèvent au-dessus des montagnes avec la forme d'une échelle double. Jusqu'alors les écluses n'avaient pu élever les barques au-dessus du niveau du Qeuve dont le canal était dérivé : maint^ïnant remplies par des eaux supérieures , elles ont la puissance de faire monter les barques de cent quatre-vingt-douze pieds au-dessus du niveau de la Garonne et de l'Aude, dont l'une ou l'autre aurait, dans l'ancien système de dérivation , alimenté le canal *.

De l'examen du plan de Crapponne et de Reneau , il résulte la preuve évidente q^e leur canal était établi dans un système complètement inconnu jusqu'alors. Cette vérité reconnue, la question suivante se posfùt d'ellemême : ce système était-il ou n'était-il pas celui des canaux à point de partage ; trouve-t-on ou ne trouve-t-on pas dans leur canal le premier modèle d'après lequel tous les canaux de cette espèce ont été construits en France et dans l'Europe entièret La question ne pouvait être résolue d'une manière sérieuse qu'en faisant subir & leur plan une double épreuve. Il fallait d'abord consulter les ou-

■ D'après les calculs f^iU par riugéniear PsTillier en tTtS, et par U. Datens, le plateau de NaurooM s'élève de 19) pieds au-dessus de h GaTonne. — Expilly, Dicl. biit- gtogr., t. Il, p. 59 B. — M. Dmew, UlBt. de U nav. iotér., t. I, p. 117.

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