‹ Histoire du règne de Henri IVChapitre 52 sur 75 · UV. VII. CH. VI. ÉTUDES BT TRACÉ DB CE BUPPLÉMEITT · texte numérisé non relu

UV. VII. CH. VI. ÉTUDES BT TRACÉ DB CE BUPPLÉMEITT

vaieatfaiisles Flamands el les Hollandais dans la science et dans les ouvrages hydrauliques, et que nous avons déjà vu employé par le gouvernement au dessèchement des marais. Le 17 septembre 1605, le roi lui donna une commission spéciale « pour reconnoistre les moyens les Il plus commodes et faciles de rendre l'Ouche navigable, » etde donner par là commencement à l'ouvrage delaioncn tiondesdeuxmersOcéaneetMéditeiranéequeSa Majesté » veut entreprendre par les rivières de Seine et Saosne. » Bradley se rendit à Dijon, et procéda aux études et au relevé qui lui étaient demandés par le rei, en s'aidant des conseils et des lumières des magistrats municipaux de la localité, que Henri avait commis et députés pour ce travail conjointement avec lai. Us examinèrent la rivière d'Ouche qui passR à Dijon et qui tombe dans la Saâne à Saint-Jean-de-Losne, pour s'assurer s'il y avait moyen de la rendre navigable. H y eut un procès-verbal du cours de cette rivière dressé le 26 mai 1606 par Bradley et par le maire etlesécbevins de Dijon. On reconnut dès lors que tous les travaux pour rendre l'Ouche navigable seraient des travaux en pure perte;, qu'il fallait abandonner le lit de celte rivière, et creuser un canal à côté. Bradley ofiFritde l'exécuter en dix-huit mois, moyennant 120,000 Uvres, pourvu que la ville de Dijon se chargeât de l'acquisition des terrains.

Sully fit faire un nouvel examen et un nouveau rapport en 1607. Par le toisé, l'on trouva 15,971 toises depuis Dijon jusqu'à la Saône, à côté dubois de Lougouges, audessous de Saint-Jean-de-Losne, espace dans lequel il s'agissait d'établir le canal qui devait remplacer l'Ouche. En même temps, on visita l'Armançon, riTÎère précieuse pour la nouvelle ligne de navigation. En elfet, d'une part, elle s'approchait à trois lieues près du canal qu'on voulait substituer à l'Uucbe; d'une autre, elle se jetait dans

L£ CAHàL de BODHCOGNE COVIISKA, puis INTUlllOtlPU. i3t

l'Yoane, affluent de la Seine. Après cette visite, oq commença les travaux nécessaires pour rendre l'ArmançoD navigable '. Nous avons constaté précéilemmentque, soit dès la fin du règne, soit au plus tard en 1612, le cours de cette rivière fut amélioré de manière hlm fûre porter bateaux, et à lercndre capable de former l'une des sections de la voie navigable qu'on préparaît.

AiDsipourlesupplémeatdelalignedegrandenavigatioQ dn midi aunord-ouesIdelaFrance, Henri IVetSullyavaient amené les choses au point que le tracé raisonné et complet était achevé ; qu'un canal ù la place de l'Ouche impraticable était décidé par lu gouvernement, et qui; son exécution n'était plus qu'une affaire purement administrative ; que l'Ârmançon, qu'on trouvait à trois lieues de ce canal, était mis en état de servir à une navigation au moins provisoire, jusqu'au moment où Texpérience montrerait s'il avait besoin d'être canalisé lui-même. Par conséquent, entre le Rhône et la Sadae navigables, entre l'Yonne et ia Seine navigables, la voie de jonction par eau était entièrement préparée à la fin du règne de Henri ÏV, excepté dansl'intervaile de trois heues qui se trouvait eaire le canal remplaçant l'Ouche et la rivière d'Armançon. En cet endroit un portage, c'esl-à-dire un transport de marchandises par terre, devait être étabh, jusqu'à ce que l'on eût vûnca les difficultés qui se présentaient pour établir la voie navigable sans solution de continuité.

En 1 61 3, le conseil de la régente Marie de Médicis, probablement à l'instigation du président Jeannîn, décida l'exécution du canal de Bourgogne, comme il avait décidé celle du canal du Charollais ou dii Centre, et tout aussi vainement. Les travaux du canal de Bourgogne fu-

i. n«, su ; paria, 1718,

432 LtT. vn. ce. vi. projkts pour la ligne dd nord.

rent commeDcés cette année, mais interrompus dès l'année suivante 1611, sous préteste du renouvellement des troubles civils et du manque d'argent '. L'entreprise, dès lors ajournée indéfiniment, n'eut de suites qu'à la fin du XV1I1* siècle, en 1775, et l'on suivit alors de point en point le tracé et le plan de Henri IV et de Sully, comme on s'y conforma pour le canal du centre.

La dernière ligne de grande navigation vers laquelle se porta leur vaste et féconde intelligence, est celle du midi au nord. Le passage des Mémoires de Sully que nous avons mis précédemment sous les yeux du lecteur, et ceux qu'il trouvera plus loin, prouvent qu'ils songèrent à faire communiquer la Méditerranée à la mer du Nord par ia jonction de la Saosne avec la Metize, c'est-à-dire par le Rhône, la Saàne,^n canal intermédiaire entre la SaAne et la Meuse, la Meuse et le Rhia. Mais nous sommes réduits à cette simple indication, et l'on peut conjecturer avec vraisemblance que le temps leur manqua pour faire à l'égard de cette ligne ce qu'ib avaient fait pour les trds précédentes, pour ajouter à cette idée, à cette donnée générale ,des moyens d'application.Les gouvernements venus après le leur ont modifié et ponrainsi dire, diviséleuridée en deuz,frayantune nouvelle routenavigable au commerce vers le nord par le canal de Saint-Quentin qui unit l'Oise à l'Escaut ; vers l'est, par le canal de Monsieur qui unit la Sadne au Rhin, par le Doubs affluent de la Saône, et par l'Ill afauent du Rhin.

On vient de voir le tableau général des lignes de grande navigation intérieure que Henri IV et Sully conservèrent et rendirentâlaFrance,enlesan'achant à la négligence et à l'oubli tout pr^de les détruire; de celles qu'ils découvrirent et tracèrent, et sur la plupart desquelles ils laissèrent des études si sérieuses, des plans si sagement

> Uercure Ilruiçais, année leis, t. tll, p. 3S9.

CANAUX DB U VBSLR BT DtJ CLAIN SXËCUTBB BN PAKTIE. 433

combinés et arrêtés d'une manière si précise, que les gouvernements venus après le leur n'ont eu rien de mieux à faire que de les adopter sans aucun chaDgement de quelque importance. Ce sujet, qui comprend la moitié des Âoyens de transports, sans lesquels tout grand développement, toute prospérité étaient interdits à notre commerce, à notre industrie, à notre agriculture ; ce sujet ne sera complet que quand on aura examiné ce qu'il fut donné à Henri IV et à Sully de réaliser de leurs projets; quand on sera entré dans le détail des travaux qu'ils purent accomplir soit pour l'exésution des canaux de petite navigation, soit pour l'établissement des canaux formant la section de l'une des lignes de grande navigation intérieure.

Nous passerons d'abord en revue les travaux exécutés pom* les canaux de petite navigation , à l'égard desquels nous nous trouvons réduits aux courts énoncés des documents officiels. Nous nous occuperons ensuite de ceux qui furent appliqués aux canaux faisant partie d'une ligne de grande navigation, sur lesquels tes historiens contemporains fournissent des détails étendus, et des renseignements également ciu-ieux et instructifs.

Deux canaux de petite navigation furent commencés au nord et au midi de la France à partir de Tannée 1605. Le premier avait pour objet la jonction de l'Aisne avec la Vesle, et devait favoriser singulièrement les communi. cations et le commerce des diverses parties de la Champagne, soit entre elles, soit avec cette portion de la Picardie qui a été annexée^lus tard h rDe-de-Franee. Le second canal établissait la communication de la Vienne avec le Clain et intéressait le Poitou et la Touraine. Dans l'état officiel de l'emploi des tulles et des revenus publics, présenté au roi par Sully, on trouve sous l'année 1605 l'article suivant : « Plus, en l'année 1605, la somme de

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i3i UV. vu. CH. VI. CANAL DE BSAtTCAlKa PROJETA.

» 4,498,910 livres (pour les dépenses contenues dans les s articles précédents] et pour les dépenses du canal de » Loire, Clin^ Velle, ponts et chaussées. » La même menUoD se reproduit aux années suivantes jusqu'en 1 609, et à la fia de l'état, on trouve la noie additionnelle suivante, si importante pour le sujet qui nous occupe: « Nota » que la creuê extraordinaire des tailles pour la présente » année 1609 est composée de diverses natures, dont au- » cunes tournent à la descbarge du peuple , facilité de son B commerce, ou décoration du royaume, sçavoir : Pourdi- B verscanaux, pourrendrecommunicablesplusieursriviè- » res, ootûtoe Loire et Seine, AisTie et Velle, Vienne et Clin » {et quatre autres articles moindres), 870,000 livres'.»

Les canaux pour la jonction de l'Aisne et de la Vesle, de la Vienne et du Clain n'existent plus aujourd'hui. Les travaux exécutés pour leur construction sous le règne de Henri IV furent abandonnés à sa mort, comme ceux pour le canal de Briare ; et n'ayant pas été repris et continués plus tard , comme le furent ceux pour le canal de Briare, ils ont péri misérablement. Leur existence, établie sur des textes formels et répétés,' n'est pas contestable : il serait curieux d'en rechercher sur place et d'en signaler les débris à la reconnaissance publique.

Outre le canal de jonction entre la Vienne et le Clain dont les travaux furent continués pendant plus de cinq années et poussés fort loin, un autre canal, non moins utile , fut projeté pour les provinces méridionales du royaume. On trouve dans les auteurs modernes qui ont écrit sur la navigation intérieure de 4a France, qu'un édit fut rendu par Henri IV pour la construction du canal

'Sully, ŒcoD. ro;., c. IBT. «EaUt des levées des laillei, comn prisQs eoua le titre de la gronde creue poor lea années 1S99 et suî- D Tantes jusques en celle de laos ioctuse, présenta au roj. a Tome II, pages 173, 171, U8, 26B. lU aTiieDi dijft rendu le Clain navigable.

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THAVAUK tu C4NAI. DB BRItHB. 435

de Beaucaire. Le canal partait de Beaucaire, aboutissait à Aigues-Mortes et était alimenté par ud« dérivation du RhAae, auquel il ouvrait une nouvelle issue dans la Méditerranée. Il donnait un utile supplément à la navigation de ce fleuve, dès lors encombré par les ensablements, et fréquemment impraticable dans la partie inférieure de son cours. Le même édit ordonnait le dessécbemeDt des marais voisins couvrant quarante mille arpents entre Beaucaire et Aiguës- Mortes, frappant en grande partie la contrée de stérilité, et portant par leurs exhalaisons la mort au sein des populations environnantes ' .

Le plus important des canaux entrepris sous ce règne est le canal de Driare. Ce canal se présente sous deux aspects différents parce qu'il avait deux destinations distinctes, et devait servir à deux fins. D'un cAté, il formait l'une des sections de la ligne de grande communication du midi au nord-ouest, et c'est sous ce point de vue que iiousl'avons précédemment considéré.D'une autre part, en attendant que cette ligue fût ouverte et que le canal du CharoUais fût construit, le canal de Briare restait un canal de petite navigation. Mais même dans ces dernières proportions, même réduit à ses propres effets et pris isolépient, il présentait les plus précieux avantagea. C'est comme canal de petite navigation que nous allons l'étudier, en recherchant dans quel but spécial le gouvemement de Henri IV le fit ouvrir, qnels intérêts il servit, . dans quelle mesure U concourut à l'utilité publique.

Dans le plan général adopté par Henri IV et par Sully, pour joindre la Loire à la Seine au moyen d'une voie navigable, les dispositions particulières relatives au canal ■le Briare diffèrenlbeaucoup de ce queTonimagineen général. Les erreurs et les confusions dans lesquelles on

* M. Dulem, HuU de la cavig. iutér., %' aect., t. 1, p. 144. — 1- Huerue de PommetiM, Des canaux navig., p. 3so, H3.

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436 UV. VII. CH. VI THiVAUX &D CANAL DB BUAKB.

tombe BUT l'étendue et le développemeol primitifs du canal , provienoenl de ce que l'on ne dégage pas , de ce que l'on ne distingue pas les faits accomplis du temps de Henri IV, de faits arrivés bien plus lard'. La voie navigable s'étendit de la Lnire à la Seine sans diâcontiouilé ; mais le canal lui-même ne tal établi que dans l'espace compris entre la Loire et Montai^», et s'arrêta à peu près à mi-chemin de la voie navigable. Il partait de Briare sur la Loire, traversait les hauteurs qui séparent la Loire de la Seine , et s'arrêtait à Montargis. Là , il débouchait dans le Loing, rivière qui se jette elle-même dans la Seine, près de Moret. Le Loiag, qui était alors navigable dans son cours inférieur, depuis Montâtes jusqu'à Moret, formait donc la continuation du canal, et environ la moitié de la voie navigable. Ce n'est que beaucoup plus tard que le canal latéral au Loing a été établi , et sous le nom de canalde Monlargis ou du Loing est devenu la prolongation jusqu'à la Seine du canal de Briare. Parmi les contemporains, les uns donnent au canal de Briare neuf lieues de développement, les autres douze* : les premiers parlent des grandes lieues, les seconds des lieues communes ; distinction qu'on trouve établie dans les ordonnances du temps.etparticulièrementdansl'éditdumoisde mars 1597. L'un des plus intelligents parmi les historiens du temps expose mosi quels moyens d'exécution le gouvernement employa ; quels avantages le canal de Briare devait procurer; quelle portion précise du canal fut achevée dansle cours de ce règne,

1 Cd cinal, (11(4), lera rempU d'eiiix emprunlées de loorcec, fon-

■ Lm cartu de géographie destinées hq commtin u»age et à l'enseignement UToriBent ces coatoslons : on n'a pas eu soia d'inscriK le nom du canal de Loiag à la saite de l'indication du canal de Briare.

■ Legrain, Décade de Henri le Grand, 1. VUl, p. 411, in-folio. — Dom Uorin, Hiat. génér. da Qaalinoie, p. SO, in-4*; Paris, 16S0.

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TDAVitrX AU CANAL DE BIIIAIIB. 437

Uiaei et ruisieinx, el dans icelu;f n'entreront le» eaux ni de ii Loire, ni de la Seine. Si bien que l'entreprise ne sera périlleuse; car bien que ces riTiére* s'entre-GommuDiquent leura commoditei, ailes n'auront aucune ptrticipalion des eaux l'une de l'autre.

* C'ett une entreprise qui peut apporter une inBnité do commodilei, par le commerce (communication) de ces deux riTiéres, auX' (pullet M rendent vingt-cinq eu trente riment, qui parlent Sentie *ei marehanditet di/fértnta. Par ce canal, Loire est fiite Seine, et Seine est faite Loire, sans se toucher.

I De neuf lieuee que doit avoir de long ce canal, il ; en a sept de faites du viiant de noslre prince ',>

Henri et Sully votiïurent donc mettre en communication les deux fleuves principaux delaFrance, qui traversent le royaume au centre et dans toute sa laideur; qui reçoivent eux-mêmes trente rivières et les denrées apportées par tous ces cours d'eau des pays les plus fertiles, les plus peuplés, les plus industrieux; qui tombent l'un et l'autre dans l'Océan, et qui par conséquent portent aux peuples maritimes tout ce dont la France a de trop, et leur empruntent ce dont elle manque. Ce que le canal de Briare fit pour les relations de provinces à provinces, pour les débouchés des produits de l'agriculture et de l'induslrie, pour le commerce intérieur et extérieur, pour les approvisionnements de toutes les villes situées sur le cours de la Loire ou sur le cours de la Seine , est incalculable. Un traité spécial serait nécessaire pour faire conn^tre dans leur entier les résultats de ces communications nouvelles. Nous en donnerons seulement quelque idée, en faisant connaître, d'après les autorités les plus respectables, sinon les effets indirects et infinis dans leur variété du canal de Briare , au moins ses effets directs et niatériels , les uns immédiats , les autres amenés par le temps. Le canal, aussitôt après son achèvement, dès la, fin du règne de Louis XIII , reçut mille bateaux , bien -

■ Lègreia.Dècode,!. VIU, p. 4».

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438 UV. Vil. CR. Vt. TRAVAUX AU CANAL DE BRIABE.

p)uB qne le canal du Languedoc n'eu reçoit aujourd'hui. Depuis le xvn' siècle, ce oombre a toujours été eu augmentaut ainsi que la diversité des produits transportés par cette admirable voie de communication. «; Le canal de Briare , dit un savant moderae, sert au transport des vins et bois'du Maçonnais, du Eteaujolais, du Charollais, du Languedoc, de la Cbaise-Dieu, du Sancerrois ; à celui des fera du Berry, des charbons du Bourbonnais, de la quincaillerie du Forez , de la faïence du Nivernûs , et de toutes les marchandises qui peuvent s'embarquer sur l'AUier et sur la Haute-Loire, pour être dirigées sur Paris, et forment année commune un chargement de 200,000 tonneaux, auxquels sont employés 4,000 bateaux'. » Nous n'ajouterons qu'un mot de commentaire k cet excellent texte. Le Loing reçoit chaque année du canal de Briare, et amène à Paris par la Seine 25,000 stères de bois de chauffage, une quantité énorme de houille, une parlie des produits agricoles uécessaires à l'alimentation publique '.

Nous recueillerons avec un soin proportionné à l'importance d'un semblable canal les détails qui se rapportent à son exécution. l.es travaux du canal de Briare commencèrent dans l'année 160i, et non dans les années

1603, 1606, ou 1607, comme quelques histoires contemporaines et plusieurs ouvrages modernes l'indiquent par erreur. Daos l'état de l'emploi des tailles présenté au roi par Sully, on trouve la mention suivante pour l'année

1604. « Plus en l'année 1604, la somme de 4,645,500 h- » vres, qui est plus qu'en l'année 1603 de la somme de » 215,000 livres, à cause des impositions du canal de

* M. Dateos, Hiat. de la oavig. intèr. de la France, V aection, t. 1, p. 87.

■ Des pommea de terre, dea mvroiu, des rniiu, et antrea arlicles d'alimenlstion.

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» f^ire et Seine. » Le rapport officiel présenté au roi en 1604 par la commission ou' chambre de commerce et la correspoadaace de Henri IV, confirment pleinement sur ce point le témoignage de Sully '.

Quand on songe aux: immenses avantages pour la France qui s'attacbaient à la construction du canal de Brîare, ce n'est pas sans un sentiment de reconnaissance et d'a^mii'Ation que l'on voit, dès cette année 1604, Henri IV et Sully appliquer spécialement leur attention et leurs soins au succès de l'entreprise , en conférer fréquemment ensemble; et Sully, qui était un excellent ingénieur, se transporter lui-même et à plusieurs reprises sur les lieux, pour reconnaître tous les accidente du terrain, pour relever les hauteurs et les déclins des montagnes à travers lesquelles il s'agissait de conduire le canal*. Après avoir par ces marques de haut intérêt, par leur participation personnelle à la direction de l'entreprise, doublé le zèle et l'ardeur de ceux qu'ils appellent à y concourir, le roi et Sully pourvurent abondamment, par des subventions annuelles et par des subsides en nature, k la continuité des travaux et au prompt achèvement du canal de Briare. Ils y consacrèrent sur les revenus publics une somme de 540,000 livres du temps, environ 2 millions d'aujourd'hui , dans les trois années 1604, 1605, 1606, et une somme proportionnée dans les années qui suivirent jusqu'au mois de mai 1 6 ! 0 ; c'étaient

1 Sully, (Econ. roy., c. 187, t. 11, p. 211 A. — B. Laffemu, Recueil prèsenU an roy de ce qni bb passe en rassemblée du commerce, 160t. n" M, p. as». — Voir l la note enivanle la lettre de Henri IV.

• SuUy, (Econ. roy., c. 14B, 1. 1, p. 616 A. — « Ceato année 1160*) ■ fat poursuivie l'enlrepriie, par vous dis longtemps projetée, pour a pratiquer un canal qui joignistles navigaliona de Seine etlxjire, et D vous traoeportales plosieim ToIb sur les lieux pour en recognoUtre B tes commodilez, el prendre les hauteurs et déclins dee monlaguea. n — Uttre du n>y à 9ally du al noTembre ia«* : < Mon amy, ja voua

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440 LtV. VII. en. Tl. TtUVAUX AU CANAL DE BHIARB.

en tout i mitlioQS fournis par l'État '. Ils y ajoutèrent le produit des impositions, spécialement supportées pour l'exécution du caual , par les communes et les provinces qui s'y trouvaient intéressées comme étant riveraines de la Loire et de la Seine. La Normandie seule contribuait par an pour 30,000 livres du temps, près delOOjOOOfiancs d'aujourd'hui*. Outre ces sommes en argent, le gouverment affecta a cette grande oeuvre des subsides en nature d'une importance égale au moins aux fonds qu'il y appliquât. De 1605 à 1610, le roi autorisa Sully à employer six mille hommes de troupes à l'ouverture du canal : c'était la moitié du nombre total des travailleurs, dont on eut soin d'entretenir la santé et la vigueur par une forte alimentation '.

Hugues Crosnier, né à Tours, l'un des plus habiles ingénieurs du temps, fut chargé deladirection des travaux, ouverts depuis 1604. En 1608, le roi fit un voyage à Montâtes, expressément pour inspecter et encourager l'entreprise : il s'étmt fait accompagner par la reine pour donner plus de solennité à cette visite. Dès cette époque la

» fais ce mot et voua dépescbe ce courrier exprès pour vous dire qae » le coDDastabledeCaslille arrive dimincbe à Paris. Cestpourquoj je H voas prie de remettre voslra visUe du caoal k une autre fois, el ■ TOUS rendre ioy mard; de bonne heure. »

'Sully, Œcoo. Tpy., c. IBT, t. Il, p. 2T2 et 273. Estât àes levées dea tailles présenté au roy. — B, Lsffemas, Recueil présenté ta roy de ce qui se passe ea l'assemblée du commerce, i60i,D< 'S, p. S)3. « Le canal qui se Tolut pour joindre les rivières de Seine et Loire, el g qui coasle 1811,000 escus en trois aunées; h 7111' coiule veut dire qui coatera.Les 180,000 escus font BtO,OOD livres du temps, environ Smillions d'aujourd'hui pour les trois premières aunées de travaui du canal de Biïare.

■ Sully, (Xeon, roy., c. 163, t. Tl, p. IflG.Dépense supportée en isoo par la seule province deNormandie ; «Pour le canal de Seine et Loire, B at,000 livres. •

■ Dom Horin, Histoire générale du pays de Gnstinois, p. SO, in-i», 16S0. Il dit qa« le nombre des ontriers fut de douze mille, et qu'où lea Dourril abondammsot de pain, de viande et de vin.

1b PED qui reste a faire pour L'ACHfcmiENT DO CANAL. 141

construction da c-aDal était considérée comme achevée, et lesavantagL>sqai devaient s' attachera son ouverture comme complètement assurés et prochainH. C'est ce que témoigne la courte harangue adressée au roi par le lieutenant gé'oéral Lhoste au nom de tous les habitants de Montai^is. Le discours prouve en outre que l'importance de cet admirable canal, qui reliait entre elles tant de provinces, formant la plus grande et la meilleure partie du royaume, était péufaitement comprise et sentie par les populations '.

Les travaux déjà si fort avancés en 1608 furent continaés avec une extrême activité , et ne s'arrêtèrent qu'au mois de mai 1610, époque de la mort du roi. Un procèsverbal des travaux exécutés jusqu'à ce moment fut dressé en 1611. On voit par ce procès-verbal que l'excavation totale des biefs ou interwlles compris entre les diverses écluses, était déjà faite depuis Rivotte vers la Loire jusqu'à Montargis, ainsi que la maçonnerie de la plus grande partie des écluses. Ce qui restait à achever de cette partie des travaux n'excédait pas deux lieues sur lesdouze lieues de développement que le canal Avait, comme nous l'apprennent les témoignages réunis de deux contemporains V Ainsi donc des ouvrages de maçonnerie et autres ou-

■ La Loire et la Seine jointes ensemble au mojreadu canal de Briare, et du Loiog t^aanl «aile au canal, présenlaïent la tonne d'un H. L'orateur fait allusion ïeetle circonstance, et dit au roi : iLaTilledeMoii* » largia cat à présent destinée pour e^tre le centre et le milieu de D cette grande figure de la première lettre de vojtre Dom glorieux, 1) qui se trouve heureusement formée en cet deux grandis rittiiret B de Loire et Seine joiattt ememble par cet admirable canal, comme D ligne Irausverssle d'ui>e si remarquable flgure, qiii contient en aon » plein et quadrature la piui grande el mtillewe partie de vostre n royaume, a [Dom Morio, Hist. générale du pays de Gastinoii, p. 50,61.)

' Voir le- procès- verbal de réception des traïaux dans Delalande, Des cauauK de navigation, c. 13, p. 330, et le témoignage formel de Legrain, dans le passage cité ci-dessus, page 4S7.

Ht LtV. TH. CH. VI. DANS OUBL STBTIKE ITT-IL ÉTABLI?

vrages pour les écluses, dans le court espace de deux lieues,' manquaient seuls au complet achèvement da canal.

Le canal de Briare fut un modèle non-seulement -pour la France, mais pour l'Europe entière . dans l'exécution des canaux destinés à joinib% les fleuves entre eux et à unir les mers. Aucun ouvrage de génie civil n'a eu plus d'importance, plus de résidtatsféconds dans les temps modernes, et il restera l'étemel honneur du gouvernement qui l'a fait exécuter. A tous ces titres, il importe de rechercher quels sont ses' caractères distinctifs, dans quel système il fut exécuté , quels enseignements il laissait aux administrateurs et aux ingénieurs des âges suivants. Plusieurs faits soit précédents, soit contemporains, les actes puhlics, les témoignages successifs des auteurs qui ont écrit depuis l'époque où le Canal fut entrepris jusqu'à celle où il fut achevé, fournissent les éléments nécessaires pour résoudre ces questions, pour établir ces divers points d'une manière solide.

On a vu précédemment que les divers plans projetés ou arrêtés pour l'établissement des canaux, dans la période comprise entre 1598 et IfilO, le plan pour le canal de Languedoc, les plans pour les canaux du GharoUais et de Bourgogne, étaieift tous dans le système des canaux à point de partage. De ces faits, Il résulte déjà la plus légitime et la plus forte présomption que tel fut le mode adopté pour la construction du canal de Briare. Cette présomption devient une certitude lorsqu'on rapproche et qu'on réunit les divers détails fournis par les contemporains sur les moyens d'exécution employés dans rétablissement du canal de Briare. Legrain, ou a dû le remarquer, témoigne que dans le canal rCmtraienl les eaux ni de la Loire ni de la Seine ' . Ainsi le canal n'était alimenté > Voir ci-detaos la dlatioa de Legrain h la page t>T.

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