‹ Histoire du règne de Henri IVChapitre 53 sur 75 · OU CANAL A TOINT DE PARTAGE. PREUVES · texte numérisé non relu

OU CANAL A TOINT DE PARTAGE. PREUVES

par les eaux d'aucune de ces deux grandes rivières. D n'était donc pas ud canal de dérivation, un bras ajouté à une rivière : il était donc construit dans un sj'stème nouveau, avec des moyens non encore essayés dans tous les autres pays de l'Europe, Sully et de Thou nous apprennent quel était ce système, par les détails dans lesquels ils entrent. Quand Sully va lui-même reconnaître les lieux où il doit pratiquer le canal qui joindra les navigâtions de Seine et de Loire, il prend les hauteurs et les déclins deé moîitagnes '-. Il n'y a qu'un canal à point de partage qui soit établi sur les sommités et sur les versants des montagnes, et qui nécessite de les visiter et de les relever. De Tbou, qui donna le plan du canal tel qu'il fut dressé et arrêté sous la direction de Sully, ajoute eu termes exprès qu'il était pourvu de lrente~trois écluses *. Aujourd'hui il en a quarante ; mais si de Thou, comme tout le fait supposer, ne compte que pour une les sept écluses accolées de Roguy, il se trouve que dans le plan primitif, le canal avait juste le même nombre d'écluses qu'à présent. Du reste, la coïncidence des nombres n'estque d'un intérêt secondaire dans la question. Ce qui est capital, c'estlagrandequantité des écluses, le rAle qu'elles jouaient, le caractère qu'elles donnaient au canal, les propriétés qu'elles lui communiquaient.

> Sully, (Etoa. toj., c. us, t. 1, p. ei6 A. (Voir cî-dessui, p. (39, la citation en es lier.)

< ThunoDi, lib. m, §9.U Vt, p. 257, édil. Londin, 17S8. n Proa poïita rstio, aaclore Rocii marchioDO, qui terarJi curam ge[«bat,ut B Davigatio per Ligerim cdid Sequana conjangeretur, excavato inler D Briaram et Geuabum canali, quiad Caitellioneni, supra MODlarf;iri uni, ■ XXXIll eatarbclù ad rttinerûlam nquam in'ermediis, eslenderetur. d Noos donnons ce passage tel qu'il se tronve dans les diverses éditions <ln texte de De Thou ; mais il s'est glissé à l'iuinressioa uue omission dansce texte. La simple Inspection d'une carte géographique prouve qu'il laudrait ; <i Qui sd CastcllioDem, el supra ad Monlargiriura. » Ou reste, l'incorrection du passage ne porte ni sur tes écluses, ni sur leur nombre, qui pour nous sont le seul point Important.

m UT. V1l.CH.Tt. C'BSTOHCANALA TOINT DB PARTAM. PRBDVBS.

D établissait la commuoication navigable entre les fleuves et les bassins de la Loire et de la Seine. Il l'ouvrait en faisant franchir aux barques la chaîne des montagnes ou collines qui séparent les deux bassins, et qui s'élèvent de 117 pieds 9 pouces au-dessus du niveau de la Loire, et de 242 pieds 5 pouces au-dessus du niveau du Loing, h Montargis. Il transportait les embarcations d'un bassin dans un autre par les moyens propres à un canal à point de partage, c'est-à-dire par le grand nombre des écluses En effet, les écluses ne sontordinairement multi[^ées que dans un canal à point de partage, dans un canal où les diverses sections, les divers biefs étant superposés dans un espace resserré, et servant d'échelons à la montée et à la descente des embarcations, il y a nécessité de multiplier les écluses pour arrêter les eaux et former ces degrés. Quand le canal est construit dans un autre système, quand les eaux qui l'alimentent sont toutes au même niveau ou à peu pr^, on n'établit pas d'écluses, ou bien on n'en construit qu'un très-petit nombre. La remarquable particularité du grand nombre d'écluses, et leur destination dans le plan originaire du canal, sont confirmées par les lettres-patentes du roi Louis XllI, données au mois de septembre 1638, près d'un an avant la première reprise des travaux. D'un cdté, les lettres-patentes en chai^eant les entrepreneurs n de ia continuité et perfection du canal, leur n font don des escluses et levées, et de tous tes ouvrages » qui ont été faits audit canal. » D'un autre côté, le gouvernement ayant à pourvoir d'une manière spéciale à ce que la lacune existant dans les travaux s'étendant dans un espace de deux lieues soit comblée, impose aux entrepreneurs l'obligation urfe construire la quantité desclusei B suffisante pour faire monter et descendre les bateaux » d'une partie du canal dans Cautre ' » 11 est parfaite- 1 l^ttret-pateatei 4a mois da MpUmbre Itlt. L< prétzabule etl'w-

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ALIMENTATION DU CANAL. i46

ment évident d'après ces délailsque le programme que les lettres-patentes donnent à remplir est ancien ; qne le plan qu'elles donnent à compléter dans une petite mesure date du règne de Henri IV; et ce programme, ce plan, sont par tous les côtés, et dans toutes les parties, ceux d'un canal à point de partage. Nous sommes heureux que ces observations relativement à la nature du canal de foiare, qui s'appuient sur le témoignage de quatre documents contemporains non encore produits, se trouvent d'accord avec l'opinion émise à ce sujet par l'auteur d'un remarquable ouvn^ sur la navigation intérieure et les canaux de la France publié il y a quelques années ',

Tous les auteurs qui ont traité ces matières, dans des ouvrages spéciaux, s'accordent h témoigner que la grande dîfiBculté des canaux est l'alimentation. Grosnier et les autres ingénieurs sous la direction de Sully pourviMTént avec le plus grand soin à ce que la navigation du canal fût alimentée par des eaux en quantité suffisante. Ils les empruntèrent, comme nous l'apprend Legraln, aux sources, fontaines, rttisseaux, qui se trouvaient aux lieux que le canal parcourait dans son développement. C'étaient depuis la Loire jusqu'au point de partage, le Pont^^hevron et le Trezé ; et depuis le point de partage jusqu'à Montargis, le Loing saignédans la partie supérieurede Son cours, et avant l'endroit où il devenait une continuation du canal. C'étaient aussi les divers étangs que la nature avait formés dans ces localités, ou que l'art y formait alors

ticle 1" de ces leUres dans le Recueil des ooc. lois frui^., t. XVI, p. t89, «se.

* M. Dutena, Histoire de la naTigationioUrieiire de laFraDce,!* section, t. 1, p. St. L'auteur, après avoir dooDê une explicatioa et une deuriplion des canaux à poial de partage, ajoute : n Ttt ett de ta na- > lure le canal que la France doit an meilleur des rola, et qui soui le x nom de canal de Btiare, nuit malgré les hauteurs qui les léparenl ■ les deux grande DeuTea de la Seine el de la Loire. »

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4(6 LtV. VII. CH.TI. oriNIOK DES CONTEMPORAINS SCn LA POSSIBILITÉ

par ses travaux, et dont les lettres-patentes de 1638 font une mention expresse '. On reiiiar<|uera que, depuis soo achèvement postérieur jusqu'à nos jours, le canal n'a pas été alimenté par d'autres eaux que celles de ces rivières et de ces étangs.

Tout le monde en 1610 regardait comme infaillibles les moyens employés dans l'exécution du canal de Briare. Tout le monde croyait au prochain achèvement, à la prochaine mise en activité du canal, et les populations voisines, comme le prouve le discours du lieutenant- général de Moutai^is, rapporté plus haut; et le roi qui voulait faire construire quantité de moulins à blanchir, pareils à ceux de Normandie, sur les bords du canal qu'il considérait déjà comme terminé *.

Malgré cette unanimité de vœux et d'espérances, l'achèvement du canal fut ajourné de vingt-neuf ans. Cherchons dans les contemporains quelles furent les causes de ce retard. De Tbou, conseiller d'État et homme d'affaires en même temps qu'historien, s'exprïme en ces termes : « Après la mort du roi, dil-il, les ennemis de Rosny, par n jalousie, et en haine de l'auteur du canal, ont fait iu- » terrompre les travaux, en prétendant que la conlinua- » lion et fachêvement de Pouvrage ne seraient d'aucune n utililé pour le public. Cependant comme il était déjà » presque terminé, et comme les travaux étaient payés de n l'argeut levé sur la nation, rien n'empêchoit qu'on ne n l'achevât, et après l'achèvement, il aurait été hors de » saison de contester l'utilité de r entreprise *. » Ainsi

■ Lettres-pateDles du mois de septembre 1638, daos les Auc. lois

Iranç., l. XVI, p. tel : « Article 6. lU (lea eotrepTeDeur^) prendroDt

» auesy, tai:l près dudîl csDal qut loin d'icelui, les terres qu'ils Irou-

. 0 TeroDt conunodes pour Taire des retenues d'eauBs et estaugs, en-

B itmb'e d«s eslangs dijà faits. »

' Dom Horin, Hist. du Gastbois, p. SI.

•Tlmanus, lib. lïi, § 9, i. VI, p. îr,7, édit, Loud., 1733, ■ Pos-

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DE l'acbêtbhbnt imiEdiat du canal. U7

selon de Tbou les deux seules causes du noD-acbèvemeut du canal furent, d'une part, le mort de Henri IV, qui suspendit les travaux dans tout le royaume ; d'autre part la haine envieuse de? ennemis de Sully, qui ne voulurent pas lui laisser la gloire de t«^rminer et de donner à la France ce grand ouvrage, et qui entraînèrent la régente et ses mioistnis dans cette conspiration contre l'utilité publique, en lui persuadant que le mode adopté par Sully, pour la construction du canal, devait en fuireun ouvrage inutile. De Thou s'est rendu compte d'une manière approfondie de ce système, au sein du conseil d'Ltat, puisqu'il en indique toute l'économie générale en disant qu'elle consiste dans trente-trois écluses superposées : il est convaincu de l'admirable puissance du système, et il pense que le succès en cas d'exéeation eût été infaillible : il ajoute enfin que le canal terminé aurait rendu oiseuses et ridicules, par le seul fait de son achèvement, les discussions élevées sur son utilité ou son inutilité, et aurait répondu en fonctionnant aux objections élevées contre la possibUilé qu'il fonctionnât. Deux autres contemporains, Dupleix et Morisot, pensent et parlent comme de Thou, et attribuent exclusivement la suspension des travaux du canal de Briare à la mort du roi et à la haine contre Sully '. Dans les lettres-patentes de 1638, on trouve la

B left, IJTore quorarodain, poal regia inorlenij intennUsum in auctorU n odium, cum dicereotni^o ia pubikiim profectu, voDtinuBri autpern. B Bâ poBW. Verum opcrc jam prope coarecto, et pecunia ia eam rem ' 1 ex publico procedsDte, Dibil obslatMt quio illud omnino conaumma' B mlnr, et po«t consummalionËm, iDlempeativum fuisset de utilitBle a ejns disputare. b

■ Sciplon Dupleix, Hi>t. de Henri le Grand, p. 3Si, g S, édition de I6ij3. fl Aprèi le trépas du roj, cette œuvre fut discoatÏDuée, et le 1 projet rompu par la malice de ceux qui enuioieni les louaùlei enlre- B priiet de fiojnj, de sorte que U despecse de 800,000 eacaa employéB B & ce caoal demeura inutile et infructueuse. » lies SD0,00O écua ou 900,000 livres du temps, cortespoudenL ù environ 3 oùllions 140 mille

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H8 UV. vu. CH. VI. CAUSES QUI L'OKT AJOUHHA.

récapitulatioa de toutes les causes qui se sout opposées à l'achèvement du canal de Brîare, tant de celles existantes au temps où de Thou écrivait que de celles surveoues depuis. Ces cauiîes sont la mort de Henri IV, la mort de riDgénieur chargé des travaux du canal ; les guerres continuelles que Louis XHI a eues à soutenir depuis son avènement, soit à l'intérieur, soit au dehors ; les embarras et l'épuisement financier dans lesquels elles ont jeté son gouvernement. 11 est vrai que les lettres-patentes ajoutent commedemièreraison de l'ajournement «que jusqu'àprén sent on a estimé impossible ou Irès-difBcile d'achever n le canal '. » Mais d'abord les lettres ne disent pas, n'osentpas dire que l'impossibilité, ou la grande difficulté si différente de l'impossibilité, aient existé ; elles se bornent à dire qu'on a estimé, qu'on a cru qu'elles existaient ; ce n'est pas un fait qu'elles constatent, c'est une opinion qu'elles rapportent, en ajoutant seulement que le gouvernement de Louis XIII a partagé ce préjugé, cette erreur. En second lieu, le gouvernement ne croit pas lui-même à la bonté, à la solidité de cette dernière raison. En effet, s'il y avait cm, il n'aurait pas donné les quatre raisons précédentes. Quand <hi a à faire valoir une impossibibté pour n'avoir pas &it quelque chose, on est parfaitement dispensé et l'on se dispense d'alléguer d'autres motifs. Les

livreg d'aujbiird'liiii. — Uorisot, Hfinricua magnus, cap- 16, édition de Genève, 1627, dit absolomeut la même choM que Duplei.T,

I Préambule dcB leltresdanï le Recueil dea ancienDiis loiafraoçaïtes, t. XVI, p. *BB, 489. « Le décès de nostre seigneur et père estant «ora venu, et eaniite la mort de celuf qui a*oict la conduite eldirecUon 0 de cet ouTrage, il a etlé entièrement délaissé et abandonné, tant n parce qne les guerres que noua avons eu à souatenir depuis le c^im- B mencetuent de nostre règne, et qne nous avoD» encore sur les brus, u ne non* onl pas permis de laire la despense reqnise pour la cohU- B nualion et ptrftclùm dudit csnal, qu'A cause que jusqu'à présent on H II têlimi impossible on très difficile de l'achever, et de fournir la H quantité d'can nécessaire pour la navigation, à cause de la situatlOQ M inégale et montneuse des lieu où il doit passer, a

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EXËCUTiS AD CANAL. Ii9

lettres-patentes de 1638 oe chaDgent donc absolnment rien à la question, et la prétendue impossibilité, la prétendue diiBculté de terminer le canal de Briare, restent purement et simplement une vieille calomnie des ennemis de Sully, réfutée d'avance et tournée en ridicule par de Thou.

De ces témoignages comparés, il résulte que toutes les causes qui s'opposèrent à l'exécution du canal, immédiatement après la mort de Henri IV, furent des causes esternes ; que le monument avait été commencé dès le principe, dès 1604, d'après le nouveau et admirable système des canaux, à point de partage, lequel contenait en soi non-seulement tous les moyens, maisles seuls moyens d'assurer la réussite de l'entreprise.

Presque tous les travaux exécutés au canal de Briare du temps de Henri IV et sous ta direction de Sully, subsistèrent après eux, heureusement pour l'utilité publique et concoururent pour les cinq sixièmes à l'établissement définitif du canal. C'est ce que prouvent les lettres-patentes de 1638 et un fait postérieur très-important et très-significatif. Les lettres-patentes qui chargent les sieurs Bouleroue et Guyon de reprendre les travaux du canal de Briare ne parlent dans leur préambule que « de la continuation et perfection du canal, » et dans le langage du temps, le mot perfection signifie non pas amélioration, perfectionnement, mais achèvement : les deux expressions indiquent de la manière la plusclaire qu'ils'agissaitnon de construire un canal à nouveau, mais seulement de terminer un ouvrage subsistant et déjàfort avancé. Jj'article 1" des mêmes lettres fait don à Bouteroue et à Guyon « des escluses et levées, et de tous les ouvrages N qui ont été faits au dit canal '. » On ne donne pas ce

< Lettre»-pateDle« du moU de septembre 1638, dons \a Recueil dei me. loi! franc.-, l. XVI, p. «88, tSD.

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460 LIT.'VU. GB. VU RUUMft BUH LIS TUVAUX KT BUa LK BTBTàn.

qui n'existe pas. Des faits postérieurs montrent combien les indications fournies sur ce point par l'acte législatif, sont vraies et exactes. L'an 1737, en travaillant aux écluses, on trouva deS'médailles d'argent et de cuivre, les nnes portant l'empreinte des armes de Sully, les autres cette inscription : « 1607. Maximilien de Bétbune, sous » le règne de Henri IV, par les mains de messire P. Ozon R pour lors maire et gouverneur de Monttygîs '. )> Si ces ouvrages demeuraient encore intacts en 1737, à plus forte raison l'étaienl-ils un siècle plus tdt. Voilà deux preuves évidentes, matérielles, que les excavations nécessaires au lit du canal, les levées pour retenir les eaux, les écluses, faîtes entre 1604 et 1610, restèrent presque toutes dans un étet d'entière conservation, depuis 1610, époque oii les travaux Furent interrompus, jusqu'à l'année 1639 où ils furent repris ; et que si quelques dégradations survinrent, elles furent de peu d'importance.

Ainsi Henri et Sully adoptèrent pour la construction du canal de Briare le nouveau et grand système qui seul en assurait l'établissement ; ils firent dresser le plan d'après lequel il fut fait en entier ; sur les douïie lieues de développement qu'il avait, ils exécutèrent les b^vaux dans un espace de dix lieues ; ta mort du roi, la disgrâce du ministre empècbèrent seules qu'ils ne missent la dei^ nière main à ce monument hydraulique d'une si prodigieuse ulil|té. Aussi l'histoire les recotmalt pour les seub auteurs du canal. Dans les grandes œuvres du gouvernement et de l'administration, comme dans les grandes céuvres de l'art, le mérite ne se mesure pas à la lâche accomplie, à la besogne faite. La petite quantité de travaux qui resteit à mener à terme n'empêchera pas plus d'assigner le canal de Briare à Henri IV et à Sully, que quel-

■ Note âe l'obbi Delicliue, aur les Uémoirea de Sully, t. Il, p. BB9, iD-4*.

BENRI IV BT BULLV SEULB AUTEUHS VtBITABLES DU CANAL. 451

ques figures inachevées n'empêchent les artistesd'assigner la IVansfiguratioii à Raphaël.

Le canal de Briare fut achevé sous le règne de Louis XllI, à la suite des travaux repris en lfi.t9 et ternÛDéa eu 1642. Richelieu voulait que l'honneur attaché à l'achèvement de l'entreprise vînt se joindre à tant de gloires qui chaque année et presque chaque jour illustraient son ministère. Mais les finances étaient alors trèsembarrassées, et la France dans sa lutte contre la maison d'Autriche, soudoyant dix-sept armées nationales ou étrangères, ne pouvùt rien dépenser pour les travaux de la paix. Dans cette situation, il fallait qu'on recourût à une comhinaison qui permit de terminer et d'ouvrir le canal de Briare, et qui n'imposât aucune charge nouvelle au trésor. De publique, l'entreprise devait devenir particulière, et être terminée par une compagnie qui supporterait les charges et recueillerait les bénéfices. Deux hommes se présentèrent pour traiter avec le gouvernement sur celte base. C'étaient Guillaume Bouteroue et Jacques Guyon, « receveurs aUematifs et Uieimaux des aydes et » tailles, et payeurs des renies des ealections de Seaun geticy et de Montargis » Leurs titres prouvent qu'ils étaient tout à fait étrangers aux études de la science spéculative et appliquée, aux combinaisons de l'art de l'ingénieur. Mais fixés par leurs fonctions mèmt^s dans les Ueux où le canal était établi, ils s'étaient procuré la connaissance des plans dressés sous Henri IV, et ils y avaient trouvé consignés les moyens d'exécuter le canal dans toutes ses parties sans exception. Us s'étaient de plus rendu un compte exact de laquantitéetdel'importancedes ouvrages déjà faits, de ceux qui restaient à faire, et ils étaient convaincus qu'ils pouvaient heureusement et utilement pour leurs intérêts conduire l'entreprise à terme.

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46t UT. Vn. CH. VI. CB QU'^TAIEHT BOCTBIKWS BT ODTWt.

Le marché fut conclu entreeox et le gouvernement aux conditions saivanles. Le roi leur cédait et transportait à eux et à leurs héritiers ainsi qu'à leurs ayant coûte, c'est-à-dire à leurs associés, le canal en toute propriété, avec les droits de péageet de voiturageattachésàcette propriété . Us s'engageaient de leur côté à exécuter tous les ouvrages nécessaires pour mettre le canal en état d'être navi gahle. La qualification que leur donnentles actes publics et les journaux du temps, est celle iid'enlrepreneursdu canal » de Loire en Seine, pour le transport de toutes les mar- » chaudises qui viendront de Provence, Languedoc, Au- » vei^ne, Lyonnois, Bourbonnois et autres endroits de » France. » Ainsi leur entreprise n'apparaît à tous que comme une spéculation de l'industrie privée. Le gouvernement ne la considère pas autrement, et il prend ses précautions contre eux, et met le public à l'abri de leun exigence-s excessives, dans le cas possible et probable où la passion du gain les entraînerait. On lit & la fin des Lettres-patentes de 1638 : « D'autant que lesdits Bouteroue » et Guyon voiidroient peut-être tirer si grand prix pour » la voicture desdites marchandises (comme ils auroient » le droict de te prendre tel qu'ils aviseroient, ledit canal » étant à eux en propriété) que le public ne recevroit pas » plus grand soulagement du canal, nous voulons et en- » tendons que Bouteroue et Guyon prennent seulement » pour le droit de voicture des marchandises ce qui en suit. » Et après avoir donné un tarif détaillé, les lettres ajoutent : H Défendons très expressément à Bouteroue et à Guyon » de rien prendre davantage sur les marchandises que » ledit péage, droits d'escluses et de voicture, selon et » ainsi qu'ils sont spécifiez ci-dessus '. » Les entrepreneurs n'ont donc aucun des caractères d'ingénieurs ou

> L'intitulé des letlres -païen les, leura dispositions et le tarif iiai suit, dans le Uercure &«D(ois, pour l'anuËe 1639, p. SU, SKI, ISS.

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