OBSERVATIONS FAITES PAR LB ROI
rangées, avait en dix circonstances fait écliouer les opérations militaires qui demandaient la présence prolongée da guerrier sous le drapeau, par ses départs précipités, par sa brusque retraite dans ses terres, lorsque la dépense, la fatigue, l'eDoui, qd intérêt contrûre l'avuent tirée hors du camp. Dès qu'il s'agissait d'une campagne qui excédait uo ou deux mois, on ne pouvait plus compta: sur elle, même en France, i plus forte raison à l'étranger.
Le roi se rendit compte avec un soin pareil de la supériorité de certaines armes sur d'autres, et des qualités qui produisaient l'excellence soit de l'infenterie, soit de la cavalerie. Les campagnes en France du duc de Parme qui, avec une cavalerie faible, était parvenu à faire lever successivement les sièges de Paris et de Rouen et à rompre tons les desseins du roi; les victoires de Henri durant la IJgue, la guerre de Savoie, les campagnes et les sièges dans les Pays-Bas, avaient établi que la grande force des armées consistait désormais dans l'infanterie, l'artillerie, le génie militaire ; et que le concours de la cavalerie , toujours nécessaire, décisif dans certfùnes circonstances, n'était cependant en général que secondaire.
Depuis le règne de Henri II, l'homme de guerre lançais salarié, fantassin et cavalier, n'avait été qu'un brigand , terrible au paysan , fléau des campagnes et de la richesse publique, mais médiocrement redoutable à l'ennemi, parce que, malgré la valeur exceptionnelle de quelques régiments, la plupart des capitaines et des soi* dats ne possédaient que dans une mesure restreinte le courage, le sentiment de l'honneur, le dévouement, ainsi que les habitudes de la discipline et de la tactique. Divers faits prouvent cette infériorité des gens de guerre salariés en France. Notre infanterie était au-dessous de celle de la plupart des nations voisines. Elle ne pouvait le disputer & l'infanterie espagnole dont l'exceltence remontait aux
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010 Liv. vti. en. viir. obskuvatiohs futks par lb itoi.
cunpagnes d'Italie, du temps de Cbarles-Ouiot, et qui, perfectioDoée encore par le duc de Parme, passât à juste titre dans ce temps pour la première de TËurope. Au siège d'Amiens, en 1 597 , tout à fait à la fin de notre lutte contre Philippe H, qui aurût dà nous aguerrir, dans deux sorties faites par l'enoemi au moisde juin, les régimeuls Françûs sont deux fols vaincus par les Espagnds, et le régiment de Picardie, entre autres, est presque entièrement taillé en pièces. Le désastre se serait étendu à toute la division àlaquelle ces régiments apparteniùent, si nos troupes n'eussent été promptement secourues par les Anglais nos alliés '. Les Espagnols et les Anglais n'étaient pas les seuls peuples dont l'infanterie l'empcnlàt sur la ndtre. Pendant la Ligue, le parti royal et le parti lorrain avaient également soudoyé des régiments d'infanterie suisse et d'infanterie allemande, considérés comme très-supérieurs à presque tous les ré^ments français de la même arme. Le fantassin étranger étut excellent, parce qu'il avait intérêt à l'être. Ne trouvant pas de quoi vivre dans son pays, infiniment moins riche que la France, il avait embrassé la profesûon des armes au dehors comme moyen d'existence. Mais il n'était [^is ou gardé au service de l'une des puissances de l'Europe que sous condition de la très-bien servir : par conséquent, le courte, et l'habileté acquise par suite d'une longue pratique, étaient pour lui une nécessité. D'un autre cdté, quand il possédait ces qualités, il en tirait un tiès-bon parti, une solde très-élevée. Le fontassin français n'étùt dans aucune de ces conditions, comme on va le voir, et
< ThoanDS, lib. 118, g S, t. V, p. SSO, édit. Lond. Voici ce qu'il dit da la derniire sortie hite par les Espagnols : « Htspani daobns lotàa n impresaionem fecere, et totam fere Picardicam le^onem ad intenieu cioDem trucidanuit, Montignio, Fleasano et Foqaerollio tribnoia mi- B litnm occisii : sed tandem ab AngUs eaperTemenlibiu repulsi bosle* » plus LU ex saie amisenmU ■
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STSTftl» ENTIÈURKBNT NOUVUD adopté par tE ROI. 6St
c'était la grande raison de sa médiocrité. Notre cavalerie soudoyée, ou gendarmerie, ne valait pas mieux que notre infanterie. La Noue et tous les auteurs s'accordent à dire qu'elle était tombée dans une complète décadence pendant le temps des guerres civiles. Malgré l'irrégularité et le caprice de son service, la noblesse seule, pdhni les troupes françaises, s'était héroïquement montrée à Ivry et sur quelques autres champs de bataille, el dans une circonstance solennelle, devant les Notables assemblés à Rouen, elle mérita que le roi lui rendit le témoignage qu'elle avait contribué à sauver la France de la domination de l'étraDger. Il n'avait eu aucune parole d'éloge pour nos troupes salariées, pour notre armée permanente, et son silence témoignait assez du peu d'aide qu'elles avaient donné à la patrie en danger, et du peu de fond qu'il y avait à faire sur elles pour l'avenir. EUIes manquuent donc des qualités de l'infanterie étrangère et des qualités de la cavalerie libre, de la cavalerie noble de la France.
Le roi termina en 1601, parle traité conclu avec leduc de Savoie, la série des guerres qui se succédèrent sans interruption depuis son avéuement, et dans lesquelles il avait été réduit à se servir de l'état militaire du royaume, tel que ses successeurs le lui avaient légué, en se bornant à apporter dans quelques parties des améliorations de détwl. Depuis ce traité, n'agissant plus par nécessité, mais par choix, devenu entièrement libre de ses déterminations, il régla et ordonna la force publique de la France par des principes fixes et des mesures d'ensemble. La composition générale de l'armée l'occupa d'abord. Eu premier lieu, il ne fit entrer dans l'armée que comme une minorité presque imperceptible , la cavalerie noble , le reste de la milice féodale , qui avait joué encore un rôle important dans la guerre de la Ligue. D'une part, le
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62! LIV. Vil. CB. Tlll. LA COKPOeiTlON gAnAMLE dus ARXtBS.
service de cette caraterie ne pouvait satisfaire aax conditione de la guerre devenue chaque jour plus savante, plus stratégique ; demandaDt chaque jour plus impéneusement que tous les corps de l'araiée fussent entre les mains du général un instrument complètement docile, et aussi longtemps docile que ses plans et ses combinaisons l'exigeaient. D'un autre cdlé , la prolongation de l'existence de )a milice féodale offrait des dangers pour la paix publique que le roi voulait conjurer. Un fait décisif prouve l'exclusion presque entière donnée à la cavalerie noble, en tant que cavalerie libre et milice féodale, dans la composition de la force publique , pendant la seconde partie du r^ne de Henri IV. Lors de la première grande levée de troupes faite depuis la paix de Vervinset le traité avec le Savoie, brs des préparatifs rassemblés à la fia de 1 6 09 et au commencement de 1610, pour l'abaissement des deux branches de la maison d'Autriche, l'année que le roi va conduire dans les duchés de Glèves et de Juliers contre la branche allemande, se compose de 37,000 soldats, dont 5,000 cavaliers. Tous les fantassins sont soudoyés : parmi les 5,000 cavaliers, il y eu a 4,000 de soudoyés. Sur le nombre total de 37.000 soldats, il n'y a que 1,000 seigneurs et gentilshommes qui entrenutt dans la cornette blanche du roi, qui serviront à leurs frais et comme volontaires, qui guderoQt la liberté de leurs déterminations. Us pourront se rebuter et quitter l'armée, sans que les opérations militaires eu souffrent, sans que la cavalerie même reste inférieure à celle de l'ennemi. Henri se garda bien d'exclure des rangs de l'armée les gentilshommes dont il prisait les rares et brillantes qualités, et surtout le sentiment de l'honneur, principe fécond des actes héroïques. Bien loin de là, il leur réserva dans l'infanterie, comme dans la cavalerie, presque tous les grades et commandements. De plus, il en composa à peu
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UGOHIKIEliTlON DÉSARMÉES. PRBPONDËRtHCB DE l'iNFANTEHIB. 6t3
près excIosivemeDt la caTalttrie , parce qu'il les trouva disposés à y entrer. Hais ils n'y furent plus admis, comme caete, comme corps, avec la réserve de leur libre arbitre : ils y furent reçus comme particuliers enrôlés au service de l'Etat, servant dans les troupes régulières, pleinement soumis à l'autorité du général et aux pouvoirs publics *. £a second lieu, Henri admit dans la composition de l'armée les troupes étrangères, Suisses et Allemands; mais en continuant à user de leurs services, il diminua leur nombre et détruisit leur importance. Les troupes étrangères avaient été depuis Louis XI une des principales forces , souvent la principale et presque la seule forée de nos armées : désormais leur concours ne fut plus qu'accessoire, et leur rAle tout-à-fait secondaire. Ainsi dans la composition de cette même armée, levée en 1609 et 1610 pour aller défendre les duchés de Clèves et de Jnliers, et attaquer la maison d'Autricbe en Allemagne, sur le nombre total de 37,000 soldats, et sur le nombre partiel de 32,000 fantassins, les Suisses et les landskenets, ne figurent que pour 12,000 bommes. De plus, toutes les garnisons laissées dans le royaume sont françûses, et le roi prend ses mesures, comme le disent les pièces offieielles, pour que le fonds de l'état militaire du pays soit
I Tous ces faits sont établie par les témoigDaget téania des pièces officielles, et de l'hiatoiien SciplonDupleii.VoicJ ce que l'on trouve dans VEslat da armén que le roy veut former et entretenir, état officiel et présente par Sully aa roi, reproduit par les OBcod. roy., ch. S11,t. Il, p. iiS : a Plus, le roi veut avoir cinq mil chevaux, sçavoir mil eu sa a cornette blanche, composez de tout ce qu'il y a de princes, eein gneura et braves genlilahommee, non ayant charge, et quatre mil » chevaux smtdoyet. a Dopleii, dit de son cAté, dans son Histoire de Henri le Grand, p. S9B, § 11, édiUon 1G6>, in-tolio : ■ Le roy en per- B sonne faisoit estât d'atler grossir l'armée degiwfre mille gentibhom-, s met, et du régûnent des gardes, s 11 est évident que les quatre mille ubeTSUS soudoyés dout parle l'état officiel sont tous ou presque tons des gsotilsbommes, et qae la cavalerie noble, la milice féodale est passée à l'état de corps aoodojé et de troupe permanente.
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624 LIV. VII. CH. VIII. U SERVI» PBUiÀNKNT, Ut tlàJlOMLtli.
frauçus. Si dooc le roi, par ces mesures, ne rompit pas tout-à-ùiit avec les derniers restes du système féodal, avec les pratiques du moyen-&ge et du commencement des tempe modernes , il s'affranchit du moins complètement de leur dépendance, et réalisa ce que François I** avait projeté, mais sans succès, par son organisation éphémère des légions. L'armée françuse fut désormais établie prioûpalement et presque exclusivement sur les deux bases du service permanent, et de la nationalité des soldats '.
11 bllfût que le roi donnât a cette année toutes les qualités de la cavalerie féodale et de l'infanterie étrangère, qu'il n'appelait plus que cooune auxiliaires. La tâcbe était trè&-compliquée et très-difficile. Dès le conuoencement de son règne, il avait mis quelque frein aux violences des gens de guerre , par une discipline plus exacte introduite dans son camp, et par une attention constante à pourvoir à leur subsistance : plus tard et la guerre civile terminée, en usant de la sévérité nécessaire des ordonnances du 24 février 1597 et du i août 1598 , sur le port d'armes, il les avait entièrement corrigés de leurs habitudes pillardes et sanguinaires. Hais cette réforme, indispensablement nécessaire dans l'intérêt du paysan et dans l'intérêt public, non moins nécessaire à l'honneur et à la considération de l'armée, devait par d'antres c6tés la frapper des coups les plus sensibles, si le roi n'avait soin en même temps de prévenir par d'autres mesures les conséquences rigoureuses que la réforme avait pour le
< Eslat des armées que le roy veut tonner et eolreteiÛT (OBeoa. rof-, L H, ch. 317, p. 417, m). « Premiârement le ro; tail eelat de » mettra en campagne vingt mille hommes de piad français. Sa Ha- >• jeslé ne voulant pae lever davantage de la nation, outre les garni- B sons ordinaires, afin de lajatr totijoui-t un fondt de Ktdati fronçait u dam le royaume. — Pins pom- buil mi! Soisses et quatre mil lausa quenets on Wallona.... 3,031,000 livree.a
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La condition des troupes changés depuis 1 603. 635
soldat. Ed effet, depuis que le plat pays aVEÛt cessé d'être une proie pour les gens de guerre, la milice n'avait plus pour eux l'attrait puissant du gain, et la misère les attendait. Or, l'Etat ne'ttrera jamais que de mauvais services de ceux qu'il traite mal. Écoutons à ce sujet les témoignages réunis de Henri IV et de Sully, a Le roy, dit » Sully, n'estimoit pas que des capitaines mal payez, des » soldats négligez, levez k coups de bastou , retenus au » camp et en devoir par la crainte des prevosts, des prin sona et des potences, portassent jamais grande amitié » à ceux qui les employeroient, ny combattissent de cœur » et de courage , comme il appartient , et supportassent » gayement les peines, périls et fatigues de la guerre '. » On le voit par ces paroles : jusque-là le métier de soldat avait été le dernier des métiers; il fallait en faire un état digne par les avantages qu'on y attacherait, et des pénibles services rendus au pays , et des dangers affrontés en le défendant. Ce n'était qu'à ce prix qu'on pouvait avoir une bonne armée : l'intérêt public, autant que la justice et l'bumanité, réclamait cette grande réforme.
Henri et son ministre y pourvurent par des mesures qui sont indiquées en détail dans la suite de ce passage, a Le roi se résolut de préparer des moyens pour les soul- » doyer suffisamment, et leur subvenir en leurs néces- '» sitez, playes et maladies; et pour y parvenir de mesnan ger tellement ses revenus , et régler de sorte ses des- » penses non absolument nécessaires, qu'il put faire tous I) les ans quelque réserve de deniers, n Ainsi en échange du pillage des campagnes qu'il leur avait dté, le gouvernement leur donnait des moyens d'existence assurés. Sully nous apprend ensuite que les premières économies faites sur les exercices de 16Û3 et de 1604, après l'entier
> Snll;, CEcon. roy., ch. US, t. I, p. eto B.
III iÛ
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626 UV. vil. CH. VIII. ADCMeNTATIOHDESOLM.PUISIOKS.
acquittement des dépenses publiques, furent déposées à la Bastille et non versées i l'Epargne ou trésor public, et qu'elles reçurent en grande partie cette noble et utile destination, n rapporte la déclaration rendue en cette occasion par le roi '. Ainsi le changement complet que Henri avait projeté dans le sort de l'armée commença par une augmentation de solde pour les officiers et pour les simples soldats, qui s'accrut de 1 604 à 1 610 avec les économies faites par le gouvernement , et qui leur permit de subvenir désormais à leurs besoins d'une manière suffisante et digne. Une lettre du roi du 27 février IGIO prouve qae la solde du fantassin était alors par jour de huit sous du temps , environ trente sous d'aujourd'hui *. Outre leur solde, beaucoup d'officiers recevaient du roi une pension assignée sur divers fonds, comme on le voit par les exemples de Champlûn qui avait fait toutes les campagnes de la Ligue dans l'armée de terre, par c«lui de de Uoots, et de beaucoup d'autres capitaines de l'armée de terre et de ta flotte '.
Le roi et Sully commencèrent en 160J , et achevèrent en 1606, une fondation ayant pour effet d'assurer toute une partie de l'existence du soldat, et de donner une preuve publique , une marque éclatante du haut intérêt et de la reconnaissance de la France envers ses défen-
' Sully, (Econ. roy., ch. 1*8, t. I. p. 8M B.
^Leltre da roi dn S7 février 1610, daui les (Baoa. roj., ch. 301, 1. 11, p. ITg. n Ua commis du trésorier de l'eitraordinAire dea gaerres D fera bailler boit sols par jour i cbaacun soldat. »
* Vojages de Cbamptain, 1. 1, ch. 7, p. 30, tO : a Je di> u com- » nuDdeur de Chagles que j'estois son serviteur : que pour me Uceo- » cier de moy-meame à entrepreudre ce vojnge, je ne le ponvois hJN B MDS le commandemeot de Sa Majesté, à laquelle j'estois obligé tant B de Qaiasance que d'aue ptnsion de laquelle elle m'Aonoroil pour H avoir nutyta dt m'tnirtttnir prit d'elle, n — Sully, (Ecod. roj-, ch. m, t. Il, p. 4HS, iS7. o De Monlf a, en 1609, une peuaion de 4«0 D escus, 1100 livret du tempe. ■
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LA HArSON DR BBFtIGE, LES INVALIDES POUR L ARMÉE. 627
seurs. Jusqu'alors le militaire ^p mutilé, ou trop vieux et trop faible pour servir plus louglempa, n'avait été traité que comme un membre inutile , rejeté de l'armée , abandooaé par le pays , qui allait tendre la maui à la charité publique, jusqu'à ce qu'il terminât dans la honte une vie abrégée par la misère. Celle inhumanité révoltante , et dangereuse par le découragement qu'elle jetmt dans l'armée , cessa : les blessures et la fatigue furent désormùs comptées et payées aux gens de guerre. Adoptés par la patrie au moment oiî ils ne pouvaient plus la défendre, ils finirent leurs jours à l'abri du besoin , dans un repos honorable. Au mois de jain 1606, Henri mit la dernière main à l'institution destinée à opérer ce grand changement « par son édit pour la subsistance , nourri- » ture, entretien des pauvres gentilshommes, capitaines » et soldats , estropiez , vieux et caducs. » Un vaste bâtiment, sis rue de l'Oursine , construit sous Henri HI, fut restauré et approprié à leur logement : tous ceux que les dernières guerres ou l'âge avaient réduits à n'être plus que de glorieux débris, y furent admis et reçurent l'hospitalité royale : des places furent préparées pour ceux qui deviendraient plus tard les vétérans de l'armée. Leur nourriture et leur entretien furent assignés sur un fonds spécial , lequel fut forihé des deniers provenant du reliquat des comptes des divers hospices et hôpitaux du royaume ; des biens considérables enlevés à ces établissements par usurpations et aliénations, dont il serait fait recherche, et du revenu de ces biens ; des deniers enfin qui proviendraient des places et pensions des religieux laïcs, qui en chaque abbaye et en chaque prieuré du royaume étaient à la nomination du roi, le roi s' abstenant désormùs de rempUr ces places. L'asile ouvert à nos soldats reçut la sanction do ta reUgion , et fut placé sous le palronage le plus auguste et le plus propre à en assurer
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6X8 LIV.Vt). CR. VIII. BXBHPTIONS AUX VBUTES ET AUS ORPBBUNS.
l'existence. D fut nommé la Maison de la charité chré— tienne. L'édit qui le créa établit en même temps une Chambre de la charité chrétienDe , composée des plus grands seigneurs et autres notables personnages, et présidée par le connétable. La Chambre rendait des décisions souveraines, défendait les intérêts de l'établissement , veillait avec sollicitude à sa conservation et à sa durée '. Ce n'est pas sans attendrissement que l'on voit quelques années plus tard les hâtes de cette maison , les soldats estropiés , vêtus de deuil et les larmes ans yeos, assister aux funérailles du roi, et suivre jusqu'au tombeau' les restes de leur bienfuteur *.
Le roi combla la mesure des rémunérations et des encouragements envers l'armée, en étendant ses bienfaits aux veuves et aux enfants des militaires qui étaient morts, ou qui succomberaient désormais au service de l'Etfd. L'un de ses historiens nous dit :' o Davantage le roy voulu! que les veuves et les enfants orphelins de ceux qui estôient morts en son service aux guerres passées, feussent exemptez de toutes les charges pubhques ^.b
Les gens de guerre, de brigands et de pillards avaient été transformés par le roi en défenseurs de l'ordre public et du territoire : en cessant d'être passibles de châtiments qui abâtardissent le courage, le cceur chez eux s'était , élevé, et l'honneur avait grandi. L'augmentation de la solde, la distribution des pensions, la fondation delà maison de refuge avaient fait naître en eux l'attache-
■ Divergea paitiet du texte de cet édit et lea dèlsUa historique* rel>> tib k redit sont doDDte par le Uercnre fmiçois, année 1606, t. I, fol. lOB recto et Tersoj par Legraio, Décide de Henri le Grand,!. VIU; par Delamarre, Traité de la police, L IV, tit. H, ch. 2, 1. 1, p. 60«.— Anciennes lois franc., t. IV, p. 391.
* Uercure François, aiinëe teio, 1. 1, toi. 4TS Teiao. a Uarelioiant H apri«... les soldats estropiez leitiu de deuil, s
* Legrain, Décade, 1. VIII, p. ilB, édit. 1614.
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DEUX ÉTABUSSBMBNTS D'INSTRUCTION PUBLIQUE POUR l'iRM^B. 629
meQt'aux devoirs de leur état, le dévouement aux intérêts de la France. Le roi développa ces sentiments par la création de divers établissements, eotre lesquels plusieurs devaient servir en outre à instruire et à former les officiers , et à leur donner le degré d'babileté qui constitue en partie la supériorité d'une armée.
Il fonda deux établissements d'instructi<m pour les jeunes gens se destinant à la profession des armes, et il les appropria à l'état de la noblesse et k l'état de l'année tout ensemble. Après les seigneurs, la plupart riches , venait la classe nombreuse des simples gentilshommes, parmi lesquels beaucoup ne jouissaient que d'une médiocre fortune, ou étaient même réduits à la pauvreté. Pour ces gentilshommes , l'éducation gratuite accordée à leurs enfants était un bienfait. Si dans l'armée , la plupart des grades étaient occupés' par tes gentilshommes, il s'en fallait de beaucoup qu'ils le fussent tous : les historiens contemporains signalent, soit au temps de la Ligue, soit après, plusieurs roturiers comme commandant des compagnies et même des régiments, en qualité de capitaines et de colonels '. Il fallait donc de toute nécessité que le roi fît acception de ces officiers roturiers et de leurs enfants, dans les institutions qu'il fondait : il eut cette attention paternelle.
Quand il donna aux Jésuites, en 1604 , le château qui lui appartenait à La Flèche, pour y établir un collège jouissant de tous les privilèges attribués aux universités, il réserva des places dans ce collège pour bon nombre de
> De Thoa el le Discours au Tray, etc., inséré dans les Hémoires de Dapleasis Uoraaj, t. V, p. 1, ligoaleot le capitaine Roullet on Dorolel, commandant dans la ville et fort du Ponl-de-l' Arche, qui ee rendit au roi, comme ud soldat de fortune très brave. — P. Cajet, 1. 1, p. 171, et liv. IV, p. B58-860, nomme comme capitaincB commandant des compagnies, Gaunaj, Perdrier etJacqaes, et comme colonel conunandant nu régiment, Boniface. '
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690 LIV. VU. on. VIII. DÉTAILS SUR CES ÉTABUSSItlieNTS.
fils de gentilshommes, et il leur assura l'éducation gratuite en payant leurs pensions. Leur instruction embrassa les connaissances et les exercices qui derûent former la plupart d'entre eux à la profession militaire, et quelquesuns à des professions civiles. L'élude des langues en fut la base , parce que le roi savait par sa propre expérience, et disait que les lettres ouvrent l'esprit à tout : celte disposition est d'autant plasremai\}uable qu'une partie considérable de la noblesse se faisait encore gloire de son ignorance , et que le connétable ne savait pas signer son nom. La prospérité du collège de La Flèche , due aux libéralités du roi, qui en 1606 lui accorda la somme énorme de 300,000 livres du temps, cette prospérité toujours croissante profita aux fils de gentilshommes que la munificence royale y avait placés <.
Henri ne s'en tint pas là. 11 établit dans sa cour et sous ses yeux une académie, une école où il prit soin de faire instruire la jeunesse noble .et aittre jeunesse , c'est-à-dire nécessairement les enfants appartenant à la bonne bourgeoisie, qui se destinaient à la carrière des armes. L'éducation qu'il leur donna en fit des officiers pour l'armée, très-exercés dans tout ce qui regardait l'infanterie et la cavalerie, et de plus des hommes d'un esprit cultivé et d'une moralité irréprochable. Un contemporùn parle dans les termes suivants de cette institution : a Le roy, dit-il, a aussi établi en sa cour une académie pour la
' Sully, CEcon. roj., ch. m, 18î, i. 1, p. 610 A ; l. B, p. 16* B. - — P. Cajet, GhroQ. sapten., 1. VU, année leoi, I. Il, p. 37«. H Le liani' de 1% Vuenne rapptia Sa U^jeaté de fonder de noarean on H collège daoB La Fliche en Anjou, avec pareil prÎTilËge que le» » autres uniieraités de ce rojAume. Ce que le loj fil de fondalion » royale, et leor donna eb propre maison, aaec pttuioiu pov l'iBf H IraclioH d* bon iwnbrt de jeuntt gtntilthomma, qne Sa MejesU u Touloit 3 estre nourri* et intlivilt ta touttt profmiora, langiitt tt u exereittt. n
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LBS ANCIENS OBDHBS NILITAIRES RÉTABLIS. 631
noblesse et autre jeunesse, ayaat ordonné une compagnie de maistres , les uns pour les lettres , les autres pour les amies , les autres pour monter à cheval , les autres pour la musique, les instruments et la danse, bref pour tout honneste exercice , afin que la jeune noblesse fût instruite en toute les choses vertueuses , mais surtout en la crainte de Dieu, Car il faisoit chercher ces mûstres fort sages, et desquels les jeunes gens ne pouvoient tirer que bon exemple ' . »
Henri devina l'immense parti qu'un gouvernement pouvait tirer des glorieuses et utiles distinctions attachées aux ordres militaires, pour fortifier et stimuler le sentiment de l'honneur et le courage chez les gens de guerre. Il effectua sous ce rapport des réformes et des créations utiles, et il forma le projet d'une grande institution qui n'avait pas de précédents. Il rendit son lustre à l'ordre de Saint-Michel, prodigué et avili sous Charles IX, en n'y admettant plus, sauf de rares exceptions, que des hommes recommandables par leur naissance et leur mérite. D donna la plus grande importance h. l'ordre du Sainte Esprit, dont il fit des promotions en 1592, 1595, 1597, 1599 et 1608. D institua, en 1 607 , le nouvel ordre militaire de Notre-Dame-du-Mont-Carmel ; il l'unit et l'incorpOTa la même année à l'ordre de Saint-Lazare qui remontait aux croisades *.
Les perfectionnements et l'extension que réclamaient dans l'intérêt public les ordres militaires , et l'académie
< Legrain, Décude du roj Henri le GrsDd, 1. VIII, p. (28, in-folio; Paria, Iei4. Lea détails fOanjia par Legrain sont conflrmés par nu aatre cootemporain. Morisot, dam son livre intitulé: Btnricuimagmu, cap. i6, p. 161, s'exprime ainii : « Acadenùas et coUegia instituendc » javentnli ad arrria, rguos... erexit oniavîtque. ■
> Saill^Foix, Hiitoirs de l'ordre dn Saint-Esprit, I. 1, p. (B-SO; t- II, p. 135 et iniv., (2S-4tl. — Delomarre, Traité de te police, l. IV, Ut. 12, eh. l, p. e07.
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632 UV.VII.CH.VIII. UN NOUVEL ORDRK ÉTABU, UK ÏUTHB PROJETÉ.
OU école militaire ébauchée, l'occupèrent jusqu'à sa m<wi. Les ordres existants, et celui même qu'il avùt créé, ne pouvaieut le satisfaire. Dans chacun d'eux , le nombre des chevaliers ou des commandeurs était limité à cent : , l'ordre du Saint-Esprit, le plus recherché de tous, marque de la plus haute distinction , étut restreint aux seuls nobles de nom et d'armes , de trois races paternelles au moins. Tous ces ordres s'arrèlaient à la classe des seigneurs , aux officiers supérieurs , à l'aristocratie de l'état militaire de la France : le roi, au contrùre, voulait faire pénétrer les distinctions honorifiques dans tous les rangs de l'armée indistinctement, pour y porter le dévouement et l'héroisme. Aussi conçut-Û le projet d'un nouvel ordre de chevalerie française, dans lequel entreraient tous ceux qui , sans distinction de naissance , et sans limites de nombre , quand les dévouements se multiplieraient, présenteraient au prince et à la patrie d'utiles services Imguement continués, ou des actions d'éclat sous le drapeau. Il forma également le dessein de développer et de Iransformer en établissement national l'académie, ou école milltùre , instituée pour la jeune noblesse et pour les fils des familles recommandables, en donnant a cette école des bâtiments à part , des fonds assignés sur le trésor, des règlements et des statuts spéciaux. En effet, on voit figurer les deux articles suivants parmi les projets, plans et devis que le roi , en 1 609 , ordonne à Snlly de rassembler et de mettre sous sa main , et qu'il veut exécuter dès que les circonstances le permettront : « Un devis » et description bien particulière des propositions faites » pour former un ordre de chevalerie d'honneur ; et pour' » dresser uue académie et un collège jmblic pour la no- » blesse seulement : le tout très-utile pour les particuliers » qui pourront y être receus , et très-avantf^ux pour » le roy , d'autant que ce deviendra comme une pépi-
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