CHOIX ET DISCIPLINE DES 60L&&TS. CAMP EN TEMPS DE PAIX
» nière de vrais gens de guerre , vivans par ordre et r> police '. »
Autant Henri avait mis de soin à préparer et à former de» ofBciers expérimentés, autant Û s'appliqua à bien choisir les soldats , et à leur donner les qualités qui- distinguaient les troupes espagnoles , suisses et allemandes. Ses préoccupations pour la formation de la nouvelle armée , dès 1603 , se plaçaient partout , perçaient partout : dans une réponse qu'il adressait au premier président de Harlay, il parlait des instructions données par lui à ses capitaines pour le choix sévère et intelligent des soldats ' . 11 veilla à ce qu'on les astreignit dans les garnisons aux habitudes de la discipline militdre, et à ce que l'on en fît par des pratiques réfléchies et calculées des troupes résistantes et parfaitement exercées. Il projeta de compléter leur instruction durant la paix , en réunissant successivement les diverses divisions de l'armée , ainsi que les diverses armes, infanterie, cavalerie, artillerie, dans un camp oîi toutes les manœuvres auraient lieu *.
Quelque utiles que fussent ces pratiques, quelque bons résultats qu'elles donnassent , il voyait et désirait plus et mieux encore. Il chercha les moyens les plus propres à faire de la guerre un art soumis à des r^les qui embrasseraient les trois grandes parties de la discipline , de la
■ Sullf, (Ecoo. roj., cb. 191, t. Il, p. 393 B, »t A. — Dus un autre état dus propoNlions ttile» au roi en leoS, et qui Bail celui qui vient d'Aire cité, on IrouTe no second énoncé plus ^régédecesdeux iaslitutioas, p. 194 A : « Académie royale pour la noblesse et les gens [le guerre. — Chevalerie françaixe de nouTcl ordre, n
< H Quand je fais des troupes do gens de guerre, je rem que l'on n ctioisiase les meilLeors aoldala. a (Scipion Dapleiz, RisL de Henri le Grand, p. Si7, § T, in-foUo. 1608).
*SuU;, CBcoD. ro;., nh. lai, t. Il, p. S9i. A. — «Plus un devis bien a particulier des propositions qui ont esté biles poor entretenir un Il camp ordinaire de slt mil hommes de pied, mil chevaux, une bonde H d'arUllerie de six pièces, bien équipées et servies i poinct. »
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63t L.VII.CH.VIII. UCUBRneRéDUlTESNARTPOURTOCeLESGRAOBS.
tactique, de lastraté((îe, et qui deviendraient des guides BÙrs et constants |iour les soldats, les officiers, et même les généraux. Il ordonna de consulter soit les ouvrages , soit les lois et règlements qui avaient en la guerre pour objet , chez les nations anciennes et modernes, et d'en tirer un traité complet de l'art militaire, dont le gouvernement devait ensuite prescrire et surveiller l'application dans Ions les rangs de l'armée. On le voit occupé de ces soins en lfi09. Conformément aux instructions qu'il leur a données, « ses ministres se livrent à une exacte recher- » che de toutes les onionnances, règlements et ordres, » qui ont esté faits en divers temps et lieux , pour la po- » lice et discipline militaire , afin de faire un recueii des » articles plus convenables au temps présent, à la façon i> de guerroyer dont on use maintenant , et dont l'exécu- » tion et la pratique seront reconnues plus utiles, tant n pour ce qui regarde les exercices ordinaires et façon de » vivre des soldats, que pour la forme des divers esca- » drons et bataillons , pour se mettre en posture , rangs , » files et ordre de bataille, marcher, loger, camper, com- » battre, suivre la victoire , faire à propos une retraite, i> assiéger et estre assiégé, et autres bctîons de guerre <.» Les finances ne pouvaient se rétablir que par de grandes économies. Henri fut donc réduit , entre les années 1601 et 1 609, à restreindre dans des limites sinon étroites, au moins bornées au strict nécessaire, le personnel de l'armée et l'état militaire du royaume. Mais même durant cette période, il se ménagea les moyens de les porter en peu de temps au point où la dignité et les intérêts de la France pouvaient le demander. H garda sous le dralieau un nombre suffisant de soldats, en forma par les mesures dont nous venons de présenter le tableau des
> Sull;, CECOD. roy., ch. 191, U II, p. 19S A. § «.
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LB GDAND ABHEMKNT DB 16tO. CEHT UN MILLE ROMHBS. 635
cadres excellents de régiments et de compagnies, et n'eot qu'à compléter ces corps par des recnieG, poiir avoir une grande et forte armée ' . C'est ce que l'on vit quand les finances étant resiaurées et de grandes économies faites, le roi résolut à la fin de son règne d'attaquer corps à corps la maison d'Âudicbe. 11 augmenta déjà d'une manière sensible le nombre des troupes, infanterie et cavalerie , h partir de l'année 1 609 , comme le prouve le compte de cette année*. D l'accrut bien davantage dans les premiers mois de l'année 1610. 11 eut alors 51,000 hommes déjà levés et sous les armes, aux frontières de l'Allemagne et de l'Italie :' il commença en même temps dans les provinces méridionales de la France une autre levée de 50,000 bommes pour deux aj-mées destinées contre l'Espagne '. C'était un total de 101 ,000 soldats , la plus ^ande force militaire, comme armée permanente , que la monarchie eût rassemblée depuis
' Lettre du roi à Sull; daST février 1610: «J'ajadiieé sur certaines B occasiouB qui regardent le biei^ de mon service de t&ire taire les n recruei de cinq compagnies du régiment de Piedmont, jusque au V nombre de deux ctnts kommet pour c/iaicvne. a
■ Compte de l'épargne pour l'année 1609, dépense, p. Iil. a Extra- » ordinaire des guerrea do côté de la Picardie, i H. Jean Cbaron, B trésorier-général '. 2,12t,S71 livres
B Extraordinaire des guerres da côté He ï>icardie, ■ 4M. Pierre diaron H,47a
a Extraordinaire des guerres dn cAlé de Pîed- » monl, à M. Simon CoUon 87S,BD9
Total S,013,74S
AîDM, pour l'augmentation de l'armée, une augmentalioii de plna de trois millions de livres du t^mps avait eu lieu , en 160e, dans la dépense, alors que la dépense pour tuus les services publics ne moulait, ctiargee dMnites, qu'à seize millions cinq cent mille livrea.
* Lee citations de Sull;, de La Force, de d'Anbigné, que l'on trouvera au livre suivant dans le chapitre intitulé: « Le grand dessein, n élablûsenl d'une manière irrécusable l'existence de ces quatre armées, .et ce nombre de IH,M4 soldat*.
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636 L. VII.CH.T1I1. VUEeDUHOIStinL'ARTILLBRIBBTLBGbnBNIUTMRe.
sa fondation ; supérieure de plus de moitié à celle que possédât aucune puissance de l'Europe , en ce temps où les armées étaient partout peu nombreuses.
Dons le temps même que Henri IV et Sully portaieDt nos troupes à ce chifiFre , et donnaient à noire infanterie et à notre cavalerie les qualités diverses qui en faisaient des troupes d'élite, ils assuraient par d'autres mesures, à nos armées, une supériorité tout à fait décidée. Ces grands esprits s'étaient convaincus par leurs méditations et par leur expérience, que dans la guerre moderne^ l'artillerie et le génie militaire étaient destinés à tsercer une souveraine influence. Ils travaillèrent vingt ans, et réussirent à les porter chez nons à un tel degré de développement, qu'aucune comparaison, sous ce rapport, n'Était plus possible entre la France et les puissances voisines. Ils complétèrent ce nouveau et puissant système, en fusant d'immenses amas de munitions et d'armes, non-seulement pour l'artillerie, mais pour tous les corps sans, distinction , et en pourvoyant avec un soin extrême aux subsistances des armées. On peut suivre d'année en année , jusqu'à la mort du roi , les progrès de l'état militaire de la France dans ces diverses parties, et l'on arrive à des résultats qui étonnent et commandent l'admiration.
Hs reconstituèrent en entier le personnel et le matériel de l'artillerie. Quand Sully, qui venait d'être nommé grand-mattre, prit possession de sa cbai^, en 1599, il reconnut avec douleur que la moitié des ofBciers d'artillerie, portés à leur grade par la faveur, et qu'il nomme des valets des gens de justice, des ofBciers de finances et d'écritoire, ignorûent entièrement leur métier. Il trouva l'Arsenal presque vide de canons , et même incapable d'en recevoir un grand nombre, par le .vice et l'insuffisance des bâtiments. 11 destitua quatre ou cinq cents de
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DBVBLOPPEMENTDOhKË AL' ARTILLERIE: PERSONNEL ET M ATtRlBL. 637
ces officiers iacapables, et il les remplaça en peu de temps par des hommes dont l'inslructioD égalait le dévouemeot. n fit d'immenses commandes en Fraiice pour le train et l'équipage de Tartillerie, et à l'étranger des achats con- ^dérid>les de diétaux pour la fonte des canons. H commença à l'Arsenal de nouveaux bâtiments, destinés à recevoir les armes de toute espèce dès qu'elles seraient confectionnées. Le roi partageait tous ses travaux : il le visita à l'Arsenal , quinze jours après son entrée en fonctions, et eu lui intimant ses ordre* pour les quatre chaînes ou départements administratifs qu'il hii avait dès lors confiés, il lui donna en particulier ses propres idées et ses instructions sur la réforme de l'artillerie qu'ils entreprenaient ensemble '.
Au mois de janvier 1601, le roi, ponr donner une grande impulsion à ce service , et facihter les travaux de Sully, en augmentant son pouvoir et sa considération, érige la chaîne de grand-maltre de l'artillerie en chaîne de la couronne. En 1602, Sully commence à faire à l'Ar- * sénat un amas d'artillerie, d'armes et d'outils de guerre, de munitions. En 1603, Henri se rend en ce lieu pour s'assurer par lui-même de ce qui a déjà été rassemblé de matériel de guerre, et pour examiner les galeries qui s'élèvent par les ordres et sous la direction du grandmaltre *. £n ]60i, Sully reçoit une nouvelle viûte de Henri, o Le Roy se promenoit lors entre des rangées de cent canons, ayant aux galeries de dessus et ailleurs déjà de quoy armer 15,000 hommes de pied et 3,000 chevaux, deux millions de livre de poudre dans le Temple, et dans la Bastille cent mille boulets*. » En 1605, toutes ces quantités étaient doublées, les autres arsenaux du
< Sully, CEcoD. TO;., cb. 94, 1. 1. p. 3SS B, SIS A.
■ SoUy, Œcon. roy., cb. 110 el il*, t. 1, p. 401 A et W B.
* SuUy, (Scan, roy., ch. i3B, 1. 1, p. BSO k.
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698 L. VII. CEI. VIII. GRANDABASD'ARTILLgtllE.D'ARinS.DBIlUNITIOI».
royaume étuent garniu en proportion de celui de Paria, et d'après des états authentiques, la France possédait quatre cexiii pièces d'artillerie dee quatre calibres, deux cent mille boulets, quatre millions de livres de poudre des trois sortes, une quantité d'armes suffisante pour arm^ 30,000 fantassins et 8,000 cavaliers. En 1607, le roi avait consacré 12 millions du temps, plus de 43 millions d'aujourd'hui, à ces achats, qoî furent encore augmentés dans les années écoulées entre 1607 et 1610 *. Deux faits montrent quelle révolution Henri IV et Sully firent dans cette partie de notre art militaire, et quelle supériorité ils assurèrent à notre artillerie sur celle dés autres nations de l'Europe. Les historiens du temps signalent l'armée que le duc de Parme conduisit en France en 1 590, pour faire lever le si^e de Paris, comme mieux pourvue de matériel de guerre qu'aucune de celles qui étaient sorties jusqu'alors des possessions espagnoles : cette armée avait vingt canons. L'armée que te roi conduisit eu 1 606 pour • réduire le duc de Bouillon et Sedan , avut cinquante canons *, et cette entreprise ne pouvait être appelée' une guerre.
Henri et SuUy obtiarent ces grands résultats dans le présent, et tentèrent en outre de rendre durable cette force nouvelle donnée au pays, en créant en France l'administration de l'arlillerie dans ses principes généraux, dans ses règles et dans ses formes capitales et essentielles. Depuis que la royauté, par l'effet des guerres de religion, avait été jetée dans les embarras financiers, et rédmte aux expédieuls , le gouvernement avait acheté les fournitures
* Sully, Œeon. roy., cb. 1B7 et 184, t. H, p. )0e, B. 171, A B. — Compte de l'épargne del609, dépense, p. IU,« Artillerie, iu.OaxUm D Mldorge, trésorier, !SB,09S livres, n Cette somme da tempi correspond à euTÎroii 1 million tO,000 ffaocs d'et^jourd'hai.
*3ul1]r, QBcoD. ror., ch. 1S9, 1. 11, p. lil A, à la fin. — Uercore françois, an 1606, t. I, loi. 104 verso.
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ADHIHIBTR&TION DG L'ikRnLLBHIB CRÉÏB. 639
nécessaires à l'artillerie au prix que les foomisseurs avaient voulu y mettre. On lui avait îaii payer très-cher ce qu'on lui livrait, et souvent on ne lui avait pas livré à beaucoup près tout ce qu'il payùt,les entrepreneurs pro- Btant de la négligence ou de la connivence des commissaires qui recevaient les fournitures, Sully mit fin à ces gains excessifs et à ces friponneries, dès son entrée en fonctions dans la charge de grand-maltre de l'artillerie. En 1599, il conclut avec plusieurs commissaires et divers entrepreneurs des marché pour les salpêtres, et pour les diverses parties dont se composait l'artillerie ; donnant la préférence à ceux qui ofEralent le meilleur marché au gouvernement. R acheta directement des étrangers pour la fonte des canons, les métaux dont la France manquait, au lieu de la prendre de ia main de marchands français, qui exigeaient un droit de commission et bénéficiaient sur les frais de transport. C'étaient deux économies considérables qu'il ménageait ainsi au gouvernement et au pays : le roi examina et contrôla les marchés, et voulut les signer lui-même '. Le 1" janvier 1601, Sully remit & Henri un état général de l'artillerie. On trouvait dans cet état, un mémoire exact de la dépense qu'entraînait l'artiUerie , et des ressources spécialement affectées à couvrir la dépense, c'est-à-dire toute une comptabilité pour ce service ; un inventûre fidèle de tout ce qui fait partie de l'artillerie, comme le nombre et la qualité des canons et
< Snll}', (KcoD. roy., ch. 94, t. I. p. 921 B, SIS A. «Vous flttes des n marchei avec des conimisBairea dea ealpesûesponiniK; grande toai* n nitore de poudres; avec dea maistreB de forgea pour nue merreiln leuie qoenliié de boulel» dea six calibres, et diversee sortes de fer n poDT ferrures d'affûts; avec les charrooa et charpentiers poor bon B nombre de flaeqoes, moyeni, raix, gentea, timons etentretoiaes; et » avec des niBrchands estrangers poar fournir qaanUlé de cuivre de D mewelle, rosette, potin, culot, eatain, mitraille el antres mètanx ; * touB lesquels maicbei vons fiâtes voir au roy, qui les voulut signer ■ lui-mëne. d
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610 L.VIl.CH.VIII. DSTOUnNEVENTS D ARKES ET DÉSOUDRIIS RÉPRIMÉS.
autres anoes; la quantité des instruments de guerre, el cvlle des munitions ; l'indication des jdaces fortes et des magasins où se trouvait ce matériel '. L'n fait qui se rapporte à l'année 1607, montre quelles dilapidations, quels gaspillages, quelles pertes pour le trésor et pour la défense nationale, entrfdniùt l'absence de pareils inventaires. L'Étal avait confié autrefois une quantité con^dérable de canons aux capitaines de galères pour armer celles qu'ils commandaient, avec engagement de leur part de les réintégrer dans les arsenaux publics. Ces canons avaient été vendus par eus , ou convertis pour leur usage particulier dans leurs ch&teaux-forts. Le roi et Sully avaient à les faire restituer à ces capitaines ou à leurs héritiers : ils n'en purent faire rentrer qu'une certaine partie , dans les arsenaux, arrêtés qu'ils furent par la crainte de susciter de dangereux mécontentements chez un grand nombre de seigneurs, dont il importait à Henri de conserver l'affection *. Le défaut d'ordre des gouvernements précédents condamnait le gouvernement actuel à subir cette perte, par raison d'État. La réforme opérée par Henri et par Sully fut si exacte qli'il devint désormais impossible aux particuliers de s'approprier une seule pièce d'artillerie, de détourner un seul baril de poudre, ou de fournir à l'hlat la moindre quantité de poudre avariée. On voit, en 1606, le roi et le ministre occupés en commun à punir un
) SuUj, (EcoD. roy., ch. 100 et 101, t. I, p. SiS9 A, >G1 B. a Le n troisiËme, un projet d'eslat gtntnl de la receUe et de la despence !• de l'artillerie, avec im inveotaîre de toutes les artilleries, annei el u muDitioiiB deeqaelles le roy te pourroil Krvir, avec epècificalion » des lieux où elles esloient. ■ Dans cette phrase, projet veut dlce premiht ridacdon d'un état qu'on peut perteclionner plos Urd: c'est ue qu'on voit an chapitre 103 où le roi se sert de ces éUta dans leur première rédaction, dans leur première tonne.
< Lettre de Sully au roi en date du 37 bttII 1606, et lettre du roii Sully du 30 octobre, Ama Ua (Econ. roy., cb. 160, 171, tU, p. ISBB, 10», B.
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DËYSLOPPEUINT OU PLUTOT CntAnOH DO G^IE MILITAIIIB. 641
délit de cette dernière espèce, qu'ils ont découvert aa momeul même où il a été commis dans l'un des magasiDS de l'État, et préservant les autres arsenaux de semblables pertes, l'année et la France de pareils dangers '.
Ds donnèrent au génie militaire de tels développemeuls, le perfectionnèrent au point qu'on peut les considérer comme l'ayant créé dans notre pays. Le génie militaire est l'art d'attaquer ou de défendre une place, un camp, uu poste, en temps de gueTre;etrartdefortifier les villes pendant la paix, pour les éventualités de la guerre. Nous ne considérons ici cet art que sous le rapport des services qu'il rend aox armées en campagne.
Pendant la période des derniers Valois, les divers gouvernements qui s'étaient succédé, les divers partis, ne trouvant personne en France qu'ils pussent charger de l'attaque ou de la défense des places fortes, avaient été contraints de recourir sans cesse à des ingénieurs italiens, dont le concours éttdt toujours incertain, et la foi douteuse. Cela est établi par une multitude de faits dont nous ne rapporterons qu'un seul. Au siège de la RocheUe, entrepris sous Charles IX en 1572 et 1573, les reconnûssances de la place avaient été faites par quatre ingénieurs italiens : tous les travaux avaient été conduits, toutes les attaques, tant qu'elles furent heureuses, avaient été dirigées par l'Italien Scipion Vei^ano, qui lui-même avait construit les nouvelles fortifications de la Rochelle , mais que la cour avait acheté, et qui était passé du parti calviniste dans le parti royal ^.
> LeUre du roi à Sull; ea date du 10 oclobre tfioe, dans lei CBcon. roy., ch. 16S, t. I), p. 164 A. « Atleodant Tostre Tenue, je tuia bieu u aise que vous tamet approfondir l'affaire loucbant les poudres, et 1 que voua ea faasiei taire punitiou ; cal il est à craindre que tonles a les poudre» qui aonl dans vos magaaina aoieol de mesmo. i
■ Thuapua, UUt., lib. S8, § 11, t. Ul, p. 166, édit. Undin. Noua
doniieroaa la traduction de eaa divan p««agea parce qu'il eit Iris
Ul 41
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$4t L. VII. cal. vm. roRiunoN d'un cours ohncitHiunis niANÇiig.
B.aai opéra une complète révdutioD dans notre génie militûre. Il diercha d'abord dans notre pays, découvrit et employa quelques hommes habiles qu'il put charger d'une partie de ce difiBcile service : avec le temps , il forma ou assez grand nombre de sujets «qtaUes pour le remplir entièrement : il parvint ainsi à remplacer complètement les ingénieurs italiens par des ingémeurs français. Par les leçons et les exemples qn'il donna lui-même, et avee le concours de quatre officiers éminents, d'Espinai de Saint-Luc, Sully, l'un des Chastillon, Jean Ërrard, qu'il appela conjointement et simultanément à le seconder dans cette tâche, il parvint à rendre en France l'art d'attaquer et de défendre les places, supérieur à celui des Italiens, et à bien peu de chose près, égal à celui des Hollandais. •
Dès qu'il fut parvmu à la couronne, il mit une constante application à perfectionner la conduite des sièges, et il en vint à bout dans la période de 1589 à 1600. Au
difficile de reconuBltre, dans le UiU, les 110DI8 qui Mot laliiùtéi. « Tsudie qu'on raiooit les préparalife pour celle guerre, oa envoya • Toùnghi, rleoi olDcier Fhrtntin, gouverneur de SaiQCt-Jeaa-d'AÏi- ■ gely, Fieiqoe et Greghetto, Génoù, et BuuelU dt Ptiaro, uAlèbre u ingénieur, btgc deni galËres pour reconnaître la giluatioD de la ij Rochelle, son port et la profondeur du canal.»— Ad Ht. LV, §)6. De Tbon, comme on le Yem pliu loin, dit que Sciplon Vergaoo Atail du Frioul. — Au Ut. LVI, § B, l. III, p. »7, il ajouls : « Le 18 STril, Il CoMeins el Sciploa Vrrgano farenl tués dans la tranchée de deas u coupe d'arquebuse. La nouveUe de leur mort causa une gnode joie N dans la Tille... Oa lut tris aise de la mort de Vergano, parce qu'a- » prËB avoir été autretoii aux gagea de Condë el de Colign; pourtoru liBar la Rochelle, il s'èlail engagé par lam désertion Irés-intâme i u m conduire le liége. » L'armée royale qui avail fort avancé le siège de la RochaLe du Tivant de Vergano, n'éprouva que des revers aprta sa mort, comme on le volt dans la «Dite de la narralion de de Thon. Ce fait est capital pour l'état du génie militaire en Fraoee jusqu'à l'aTénemeat de Benri IV. — Pour le* détails militaire* du premier *iége de la Ro<Jifltle en 1B79 et 1B7». on consultera avec ^ail l'excelleate relation de H. Genêt, chef de bataillon du géoie, et.sar Vei^ gano eo paiticolior, les pages B et 71, Paria, in-8. 1H8.
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l'art et la COHDniTB DU SlftGKB PBRFICTIONNta. 043
siège de Chartres (1591], Chastillon constniiùt, pour arriver de la contrescarpe à la brèche, un pont de bois iwuvert, qui détermina les ennemis à capituler. À l'attaque de Dreux (1993], il fut ffdt un usage nouveau et plus terrible de ia sape et de la mine. A l'attaque de Lafère (1596], on commença à lier plus exactement et à perfecUonuer les branchées. Au siège d'Amiens (1597], les travaux étant sans cesse interrompus par les terreurs paniques des paysans, toujours prêts à fuir, ou les remplaça, avec le plus grand avantage, par des soldats. Saint- Luc introduisit et renouvela alors chez nous l'usage de la grosse arUllerie, et parvint à renverser les nouvelles fortifications élevées par les Espagnols, même celles revêtues de terre. Ën£n, dans la guerre de Savoie, Solly, secondé par Chastillon, donna aux opérations du génie militaire une puissance inconnue jusqu'alors. Il montra un talent particulier dans les reconnaissances qui déterminent le point d'attaque. Au siège de Charbonnières et de Montmélian, par l'habileté qu'il dé{doya dans l'emplacement des batteries, il écrasa de feux plongeants les garnisons et les ouvrages de l'ennemi, et contraignit ces deux places, qui passaient pour imprenables, à capituler promptement. Ailleurs , il substitua les feux d'écharpe et de revers aux feux directs, les seuls qu'on eût employés jusqu'alors. Chastillon partagea avec Sully tous ces travaux et l'honneur de ces combinaisons si nouvelles et si puissantes '. Le roi et Sully travûUèrent sans relâche à
> Pour le siège d« Cbutres, voir P. Ca:ret, Ur. ll[, t. I, p. Ssa A, «t tes Hémoires de CheverDj, dans la collection (les Uémoirea de lUI. Hicbaud et Poujonlat, !•* série, t. X, p. SIO B. ■ Ud pout de » boia couvert, f^t de l'iaTenlion de U. de Chaeliilon, qui l'enlreprlt n àma priâre, fut «itoit posé par-dessus le fossëponr donner l'Hiaut. u CeaxdDdedBDB«aTo;BatBiiiBipTess«E,InreiitcaDtraiDClsd« demander u i capilnler. a — Poar le siège de Oreui, Sull;, Œcon. ro;., ch. *0. I. I, p.ltS, lie. — Pourlesiâged'AiDiens,lfèmoireBdaCheTeniy,t.Z,