‹ Histoire du règne de Henri IVChapitre 68 sur 75 · CONSTRUCTIONS, PROJETS, MESURES D'EXÉCUTION DE 1605 A · texte numérisé non relu

CONSTRUCTIONS, PROJETS, MESURES D'EXÉCUTION DE 1605 A

traîne l'entretien des galères'. En 1605, on voit les constructions navales continuer, et le nombre des galères dans les ports de la Méditerranée s'accroitre *. Deux ans plus tard , Sully s'occupa à faire rentrer dans les arsenaux de l'État tous les canons qui avaient été confiés autrefois aux capitaines de vaisseaux, et détournés de leur usage : son but était d'en former un équipage entier pour un armement de galères dans le besoin ". En 1608, le roi et Sully recoururent fiune grande et décisive mesure pour augmenter d'une manière considérable le nombre des galères et des vaisseaux ronds, sur la Méditerranée et sur l'Océan, donner à la France une force navale en rapport-avec ses forces de terre, assigner à sa marine un rang honorable parmi les marines de l'Europe. Le clergé fournissait déjà à l'État un subside de 1,300,000 livres par an : le roi, en 1608, lui demanda 300,000 livres de plus, pour Vélablissement des galères à Marseille : les fonds en furent faits en rétablissant les offices de receveurs des décimes. Ces fonds augmentaient de plus d'un tiers chaque année les sommes consacrées en même temps par l'État à ce service *. Aussi entre l'année 1608 et l'année 1610, d'une part l'effeclif des navires lancés à la mer s'accrut d'une manière sensible, et l'on en mît une quantité plus considérable encore sur les chantiers; d'une

* L<:Ure de Sully au roi du 13 septembre 1604, dans les GEcoa.roy., ch. 144, t. ), p. S98 A. « De sorte que je prévois que vos tortl&catioDS » et KM galiret demeureront sans payement. »

»SaUy, Œcon. roy., ch. 150, t. II, p. 17 B, IB A. s Laquelle dee- » peD»e n'empescboit pais que l'on continoast.., à fabriquer et entre- Il tenir nombre de galères sur U mer du Levaul. »

* Lettre de SdU; au roi eu date du 37 avril lB07,et du roi k Sully eu date du SO octobre 1ED1, daus les (Econ. rof., ch. 136, ITi, t. Il, p. 180 B, 199 B.

* Compte de répargue de 1609, Dépeose, p. 1S1. «Marine du Uvant, i> à M. Aima Ciroa, trésorier, 416,500 livreB. Marine du Ponanl, à B M. Guillaume Artbier, trésorier, 38,675 livres. ■

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Sli LIV. vil. eu. VIU. RÉSULTATS. JLSSGIITtSN DE RICBEUED RÉFUTÉK.

autre, on commeQça des instructions navales dans les ports de l'Océan ; d'un« autre enfin , le roi et Sully conçurent l'espoir de voir réalisé dans un avenir rapproché ce que leur juste ambition avait projeté pour la marine du pays. Les deux faits sont établis par les documents que le ministre nous a' conservés. Dans un mémoire 'relatif à la taille , il range parmi les principaux établissements du règne de Hemi IV , l'armement d'un bon nombre de galères. Dans an autre mémoire, placé sous les yeux du roi, où les desseins dont l'exécution est prochaine sont distingués par la circonstance que les devis en sont déjà dressés, l'on trouve les deux articles suivants : une flotte de vingt-quatre navires, dont douze galères et douze vaisseaux ronds, toujours armés et toujours prêts à se porter à la défense des cdtes ou de la marine marchande ; trots flottes à ta fois sur mer, parties des ports du royaume de six en six mois, et devant se rendre dans les parages de l'Inde '. La mort du roi rompit ces généreux desseins et arrêta le développement qu'il allait donner à notre puissance navale ; mais il reste à son gouvernement l'honneur d'avoir jeté les fondements d'une marine en France, et d'avoir laissé aux règnes suivants de grandes idées et de grands exemples. Le coips des faits qui viennent d'être exposés, ou détruit ou mo-

■ Sollj, (EcoD. ro7., eh, 186, t. Il', p. 168 A. A la suite de la lettre ou mémoire au roi aur la taille : « Le roi HeOTy le Grscd, quatrième B du nom, après avoir... garni ses magoiins de toatee sortes d'annes, B d'Brtillerîea et manUxons, armi bonnombrtde yaltrtt.a — Chap.ltt, t. II, p. 39i, S93. « Article sur les ouverturea Tailea et mémoires bail- » lez à M. le duc de Sully. — Ptus.iui dtvii bien parlicnlier dee pion positiODB qni ont esté Taictes pour ent retenir... douM uaisteauxrondt H et douze galères armées, la\irviiva et bien eaquipées de soldats, male- » lots, forçais, vivreB r\ munltiona de guerre, le tout loujou't prett à a tervir. — Pins, un étal et discours bien parlicnlier des quatre grandi » dessina propoaei. 1^ premier pour les Irois Qotlet sur mer, en niite a l'une de l'autre, de aix en six mou pour les Indet. »

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PRtÇUmONS CONTRE l'abus DE LA FORCBPimUam: ÉDlTDBt60l. 673

di£e essentiellement ce que dit le cardinal de Richelieu sur l'état de notre marine du temps de Henri IV '.

Le roi fut aussi attentif à régler et à contenir la force publique dans l'intérêt du maintien de l'ordre , qu'à l'augmenter pour la défense du territoire. Nos longues guerres civiles n'avaient que trop prouvé que les diverses parties de'la force publique disséminées sur l'étendue de la France pouvaient tomber en de telles mains, qu'au lieu de servir à la protéger contre l'étrangt^r, elles fussent employées à la ruiner et à la détruire. Henri s'efforça par diverses mesures de prévenir autant que possible le retoor de ces désastreux désordres.

Par l'édîtdu mois de décembre 1601 sur le fait de l'artillerie , et sur les poudres et salpêtres ,il ordonna qu'un inventaire général serait fait de toutes les pièces d'artillerie et autres armes que les gouverneurs ou les parlicu tiers pouvaient détenir dans leurs villes ou ch&teauz : nul désormfds ne pouvait en conserver qu'après en avoir obtenu une autorisation spéciale du roi : toutes le» armes gardées sans autorisation étaient confisquées. Par deux autres dispositions de l'édit, défense était faite à tous d'introduire des armes en France, d'en vendre et transporter hors du royaume , sans une permission expresse du gouvernement : à -l'avenir il n'était plus fabriqué de poudre que dans les arsenaux de l'Ëtat *. Le gouvernement tint la main i l'exécution de l'édit dans toutes ses parties, et l'on vient de voir qu'en 1607 il était encore occupé à réintégrer dans les arsenaux les pièces d'artillerie qui en avaient été détournées par les particuliers.

De 1601 à 1609, le roi et Sully furent occupés de

< Richelieu, Succincte Darr., i U »uite des Uémoireg, t. III, p. tSS B, coll. Uichand.

* FoDtanoQ, t. IV, p. 8ts. — Recueil des Ane. lois franc-, t. XV, p. MS-SSS.

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67< L.TII.CR.TIII. DBBnDCTIONVBPlIinBDBSPOimilISnaPtoDUJU.

l'exécution de deux projets d'une utilité pratique non moins grande, et d'un effet bien plus général et bien plus sûr pour le maintien de la paix publique, puisqu'il s'agissait de détruire la révolte dans son principe même. Pendant les quarante dernières années , les ch&teaux de la noblesse, les manoirs féodaux avaient reçu la plupart de nouvelles fortifications, plusieurs avaient été construits à nouveau, tous s'étaient peuplés de gens de guerre. Dès qu'un certain nombre de seigneurs s'étaient trouvés de la même opinion, soit dans le parti protestant , snit dans le parti catholique de la Ligue, des pays entiers avaient été mis d'un jour à l'auti« en état d'insurrection. Beaucoup de villes appartenant de nom aucoîéluent aussi redoutables au prince et à l'ordre public, que les forteresses des nobles , parce qu'on ne pouvait compter sur la fidélité des gouverneurs. A partir de 1601 , Henri détruisit une partie de ces foyers de révolte, comme le prouve BB correspondance avec le connétable de Montmorency. Une ordonnance prise par lui en Conseil d'Ëtat prescrivit la démolition des fort^esses et citadelles dans tout le royaume, à l'exception de celles qui étaient nommément réservées, et le rasement de tous les ouvrages qui avaient été ajoutés pendant les guerres civiles aux châteaux primitifs. Ces injonctions furent exécutées en Languedoc, et bien certainement aussi dans les autres provinces du royaume '. Leroi épargna sans doute les

' Lettreda roi sa connétable de HoDtmornacj du It juin 16I)1 dan* le Recueil dei Leitrea nùM., t. V, p. k%6, 417. a On a luiot plaincte eo u mon conseil qa'au préjadine de la dimotition que fay ordoimét e» a momtirl eoanil tsire faiclt des ferli et cibidelles de mon royaanie, u hormii crIUi guefay voulu Téstrvtr, le sieur de Saincl-Romao for;i- » flejoaraâllemcDtcelu; delaUotLe,et wcrettementyBDtrelieDtnom- » hre de gens de guerre... J» voua prie pendant qu'ealea aurleslietu a Caire defianse de ma part andict Sainct-Homan de cantiiueT laefoi^ » tiQcalioua dudict fort de lu Motte, et tenir la main qne le* ailtre*

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PROJET RELATIF AUX VILLES DE SURBTfc DBS PROTESTÀKTS. 675

forteresses possédées par ses anciens serviteurs et partisans ; mais il suffit que la destruction atteignit les forteresses appartenant à ceux qui avaient servi le parti contraire, pour qu'un très-grand nombre disparût dès lors de ta surface du territoire. Quant aux villes royales douteuses et inutiles, le roi et Sully, en 1609, ont déjà dressé, examinent, et paraissent devoir mettre prochainement à exécution « un estet de toutes les places fortes de

* France qui peuvent attendre le canon... et des places » appartenant au roy, qu'il seroit besoin de démolir, tant » pour estre en charge aux finances de Sa Majesté , que » pour estre de nulle utilité et pouvoir ( contre les étran- » gers); quelquefois nuire, estans occupées par des es- » prits inquiets, désespérez et mal contens. » Le second projet dont Henri est préoccupé regarde les nombreuses villes qui ont été laissées au pouvoir des calvinistes par l'édit de Nantes; qui au sein de la France constituent une autre France , encore en état de ranimer la guerre civile sous un gouvernement moins fort et moins énergique que le sien. H veut faire rentrer ces places dans sa main , et dans le domaine public, par un « r^lement sur l'édit de la religion et la restitution d'aucunes villes de seureté '. » Et U faut bien remarquer qu'en projetant cette réunion , il reste dans les termes et dans l'esprit de l'édit, puisque les villes de sûreté n'ont été données aux réformés que pour un laps de temps limité ; que ce temps écoulé, elles ne leur sont restées que par le bénétîce d'une prolongation ; qu'à l'expiration de ce nouveau terme, le roi a pleinement le droit, et peut avoir le devoir, dans l'intérêt public, de les leur retirer.

Ainsi le rasement des forteresses des seigneurs avait

• <ini ont eité faietit tn ttmpt de guerre aoyenl detmolyes, Buivant que ' je Vay cy^devuit ordonné. ■

1 Sully, CBcuD. roy., ch. 191, t. Il, p. 293 A, Ut B.

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676 L. vil. CH. VIII. PROTBCnoN DOMMte A U TIB DES CITOTEHS.

été commencé par le roi ; la destruction des places de guerre inutiles à la défense du territoire et menaçantes pour la tranquillité publique était décidée ; le recouvremeut des villes échappées à la souveraineté nationale , particulièrement celles laissées aux calvinistes, était résolu. Tout ce qui fut fait plus tard par Richelieu, coatinuant Henri IV, aurait donc été exécuté par Henri lui-même , si la Providence l'eftt conservé quelques années de plus à la France. Et les guerres civiles marquées par les siégea de Montpellier et de Monlauban, terminées par la prise de la Rochelle , aussi désastreuses pour la France, que funestes au parti prolestant lui-même, dans le présent et dans l'avenir , ces guerres aurment été (advenues par un acte de la sagesse éclairée du roi.

§ II. Elablistementt detlinét à protéger la vie de» âtoffeiu : éUibliiiemenlt Ae talubril^ et de chariié pubiiqw. ■

Dans le vaste ensemble de l'administration et de la législation de Henri IV, les établissements ayant pour desfioalion de protéger la vie des citoyens, d'assurer la santé publique, de secourir l'artisan atteint de maladie ou d'infirmité, occupent une grande et belle place. Comme tant d'autres actes de ce règne , ils fonnent les commencements et les débuts d'un gouvernement et d'un régime social entièrement nouveaux , non-seulement plus intelligents et mieux oi^anisés , mais plus moraux et plus chrétiens dans leurs actes.

Parmi les réformes et les institutions de cette nature, il faut ùgnaler avant toutes les autres la répression du duel , devenu à la fin du xvi* siècle l'un des fléaux les plus redoutables de la société , par un concours presque sans exemple de circonstances funestes. La faiblesse des derniers Valois avait laissé chacun devenir maître et roi,

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PREKIÉRETENTATIVEPOURLAnèPIlteSIONDnDUEL: iDITDEl60S. G77

et substitoer à l'empire des loi» ses caprices et ses passions: Henri III en outre, par un travers d'esprit, ou un calcul pervers, avait favorisé les combats singuliers. La fureur de briller, le défaut de volonté ferme, l'enlralnement cbez les particuliers s'étment joints à la faiblesse et aux erreurs da pouvoir, et avaient fait le reste du mal. a Ces combats, dit un contemporain , étoient recberchéa d'aucuns par ambition, au péril de leurs âmes; et acceptés par d'autres qui estimoient ne pouvoir éviter le combat, pour crainte d'estre tenus moins courageux ^ae leurs ennemyg ' . n En cette circonstance , comme en tant d'autres de notre bistoire , les plus cbers intérêts, la raison , la morale , la religion avaient été vaincus par la tyrannie de la mode et la contagion de l'exemple, à la honte et au détriment de la nation.

Averti par les craintes et le cri des familles *, Henri combattit celte sanglante coutume , dès le mois d'avril 1602, par un édit rendu à Blois '. 0 échoua dans cette première tentative pour plusieurs causes. L'édit défendait le duel dans tous les cas et d'une manière absolue : or il se trouva beaucoup d'hommes disposés à braver les plus rigoureux châtiments , plutôt que de renoncer h l'espoir de laver dans le sang de leurs ennemis certaines injures intolérables. Les peines étment excessives : c'étaient la mort et la confiscation, prononcées indistinctement contre celui qui avait provoqué en duel, contre

■ p. Cayet, Chron. Mpten., 1. V, t. II, p. SOS A.

■ P. CHjet, Chron. upteD., I. V, t. Il, p. SOS A. « Pins tel jnstai B plÛDctes de pluBienre pèr«9 et aatreg qui craignoieot que !■ lâm£a rikë de la jeuoesie ne pricipitaat leiura entants à ces maanis coa< 1 séilt et combats. »

> L'édit donai au mois d'avril, tat vérifié et publié au moii de joiD 1601. On en troore le teite dans Fontaocn, t. I, p. 661), et dans P. Cayet, CbrOD. lepten., I, V, p. So»; la meDlion dans la lettre ds Henri IV an connétable du SB sTiil 160S, U V, p. 6M.

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67S LIT. VII. CB. VIII. NOMBRE DES TlCTtHES DU DUEL EN 1607.

celui qui avait accepté la provocation, contre les témoiiu âes deux adversaires, soit que la reucoatre eût amené la mort de l'un d'eux, soit qu'elle eût eu une issue moins fu- , nesle. Le grand art du législateur est de n'ordonner que ce qu'il peut obtenir : quand on en vint à l'exécution de redit de 1602, il arriva souvent que le juge ne put se décider i prononcer la culpabilité des accusés et à leur appliquer les peines rigoureuses portées par la loi. Dans d'autres circonstances, la justice Qéchit et céda aux sollicitations des princes et des grands en faveur, et à la considération des coupables de baute qualité. Le roi eut le tort de se mettre en contradiction avec lui-même , et de louer parfois 'en particulier ce qu'il avfdt défendu publiquement et puni comme législateur: il gardait tn^ des habitudes du camp, et considérait trop facilement encore le duel comme un aliment de l'bouneur et du courage, et un apprentissage de la guerre pendant la paix'. Enfin le mal, quoique grave déjà, n'en était pas arrivé au point où cliacun le reconnaît, et où les gouvernements et les divers ordres de l'État se perlent d'uQ commun accord au secours de la société en péril.

Le désordre parvint en peu de temps à cet excès. L'an 1607, Loménie releva le nombre des victimes du duel. n trouva non pas qu'en un an, comme on l'a écrit souvent par erreur et contre toute vraisemblance, mais qnc dans l'intervalle écoulé entre l'avènement de Henri et l'année 1607 , quatre mille gentilshommes avaient péri de la main de leurs adversaires '. Même ainsi réduite , la

t SdU;, CEcod. r07., cb. 110, t. 1, p. 404 A. — Mémoire de Fontenay-Uatsuil, t. V, p. 11 B, ISA, 1* série de U collection Uichand.

* Fontenajr-Mareuil, page ii, fait d'aoe autre mamire le compte dei geDlilihoomei morti en duel. Il dit que depuis U paii, c'eat-ftdire depuis le iraiiA cundu avec le duc de Savoie au commeDcement de 1601 jusqu'en 1609, deux mille gentiUhommea avalent été toi» eu duel daD« l'eipace de cei huit année*. Cette *Dpput«tioD Tient à l'ep-

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LE ROI PARVIEUT a RiPRlXER LB DUEL PAR L'ÉDIT DE 1609. 679

perte était èSrayaQie , et elle s'accrut encore dans les deux années qui suivirent. Au commencement de 1 609 , n ne se passait plus un jour qui ne fût marqué par un ou plusieurs duels: presque toutes les familles nobles étaient en deuil , et la France menacée de perdre , par cette rage aveugle, ses plus braves défenseurs dans tons les rangs de l'armée, et la recrue en même temps de ses premiers magistrats et de ses diplomates '. Pour le roi , pour tous ceux qui prenaient part au gouvernement , le temps des préjugés et des faiblesses était passé, le moment venu ojt ils devaient tout tenter pour opposer à ces fureurs le salutaire empire de la loi.

Henri donna alors son édit du mois de juin 1609, dont toutes les dispositions étaient combinées pour le succès avec une rare habileté ^. Il supprimait d'abord deux des causes qui avaient le plus contribué à l'inexécution de l'édit de 1602 et à l'impuDÎté des duellistes. D'une pari , il exprimait énergiquement l'horreur que le combat singulier lui inspirait actuellement, quels qn'eussent été autrefois ses senlimenls à cet égard, et il prenait l'engagement public et solennel de le réprimer. D'un autre côté , il âtait aux combattants l'appui des princes et des grands seigneurs , la protection de leur propre naissance et de leur rang. On lisait dans le préambule de l'édit :

• PItuienre ansn maliogi que tdmérairei, très nul inrormei da ju-

pui de celte de Lomenie, lequel relève le nombre dee morU non plus depuis 1601, mais depuis 1EB9.

' Mercure firsuçoU. anaje 160B, lot. B5B recto et vereo. « Lei dnela B estane derennBdi frâquens entre la noblesse, qu'il n'j avoil preeque » paa de jour qu'il ne s en fiât quelqu'un. Sa Uajestë fat contraincte ■ de taire l'édit suivant u

' Voir le taite de ledit dans le tome I dn Uercara hançois, annie 1609, du folio >53 verso au folio SB9 ; dans Fontanon, Ëdîts et ordon- ■ nanceedea rois de France, t. I, p. esT-STO, et dans le Recueil des ancieunee loia Inutfaiaea.

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080 LIT. Tni. CH. Tin. tcomunt kt Disposmom m l'Kdit.

gement qna dous fauou de Mmbliblei ictiaiii, e'j engageât et pricipilsDt toafent de propos djlibiré, ta péril de lenra tmt* comme de lenn penoanea, penuiu par lellet *ajef *ccroislre leur réputation et l'adTanlager sur les tutree. Combien qn'en effet ellet ioieat directement contraires an fraj et tolide honncnr, dn tout indigne* de mj» cbreilieag, et 1 dods Irè* diugr£tbles et i contre c^enr.De Mrto que tant l'en faut qu'ils doivent eapérer par icelle* (acliouj ancnne favenr 4e nous, qu'au contraire noua en ddtestons rnsagn, ainù que tons ceux qui les pratiquent, les considirans comme une fnreur plus que bnilalle. — Nous voulons b présente ordonnance ettre gardée et obsenée in*ioUblement par toutes aortes de peraonnea de quelque qualité et condition qu'elles soient. Noua làiaontdeffenaes. très expresses 1 teste fin, meame 1 la Roine notre très chère et ajmée compagne, comme 1 tout lea princes de noalre sang et autrei prine«a, à noa prineipauz et plus spéciaux officiers et aerritrun, , do Doui faire aucune prière de requeste ou supplication contraire 1 ieclle, sur fieine de nou« déplaire. Protestant et jurant par le Diea fifant de n'accorder aucune grlce dén^eante i la présente ordonnance, nj dispenser jamais personne det peinea ordonnéea par icelle, en faveur et par contemplation de qui que ee soit, nj pour quelque considération, cause ou prétexte que l'on puisse prendre, proposer et alléguer. •

L'édit laissait sob^ster te duel , donnant cette, eatisfactioQ au sentiment de l'hooneur , même dans ses égarements, bisant cette conces«<m & un préjugé enraciné. Mais il chaînait le duel d'entraves, et ne lui laissait plus qu'im petit nombre de victimes à atteindre et à frapper. £n premier lieu, il prévenait avec un soin extrême les querelles et les occasions de combats ânguliers, en retenant chacun dans les égards qu'il devait à ses supérieurs, à ses égaux, à ses inférieurs même. En effet, l'agresseur qui avait bit injure à un autre, qui avait porté quelque atteinte à son honneur, était privé pendant six ans de ses charges, grades, offices , pensions, honneurs et dignités : il ne les recouvrait qu'après avoir fait réparation à l'insulté , avoir demandé ptûdon au roi , , avoir reçu de lui de nouvelles provisions, qu'il pouvait

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EDITE DES &tSI>0$ITIONS DE L'ËDIT. 661

ne pss'obtenir, quand la justice et la nécesaité commandaient cette sévérité au gouvernement. Si l'agresseur vivait dans la condition privée, il perdait pendant six ans le tiers du revenu de ses biens '. La peine élfùt déjà assez grave , frappait d'une manière assez sensible l'intérêt et l'amour-propre, pour que le grand nombre renonçât aux vains emportements et aux provocations de gaieté de cœur. En .second lieu, le duel ne s'étendait plus , ne s'appliquait plus à la réparation de toutes les offenses indistinctement : il était réservé pour des cas rares, d'une extrême gravité, décidés en outre, et c'était là le point capital, non plus par les parties intéressées, mais par un tiîbunal tellement auguste , qu'il ne pouvait venir à la pensée de personne de ne pas. s'incliner devant ses jugements. C'étaient le roi , le connétable, les maréchaux de France , qui prenaient-connaissancede tonsles différends élevés entre les citoyens de toute condition, et particulièrement entre les nobles , et qui prononçaient si l'injure reçue entraînait le duel, ou comportait une autre réparation *. On sent assez combien ils étaient avares d'autorisations qui mettaient en péril la vie des adversaires , avec quel soin ils cherchaient à composer les querelles par une voie moins funeste pour les particuliers , les familles et l'État. Quiconque avait provoqué un autre en duel, sans la permission préalable du tribunal d'honneur, perdait outre le droit de se mesurer contre son ennemi et d'obtenir aucune réparation, ses charges, offices, pensions, lesquels étaient transportés à l'appelé sur l'avis que ce dernier donnait de la provocation. Celui qui se battait ed duel sans autorisation et ne tuait pas sou adversaire, était puni par la prison perpétuelle avec con-

< Attides [, II, lU, X, 11.

< Artids V. Cette dupositiou exUl«it déjft da» l'édit de 1601 : elle lut traïuportée dan» l'édit de leOB.

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