‹ Histoire du règne de Henri IVChapitre 69 sur 75 · LIV. VII CH. VIII. 8UITB DBS DISPOSITIONS DE L'ÉDIT · texte numérisé non relu

LIV. VII CH. VIII. 8UITB DBS DISPOSITIONS DE L'ÉDIT

fiscatton de la moitié de ses biens. Celui qui se battait en duel sans autorisation ei tuait son adversaire, encourait la peine de mort ; la moitié du revenu de ses biens était de plus appliquée pendant dix ans aux hôpitaux. Si les coupables avaient pris la fuite, en attendant qu'ils fussent appréhendés , ils étaient dégradés de noblesse , privés de leurs charges , offices et dignités , privés de leurs biens pendant toute la vie. Les témoins qui avaient pris part au combat, comme il n'arrivait alors que trop souvent, subissaient les mêmes peines que les deux adversaires eux-mêmes : ceux qui n'avaient été que spectateurs étaient dégradés des armes, et perdaient pour toujours leurs charges , offices , dignités et pensions ' . ht connétable, les maréchaux , les autres officiers de la couronne, les gouverneurs et lieutenants-généraux des provinces, les magistrats étaient tenus de prêter te concours de leur autorité à l'exécution de l'édit *, et d'aider le roi dans la tâche, on peut dire sûnte, qu'il avait entreprise avec une résolution et une prudence égales.

En effet, le maintien du combat singulier, la chance réservée n chacun de l'obtenir, avec l'aveu du tribunal d'honneur, amortissaient chez les hommes passionnés ces résistances opiniâtres et désespérées contre lesquelles viennent échouer souvent tous les efforts des gouvernements. Les restrictions données au duel , appuyées par tout ce qu'il y avait d'hommes puissants et considérables en France , hautement applaudies par les familles , secrètement approuvées et favorisées par ceux qui avaient subi le duel sous la pression de la honte et de l'entraînement , beaucoup plus qu'ils ne s'y étaient portés d'euxmêmes ; ces salutaires entraves bornaient le mal dans le présent à un bien petit nombre de combats singuliers où

I ArÙclesXIV.XV.XVI.

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OIlDOKNlNCEDEl609eURLePOnTD'AnilESETLE8PETlTSP18T0LET6. 683

la vie des citoyenB restait en péril , et ramenaient dans l'avenir, par une insensible diminution, à l'anéanlissement. D'après le témoignage des contemporains, la tentative du roi eut un plein succès de son vivant. Deux soldats de ses gardes qui précédemment avaient donné des preuves éclatantes de valeur, s'étant battus contre les prescriptions de l'édit , il les fit passer par les armes, fermant l'oreille à toutes les prières qu'on lui adressa pour eux, aGn que personne désormais n'espérât de grâce. Cette sévérité nécessaire produisit les plus salutaires effets : les duels d'une fréquence si effrayante la veille encore , cessèrent tout à coup '. Si Richelieu et Louis ^V retrouvèrent la fureur du combat singulier si vive, et eurent à la combatb'e de nouveau en grande partie avec les moyens employés par Henri IV, c'est uniquement que la ffublesse de deux régences remit dans les rapports sociaux la même confusion, dans la police publique le même relâchement, que dans le gouvernement politique, Henri compléta par un autre acte législatif les mesures destinées à protéger la vie des citoyens. Dans l'habitude de verser le sang humain, on va facilement de la violence au crime ; la pente est glissante et la déviation presque inévitable : beaucoup déjà remplaçaient le duel par l'assassinat, attendant leurs ennemis dans les quartiers retirés des villes et à la campagne, pour'leur porterie coup mortel. Les brigands qui tuai<?nt pour voler se multipliaient,

■Hémoirea de FoDtenay-Uareuil, t. V, p. H, H. « Le loy jura si u soleouelleiaeDt de taiie obierTer le grand édict contre les dueU, que u personne, tantqa'il vécut, n'oEa y eontreveoir... Il trouva bien plus ■ ds facilité à le (aire observer qu'on ne s'estoit imaginé, tant il est a vny que rien n'eit impoiaible ft nos roys, qnand lia le Tcolent H comme il fant. s — Legraîn, Décade, 1. Vlll, p. tOB, édil. 1614, fournit l'indication relative au supplice dea deux aoldats des (tardes. One iégâre inexactilude qui s'est glissée dans les dAlaili n'dte rien à la léTtii générale et A l'importance de son récit, qui explique seul la prompte obéissance dont l'édit (at suivi.

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6U L.VII.CH.VIII. SOINS DU ROI POUR LA SkKTt PDBUQtlB.

et se cachaient dans les rangs de ceux qui tuaient ponr satisfaire lenr vengeance. Le roi prévînt tons ces ciimes par l'ordonnance du 12 septembre 1609. L'ordonnance renouvelant Tédit du mois d'août 1 598, défendait à tous, excepté à ceux qui étaient chargés de maintenir l'ordre public, de porter désormûs des armes sur eux. Elle [ottftcrivait de plus l'usage d'une arme nouvelle, des petits pistolets, qui échappaient facilement à la vue - elle interdisait sur peine de la vie, à toute personne de quelque qualité et condition qu'elle fût, d'en acheter et de s'en servir : elle en prohibait la fabrication et l'introducUon dans le royaume et prononçait les plus sévères châtiments contre les réfractaires '. L'ordonnance de septembre 1609 fut reçue avec la même obéissance que l'édit contre les duels et ne produisit guère moins de salutaires effets.

Henri, ainâ qu'il le disait lui-même, considérait tous ses sujets comme ses en^ts. Par ses édits contre le duel, par l'érection du tribunal d'honneur, par la défense de porter des armes cachées, il avait disputé et arraché à lamortlanoblesse.etlesciloyensquerisolementet les voyages mettaient en péril. Par sa législation et ses établissements relatifs à la salubrité des villes et .aux bdpitaux, il améliora la santé publique, donna à la vie de toutes les classés decitoyensindistinctementdesgaranties nouvelles, prodigua aux artisans et aux pauvres des secours dont ils avaient manqué jusqu'alors dans leurs maladies et dans leurs infirmités. Tous les rangs de la société eurent à

< Fontanon, Édita et ordonnance! des roU de France, t. I, p. US, eSB. a Ordoanaace dn roy portant deffeoee à tonteB personnes da u quelque quaUtiqu'ellet loienlde porter des petits piitolets. Cbatcun u «e licencia jouraeHement d'avoir et porter sur wj dei petits pistolets, ■ le plus souvent cacbei. Ce qai amâne les mesmei meartres par s les qutrtllei, inimilHi, oolltrîtt et autres excès par caoz qoi tien- D nent la campagne, que ceux qoi «voient cours lors de aottre pre- » mièrs prohibition ■ (celte dn 4 août IB0B).

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bénir la vigilance et l'infatigable activité de ce roî qui se multif Hait pour le bien. .

Ses travaux et ses efforts dans cette partie de l'administratioD publique demandent à être éclairés par un exposé préliminaire de l'état des villes. Ce que nous allons dire à l'égard de la capitale s'applique, et même avec aggravation, Â toutes les villes de province. Depuis Louis XII, la royauté avait eu l'idée à plus d'une reprise de changer le bideux Paris du moyen âge. Ces salutaires projets avaient à peine reçu un commencement d'exécution : ils avaient ét^ entravés et arrêtés par les préoccupations, les dangers, les dépenses, où les guerres étrangères avaient entraîné le gouvernement, par les profusions de la cour, par le désordre des finances, par la perturbation que les troubles avaient apportée dans le jeu des institutions. Les funestes effets des guerres civiles , la longue interruption de toute surveillance efficace, de toute initiative de la part du pouvoir central, méconnu ou mal obéi, avaient jeté la même désorganisation dans la police et les établissements municipaux que dans les autres parties de l'administration publique. Lorsque Henri IV devint maître de ta capitale, il la trouva dans un état déplorable : elle était devenue un séjour insalubre pour les habitants, généralement impraticable pour ie commerce. Toutes les rues de la Ci^, hormis les deux qui aboutissùent au Petit-Pont et au pont Saint- Michel, la grande majorité des rues des deux autres subdivisions de Paris, laVille et l'Université, étaient tellement étroites, que les voitures à bras pouvaient à peine y pénétrer, et que les voitures de charroi et de roulage n'y trouvaient aucun passage. < Telles rues, » disent les contemporains, n'estoient capables de coches, n carrosses et autres voitures de. telle commodité ■. » Le

> Legrain, Décade, I. vit, p. 4t3. ■ Les rau MtroitM de la Cité,

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commerce y était nal, et comme oa va le voir, c'était là !)• moindre mal. Beaucoup de rues étaient mal pavées, ou ne l'étaient pas du tout. Biles étaient encombrées d'immondices, répandant des exhalaisons infectes et morbides : elles étaient de plus obstruées par des constructions en avance sur la voie publique, pratiquées aux divers étages des maisons, empêchant l'air d'y pénétrer et d'y circuler, les eaux de la pluie de les nettoyer. L'eau, amenée par des moyens hydrauliques, manquEÙt également pour les laver, pour entretenir la propreté intérieure des maisons, comme pour fournir aux besoins des habitants. La quantité des fontaines publiques était tout à fait insuffisante, et Paris n'avait pas encore une seule pompe qui soulevât les eaux de la SeiSe, et les portât dans les quartiers voisins.

L'air corrompu que respirait la population tenait tons les ans à un chiJEfre très-élevé les cas de maladies ordinaires : il développait en outre, au moins tous les dix ans, les maladies cont^euses, qu'on qualifiait alors du nom général de pestes. En dernier lieu , une épidémie de l'espèce la plus dangereuse avait, en 1596, empêché de cchuvoquer à Paris, et obligé de tenir à Rouen l'assemblée dea Notables. C'est ce que l'on voit par le Journal de Lestoile, par l'exposé des autres historiens contemporains et des auteurs qui se sont spécialement occupés de ces matières '.

u letmoigntat te pan de curio«iti et d« d«apenEB de doi andcns è* H premiera règoee, quoique trè« grands, n'eilanl telle* rutt capablttdt i> cocha, carrasses et autres voieture* de telle commodilé, que l'on n'j M TOfoil lors. » ~- Dana tes deux autres aubdiv rsions priDcIpelsB de Paru, la VUle et rUDivenité, lee ilioieDsitme de la majorité dea niea étaient au»si resserrées que dana la Cité. L'on truDTt-ra aux Docoineub historiques l'indicalion de qaelque^unes de ces rues.

■ Lestoile et aoa supplément, Regtslre-jonrnal du rËgne de Henri tV do l'an 1589 ïl'an leiM. — Scipion Dupleii, Uift. de Henry le Grand,

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