DESCRIPTION DU PLAN DE LA PORTE BT PLACE DB FRANCE
qui dépendit des inteoUoDs du libre arbitre , des libres détenuinations ; qui fiit morale, et non matérielle et administrative, au profit du pouvoir.
De précieuses traditions conservées par les contemporains, nous mettent dans le secret de ctitle partie du projet politique de Henri, en même temps qu'elles décrivent dans tous leurs détails, sous le rapport monumental, la Porte et Place de France et leurs immenses dépendances. Chastjllon, topographe du roi, s'est fait un devoir de nous transmettre un plan gravé de cette porte et de cette place, et y joint une légende où les vues et les intentions du prince sont fidèlement et clairement accusées. Sauvai en eoadonnéune analysequenous allons reproduire, et que nous compléterons par quelques détails tirés de la légende elle-même. Le plan et le commencement des constructions remontent à l'année 1 609 , dix-sept mois avant la mort du roi'.
■ L'autre place qui avait iXi projetée par Henri IV auroit £lé appelée la l'taet de France, à eautt que ehague rue y aboutUiant auroit pvrti te noni d'wit dtt prineipakt provmcet du royaume. Ce prince, pour en arrAter le dessin, «e traneporla sur le lieu. 11 ;r en'a même qui veulent que c'est lui qui en étoit l'iurenteur, et qu'eu sa présence Alaume * et Cbfttillon aes ingénieurs en tracèrent le plan et l'élévatioD. Le marché en fut fait avec Carel et lea autree entrepreneurs, k la chatte d'j travailler incessamment, et avec ordre au duc de Sull<r à'y tenir la main. Puur ce qui est des mes qui dévoient ; conduire, le dessin en partie était déjà commencé.
>S«iTal,t.l, p.68ï, 63S.— Delamarre,!. I.Ut.Vl.ch. 7, p. 88. «Le ■ plan de la place de France etdea bflLîmens qui dévoient l'accompagner D fatdonnë par legrand-Toyer (Sully) l'an 1609. a Le plan fut donna aux entrepreneurs pour l'exécution par Sully: le dessin avait étâ inventé par le roi lui-même, et le plan dressé par ses ingénieurs Aleaume et Chastillon, comme on va le voir.
■ C'eat le géomètre Aleanme, célèbre dans ce temps, aur lequel noua refiendrous an chapitre des sciences. La légende de Cbastillon rétablit exactement sou nom.
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720 L. vu. CH. VIII. SUITE DE LA DESCRIPTION. OBSERVATIONS.
* Li plice aaroit été bile en deroi-ccrde, terminée par les reinparts, el située presque ns-i-Tis la place du Calvaire, 06 se viennent rendre U vieille nie <lu Temple et celle de Saint'Louis. Sa profondenr devolt être de quarante toiies (240 pieds), u longueur de qiutr»-viogte (i80 pieds), sa circonrérence de cent trente-neuf (83i pieds).
* Dans les murailles de la ville, il j auroit eu une porte, appelée la Porte de France, avant en vue le milieu de la place, entre deux grands corps de logii.bilii de brique et de pierre, qui non-seulement auraient couvert let remparts, mais encore les angles contninti dn plan, par le mojen des hmiUt et dtt marcha qu'on y auroit construite.
• On seroit entré ( dans la place ] par huit ruet, larges de six toises (36 pieds), bordées de logis uniformes , lesquelles auroient ta pour noms; Picardie, Dauphiné, Proience, Languedoc, Guienne, Poitou, Bretagne, Bourgogne, noDU dei huit plmt grande* provmeet de FroMC. Elle auroit été enrironnée de sept pavillons doubles, 1 trois étages, de briqne et de pierre, de treiie toises de face, avec on portique au premier étage ( rei-de-chaussée) composé de sept arcades de pierre, deux tourelles en ssillie dans les angles, (rois lucarnes faites en croisées dans le comble, et nn ddme octogone sur le faite de la couverture.
• A quarante toises aux environs, il y auroit eu un demi-eercle dt tept Tutt, concentriques, i la demi-ci rconférenee de la place et des portiques de tes pavillons. Ces rues se seroient appelées : Brie, Bourbonnois, Ljonnois, Ueauce, Auvergne, Limosin, Perigort qui eomposthl la gouterHentent* moi»* conâidérablt».
I Les ne* qui auroient conduit aux premières et aux secondes, el passé tout au travers, dévoient se nommer ; Xaintonge, Ls Uarche, Tonraine, Le Perche, Angoulème, Berri, Orléans, Beaujoloîi, Anjou '.
C'est bien là la pensée la plus nationale, la plus firançaise qu'aticun souverain ait jamais conçue. Henri appelait la nouvelle place, Place de France, comme il avait dans les mêmes idées changé le nom de Collège Royal en celui de Collège royal de France. La royauté qui s'était produite encore et mise en évidence à la Place Royale, à la
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PODRNis Par cl. cbastillon. 721
place et k la rue Daupbine, s'efiiiçtùt ici et faisait place au pays. Toutes les provinces, toutes les parties du territoire comparaissaient, étaient représentées dans cette sorte de Panthéon national : un grand monument, en frappant les imagioations et les yeux, en donnant un corps aux idées purement morales et politiques, était employéàles répandre, à les propager parmi le peuple, dans ce qu'elles avaient de plus utile et de plus élevé.
Au point de vue économique et administratif, la légende et le plan gravé de Cbastillon fournissent quelques précieux renseigaements qui. ne se trouvent pas dans l'analyse de Sauvai. L'un des motifs déterminants du roi, dans son projet de la porte et Place de France, fut le désir de fournir pour une longue suite d'années dans les immenses constructions qu'entraînaient, et la place ellemême, et les vingt-quatre rues qu'elle ouvrait, des moyens de travail et d'existence aux nombreuses classes d'ouvriers qu'occupe le bâtiment '. Son second motif et son second butfutla santéet le bien-étred'unepartie de la population de Paris. Comme à la place Daupbine, comme à la place Royale, les maisons élevées à la Place de France et dans les rues adjacentes offrirent des logements vastes, sains, commodes : comme à la place Royale, des jardins publics s'ouvrirent aux habitants; ils furent dessinés et plantés derrière la seconde ligne demi-circulaire des maisons ^.
' Ligende de CbasUlloD, colonne 1 : ■ Ce grand monarque Henri IV n s'aSectionna eitresmcment h l'archiieclure, la raisant reTivre et » prendre plus de laslre qu'elle n'avoit faict et siècles paeeis,pous8é i> d'un juiite désir de taire bien à tons, el de faire travailler tt gaiu grur le menu peuple. »
) Légende, coloDoes 1, 1 ; » il prémédita en sa fantaisie de faire travail- D 1er en plusieurs endroits de BOD royaume à des ouTrageBdignesdelny, » et tellement ulUei à ton peuple qu'il /ui en donne joumellement une M grande louange... Il fil de sou vivant commencer une partie du dea- II (in de« rues allana dn centre de la porte dans les Tingtcinq arpens u du Temple. « Voir de pins dans l'Atlas la planche de C. Chastillon-
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Ttl L. TIt. CB. VUI. LB8 BOIT fiAÂNMS BDt8 PARTàMT DE LA PLiCK
Mais ce n'étaient là que les moindres ^tets qae devait avoir, les moindres oonaéquences que devait entrainer rétablissement de la Place de France et de ses dépeodinces. Sans doute dans ses {dans de salutaires innovations pour Paris, le roi ne perdait pas de vue qu'il ne devait compromettre ni les finances de l'Ltat ni celles de la ville : il ne voulait pas que d'un bien naquit un mal, et il remettait à l'avenir une partie des changements à opérer. Aussi les huit larges et belles rues partant de la Place de France, les unes plus longues, les autres moins, s'arrêtaient toutes au point où l'on trouvait des coostmctions déjà existantes, des rues déjà percées et bâties, qu'on respectait ttimporairemuit dans leur forme actuelle, et dont on se servait comme de tFMiçoDs, pour ajouter aux mes artères quon ouvrait, et pour en continues' la vole publique '. Mais cette réserve, dictée par la prudence, n'ûtait rien à oe que les constructions et percements j dépendantsdel'établiaaementdelaPlacedeFrance, avaieotd'admirablement efficace. Les huit rues ouwrtes ou premier demt-cerclede cette place, etse déployant en éventail devant elle, partaient toutes des remparts de la ville, de l'extrémité de la ville su nord, de la place du Calvaire. L'une de c«B voies à droite, gagnait les parties anciennes de Paris, l'extrémité de la me Sauit-Dents, le Pont-au- Change, le PiUais : là trouvant les deux quais, le Ponl- Neuf, la me Daiiphine nouvellement bâtis, elle atteignait la porte de Bussy et l'extrémité méridionale de la capitale en l'un de ses points. Une autre voie, eu centrede la Place ■ de France, se dirigetût vers les Blancs-Manteaux, traver-
) Légenda, colonne t. « Cw rnet ainai dreaaéea et qui liroiant ta » lODg en divers lieux de cesle tille de Paria, qu'on peut appeler un » petit moode.ge coofliioieiit en ligDsdiNCte es endroits de rencoiilre » des rues habitées, las aae» plus Longius, les antres moine, selon la " teucootre qui eu tnt recherobée eiactemeat «laat U trace {le tracé) » de ce dsasiu. n
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IW raAIfCB DOlVRHTTBANBFORHEn PARIS. CKOtUt DEVINT CE PLAN. 7t3
sait le quartier de la Grève, longeaitl'Hdtel-de-Villeet déboachùt à la Seine. Une troisièmevoie, à gauche, suivait la rae Saint-Louis, atteignaitla place Royale, larue Royale qui s'achevaient en c« moment: là, prenantpourproloDge- ■ment trois ancienaes rues, elle franchissait la rivière an moyen des travaux déjà commandésà Tile Saint-Louis, dépassaitlaTourneUe, sillonnaitleqnartierde la place Maubert et ne s'arrêtait qu'à la porte' Bordel ou Saint-Marcel, autre extrémité méridionale de Paris. Il en était de même descinq autres voies partantde la Placede France ' , Tontes ensemble, soit par elles-mêmes , soit par les anciennes rues auxquelles elles se reliùent, traversaient Paris d'un bout à l'autre, atteignaient et perçaient ses vieux quartiers, devaient dans un temps donné, le» changer forcément par le voisinage et le contact , les assimiler à ellesmêmes : elles avaient donc pourdestinatiou An transformer la capitale.
Ce projet, dam son vaste et majestueux ensemble, périt avec Henri IV. Quand Richelieu, devenu maître des afftÙFes, y mit la main eu 1626, il n'en prit que les petites parties. Ls Place de France fut abandonnée, et des vingt-quatre rues dont Henri IV l'avait percée, ou qu'il av«dt to'acées aux. environs, le ministre n'en fit ouvrir que onie, les rues de Poitou, Bretagne, Beauce, Saintonge, la Marche, Touraine, le Perche, Berri, Orléans, Beaujoliiis, Anjou.
L'établissement de nouveaux quais et de nouveaux ponts entre pour une large part dans les travaux d'utilité publique et dans les embellissements que Henri fV pn>-
■ Voir pour le dâ*elopp«meat et la direetioo des voies Douvelles, la pUn àe la Place de France, deiùné par Giasllllon, quelque temps après U mort de Meori IV, grava loit pour la première, soit pour la seconde lois par Poiniart en ie40 et édité en letl. On tronve le plan dans l'Atla» composé pour les nouvelles éditions de celte histoire.
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lii L.VU.CH.VUI. COHSTiUICTIOIf DE BBAUCOUP DE NODVE&UX VJIIB.
digua à la ville de Paris. On ne peat mesurer l'étendue de ce bienfait que quand on a vu dans Sauvai le tableau des maux causés par les débordements de la Seioe, dans la seule et courte période de 1564 à 1595 : les citoyens exposés à périr au moment de l'invasion des eaux, et' atteints dans leur saoté a[a^ leur retraite; une prodigieuse quantité de denrées et de marchsndiaes pra^ue ; lesi communicatioos iateirompues pour le commerce'. En 1604, le roi [«réserva des inondations les quartiers Saint-Antoine et de l'HAtel-de-Ville , en ordonnant à Sully d'élever un long quai depuis l'Arsenal jusqu'à la place de Grève'. En 1599 et en 1603, même avant la constoiictioD de la place Daupbine, il fît reprendre les travaux commencés en 1560, mus abandonnés, au quai de l'Horloge ou des Lunettes, et au quai des Orfèvres. Tous deux étaient très avancés en 1608, comme nous l'apprend la correspondance de Malheriie : le premier fut achevé l'année qui suivit sa mort , le second plus tard ^. L'étaMissement du Pont-Neuf entraîna dans les parties aboutissantes plusieurs changements heureux. A l'extrémité septentrionale de ce pont, on reconstruisit en grande partie les quais de TËcole rt de la Mégisserie; on élaigit et on r^iularisa la place des Trois-Maries. À l'extrémité méridionale, onreconstruiat le quai des Augustins et le quai de Nesle, nommé plus
' Sauvai, 1.1ll,t. I,p. 303, iOt.
' p. CB;el, Chron. tepten., I. VII, p. 389 B « La ce meune lemp« 0 laa commeiiceiiieDl de l'ansëe 1604) il commaDda à H. de Rosn; de n faire taira le qua; oouTeau qui k Tùct encore à [vAseiit depnù » l'AneDal jusqu'à ta place de Grève. » L'auteur écrit quelque temps après 1604.
>.8Buyal, 1. m, t. I, p. 948, t4S. — Lettre de tUberbe k Veireae du 3 octobre t60e, p. 61. « Le plus grand cbangemeut est ea 111e du <■ Palais, où l'on a bit na quai qui va du PoaIrNeuf on pont sni H Meunière, comme l'autre va du Pont^eur au bout du piHit Saint* » Uicbel. a
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coNerHUCîiON du poht-heuf. 795
tard quai Conti '. C'est encore à Henri IV qu'oD doit reporter, pour le projet et pour l'impulsion donoée , les quatre quais qui bordèrent l'Ile Saint-Louis, les quais d'Anjou, de Bourbon, de Bélhune, d'Orléans, comme toutes les autres b&tîsses exécutées dans cette île.
On peut dire avec les contemporains que tout l'honneur de la construction du Pont-Neuf lui revient, et l'on ap- [wéciera l'importance de l'érection de ce monument quand on songera que Paris n'avait encore que le Petil-Pout et le pont Notre-Dame qui fussent bâtis en pierre, et sur lesquels pussent passer les voitures, sans les ébranler ; quand on se rappellera que ces ponts avaient été dix fois emportés par les inondations avec les maisons qui les surmontaient; que tout récemment, en 1596, la chute du Pont-aux-Meuniers, établi un peu au-dessous du Pontaa-Change, avait coûté la vie à cent-soixante habitants et ruiné les autres'; quand on remarquera d'un autre cAté que le nouveau pont établissait la communication entre le faubourg S^nt-Germain et le quartier du Louvre, entre l'Université, la Cité et la Ville. En 1578, Henri HI avait fait commencer le Pont-Neuf, non par Jacques du Cerceau le père ou l'ancien, comme on l'a répété si souvent, en se trompant, lâaispar Jean-Baptiste du Cerceau le jeune, ûls de Jacques, ainsi que nous l'établirons bien- . tôt. Toutes les piles avaient étéélevéesjusqu'àfleurd'eau et deux arches construites. Mais le travail avait été discontinué pendant les troubles de la Ligue, et presque toutes les piles étaient éboulées*. Henri IV ordonna en
■ DoUure, Hlsl. de Paris, t V, p. 173, 174 ; Paris, Ledentn, 1SS4.
* Lertoile, re«.-joamal de Henri IV, Suppl., an M décembre IS98, p. 179 B. n Le dimanche tt décembre, i lii benres nn qnait du toir, H le poDt aux MuHiien de Pam toniba, qui eotralDs avec Boi une ■ grande raine de maJMD«, bieni et bommes! ^iV m'nglt ptrsonntt " y pirirtnt, ■
' P. Cayet, Ghron. Mplen., liT. VII, p. 381 B. Relttivement au
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7K UV.VII.CH.TIU. CONSranCTION DO MIIIT-NEUF.
1601 (ju'oD se remU à l'œuvre. Les meilleures idées et les meilleures iotentioDS ne sont rien sans les moyens d*exécutioD, ainsi que le prouvait l'exemple de Henri lil. Le roi trouva des obstacles comme son prédécesseur en avait rencontrés ; mais il les vainquit par la force -de sa volonté, la fécondité et la sûreté de ses vues en matière finanùère. Le prévàt des marchands et les écbevins de Paris lui remontraient que les ressources qu'il leur avait précédemment fournies pour les embellissements de lenr villeétaient épuisées parles dépenses auxquelles les eulratnuent la restauration des anciennes fontaines et la constmction de nouvelles. Henri leva ces difficultés en accordant k Paris un octroi de quinze sous au lien de dix sur chaque muid de vin , et en ordonnant que le produit de cet impôt indirect, levé d'une manière à peu près insen^ ùble sur tes masses, serait partagé par moitié «ntre la construction des fontaines, et celle du Pont-Neuf qu'il prescrivit de commencer sur-le-champ. Les iettres-ftatentes relatives à ce subside sont du 21 novembre 1601 et du 12 février 1602 '. Ijes travaux du pont furent conduits par l'architecte Guillaume Marchand, qui put le livrer à la circulation dès le commencement de l'année 1604*. Le Pont-Neuf, àpeine ouvert, devint la voie
nombre de pouti donnant passage aax Tollnret, Cajet dit : a L« tille » de Porii n'avoit encore qne le seal pont Noetie-Dema par oA poo' ■ voient passer les carrosaes et charreltee. s Cayet comprend dans le pont Notre-Dame lé Petit-Pont qui, sar l'autre braa de la Seine, Ta- ■ait la coDtiDoalion do (lont Notre-Dame, La pont au Qiange ttait alora coottroil en boie. et fut incendié en 1611.
' Voir ces lettres-palentes imprimëea dans lee Preutes joatificati*ea de l'biiloire de Paris, i>ar D. FëUbien, t. III, p. iSi, 184.
* P. Cayet, Ouron. eepten., Uv. VU. p. US B. Sauvai, liv. 111, t I, p. 133. 11 ne faut paa confondre QaiUsnme Uarcliand, architeële et constraetear du Pont-Neuf, avec Charles Uarchand, c^ilaina des arbaléLriere et arcbera de la ville, qui, avec l'aide du roj.rebitit en boii la Poi>l'«ix-4ieaDiei« on le Poot-Uarohaiid, de lit*B & IGM. Ca pont.
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PLANS ARRÊTÉa TOUR LA CtHfaTUICTION D? TROIS AUTRES PONTS. 727
publîqne et la promenade la plus fréquentée de Paris. Sur le terre-plein, ntué au mîlieuetenavantdu Pont-Neuf, et formant une autre place entre la place Dauphine et la rue Dauphioe, dans un lieu qui rappelait de tous cdtée les bienfaits du gouvernementdeHenri IV, la statue équestre de ce prince fut exposée en 1614 aux regards et aux hommages du peuple. Emporté par la tourmente et les excès de notre Kévolution, le 12 août 1792, le monument a été rétabli en 1818,etdevradurer tant que le sentiment d'une reconnaissance éclairée et le bon sens n'auront pas péri cbez nous.
Par la construction du Pont-Neuf, le roi avait assuré la facilité des communications entre les deux rives de la Seine, dans la partie occidentale de Paris. Dès 1605, il se préoccupa ^e l'idée d'établir la même facilité dans la partie orientale, et il agita avec quelques compagnies les moyens d'exécution. Il reprit plus fortement ce dessein en 1610, et dans les plans qu'il arrêta pour l'Ue Notre- Dame ou Saint-Louis, dans les travaux qu'il commanda à l'arcbitecte Marie, il comprit la construction de trois ponts. Les deux premiers , attachés aux deux flancs de l'Ue, étaient destinés à relier la ville avec l'Université, en prenant l'île Saint-Louis pour intermédiaire ; à mettre en rapport les quartiers du Temple et Saint- Antoine avec le quartier de la place Maubert. Le dernier pont devait faire communiquer la pointe de l'Ue Saint-Louis avec la pointe de la Cité, près le cbevet de la cathédrale. Ce projet fut du petit nombre de ceux que sa veuve n'abandonna pas. Les ministres de la régente, en traitant avec l'architecte Marie, l'an ICll, mirent pour condition à
qui était presque Attenaol m Pout-an-ChaDge, fut Incendié en letl, et D'à paa été rebâti. — JaiUot, 1. 1, p. 181, tait remari^ueT arec raieou que le Poot-Nénf a de long lt4 toitei, al Don 170, comme on l'a aTancé par arrenr.
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7S8L.V]|.cn.Vlli rU]SIE[ni3VlU.B8 DE PROVINCE A88A1K1KS ET niBBLuee.
la GODcnssion des terrains de l'âe Saint-Loois l'étahlissement des trois ponts projetés : le pont Marie, bâti en pierre, le pont de la Toumelle, le pont Rouge, devinrent ïa conséquence de ces arrangements < . Henri se survécut dons le bien qu'il fit à Is capitale.
Paris fut loin d'absorber et d'épuiser la sollicitude du roi. 11 étendit à toutes les grandes villes du royaume les soins infinis qu'il donna à la salubrité et à la santé publiques, à la juste dimension des rues pour les facilités du commerce, à la décoration des cités. Dès 1602 , le landgrave de Hesse, parcourant les princi[>ales villes de la France, en trouvait quelques-unes déjà arrivées à l'état où Henri voulait les mettre toutes. Il disait de la capitale de la Touraine : a Le landgrave remarqua dans i> las rues de Tours, une propreté qu'il n'avait pas encore n rencontrée dans les villes du midi de la France. Charmé » par la beauté des édifices publics de cette ville, par » ses promenades , ses avenues , l'élégance des maisons I) destinées au jeu de paume et aux concerts, il y lit n quelque séjour. » A Gh&lelleraalt , son attention se porta sur les travaux entrepris par le gouvernement pour faciliter les communications , et il ajoute : « L'on jetait
I SbutbI, I. tu, t. I, p. 1S7, lit. « En 160S, on ptopou k Benri4en Grand de fwre quatre ponU de bois, le premier au bcnit de U me a de Biâvre, les IroU auires dam l'ida Nostre-Dome (Sàial-Louû). — H Christophe- Marie, entreprcDeur géoéral deiponU de France, traita u avec Louis Xlil en 1611, pour faire les trois derniers en mime n lampe, h Aux termaa de» lettres-pateotea dg e mai 1614, le pont, allant de U tue de* Nonandière* k l'Ue Sainl-Louis, le pont tiarïe, dut 6tre biti en pierre. L.B cunstniclion du ce pont, suspendue et reprise t diverses Époques, fut achevée en 1615. Le pont de la Tonrnelle, Établi primitivement en bois, plusieurs tois détruit, lot roconstniil en pierre l'an t6ï6. Le pont Rouge, ainsi nommi A cause de sa couleur, commencé en IBls, terminé eu 1616, fut bAti en bois : U occupait un emplacement très voisin de celui où l'on a jeté le pnnt de la Cité de 1801 i ISOt.
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RËPOnMBS et C(»«TRr;CT)ONB POUR LKS HOPITAIIX DE PROVINCE. 789
n alors tes fondemento dn PoDt-Neaf sur la Vieane'. » Dans l'édit du moia de mai 1607 , sur les attributions du grand-voyer et sur la police des rues , lequel ne concerne plus Paris seul , mais la France entière , on lit tes dispositions suivantes : « Nous avons défendu et défendons n à tous nos subjects de jeter dans les rues , eaux ni or- » dures par les fenêtres, de jour ny de nuict ; faire préaux » ni aucuns jardins en saillie ; tenir terres , bois , ny aU' » très choses dans les rues et voyes publicques , plus de » vingt-quatre heures , «t encore sans incommoder les n passaqs. — Défendons de faire des éviers plus hauts » que les rez-de-chaussée, s'ils ne sont couverts jus- K qu'au dit rez-de-chaussée. — D sera ordonné aux n charetiers conduisant terreaux et gravois et autres a immondices, de les porter aux champs aux voiries or- » dinaires. — D sera commis en ehascune ville un ma- » çon , ou Aatxe personne capable , pour donner les ali- » gnemenlssurrue*.»
n étendit aux hôpitaux des villes de province la surveillance et tes libéralités qu'il accordait à ceux de Paris. Par ses lettres-patentes du 18 décembre 1599 , il étabUt une commission pour la réformation des hôpitaux , matadreries, léproseries du royaume. Les abus qui s'étaient glissés dans l'administration ,de ces établissements durent être détruits ; les usurpations dont ils avaient souffert dans leurs biens et dans leurs rentes turent réprimées. De 1 599 a 1 6 1 0 , le roi confirma les privilèges des hôpitaux d'un grand nombre de villes , et en fit rebâtir plusieurs : OD cite entre autres l'Bôtel-Dieu d'Oriéans '.
■ ConrespoDdaace de Henri IV et do landgrave de Keue; Paria, V Reoouard, 18(0, in-B", p. «I .
■ Articles S, 9, 10, IB. Recueil de» anciennes lois truiQ^ei, t. XV, p. Bas-3(l.
> Leltres-pBtente« portant comminioa pour la rérormation desboa-
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730 LIV. VII. CB. Ttn. tTABUSSraCNTB REUGIBUX.
Les réformes et les établissements doni le tableau vient d'être présenté , occupent l'une des pnuniètes places , » ce n'est la première, parmi les ioslitutioiis qui doivent rendre la mémoire de Henri TV chère et respectable à la France. Les dangers qui menacent habituellement la vie des citoyens, les épidémies et les maladies c<mta(;ieuses qui déciment la population , sont combattus, comme le débordement de la Loire, comme toutes les calamités publiques, par cet homme si grand et si bon, qui cn>y&it que a Dieu lui avoit baillé ses subjecta pour les » conserver comme ses enfants ; » qui était pour le pays une providence humaine , instrument de la Providence divine, délégué par elle pour diminuer ici-bas la somme des maux et soulager te poids des infortunes.
§ lil. EtMiuement» religieux. Etablissementt deêtinéi à fmoruer le» lettres, Ui sciences, les beaux-arts.
Nous n'avons pas achevé le tableau des établissements de Henri rV. Pour les établissements qui doivent servir À le compléter, nous sortons du monde mat>;riel, et nous entrons dans le monde moral . Henri IV accomplit comme souverain , toïis ses devoirs de religion : il en ranima le sentiment, il en étendit l'empire, chez la nation que la Providence lui avait donnée k gouverner. Dans cette partie de la lâche que lui imposait la souveraineté, il se guida moins par la conviction qu'une religion éclairée était le frein le plus puissant pour les peuples et pour les
pltaax, maladreriee et leproieries dn royaume. Paria, 18 décembre 1690. — L»ttre9-pBleate8 portant coDËnustion des pririlégei de l'HastelOieude la ville d'Orléans, juillet 1699.— Déclaration portant régla ment pour la maladrerie de la ville de Seos, appelée le paptiin, 18 septembre leOS (qualrième TolQmedeaOrdon. d'HsnrilV, colé SU, foUo 133, 163]. — Mercure françoU, Épilogue des vertus du roj, t. I, fol. m recLo. o L'Hostel-Dieu de Paris rebaati de nouveau, celui » d'OrUatu.,. et nombrt 4'autrti. n
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SENTIMBNTS ET rRkTlQUEB DU ROI EN KilTIÈHE DE RELIGION, 73t
rois, la seule morale pour les masses , la seule hase solide de la foi publique ; il se conduisit moins encore par une sage politique que par des sentiments auxquels il obéit dès son enfance, et qu'il conserva jusqu'au tombeau. Formé par une mère pieuse , ardente dans la croyance quitte avait embrassée, il resta fidèle aux principes religieux, même parmi les violentes distractions de la ffuerre, même au milieu des plus grands événements où l'entraîna la passion. « Pour la piété , dit l'un de ses an- » cieos historiens , il en avoit receu l'instruction par la » royne sa mère, bien que de religion contraire, et ap- » pris d'elle à fieschir le genouil devant Dieu , tous les H jours en son cabinet... M. Bertaut , evesque de Sees, » qui l'a suivy toujours depuis sa conversion , a escrit » qu'il l'a souvent veu , après la messe achevée , et lors- » que tout le monde estoit déjà levé, continuer à genoux » hi prière, avec une vraye et une naïve piété , et qu'il » aervoit en cela d'exemple aux ecclésiastiques qui luy » en dévoient servir '. » Il fut donc irréprochable dans ce qui concerne les hommages que l'homme doit rendre au Créateur. En ce qui regarde l'observation de la morale évangélique, il laissa plus à désirer, et se montra impuissant à y conformer entièrement sa conduite : chez lui , la faiblesse humaine céda h quelques vices. Mais fils respectueux et tendre , bon père , souverain infatigable pour le bien public , prince justement admiré pour son inépuisable clémence envers ses plus grands ennemis , et pour la fidélité avec laquelle il garda sa parole, il pratiqua une multitude de grandes et difficiles vertus, et par là se lit reconnaître pour prince vraiment religieux et chrétien.
Le temps des guerres civiles est le temps du désordre
■ L'auteur des Épilogue* ou Somneàre des aclos et beani faicU du rojr. interna àam le Mereore de 1610, t. f, fol. 483 recto, tS3 verso.
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73S L.VIt.CK.VUl. LA RBLietOK niNIKËE DANS LBS XtSVX CUHHtlHIOIie.
et de la destructiun daos l'ordre spiribiel comme dans l'ordre temporel. Lorsque Henri demeura maître da royaume , il trouva la religiou très affaiblie chez les protestautâ , comme chez les catholiques , ayant prodigieusement souffert dans toutes les parties dont se composent le culte et la discipline. De plus, les excès auquels s'étaient livrés si longtemps les cathohques et les protestants, égarés par une fausse religion, avaient affaibli le ftentimeot religieux lui-même chez un grand nombre : le doute perçait et se faisait jour dans plusieurs ouvrée? , dont le plus connu est le traite de la Sagesse de ChairoQ, publié en 1601 '.
Henri travailla avec constance à ranimer la religion, ea accordant libéralement aux deux communions qui partagaieut inégalement lepays,les moyensde faire fleunr respectivement leur culte ; moyens qui consistent dans une discipline exacte observée par les membres du clergé , dans un bon enseignement religieux , dans un exercice constant et facile du culte, sous la protection du pouvoir civil.
Dans les rapports entre la société politique et la société religieuse , le roi se conduisit à l'égard des réformés, par des principes dont il ne dévia pas un seul instant En 1596, confiant à Sully ses huit désirs conçus en divers temps, ses huit principaux souhaits, il lui disait :« Mon n huitième souhait a été de pouvoir anéantir non la ren ligion réformée^ car j'ay esté trop bien servi, datis n mes angoisses et tribulalzotis , par plusieurs gui en font n profession ; mais la faction huguenote, que Messieurs
■ Oo trouve le puM^e suivant et pliuieura aulreg pareils dans le trtilé de la Sagesse : n La religioa n'esl tenoe qne par moyens hnu mains, et est toule bactie de pièces maladives ': encores que » l'immortalilé de l'Aine soil la chose la plus oniversellemeal reçeae, R elle est la plus {oiblemenl pronvée, ce qn! porte les esprits t donb- » 1er de beaucoup de cbaaes. ■
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PLEINE LIBERTÉ ASSURtB A LA RÉFOnHE. FAVEURS AUX CAL V1K1STE8. 733
» de Bouillon et de La TriinoaîUe essayent de rallumer, B et de rendre plus mutine et plus tumultueuse que ja- » mais *. » Le roi ne rendit pas un seul instant les ïilglises réformées solidaires de la factieuse conduite de leurs chefe, et il leur accorda tolérance et protection constante. En exposant l'édit de Nantes, nous avons montré que l'État avait largement pourvu à l'entretien des collèges , des ministres, des temples appartenant aux calvinistes. De 1598 à 1610, les protestants n'éprouvèrent sur aucun point du royaume le moindre obstacle à l'exercice de leur religion, de la part du parti catholique, comme le prouve le témoignage unanime des historiens contemporains. Us élevèrent librement un grand nombre de temples noaveaux : c'est ce qae l'on voit par l'article siii de l'édit de 160fi, lequel leur interdit d'en bâtir assez près des églises des catholiques pour que le culte de ces derniers en soit troublé ^ Nul prince de l'Europe , même protestant, ne respecta avec plus de scrupule que Henri, devenu catholique, la lib»^ de conscience chez ses sujets dissidents; nul ne leur accorda une plus large part dans les charges pnbhques et les honneurs. £n 1595, il essayait mais vainement de désarmer, de ramener au devoir par les faveurs le calvinbte La Trémoille; il l'élevait à la première dignité du royaume en érigeant en sa faveur ud duché pairie-'. Le calviniste Sully promu à la principtde autorité dans les affaires dès l'année 1597 , où il devenait le représentant du souverain dans le ConseU d'Etat, resta jusqu'au dernier jour du règne le principal ministre et l'ami de Henri. Le réformé La Force et sa
> Sully, ŒcoD. rojr., cfaap. 7S, t. t, p. 24S, coll. Micbsnd.
* Ëdit de iSOe, article un, dana le RecDeÛ des aocieaneB lois tranfaises, t. XV, p. SD7.
'Recueil dea snc. lojg ttaaq., t. XV, p. loi. « Ljod, jnin 1S99, a leUre d'Ërection d'un duché-pairie, en foTeur du aieur de 1s Tré- ■ moUle. B
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78i LIT. vu. CB, VUl. PROTBCTION ACCORDES AU CATBOUCmB.
famille furent comblés de ses bienfaits : les réformés Schomberg, Uurault-Dufay, Dupleseis-Mornay, Caligoon , tinrent de lui tes charges de conseillers d'État, de gouverneurs de places, et le dernier de chancelier de Navarre : le réformé Lesdiguières fut fait par lui maréchal de France, ea remplacement d'Omano, au commencement de l'année 1610, quelques mois avant sa m<»i *. Tous ceux que des croyances sincères et fortes attachaient au protestantisme, trouvèrent donc dans la seconde partie de son règne la facilité la plus illimitée de suivre et de pratiquer leur religioo.
Le roi accorda au catholicisme la protection la [dus constante et la plus efficace ; épuisa pour lui loua les genres de faveur ; lui fournit libéralement les moyens, non-seulement dans l'ordm matériel etptAitiqoe, mais aussi dans l'ordr» moral, de repivndre son empire sur les esprits, de rentrer dans la pwUe de n puissance coociUable avec nos lois et avec notre droitpublic.OccapcHisnous d'abord de l'appui qu'il lui dwina , parmi les dangers qu'il courut momentanément, durant les dernières années du xvi* siècle.
Dans la dispute théologiqoe qui agita les deux religioDs de 1 S98 à 1 600 , Henri signala les rapports de son ^MiTememnit avec la sociâté religieuse , en {Mutant an catholicisme l'aide que réclamaient les circonstances , et les attaques sans provocation auxquelles il se trouvait en butte. Au mois de juillet 1 598, dii IHessis-Mornay qu'on nommait le pape des huguenots, avait publié sou Traité de Cinttitutian de la sainte Eucharistie. Le livre destiné à détruire quelques-uns des dogmes principaux du catholicisme, contaaait en outre de violentes attaques centre son chef, contre le pape, que du Plessis qualifiait
■ Mercure fraDçoiJ, ooDée 1610, 1. 1, loi. U7 r«cU>.
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TftAlTÉ THtOLOGKlUB PUBLIÉ PAR Dtl PLKSSIS EN 1596. 735
iVantecluist. Le traité étùt composé en fraoçais : la beauté da style le feisait rechercher de toat le monde , et lire avec d'autant plus d'avidité que l'auteur appuyait son sentiment des pères grecs et latins, et de quelques théologiens scolastiques '. I) remua fortement les esprits en France et en Italie , les catholiques jugeant partout qae l'ouvrage, laissé sans répression ou sans réplique viclorieuBe , mettrait leur croyance en péril ; le pape se plaignant que les attatpies di rigées contre lui par du Fleasis qu'il nomD»it son ennemi , l'étaient non par quelque ministre protestant, miiis par un hoDune qui était l'un des plus intimes serviteurs et conseillera du roi , et qui à e« titre d(»mait plus d'autorité à son livre. Les consciences et la pais publique étaient troublées; il s'agusait' de les raffermir : en outre le roi , après les concessions faites aux protestants par l'édit de Nantes, avait à montrer qutj sérieux intérêt lui inspirait la croyance de la majorité nationale. Ajoutez que le pape, qui demandait satisfaction, était Qément VIII, qui vaautd'aicler puissamment Henri à détruire les derniers restes de la Ligue dans son royaume, et à y rétablir la paix par le traité de
< Thnanui, I. CÎUll, g 13, t. V, p. Ha. Aux dttaiU qoe donne de Thoa, il Taut joindre ceux que rouriiùsent lei Uimoire» de madame da Plesaûi, p. Ht, SiS, entre outres Le suiTnut : a Veiat UDe dëpescbe n de Rome, eu laquelle le pape »e plaignait dt ce livre, doot l'aulenr » HTOit des pliu intimes serviteur* et conseUleiaduroy, Uqtule«peitn dont otoil le qualifier et maintenir ante-ckriit. Lb-dessui repréeeo- II làn-ut plusieurs au ro; de quelle coueéqueuce cela luy estoit, a mesmea aur te qu'il avoit tant besoing de la ravMU do pape, soit B pour se démarier, soit pour se mBrier,cboM qu'il avoit uniquement u à cœur.ii 11 faut relever ces premiers aveux de madame du Vleasl^ et les deux teiilativei également attestées plus loin y»x elle, et lUle» par le roi,dBUB le but de sauver ï duplexais les fuueslea coméquancas de l'itU prude Ole publicallou du son livre, pour apprécier la valeur etla justice des plaintes qu'elle lait plus lord sur la prétendue rigueur dont on a usé 6 l'égard de son mari, et pour juger m duite du roidan« celte aSaite.
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738L.VII.CH.Vni. ErFETBDUUTRE.CONDUmDDIIOlKNCBTTCAFFànW.
VerviDS ; qui en ce moment même était arbitre dn différend du roi et du duc de Savoie su sujet du marquisat de Saluées ; qui en Italie, avait donné le signal de l'affranchissement des États péninsulaires à l'égard de l'Espagne ; dont Falliance contre cette puissance imputait aa plus haut degré à la France. Au dehors comme au dedans, tout imposait au roi de se porter du côté du catholicisme attaqué. Dès le principe, les chefs des grands corps , qui étaient dans le secret de ses intentions , annoncèrent hautement cpiel genre de protection il enleudait lui accorder : tous les vieux moyens d'intolérance et de persécution, employés par les Vfdois, en étaioit exclus, l^es Jésuites de Bordeaux ayimt requis le Parie- ' ment de Guyenne de îaiie défendre et brûler le livre de du Plesais, le premier président Daffîs leur répondit que ces chemins n'étaient plus tenables ; mais qu'ils avisas- Bent, puisque l'auteur prenait les pères des Efi^ises pour gâtants de ses assertions, d'y bien répondre '. Accorder aux catholiques tous les moyens qu'une <ïiacu8sion solennelle , l'examen des textes et le raisonnement fourniraient pour éclabrer l'opinion pubbque , et leur donner encore un public témoignage de la satisfaction que lui faisait ^irouver le succès de leur défense, s'ils triomphaient de leur adversaire ; assurer aux protestants , même à deux reprises différentes, la facilité d'appuyer et de justifier leurs assertions , s'ils ne se trompaient pas, telle fut la règle de conduite que se traça le roi , et dont il ne dévia pas un moment.
Un historien protestant eut contraint de faire l'aveu suivant, au saii*:iàa Traité de l'instituiion de la saitUe Eucharistie, par du Plessis-Momay. 1 1l est incontestable que Mornay, trop absorbé par la politique pour donner
< Uémoirea de mailame du Plessia.p. Ui.
CONFÈnSNCB DB FONTilNEBLBAD ENTRE DU PI.K8SI8 ET DUFKRRON. 737
tout le temps nécessaire à la composition d'ouvrages longs et minutieux, étùt obligé de recourir à l'aide d'autruî. Parmi ses coopérateurs, il s'en trouva plus d'un, imbu de cette mauvaise foi qu'on a reprochée si souvent aux ennemis de l'Église romaine , et qui ne balancèrent pas à falsifier les Pères ou les coutroversistes pour fortifier leur sentiment '. » Â la suite de l'examen auquel les docteurs catholiques et l'évéque d'Evreux Duperron s'étaient livrés, Duperron s'engageait à prouver qu'il y avait dans le traité de du Plessis plus de cinq cents citations fausses, tant des anciens Pères que des scholastiques *. La preuve faite de ces altérations suffisait à la défense du catholicisme, et au raffermissement des croyances chez ceux des orthodoxes que ses arguments avaient ébranlés. Dès que le roi eut acquis la certitude que les allégations de Duperron étaient fondées, il essaya de donner aux dogmes catholiques attaqués l'appui réclamé par les circonstances, en sauvant à du Plessis une publique et humiliante défaite. Par son ordre, deux des seigneurs qui étaient liés avec du Plessis de la plus étroite amitié, le C8lvinist^ La Force, capitaine des gardes, et Loménie, secrétaire intime de la chambre du roi, le sollicitèrent de se prêter à une rétractation faite à temps '. Il s'agissait pour du Plessis de reconnaître que sa bonne foi avait été trom-
> M. de Sismoodi, article du Ptesma-Moma; dons la Biographie nniv. de Hichaud, 1" édition, t. XXX, p. 19S A. On sait que H. de Siamondi était calviaiste.
■ Ttiuaous, 1. CXXIll, g 13, t. V, p. S4S.
* La sincérité oblige madaoae da Plessto à reconnaître ne» deux ten- Utives de pacificaiioii enlre les partis religieux taitet par le toî.Sodb l'an 1538, plus d'un an afsnl ta dispute publique entre son mari et l'évéque d'ETreui Duperron, elle dit dans aea Hémoirea, p. S43, Stt: ■ H Su MuJHfté doacquea luy [k M. da PlessiàJ eo Teit tenir propos par
■ U.de la Force, capitune de se^ gardes, gentilhaaime fort accompli, ' n el farl son amy, auquel il feit re^poose qu'il n'avoit rien faicl sans
» coDaidéralion.... La ineame rejponse il leit au sieur de Lomenie,
■ aecrétaire intime de la cliambre du roj, luy tn parlant d* aa part. ■
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738 LIV. VII. CH. VIII. CONFtnUiCE ENTRE DU PLESStS ET DDPEIIBCHt.
pée par les citations qui lui avaient été fournies ; de déclarer qu'il retirait les imputations dirigées dan% son traité sur les points qu'ilqaalifiaitd' erreurs de ll^lise romaine, et ses invectives contre le pape. Toutes les questions et toutes les raisons, étrangères au débat, sur lesquelles les réformés étayaient leurs convictions, fondaieiit leurs croyances, restant hors de la discussion, à l'ahri des attaques, la défense des catholiques ne pouvait se transformer en agression contre leurs adversaires, et contre leur culte.
Soit confiance dans la dispute, soit point d'honneur, du Plessis rejeta toute voie de conciliation et d'accommodement. Sa détermination une fois connue, le roi ordonna une conférence publique et une discussion sur les points controversés et sur les altérations imputées à du Plessis. fl choisit les juges du différend parmi les hommes des deuiL religions publiquement reconnus pour les plus instruits, les plus intègres, et les plus conciliants. Ce furent pour les catholiques l'historien de Tbou, l'un des préàdents au Parlement de Paris, celui-là même qui avait travaillé et concouru à l'édil de Nantes, François Pithou, le docteur en médecine Jean Martin. Ce furent pour les protestants de Fresnes Canaye, président en la Chambre mipartie de Languedoc, et le savant Isaac Casaubon. Nicolas Lefèvre, et le calviniste Calignon, chancelier de Navarre, d'abord désignés par le roi, avaient été empêchés par la maladie de remplir la mission qui leur était confiée. Les juges du différend théologique devaient prononcer entre du Plessis et Duperron, argumentant l'un contre l'autre. I^a conférence ' s'ouvrit à Fontainebleau, te i mai 1600, ■ sous la présidence du chancelier de Bellièvre. en présence du roi, des quatre secrétaires d'Ëtat, du duc de .Mayenne, de tous les princes de la maison de Lorraine, ilu nouveau
> Thoaniu, 1. CXXIU, g IS, l. V, p. Sts.
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CONFÉRENCE ENTKE tlll PLBS9I8 ET DUPERROH, 739
du<: de Nevers, d'une foule de gentilshommes et de citoyens des deux religions.
Duperron annonça qu'entre les cinq cents altérations reprochées à du Plessis, il n'en choisirait d'abord que soixante principales, et ce fut sur un certain nombre de crfles-là que la discussion porta le premier jour. L'impartial de Thou expose en ces termes les incidents et les résultats de la conférence : « D'ahord on examina les passages de Scot et de Durandus sur la présence réelle et sur la transsubstantiation :, les commissaires délégués décidèrent que, dans l'un et dans l'autre, du Plessis, trompé par le style et là méthode des scfaolastiques, avoit pris l'objection pour la réponse. Qu'il avoit tronqué mal ù propos deux passages de smnt Chrysostdme, et ceux de saint Jérôme, sur l'invocation des saints. Que le passage qu'il citoit de saint Cyrille siir l'adoration de la Croix ne se trou\oit nulle part dans les ouvrages de ce Père. Qu'il avoit omis quelques mots en rapportant la constitution de Théodose et celle de Valentinien. Le chanceliei' prononça aussi qu'il n'auroit point dû citer Pierre Crinilus, auteur trop moderne et trop peu estimé pour faire autorité* Duperron examina ensuite deux passages obscurs de saint Bernard, que du Plessis avoit allégua pour prouver que la sainte Vierge n'intercède point pour nous auprès de Dieu ; et le chancelier et les commissaires déclarèrent la critique bien fondée. Le dernier passage était de Théodoret, dans son commentaire sur le psaume CXIII, au sujet des images. Après une longue dispute sur les images, le chanceliier, ayant été aux voix , prononça que ce passage devoit s'entendre des idoles des Gentils, et non point des images des Chrétiens. » La nuit mit fin à la séance. Il n'y en eut pas une seconde. La fatigue de la première journée mit du Plessis hors d'état de reprendre le lendemain la conférence : quelques jours après il se rendit à Paris pour rétablir sa santé, et son départ mit fin
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7iO L. Tll. CH. Vni CONFSrENCB BI^THB du PLE8SI5 KT DUPBnROH.
au débat eotre lui et les commissaires Dommés par le roi '. Le calviniste Sutly ajugélamaaièredontsoncoreligionoaire avait soutenu la discussion ; signalé révéoemeot et l'effet de la conférence. Ses secrétaires lui disent dans les Œconomies royales : « Vous essayâtes d'empêcher de tout votre pouvoir la dispute d'entre messieurs d'Evreus t^ du Plessis : vous y aviez disposé le roi et même aucunement M. d'Evreux. Mais vous trouvâtes le sieur du Plessis si opiniâtre qu'il n'y eut moyen de l'en divertir. Néanmoins il se défendit si foiblemeut qu'il faisoit rire les uns, mettoit les autres en colère, et il faisoit pitié aux autres. Ce que voyant le roi, il vous vint demanda : Eh bien, que vous en semble de votre pape? — D me semble, Sire, dites-vous, qu'il est plus pape que vous ne pensez ; car ne voyez-vous pas qu'il donne un chapeau rouge à M. d'Evreux. Mais au fond, je ne vis jamais homme si étonné, ni qui se défendit si mal. Si notre religion u'avoit un meilleur fondement que ses jambes et ses bras en croix (car il les lenoit ainsi) je la quitterois plutôt aujourd'hui que demain *. » Ainsi dans tout ce qui touchait à la défense de ses dogmes, le catholicisme avait gain de cause entier, obtenait pleine victoire. Le roi qui l'avait préparée par les seuls moyens de la discussion libre, en donnait avis le 5 mai par un billet alors célèbre, adressé au duc d'Epemon que les catholiques fervents considéraient comme leur principal chef. Quinze jours après, il permit aux protestants de rentrer en lice. La dispute recommença à Paris entre Duperron et d'Aubigné, qui déploya plus de science, d'adresse et de fermeté que du Plessis. La nouvelle discussion ne changea rien à la situation respective des partis reli^eux, mais
■Tbiiiiuus,1.CXXIIl,g13,UV,p.8tt;danBUtradQcU0D,t.XIII,p.tiS. > Sull;, CEcon. roy., ch, 96, t. I, p. USD A. L'aiihograpbs du teinp» n'est pas reproduite.
CONFÉRBNCE BNTRE DU PLB8818 ET HIPRRRON, 741
seulement à l'état de l'un d'eux. Les catholiques conservèrent, pour la défense de leurs dogmes et de leur discipline, les avantages que leur avait assurés la conférence de Fontainebleau, avec sa grande publicité et son éclat. . De son c6té, la majorité des Calvinisles resta ferme dans sa croyance sur cette considération : Que le livre qu'oa attaquait étant l'ouvrage d'un simple particulier, et que, la doctrine qu'il contenait n'ayant pas même été condamnée , puisque dans cette assemblée on ne s'était pas mis en devoir de l'examiner, cette dispute ne pouvait fonder aucun préjugé contre une confession de foi reçue par toutes les églises protestantes du royaume. La conduite du roi dans toute cette affaire obtint un plein succès : il atteignit tout ce qu'il avait poursuivi . Au dehors, son entente devint plus intime, son union plus étroite avec la cour de Rome et avec les autres puissances catholiques d'Italie, ennemies de l'Espagne. En France, il s'assura auprès du parti catholique le plus avancé, un degré de confiance et de ^veur qu'il n'avait pu jusqu'alors obtenir. Peu après, au mois de juin de cette année, pendant les préparatifs de la guerre de Savoie, le maréchal de Biron écrivait : « Vous ne sçauriez croire la bienveillance que le » roi acquiert pour ce qui s'est passé entre l'évèque d'E- » vreux et le Plessis-Mornay '. ■» Au point de vue relir gieux, il sauva le catholicisme de deux dangers, des dé- ' fections chez quelques-uns, et chez le grand nombre, du doute et de l'indiiférence en matière de religion, cette grande plaie des sociétés.
Nous venons de voir le roi raffermir les croyances du
' Reca»! des lettres missives, billet du S mû au doc d'ÉperaoD, t. V, p. 330. « Mon amy, le diocËM d'Ëvreax a gagné celu; de Sau- » mur, etc. n — Mémoires de d'Aubignë, édit. de M. Lolanoe, p. 100, 101. — Thaanos, 1. CXXllI, g 1B, t. V, p. SU, avec l'addîlion portée dans les manii;M:riLs de de Thou. — Lettre de Biron du 13 juin 1600 rapportée dans les CEcon. ro;., ch. >7, t. I, p. S(8 B.
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7ilL VII CH.7I1I. LECATHOLICISVeaÉTABLIDANSntOiaCBKrSVILLBS.
catholicisme. Nous allons le voir mainteDant lai rendre sa puissance, eo relevant ses autels partout où ils avaient été abattus; en délivrant le clergé des oppressions et vexations sous lesquelles il génùasait; en le réintégrant dans ses biens et dans ses privilèges légitimes ; en rem- . plissant tous les sièges vacants dans le haut et le bas
clei^, et en pourvoyant à un bon enseignement religieux ; enfin et pardessus tout, en rendant k l'Église sa pureté et sa dignité, soit en donnant aux prélatureset aux abbayes un personnel chaque jour plus épuré, soit en contribuant au rétablissement de la discipline eccléùastique par les fréquentes et puissantes exhortatioDs qu'il adressait au haut clergé, à l'effet de l'amener à opérer par lui-même et sur lui-même les réformes nécessaires. A ta suite de ses assemblées tenues à Paris, le clergé envoya au roi trois députalions chaires de ses remontrances, au mois de janvier 1596, dans le cours de l'année 1598, au mois de décembre 1605. Ses doléances et sesaveux montrent dans quelle profonde décadence l'élise de France était tonlbée '. Henri l'en releva, et répara tout. En dehors des pays et des cités où le protestantisme s'était établi, et dont il avait pris définitivement possession par l'édit de Nantes, le catholicisme avwt péri dans tjne multitude de localités par la fureur de^ guerres civiles.
■ Aux termes des lettres-patentes et de l'édit vérifiés an grand Conseil, le 20 mai 1 596, Henri ordonna « que la religion catholique, apostolique et romaine, et le libre exercice d'icelle, seroient remis en tous lieux et endroits du royaume , » et il tint la main à ce que l'effet suivit les prescriptions. De 1596 à 1610, sans jamais recourir à la force, il rétablit la messe et l'exercice du culte catholique
'P. C»yat,Chron. nov., 1. VI», p. Tïa-7M; Chron. «epl., 1. 1, t. U, p. 86, >7. — Thuntu, 1. CXX, g 11, t. V, p. 731, TSS; I. CXXXIV, gU, t.VI,p. S!l«.
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LB CLCRCé RBMI8 EN POSBES8I0N Dt SE8M11S0NS ET DE8B8 BIBNS 7t3
dans plus de trois cents villes, dont ils avaient éiè bannis l'espace de quarante ans. En même temps, il délivra les églises des profanations, les archevêchés, évêchés, preshytères, des epvafaissements qu'ils avaient sans cesse subis, et qui avaient eu pour conséquences de troubler et de suspendre sans cesse l'administration des diocèses, la célébration des oflices,'la prédication, l'administration des sacrements. Défenses, sous les peines les plus graves, furent failles aux gens de guerre de loger désormais leurs . troupes dans les églises et dans les maisons des ecclésiastiques, tant à la ville qu'à la campagne, d'y établir des corps de garde, de les transformer en écuries pour leurs chevaux, de spolier les membres du clergé, de vivre à leurs* dépens '.
Dans un temps où l'ir^lise, au lieu de recevoir des traitements de la société civile, lui payait un fort impAt, il était à la fois de l'intérêt de l'Ëtat et de l'intérêt de la religion, que ses propriétés fussent respectées. En effet, d'une part, le clergé fournissait chaque année une subvention de treize cent mille livres, pour le paiement et l'acquit des plus anciennes rentes constituées sur l'Hâtelde- Ville de Paris : d'un autre côté, la pauvreté ou la gène ne pouvaient atteindre le haut et le bas clergé, sans que le service religieux , dont il supportait Ions les frais, en souffrit. Or, en 1596, d'après ladéclaration de l'évèque du Mans, orateur de son ordre, les ressources du clergé, depuis trente ans, étnient diminuées de plus des trois quarts. Henri lui en rendit une portion considérable par les dispositions des mêmes lettres-patentes et du même édit de mai 1596. 11 ordonna que les biens appartenant aux ecclésiastiques leur seraient restitués sans délai, par
' Letlres-patentei, el idit «n IS artioled du M mai 1S96 daca P. Cayet. Chroa. qot., I. VIII, 1. 1, p. TU. — Uercure troOïoU, umés leio, t. I, fol. 484 recto.
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7U LIV VII. CH. VIII. fcTlT DE l'ÉCUAB DB FHiNCE EH t596.
tous ceux qui s'en étaient emparés à main armée durant les derniers troubles. 11 défendit aux trésoriers généraux, aux maires et consuls des villes, de taxer et imposer désormais les ecclésiastiques dans les emprunts qui seraient contractés ; de les faire contribuer aux munitions, fortifications, subsides et aides des villes '.
Telle est l'importance de ta bonne et régulière admitration des diocèses, qu'elle ne peut périr sans menacer - dans leur existence le culte et la religion même. L'cvëque du Mans signalait ce danger au roi, et lui exposait le trïste état de l'Eglise en 1596. De quatorze arcbevêchés, six ou sept étaient entièrement sans pasteurs, et dans le nombre, on en remarquait tel qui n'en avait pas eu d<>puis quarante ou cinquante ans. D'environ cent évècbés, on estimait que trente ou quarante étaient dépourvus de titulaires. Des gouvernements aux abois, des courtisans avides avaient perpétué la vacance des sièges , pour s'appliquer les revenus qui étaient considérables. L'évèque du Mans demandait à Henri de remédier à ces abus, et de pourvoir tous les diocèses de cbets spirituels, en rendant à l'Église les nominations enivant les anciens usages, et en faisant publier en France le concile de Trente, n le pressait en outre de détruire tes économats spirituels établis pendant la querelle entre la France et la papauté, qui perpétuaient la scission avec la cour de Rome, et qui sous le rapport de l'administration avaient laissé k désirer. Parles lettres-patentes du mois de ma, Henri sapprima les économats spirituels, et pendant ta vacance des sièges, rétablit les chapitres des églises cathédrales dans l'administration du spirituel à laquelle ils avaient droit. A partir de 1S96, il pourvut successivement tous les diocèses d'archevêques et d'évèques, institués conformément
t OiMoarsde l'év£qae du UaDi,duposiUotu des Lettrea-paleulM et de l'édit du DioU de mai ItSS, duu P. Gayet, ibid., p, 719, 716.
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ÉTAT DB L'ËCUSE DE FKANCF. EN 1596. 715
AU coacordat, le roi ayant la nomination , le pape l'approbation et la confirmatioa '. Mais en remplissant les sièges, le roi écartait deux des demandes du clei^é : la nomination des prélats par les Eglises, laquelle elle aussi avait présenté les plus graves inconvénienis : la piiblicatiou dans le royaume du concile de Trente, à laquelle le Parlement et le Conseil d'Etat s'opposaient.
L'un des grands maux et l'une des grandes faiblesses de l'ordre religieux pendant lé xvi^ siècle avait été le défaut de savoir, de régularité de moeurs, de sévérité de conduite , de ponctualité dans l'accomplissement des devoirs, chez la plus grande pai'tie des hauts dignitaires ecclésiastiques : ils avaient mal édifié les fidèles et mal administré les diocèses. La faute en était par moitié au gouvernement des derniers Valois, par moitié au clei^é lui-même. D'un cdté, les rois avaient pris les archevêques et les évêques parmi des sujets peu faits pour ces fonctions, et dans quelques cas, parmi des enfants^. Aucun de ces choix vicieux n'était imputable à Henri IV : c'est ce dont il protestait publiquement sans crainte d'être contredit : « Je ne suis point auteur des nominations, les i> maux estoient introduits avant que j'y feusse venu°. » Mais le mal n'en existait pas moins. D'un autre cdté, l'évéque du Mans supputait que les prélats qui avaient acquis leurs sièges par les simonies et par les confidences *, et ceux qui négligeaient de s'acquitter de leurs
' DiscouT* de l'évAqne dn Mane el Lettre e-patentes dn 10 mal I5S6, dam P. Cayet, ibid., p. 72i B, TIB A, 71s B. Plus ci-^rè«, la ripouse du roi aux députés du clergé' an 16D6.
■ Discours de l'évéque du Hens, p. 19t B.
* P. Cayet,Cbron. sept-, 1. 1,'t. Il, p. 37 A. « Jiianl que j'y feuiit » venu, a Avant que je lusse venu aux Domioations, sTaot que j'en russe chargé comme roi.
> Simoni«, coDientioa illicite par laquelle on donne ou on reçoit une récompense temporelle, une rétribution pécuniaire, pour quelque
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746 L. VII. CH. VIII. AVEnTISSEMeirrSDOKHtSAtICLBnGCFAnLBIlOi.
charges, forniaii>nt les trois quarts du haul clei^, chez lesquels la diacipliae avait entièremeat péri. Il dénonçait ces désordres au roi, et réclamait inslamment l'interveii' tion de son autorité pour y mettre un terme*. Henri y travailla avec le plus (çraud zèleet avec la plus grande suite. Orappela sans cesse etdansleslermesles plus énergiques, le haut clei^à l'accorupliBsement de ses devoirs dans les ré|>0Dsesqu'Ll6t aux diverses députation's de cet ordre. £n 1598, il lui disait : « Falotes par vos bcms exemples que » le peuple soit autant exhorté à bien faire, comme il a » esté cy-devant destourné. Vous m'avésexfatolé de mon » devoir, je vous exhorte du vostre. » Au mois de décembre 1605, il ajoutait : « Pour ce qui est des simonies et » confidences, comoieacés à vous guérir vous-mêmes, et » excitez les autres par vos bons exem^des à hteo faire... H Je vous veux maintenant dire un mot en père. Je suis f offensé de la longueur de vostre assemblée et du grand 0 nombre de vos députez. On assemble ainsy un grand » nombre de personnes quand on a envie de ne rien faire » qui vaille. Je suis estonné des brigues qui se font » parmy vous autres; vous réjouissez par vos divisions » ceux qui ne vous aiment point. Je veux à Tadvenir n qu'on ne face point un si grand nombre de députez; et
chose de saint et de spirituel. — Ccnfidence, conrention aecrËte et illicite par laquelle une p<;r«otine donne, ou fait donner uq béuéBee à une antre, à la charge que le titnlnirelui en donnera on lui en laÎMera la diapoutionou lererenu f Diction, de l'Académie).
■ DÙcourB de l'évéque du Mans au roi en 1S96 ; r H noni deaplaist u beaucoup de descouvrir la bonté et yergogne de Dostr« etlat, mwi n il est nécessaire que le mal se eagnoisse pour j chercher et apporu ter remède. Il se trouvera iei Iroisquarli des bergeriei et troupeaux D dépourvens de légitimes elvrsys pâleurs, etc.... Ce dont nonssTOiis a charge de faire plus grande instance k Vostre Majesté, est le reata- » bli«seiiient de l'honneur de Dieu preique detcieu par tout h rvgaomt, II tt df lu diicipline tant nécessaire en noitre ordrt. Pour cela neut n imploron! votre aulhorité et puiitanceroi/ait.*f.C%jet,Ctsroii.ait., I. VIII, t. I, p. m A, TIS B.
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nëTORMBSOPËnËEAPAAHniRIDANSLepenSONNBLOtlHAtrTGLEIIGË. "iM
'» pour )e présent, regardés d'abréger, ou autremeRtje vous n retrancheray. 11 y ea a qui fout boaoe chère eu ceste » ville aux de^pens des pauvres curez, et qoî font mes- » nage pour trouver plus grande espargne à leur retour. . . » Vous mettes par vos longueurs les pauvres curez à la » faim et au désespoir '. »
Ces sévères et .utiles avis, partis du trdne, l'avancement dans les prélalures réservé désormais aux seuls sujets dignes, contribuèrent à la révolution, que le roi poussa très loin par une suite d'actes tous dirigés vers un même but, l'épuration de l'épiscopat. A partir de 1996, il porta ses choix, pour les archevêchés et les évèchés, sur des hommes instruits, éclairés, d'une vie irréprochable, comme le prouvent les exemples de Benoist, de FenoiUet, et de beaucoup d'autres. En i 605 , il pouvait dire au clergé assemblé, avec l'assentiment de ce corps : « Quant aux estections, vous voyez comme j'y procedde. » Je suis glorieux de voir ceux que j'ay establis bien dif- H férents de ceux du passé. Le récit que vous eu avés p faict, me double encore le courage de mieux faire à » Tadvenir *. » Ce qui était déjà un fait, devint une loi, et l'excellente pratique dn gouvernement se transforma en un point de notre droit public, lorsqu'intervint l'édtt de 1606, qu'on doit considérer comme la base, comme le solide fondement, sur lequel le roi assit la réforme, et tarestauration de la discipline -dans l'Église de France. L'article I" de cet édit prescrivit que les sages règles, contenues dans l'ordonnance de Blois . présideraient désormais d'une manière constante au choixdesarchevêques
< p. Cayel, Ghroo. sept., I. I, t. Il, p. 17 A. — Lettres mUaives, I. VI. p. 689. B6S.
• Répons or&le du roi aux députée du clergé de France le S décembre 1605, dans les LeUres missives, t. VI, p. S6B, et dans le Uercnre trsDçois, 1. I, fol. 9S recto.
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748 L. VII. CH. VIII. UiloUISSANCEDESBSNÉFICESBENDtlEAUCLEIieÊ.
et des «véques, el seraient étendues au choix des nbbéset autres bénéficiers, choix qui avaient beaucoup souffert jusqu'alors comme nous allons le voir '.
Vainemi'nt les prélalures auraient été remplies par des sujets dignes, si les prélats n'avaient trouvé de bons ouvriers pour accomplir sous leur direction le travail évangêlique. Or, ils ue pouvaient recruter le eorps du clergé inférieur de curés et de prédicateurs qui fussent à la hauteur de leur tâche par suite d'abus iovétérés. Au moyen de ce que l'on nommait les induits et les confidences, presque tous les bénéfices ecclésiastiques étaient envahis par les Udcs :'les princes, les seigneurs et leurs protégés possédaient des abbayes, des prieurés, dont ils touchaient les revenus, dont ils disposaient comme de biens de famille. L'orateur du clei^é en 1596 dit: a Qu'ils les vendoient à beaux deniers comptans, les bailla loient en mariage , en troc et en eschange des choses » temporelles. » Les détenteurs de ces bénéfices les faisaient desservir par des prêtres pauvres et ignorants, auxquels ils donnaient de faibles gages, ecclésinstiques aussi inutiles au service de l'Eglise que les laïcs eux-mêmes. Henri, dans les premières années de son règne, avait laissé subsister cet usage, existant bien longtemps avant lui, et les cboses en étaient arrivées au point que souvent .les bénéfices étaient tombés en partage à des protestants, sous le nom d'ecclésiastiques désignés par eux : Sully
< Ëdit du mois de décembre tfiOE, daoa le Recneil des aDc. loi franc., t. XV, p. K04 : n Arlkle I". Que nostre intenliou et vouloir
I loujoura eatî et est encores, aTenanl vai^alioti de prélalures, ab » baj'es et autres bénéfices coDsistoriaux qui sont de noslre Domiui n tioii, de '.et pourveoir de iiersoDues de mérite, qualité elsuSisaDce » requise pour se bien el dignement acquitter de leurs charK^i- Vou-
II loQS à ceite lin les articles 1 . 1, S d« nos ordonoances dea Cststa u teona en ta ville de Btois en tB^S, el celles taictes sur les remous M trsDCes du clergé en ISSU, estre eiactemaol entretenus el ob-
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en QUI PERKGT DE POURVOIR LES CURES DE B0N3 PASTEUItR. 749
nous apprend lui-même qu'il avait obtenu de ia sorte qu^re abbayes lui donnant un revenu annuel de 45,000 livres '. A cette époque, l'Etat ne salariait aucun des membres du clergé, et le clergé ayant perduainsi le revenu et la disposition d'une grande partie de ses propriétés, ne pouvait rémunérer convenablement les ministres chargés de distribuer au peuple l'instruction religieuse et morale, de le rappeler à ses devoirs, de le soulager dans ses misères, de remplir les fonctions du culte. L'édit marque formellement que l'excessive pauvreté ayant chassé les desservants, beaucoup de cures étaient abandonnées, et celles qui ne l'étaient pas encore étaient dépourvues de bons pasteurs.
Le roi attaqua cet élatde choses dans le passé, et le détruisit entièrement dans l'avenir. En rendant au clet^, l'an 1595, une partie considérable de ses biens envahis et le privilège des exemptions, en lui accordant aide et protection, il lui donna les moyens décomposer avec les détenteurs laies des abbayes et des prieurés, et de lesrelirerde leurs mains. Beaucoup de transactions de cette nature furent consommées ou préparées dans la seconde moitiéde son règne : en 1611, quelques mois après sa mort, Sully rendait au clergé, moyennant récompense, les quatre abbayes dont il avait conservé jusqu'alors la possession et les revenus '. Quant à ce qui regardait l'avenir, le roi détruisit, par l'édit de 1606, tous les abus relatif iftux abbayes et prieurés, en assura la pi'oprlété et la disposition au clergé, à l'exclusion absolue des l<ûcs. L'article xxvni défendit aux gentilshommes de prendre eux-mêmes ou de faire prendre par personnes interposées, à titre
> DiscouTS de l'éTâqae du Uans eii 1S96, dans P. Ca;et, Ctiron. no»., l. VII[, p. lia A. — Sully, (Ecod. roy., oh. 1S7, t. U, p. 91 A, B.
• Sullj. OEcoB. roy , oh. 157, l. Il, p. M A, B.
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750 L.VII.CH.Vlll. nÉFORMB RELATIVE AUX PHÈDICATBUnS.
de ferme, le revenu (tes ecclésiastiques et condamna les coDlrevenants à des amendes arbitrùres '. Par les articles x\m et xxiv, les arclievèquee et évèques furent investis du droit d'unir aux cures les bénéfîoee séculiers et réguliers situés dans l'étendue de leurs diocèses, afin de amstituer aux cures un revenu suffisant, et de leur donner des personnes de !a capacité requise pour les bien desservir. Il fut défendu aux cui^s , ainsi pourvus, de se livrer désormais à des soins séculiers qui nuisaient à leur dignité et qui les détournaient de leurs devoirs^. L'édit acheva de pourvoir aux grands besoins de l'Église, et de l'instruction religieuse du peuple tout ensemble, par les prescriptions de l'article xi. Cet article portait' que les prédicateurs ne pourraient désormais occuper lescbaires qu'après avoir obtenu une permission expresse des évèqutts ou de leurs grands vicaires, chargés eux-mêmes de préserver désormais la cbaire des excès qui l'avaient déshonorée au temps de la Ligue, non pas seulement au point de vue politique, mais au point de vue de la morale et de la doctrine évangélique'.
Le roi avait donc pourvu au bon choix des ecclésias-
> Édit de 1606, dans le Recueil des bdc. loii franc., t. XV, p. 911, Slî. n Nous todIous que tes gentilsbommes qui, par eux et pu pern aonoe» iuterposées, prennent on tout prendre, à litre de ferme, le D revenu des ecclËBiastiques, aojent condamnée à amendes aiiri-
■ u Pour ce que les bèDéflces se trooTent «onvent iffectei aux ian dullaires on graduez, demeurant par ce mo^en ptiuiturt eurts abant. données, pour en ttire U revtnu trop ptlil el beaucoup d'églisa dén nuées de personnel dt la capacité requise pour lei bien dess«rmr,poar u h quoy obvier, nous avons ordonné et ordonnons que les arclieve»u ques et évesques, chacun en leur diocèse, pourront procéder aui- B dictas uuions tant des bénéfices iiécnliers que réguliers. — Les curés Il ne pourront prétendre estre préférez pour les banidcs dtmes, cetU n préférence uslsnt un moyen de destourner leedits curei de leurs n charges, Remployant à choie téculiire, contre lew profettioH. »
•Article II, p. SD7.
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n&TABLlSSEHENT OU FONDATION DE DIVERS ORDRES RELiaiEUX. 75 1
tiques depuis le curé de campagne jusqu'à l'archevêque ; il avait pris des mesures pour qu'ils donnassent à ht religion l'appui du talent et d'une vie irrépruchable ; il avait fait entrer la règle et la décence dans l'Église gallicane. Si une nouvelle réforme dévint nécessaire pendant le cours du xvii« siècle, c'est que les gouvernements qui succédèrent immédiatement à celui de Henri IV se départirent de la conduite qu'il avait suivie, des lois qu'il nvBit portées.
Dans l'opinion populaire, les ordres monastiques faisaient partie intégrante et nécessaire de la religion , et la plupart des anciens ligueurs n'auraient pas cru !e roi sincèrement converti et bon catholique, s'ils ne lui eu ' avaient pas vu fonder. Pour dissiper leurs doutes, Henri établit ou restaura plusieurs maisons religieuses d'hommes et de femmes. Parmi ces ordres rehgieuz, les uns, t«Is que les Capucins et les Feuillants, placés par lui près des Tuileries, n'étaient destinés qu'à édifier les fidèles ; les autres devaient, en outre, servir la société, les Jésuites dans l'éducation de la jeunesse à la Flèche , Moulins, Rennes, Poitiers, Amiens, £u, Caeu et en Béarn ; les frères de la Charité dans les maladies des pauvres ; les Récollets dans les missions de l'Amérique septentrionale où ils portaient la foi chrétienne, l'agriculture, la civilisation '.
La protection accordée par le roi aux intérêts de la religion s'éteudit au dehors aussi bien qu'au dedans du
< L'auteur <Ie3 Ëpilogaea, dftoa le Ueroure trançoU, année 1610, t. I, toi. iU recio, — P. Cajet, Cbroa. sept., aanÈe 1GD4, I. VU, t. 11, p. 2Sa B. — Legrain, Décade, I. VUI. L'élablisaeinent des Hécollets date de 1SS6; celui des Frères de In Cburité ou SaioMeankle- Diej, de l'anaëe teOS. Voir enr ces religieux ci-dessuB, paires 605, 606, 697, 698. On aile encore comme établit ou re»laarâB par Henri IV, lea Auguatim réfoimés, les Bamabiteiflee Capucina, le* FeuiUauts, tes IUdUdïs, les Capucinei, les CarméliU».
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75Î L.VIl CB.VIll. LBSSAINTSLIBVXUtlVÉSDKLiDEilTttUCnOK.
royaume. Le sallan Achmet avait ordonné qu'on minit le Saint-Sépulcre, qu'on consacrât les vases sacrés à des usages profanes, qu'on livrât l'église aux musulmans, qu'on eachahiàl et réduisit en esclavage les religieux établis k Jérusalem. Henri , comme roi très-chrétien, comme prince visiblement destiné àdevenir chef du parti catholique en Occident depuis l'abaissement des monarques espagnols, avait un double intérêt à empêcher la profanation commandée parlesuUun. Il intervint à temps par son ambassadeur de Brèves, obtint la rétractation de l'ordre émané de la J*orte Ottomane, sauva les Lieux saints de ta destruction, les rebgieus du cruel traitement qui leur ét^t destiné, et remît en plus grand honneur que jamais le berceau du christianisme '.
En épurant le culte et en le protégeant partout, en prêtant à la religion le concours de son pouvoir et de ses lumières, [lenri avait satisfait aux plus nobles et aux plus purs sentiments de l'&me humaine. Après la religion, le développement de l'inteUigence , la culture des esprits en France se recommandaient à sa sollicitude. Dans l'ordre de.ses préoccupations ils tinrent évidemmentun rang trésélevé, et devinrent l'objet de réformes et d'institutions de la plus haute importance. Les assertions contraires contenues dans quelques ouvrages modernes, sont dénuées de tout fondement, et trouvent leur réfutation dans le témoignage unanime des historiens contemporains et dans les faits. Le degré de protection qu'un gouvememenl accorde à l'instruction publique, aux lettres et aux sciences, est ordinairement en rapport avec le degré de connaissances que le prince possède personnellement, ou au moins avec son goût plus ou moins vif pour les choses de
* L'HaUur das Epilogues, dans le Uercore baaijo'iB, I. I, fol. 4Bt Teno. Voir de plus dans ce volume l'article it du (raiti conclu en ISOi entre la France et UTurquie, p. «SS-iVO.
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DECRÉ DB CULTUHK INTEILKCTUBLI^ OUB POSSÈDE LB ROI- 753
l'intelligence. Placé de très-boDoe heure par son père au collège de Navarre, l'un des collèges de Paris, où il se trouva le condisciple du duc d'Anjou, plus tard Henri III, et du duc de Guise, Henri IV reçut dans cet établissement de son précepteur La Gaucherie, docte dans la langue grecque, les éléments dune instruction solide et variée. Les sublimes modèles de l'antiquité lui furent familiers dès l'enfance. En effet, à l'âge de dix ans, prenant part avec le reste de la cour de France à nue loterie nommée blanque, il emprunta au grec, dont il pouvait déjà faire un usage familier, les quatre mots H NIKAN, H AnOQANEIN fou vaincre, ou mourir), qui restèrent quelque temps une énigme, et devinrent en suite un épouvante pour Catherin^ de Médicis. Plus tard, il étendit et perfectionna ses connaissances sous la direC' tion du savant et ingénieux Florent Chrétien, traducteur de plusieurs ouvrages grecs, latiniste non moins habile, et en même temps l'un des'auteurs de la Ménippée. Casaubon avait vu une traduction des Commentaires de César, faite par Henri au temps de sa jeunesse , et écrite tout entière de sa main *. Dans les auteurs de la Grèce et de Rome,
< p. Unthieu. n Le jeune prJDce de Bëarn fut mis au collège de Na- » Tarre pour ; estre iOiitTuict aux bonDta lettre» : il j eut pour coin- Il gDOoe le duc d'Anjou (Heuri 1[[), qui taci son roi, et le duc de » Gui^, qui le raulu^t esire, n — P. Cajet, Chrou. nov., 1. Il, t. 1, p. 166 A. <■ Le ptioce de Navarre estoit enlevé prËa le roy Charles, et » inonelroit ta sqq jeune aage d'entauce uoe grande deilérité d'ea- II prit. De toutes les aenlcnces qu'il a apprises, il n'en a affecté pas B DDe taut comme celle qui dit : H NIKAN, H AOCOANEIN, nul vin- » cert, ttul tnori', de laquelle il usa dans une blauuque qui fust oq- II verte l'an I56i et 1S6( dans le cloisireSoiact-Gcrmaïude l'Auierrois, n lA où plu^eurs fois ce billet fut leu, ei emporta plusieurs bénéfices. ■ o La ruyne mère, Catherine de Médicis, vouloit s^avoir de lul-oiesme B que c'esloil à dire, ce qu'elle ne pustjamab obtenir de luy, quoi qu'il I' Qefu«l lors qu'un earaut.Néautmoius elle eu sceut bien le »enj,ciir u elle estoit trop bien assistée; mais elle défeudilde iuy apprendre pins u de tcllejisenteaues.diiiant queu'estoit pourle rendre opmiaslre. a — Casaubon, Préface h l'édition at à la traduction latine de Polybe;
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754 L. VU.CH.VIII. DeaBB DE CtlLTURB INTELLCCTUELLB DD KOI.
il {Hit les graods seotimeats , l'esprit d'héroteme, les maximes d'uDe politique élevée et d'un bm gouvernement; mais il u'y prit pas que cela. Il y puisa ai même temps le goût du beau, la passion pour les oeuvres du géuie, dont il oroa d'abord sou intelligence, et dont il voulut se servir ensuite pour féconder celle des peuples soumis à sa domination. À cette étude des anciens, il joignit celle des meilleurs écrivains modernes, et la lecture d'Amyot en particulier avait un cbarme puissant pour lui. U a réuni ses deux admirations pour Plutarque, qu'il entendait dans sa langue, et pour Amyot, dans une lettre déjà citée et qu'on ne saurait trop reproduire. A la date du 3 septembre 1601, il écrit à la reine :
• Vive Dieu ! Toug oe m'aorifs rien sceu nuader qui me fust plus
> agréable que la nouvelle du plaisir de lictures qui vous a prias.
• Plutarque me gourit toujours d'une Treaclie Douveaulé; l'aimer ( c'est ra'aimer, car il * Mi l'instituteur dt mon bas uge. Ha bonne
• mère, ji qui je doiba tout, et qui avoit une afiectioD ù grande de I veiller 1 mes bons déportements, et ne louluir pas, se disoit-«Ue,
> Toir en son SU UD illustre ignoraot, me mit ce livre entre les
• mains, eocore que je ne Teu^se i peine plus un enrani de mamelle.
• Il m'a esté comme mt conscience, et m'a dicté i i'oreille beaucoup * j> de bonaes hooudtetei, et maximes excellentes pour ma coadoile et
• pour le gouvernement des affaires*. •
Dans ce commerce constant avec les plus beaux génies des temps anciens et modernes, Henri développales rares qualités de l'esprit qu'il tenait de la nature. Û devînt un excellent auteur dans le genre épistolaire. Il fut, seloo
Paris, 16(10, io-fotio. L'auteur, k la page tl de celte pré face, s'adreese an roi et lui dit : « Quid quod Julîl Cesaris libroa de Beilo gsilico,
i> cùm epei lus Florens Cbristianus easet admotus in paliiom sermo» » nem efl «elate TCrtiiti. Yidi ipse, vidl, et maniùut flijce todietm » Iraclavi, qtii luam illani inierprelalùHum conlinem, fud metiptiut a manu non iuelegauter est descriptus. » < Recueil des Lettres missives, \, V, p. 469, tes.
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SES misé ET BON PLAN POUR L'INSTRUCTION PUBLIOtB. 755
l'expression de ses vieux historiens, a le prioce le mieux D disant de son temps ' , » un remarquable orateur , comme le prouve la suite des diséburs que nous possédons de lui dans les genres les plus diiférents, depuis le premier jour de son règne jusqu'à la délibération sur le remboursement des rentes en 1604; discours qu'il com< posa tous lui-même, comme celui qu'il prononça à l'ouverture de l'asseuablée des Notables réuDia à Rouen en fournit ta preuve matérielle^. Convaincu par son expérience des immenses secours que l'on tirait de l'instruction, il voulut la répandre à pleines mains sur la France, et cette pensée donne l'explication des nombreux et libéraux étabUssements dont nous allons présenter le tableau.
Henri se conduisait par k grande maxime qu'un État est ce que le fait sa jeunesse. Cette idée le conduisit à ranger l'instruction publique parmi les services qui réclamaient le plus spécialement son attention et ses soins adminbtratifs. M y distingua l'éducation etTinstruction. Nous allons entendre ses commissaires, ses représentants, proclamer en son nom que l'éducation doit former des hommes religieux et moraux et de bons citoyens : nous le» verrons prendre toutes les mesures nécessaires pour que l'éducation produisit ces effets, et donnât ainsi à la société la seule base solide sur laquelle elle repose. Quaot à l'instructioD, le roi estimùt que l'excellence des services publics dépendait entièrement de l'excellence de l'instruction en France. Les historiens du temps nous apprennent qu'il regardfùt l'Université « comme le
> u Le ro7 que l'rui peut dire avoir eaté le plue eage politique, et • mieux disant prioce de son temps. • (Mercure fTauçoie, année 160S, I. 1, folio 99 recto.)
' Voir la reprodoclion de l'autographe de ce diecouN entièrement ëorit de bb main, et chugè de raturas, dans le Recueil des Lettres mîaaiveB, t. IV, p. 6li7.
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756 LlV.VII.CH.Vlll. L'fiDOCATlOIf BT L'INSTRUCTION.
» sémiDaire où estoient nourris et élevez , et daqael on B prenoit ceux qui puis aprez servent en la maison de n Dieu, sont appelez aux magistratures, aux gouvern nements et aux charges publiques, d Ed partant de l'idée que les diverses fonctions seraient exercées d'autant plus avantageusement pour l'Ltat, qu'elles seraient rem- |dies par des hommes qui auraient acquis par l'instruction une plus grande somme de connaissances, un es^HÎt à la fois plus puissant et plus juste, il résolut de donner à cette instruction, dans l'Université de Paris, toute l'étendue et toute la solidité dont elle était susceptible.
Quand il rentra dans Paris, il trouva tout enseignement secondfdre et supérieur anéanti par le gouvernement de la Ligue, et par l'effet de la guerre qu'elle avait si longtemps entretenue dans le royaume. Les élèves avaient fui des collèges, ou en avaient été expulsés : les classes de cesétablissements, envahies par la soldatesque, avaient été transformées en corps de garde , ou étaient devenues la retraite des paysans et de leurs troupeaux, chassés de la campagne pendant le siège de Paris et le long blocus qui avait suivi ce siège i les professeurs, au lieu de donner leurs leçons, avaient été contraints par les gouverneurs à monter la garde et à faire le guet ' . Les cours des lecteurs ou professeurs royaux qui formaient en grande partie l'enseignement supérieur avaient cessé , et sur quatorze de ces professeurs qui auraient dû être en
< Les mémoires contemporains disent de cerUins collèges ; " L'Uoi- » Tereitè fut converLle eu oo déaert, ou servit de retraite aux palsan», » Gtlesclasses des collègea se virent remplies devacheaetde veaux. » (Disc, sur les misères de U ville de Paris, dans les Himoires de U Ligue, t. IV, p. i\i.) Ils disent d'autres établistcmenla secondaires : « Les collèges furent rempUs de gens de guerre : tous les protesseun u et officiers de l'Université lurent contraiucts de monter la garde et u de faire le guet. b(Du Boutay, Uist. Uoivers. parisien., t. VI, p. BOI.J Sur ce point, comme sur tant d'antres, les énoncés de la Hèu^pé* (ont des faits historiques.
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ÉTAT DE l'instruction publiqub bn U94. 757
exercice , cinq au plus se trouvaient h Paris , au moment de la reddition de la ville'. C'était un enseignement à rétablir presque de fond en comble, et quand il serait rétabli, à réformer ou à développer dans toutes ses parties. Dans la faculté de théologie, et dans celle de décret ou de droit canonique, le seul qui îù.1 enseigné à Paris^ malgré l'honorable et constante résistance de plusieurs professeurs, les doctrines de révolte contre le pouvoir légitime et contre l'ordre civil, protégées par le gouvernement de la Ligue , avaient pris un déplorable empire ; les principes même de la morale avaient été altérés : c'est ce que prouvaient les nombreux décrets de la Sorbonne contre Henri IV, les sermons de Boucher et de tant d'aufa-es docteurs. Dans la Faculté de médecine, il fallait achever les réformes commencées sous François I", et de plus extirper des abus compromettant d'une manière grave la santé publique, qui s'y étaient introduits dans le désordre des six dernières années. L'établissement des lecteurs ou professeurs royaux, deuiandait à être développé et complété : il était nécessaire de créer plusieurs chaires nouvelles pour les langues orientales, la seule chaire qui existât, celle d'arabe , n'étant même pas remplie par de Lisie, alors employé dans les missions diplomatiques : il fallait encore créer des chaires pour les sciences naturelles, si l'on voulait régénérer la physique et la chimie et créer la botanique. L'euseignement secondaire, l'enseignement des collèges avait besoin de subir une transformation presque complète, de se rapprocher et de s'appuyer sur
< Cest ce qui eat établi par les signatures apposées an bas du sermeDt aigDé leSlavrillS» (Mémoires de taUgue, t. VI, p. s5).Sein chaires an ieut été toudées par Frauçois 1" et ses successeurs juaqa'à Heari IV ; mais les gouTememeiiU précédeoU en avaient laissé quelqoes-uneg vacantes, et, en 1E94, il u'; en avait que quatorze remplie*, ou ptotAt ayuit dea titulaires.
758 L. VII. CH. VIII. BFPetS M L'tKTI(HnTË<',nBCQUBBT LATINE.
t'aDtiquité, bien plus qa'îl ne fusait alors, pour devenir vraiment atile.
La masse de connaissances et d'idées que l'antiquité grecque et latine répandit dans la société depnis la Renaissance est prodigieuse. La littérature et l'art des anciens possèdent des modèles d'une perfection achevée, dont l'étude réfléchie suffît pour développer dans les esprits toutes les qualités qui constituent la supériorité intellectoelle , l'imagination , la raison et le goût. Dans lee scieoces, les anciens n'ont pes parcooru la carrière tout entière ; mais ils ont fait la moitié du chemin, découvert la moitié de la vérité , et ee que leurs écrits contiennent de données capitales, de notions lumineuses sur les mathématiques, la mécanique, l'histoire naturelle, est énorme encore. C'est au contact du génie ancien qoe le génie moderne, en France comme en Italie, a dû une force et un élan nouveau, fécond principe des premiers cbefed'œuvre dans la littérature, dans les beaux-arts, dans les scioices, dons les arts utiles tout ensemUe. L'antiquité grecque et latine fut étudiée pour la première fois d'une manière sérieuse et inteUigente sous le règne de François l". Et les esprits doués tout à coup, et comme par enchantement, d'une puissance créatrice qu'ils n'avaient pas eue jusqu'alors, produisent à la fois en France, dons la littérature, les écrits de ïUbelais, d'Âmy^ot, de Montaigne ; dans les beaaK>«rts, le Louvre de Lescot ; dans les aris utiles, les premiers produitsdes indostriee manufacturières dont Henri 11 se parait à son sacK, le premier système des canaux de grande navigation, les premiers ponts solides, construits par des architectes français, qui aient été établis à Paris ut dans les provinces.
Nulle part l'étude des auteurs anciens n'était placée plus utilement pour l'intérêt public que dans l'enseignement secondiùre. En effet, sur vingt mille élèves que
CETTSÉnmE DBVAirfcTHBPLACiB PniNCIPALBH. 'DANS LEBGOLLËOES. 759
comptait rUoiversité de Paris en 1 562, avant les guerres civiles, quatre mille au plus suivaient l'enseignement supérieur des Facultés et des professeurs royaus : les seize mille restaab, qui devaient en si grande majorité occujter les divers postes dans l'ordre civil, remplir les diversservices dans la société, se bornaient à rensei{<nement des collèges. L'étude des chefs-d'œuvre de la Grèce et de Rome, qui depuis la réforme opérée sous François I" en 1534, avait fait, jusqu'à l'aonée 1562, de grands progrès dans les collèges, s'étùt ensuite ralentie et presque perdue pendant la période des guerres de religion, époque où l'atlenlion du gouvernement avait été violemment distraite ailleurs, et où l'autorité des recteurs avait été méconnue au milieu du désordre général. Les auteurs grecs et latins avaient été presque partout remplacés, dans les classes des collèges, par des traités pédantesques composés au moyen âge sur diverses matières, ou par des compilations et des manuels faits récemment et qui ne valaient pas mieux. De sorte que l'un des commissaires nommés pour connaître de l'étal des études en 1595, pouvait dire avec exactitude que l'enseignement des collées était revenu en général au point où il se trouvait lors de la réforme opérée par le cardinal d'Estoutevîlle, cent cinquante ans auparavant, sous le règne de Charles Vil : le commissaire ajoutait que le progrès des études et des esprits demandait que les règlements et statuts portés à cette époque reculée , et régissant encore l'Université, subissent de profondes modifications, et reçussent des additions, des corrections et des changements '.
> Tbauiii*, Hist., lib. 138, g n, t. V, p. B(S. a [DspectU à GuialDpo Il TuUvilia cardiiuU anle CL umi», ad ejuBdem Acâdemùr instauiB'
■ tioDem, CaroloVri regfl conditiï kgibiw ac 8talutis,cùmea mppleri,
■ ialerpTBiati, et ia meliùa muUri, Mi litleraria initretst comperiea sent, ete- ■
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760 L. VII. CR. TDI. ITATDE CETTt ETtJBE DANS LES COLLÈGES EN |5%.
Henri rétablit toat, réforma et compléta tout, dans l'tmseigoement supérieur et dans l'enseignement secondaire. Dès le 2 avril 1 594, quelques jours après l'entrée du roi dans Paris, le recteur Jacques d'Amboise et plusieurs membres de l'Université, qui s'étaient signalés par leur fidélité envers lui, pendant le règne de la Ligue S vinrent volontairement et spontanément porter à ses pieds l'hommage de leur respect et l'assurance de leur obéissance : ils le supplièrent en même temps de leur accorder sa protection pour le rétablissement des études. Le 22 du m^me moia, te recteur, les doyens des Facultés des arts oa des lettres, de médecine, de droit canonique, de théologie, les cinq lecteurs ou professeurs royaux {H%sents à Paris, les principaux régents des collèges, avec bon nomi»e d'écoliers déjà revenus dans la capitale pour renouer la chaîne brisée de l'enseignement, jurèrent et signèrent un serment de fidélité à Henri IV, dont la teneur noue a été conservée. Cet acte avait alors une grande importance, puisque le roi n'étant pas encore absous par le pape, beaucoup de catholiques hésitaient à le reconnaître avant la décision du pontife, et que l'exemple donné par l'Université entraîna les autres corporations, et les divers ordres religieux, excepté les Jésuites et les Capucins*. Aussitôt
' D'Amboiw, sous le rigDft de la Ligue, avait didiA an roi la thiie <xmpo»ée par lui poar prendre ses gradea eo médeciDe. Lestolle nous npprend < qa'il fiist troablÉ pir le reclenr eu iia réception, et qu'un a décret de prise do corps fut Udcë contre laj. »
• Ou Boulaj, Hist. DniTers. parisien., t. VI, p. 816, BIT. — Acte pnblic et iDStrameot de l'obéisiance j arée et si|inée au roi tré» cbreilien Henri IV, dan« les Hé m aires de la Ligue, t. VI, p. B8-9S. A. lapageBB, il but relever la clrcoaslaace suivante daasle serment signé, laquelle prouve que, peu après la redditioa de Paris, beaucoup d'écoÛers reotrArent daaa ceUe ville pour j recommencer les études iaterrompnes : fl Sont auu; comparus.... les professeurs public* du roy, prÎDcipanx ■ des collèges, maietres es arts, pédagogues et grand nombre d'achoi> lier». » — p. Gavet, Ohron. nsv., 1. VI, t. 1, p. STI-STS. A U page 511 A, il donne le même détail. A U page G71 B, il fournit le entrant
C0HM1S8K>N CHARGtB DB LA BÉFOIIHE DE l'uNIVERSITR DES 1595. 761
après la prestation de serment, le gouvernement du roi ouvrit les classes des collèges, rétablît les leçons des professeurs des Facultés, ainsi que celles des professeurs royaux, rendit son cours à l'euseiguement public, suspendu depuis six ans, alangui depuis trente. C'était déjà un immense bienfait, puisque non pas seulement la supériorité intellectuelle, mais même ta prospérité matérielle de la nation dépendait du degré de connaissances et de lumières qu'elle pouvait puiser dans l'instruction, et que Paris était le centre principal, le foyer de l'enseignement public dans le royaume.
Henri ne borna pas là ses vues : il aspira à quelque chose de plus grand et de plus ufile, et à peine il vît les écoles rouvertesqu'il songea à leur appliquer les réformes nécessaires au point de vue de l'éducation et de l'enseignement, et à donner à l'enseignement tous les développements dont il était alors susceptible.
Dès le mois de janvier 1595, il chargea de ce travail RenauddeBeaune, archevêque de Bourges, et six commissaires, parmi lesquels on comptait Achille de Harlay et de Thou. La réforme fut faite sousl'influence directe de l'autorité royale, sans qu'en aucune manière l'autorité ecclésiastique, ni le pouvoir pontifical y intervinssent, comme dans les précédentes. De Thou releva cette différence dans un discours qu'il prononça plus tard '. La puissance séculière rentrait ainsi en possession de l'une de ses plus importantes prérogatives, mal à propos aliénée, puisque l'inslruction, formant l'une des branches des services pu-
qtii est notable : « Le secood jour d'sTril... le recteur et sucuoe docu teure et eupposU de rOuiversilé, dt Uur propre mouvement et 11 franche vulonii, ollèrtat en corps te prosterner aux jiiedsdn rof. n ■ Du Boolaj, HUt. univers, parisien., t. VI, p. Bfll. — Thuanut, [Ust. lib. 1S3, t. V, p. 4!Sll-tSî. — AI. Dabarle, Hiit. de l'Univers., Lir, p. ni.
7Bt L.VII.CB.VII B8PIUTD.VNSLeQUELTRATAILt.lLACOIIina8IOR.
hlics, appartient incontestablement au pouvoir temporel, et qu'elle doit être mise en rapport avec la naturedagouvt^nement et l'état de la société.
Le travail de la réforme fut fait non pas dans nn esprit de cbai^jeiuent, non pas dans un système de contradiction avec la marche de l'esprit humain et des études en France depuis Charlemagne et François I**; maisdaiisnn esprit de progrès sage et calculé : on voulut non pas innover à tout prix, mais améliorer. L'archevèqne de Boui^es et les commissaires du roi appelërent à toutes les délibérations, consultèrent sur tous les points les hommes spéciaux, les membres de l'Université tes plus distingués à la fois par leurs lumières et par leur expérience, le recteur, les doyens et les principaux professeurs des quatre Facultés, les procureurs des Quatre-Nations, les principaux de collèges. Ce fut d'après leur avis que tous les changements, additions ou explications apportés à l'ancien code universitaire furent décidés, et que les nouveaux statuts et règlements furent arrêtés '.
La discussion et la rédaction qui avaient duré trois ans et demi furent terminées au milieu de l'année isyg, et les nouveaux statuts reçurent la sanction du souverain par les lettres patentes du r<M, homologuées au Parlement le 3 septembre de la même année. X^ Parlement oomma trois commissaires pour soumettre les statuts à une dei^ nière révision, et pour procéder ensuite à l'exécution : les comoùssaires étaient de Thou, Lazare Coqueley et Mole, les trois lumières da corps dans les matières de droit pu-
' Thuuius, HUt-, lib. 1*3, § 1*, l, V, p. Bts. « Qtti graviter in ea re
D ]à>onraut, vocatiique accomuUit artium, mediciD(e,juriB vanoniciet » eacrs thcologlES decanis, ac protessoribot (irimariis uatioDam pn>- » curatoribus ai: ajmnasiarchû, atqae adeù Académie rectore... cum i> conditae l«gea ac itatuta snppleri, iDUrprelari, et in meliùs mulari B ralUtteraHn inlfiresie comperisseDt,iioTa«legeaât«tatiita<c turuna condideniut. ■
LS8 STATUTS POUR Là RtrOMlE DE L'UNIVeaSITR DE L'aN !600. 763
hlic et d'instruction. Ils firent qnelques additions adoptées |>arle PartemAnt. Le 18 septembre 1600, ils promulguèrent les nouveaux statuts d'une manière solennelle dons une asseniblée générale de l'Université, tenue aux Mathurins. Il y avait un statut spécial pour chacune des quatre Facultés ; mais les dispositions particulières de ' cbacun de ces statuts pouvaient être ramenées à des principes généraux que de Thon et l'avocat général Servin exposèrent avec une élévation de vues et une puissance d'analyse remarquables, dans les deux discours qu'ils prononcèrent *.
Les st^uts pourvoient, dès les premiers articles, à ce que la jeunesse des collèges soit élevée dans la connaissance et la pratique de la religion, à ce que son éducation soit éminemment chrétienne. Les mesures les plus efficaces sont prises pour qu'elle conserve une entière pureté de mœurs : on peut citer entre autres la surveillance exercée par des maîtres uniquement chargés de ce soin; le bannissement du quartier de l'Université de toutes les prttfessions capables d'entraîner les élèves dans le vice ou dans des dtatraclions dangereuses ; l'abolition des repas célébrés pour l'obtention des grades, qui étaient l'occasion de graves désordres. Telle était la puissance des déplorables coutumes léguées par le moyen âge, que les commissaires n'osèrent supprimer eu même temps les fêtes de la foire du Lendit, dans la crainte de soulever une générale et invincible résistance ; mais le Parlement,
■ Pour ces détails hittoriqaee el quelques antres qoi nihent, voir de Thou, itid., p. StS, 846. '- On trouve un exposË des Douveanx ■latnls de 1600 doiu l'Hitloire de l'Oniversitè de M. Dabarle, t. Il, p. 171, 177, aussi remarquable par la aùreté et l'élévation des prindpes que par l'èteudoe des recherches. Hait comme le point de vue anqnel le savant magistral considère les statuts diffère k plusisars égards dn nAtra, nous avons àH donner plus de développement ï l'exposé d'oQ cerUin nombre de dispositloos qni s'j trouvent conteanes.
764 L. Vll.Cfl. Vtll. L'ËOUCATION ET LA HORALB DANS LCe COLLÈGES.
qui était d'accord avec eux, accomplit cette tâche quelques années plus tard, par un arrêt de 1609, et compléta la réforme de la discipline. Enfin tes statuts prescrivent aux professeurs de rendre leur enseignement moral autant que littéraire : toutes leurs instructions doivent être ramenées et dirigées vers un même but, qui est d'inspirer À leurs élèves l'amour de la vertu, l'horreur du ■ vice; entre leurs mains, les études littéraires doivent être un instrument qui prépare et forme la jeunesse à une vie pure et à de nobles sentiments '. ^
Les statuts pourvoient ensuite, par plusieurs dispositions, à ce que la religion soit aussi éclairée que fortement établie : ils veillent à ce que la jeunesse soit prémunie contre les doctrines d'un catholicisme égaré, qm, durant les guerres de religion et surtout pendant la ligue, avait tant contribué à couvrir la France de sang et de raines, à la déshonorer, à compromettre son indépendance, à menacer ta société elle-même de subversion, après le renversement de toutes les puissances légitimes. Dès le collège, les enfants et les jeunes gens sont instruits et formés spécialement à prier pour le roi, à lui obéir, à se soumettre à l'autorité des magistrats, à entourer d'un égal respect ces deux pouvoirs, naguère méconnus si fatalement pour le pays *. Les statuU de la Faculté de théologie, dont les suppôts avaient contribué plus que toute autre classe de citoyens à répaniire la contagion de la révolte, prescrivaient diverses mesures propres à prévenir le retour de ces excès. Dans tes examens et les disputes publiques des Écoles, il était défendu d'émettre au-
< Stalula FacutUtis nrlium, artic. i, m, xvu, IIU, ILti.
■ SUtaU Kauultatis arllum artic, vi (duis le liecaeil des lois et règlemeQld coDcemuit l'iiiBtxuclioQ publique, t I, p. t. tn-8°) : n Puerï Il juveuesque qui iiutituuQti>r,iiiiprimie régi diridiianissimo beiw preu cttri el obedire, et nmgietratibua p&rere doceautur. a
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L'iNBTAUCriONflEUftlBUSKDlHSLESCOLLÉaESETDANSLBSFACtlLTtS.VfiA
cune opioioD qui fût contraire à la doctrine des saints Pères et de l'Église chrétienne, qm pût porter attente aux droits et à la dignité du roi et du royaume; le candide et le président de l'exanien qui se mettaient en contravention avec cette défense encouraient des peines sévères. Nul étudiant dans aucune Faculté, mais surtoat dans la Faculté de théologie, ne pouvait obtenir aucun grade ou titre universitaire, qu'après avoir fait serment àe se conformer aux lois du royaume, d'obéir au roi et aux magistrats, de ne rien entreprendre contre le gouvernement et les magistrats '. Les droits du roi et du royaume, les lois du royaume étaient les libertés gallicanes, comme venaient de l'établir Pierre et François Pithou, dans deux traités publiés en 1594 *. Les libertés gallicanes établissaient l'entière séparation du pouvoir spirituel et du pouvoir temporel, la complète indépendance de la puissance temporelle à l'égard de la spirituelle, l'obligation étroite pour les sujets d'obéir à la puissance temporelle dans tout ce qui était de su compétence, conformément aux maximes de l'Évangile et des saints Pères. Les prescriptions des statuts consacraient ces principes, concouraient an triomphe de ces libertés. Les sùnes doctrines, désormais régnantes dans les Écoles, devaient être portées dans la société et y dominer, puisque les étudiants en étaient imbus dans les Écoles mêmes, et que tous étaient tenus de les adopter publiquement, s'ils voulaient
> SlBtota Facnltatto aacrs theologiœ, article xi. « Attteqoam adgra- » dum aliquem admiltuitur, jurent le Gallia legibui vkturo», régi a christionissimo el magUtratibus morem gesturos, aihil coDira rem- . 1 publicaiu aul magialnvlum roolituros. n Article xxiu. « Nibil a doc- •I Irind thrisHand alieDiim,nibiI caolra Patnimorthodoxorum décréta, » iiihil contra regU rtgnique Gallici jura et diguïtalem dUpuletur sut Il propODatur : ii secus [ccerunt, et sjndicuB et prssed et respoudeu* H extra urdiDem puoiantur. u (Pogea tJ-(B.)
* Ces deux traités sont insérëB dans le tome V des MËmoireg de la Ligue, pagee 7iS-779. Amstardaid^lTSS.
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ï66L.VII.CR.Vlt1.PRlMCll>E8Qnil>BËSlDeNTAL'lNBTni)CT10HSn:0NDUItE.
obtenir les grades qui leur étaient nécessaires pour remplir les diverses fonctions civiles. Ainsi, dans tous les points où l'éducation de la jeunesse se trouvait mêlée et confondue avec la morale et l'ordre public, les statuts de 1600 furent une éclatante revanche prise par la raison, par notre droit public, par la religion éclairée, sur les folies et les principes subversifs de la Ligue.
De réducation nous passons à l'instruction. Les statuts réglèrent et ordonnèrent avec une égale sagesse l'enseignement-secondaire ou des collèges, et l'enseignement supérieur. Nous nous occuperons en premier Heu de l'en* seigneœent secondaire, et nous rechercherons quels principes présidèrent à son organisation générale.
Les statuts firent entrer dans le cercle de l'enseignement classique les notions littéraires et les notions scientifiques, comme on peut le voir plus bas par l'exposé des matières dont il se composa. Ces notions étaient une préparation aux études spéciales du droit, de la médecine, de la science de l'ingénieur , de Fart militaire, études auxquelles les élèves devaient se livrer plus tard pour s'ouvrir l'une des carrières libérales. Ces notions composaient en outre un fonds de connaissances, et surtout donnaient aus jeunes gens des habitudes d'esprit, qui devaient en faire des hommes instruits, intelligents, appliqués, dans tous les services, dans tontes les professions. Une seconde vue d'ensemble fut le choix des ouvrages destinés à cet enseignement. Pour toutes les branches sans distinction, les livres de l'antique barbarie, c'est-àdire les traités composés au moyen Age, ainsi que les compilations rédigées par des auteurs modernes, à peu près également stériles pour la véritable instruction des élèves, furent également proscrits'. On ne mit entre les mains
1 StataU KacolUti* utic. ixui.,11 Libroe obâOleUw, neotaricos, qui
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L'ËTtniEDBSfilt&IRIBIIODBLBSDeL'ANTlQniTKBeULESatJFPBRrE. 767
des jeunes gens que de sArs et excellents modèles ; les auteurs orignaux fureat seuls étudiés, et firent l'objet de tous les exercices. Ainsi, l'idée des statuts était que les jeunes intelligeuoes, pour se fortifier et pour grandir, devaient se nourrir de la substance même des plus grands esprits. Un autre principe non moins élevé était que le dévelof^ment devait se faire d'abord par la littérature, qui exerce la raison et le jugement, puisque le premier mérite de tout bon ouvrage littéraire est la logique, qui éveille l'imagination, c'est-à-dire le principe même de toutes les grandes choses ; qui seule enfin fournit le moyen d'exposer les découvertes avec clarté, méthode et puissance. Il Le fondement de toutes les sciences, disent les • statuts, consiste dans la connaissance et la pratique des B arts libéraux, qui ouvrent et fraient la voie à toutes les » autres sciences, au faite et au sommet desquelles on » monlecomme par degrés '. n Viète, Fermât, Descartes, Pascal, Leibnilz, qui joignirent les connaissances et le génie littéraire au génie scientifique, se chargèrent de montrer dansce siècle la toute-puissance d'une pareille al liance, de mettre par leur exemple cette vérité dans lout son jour, d'établir cette grande loi de l'instruction.
Nous arrivons maintenant aux matières de l'enseignement secondaire et à leur distribution. D'après les statuts, les matières de l'enseignement secondaire fureat l'étude des grammaires des deiix langues latine et grecque, la comparaison raisonnée de ces grammaires, l'élude complète des deux littératures latine et grecque, l'étude des
i> nuper ia gfmnasia invecti lunt, rejiciant, et ad purïorea [ont«fl re-
■ Slatata FscollaUs arlium, artic, im, dans le Recoeil, t. 1, p. k. V FuDdamentuin «deoliamm omnium in coguiLone et disciplina sr- » lium liberalium cooaistit, quie qiiitei viam aperiunl et atemimt ad n cteteras omnes ecientias et discipUnas, ad quarum fastigium et cul- » men qousi per gradua coiuueDdilur. a
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768L.V11 CH.VIII.HATIÈRESD'BNBBieHEM.DAHBL'lNSTROCT.SeCOIIDAIRB.
sciences comprenaotla philosophie, les mathématiques, la physique. La distribution de ces matières eut lieu de la manière suivante. Aux classes des plus jeunes élèves furent assignées les deux, grammaires et la partie des deux littératures dont l'intelligence était la plus aisée ; aux classes inlermédiaires, k comparaison des deux grammûres et la conlinualion d<'5 deux littératures ; aux classes de seconde et de rhétorique, la portion la plus élevée et la plus diiScile des deux littératures. Dans l'explication et l'analyse des auteurs latins et grecs, lesélèves trouvèrent les plus parfails modèles de tous les genres sans exception de prose et de poésie, depuis la lettre familière jusqu'au discours politique, à l'histoire, aux préceptes de la haute critique et de l'éloquence; depuis l'églogue et l'épitre jusqu'à L'ode et au poème épique. Ils Irouvèrent en outre l'histoire de ces litlératures, en partant des premiers chefs-d'œuvre et en s'arrêlant au commencement de la décadence, puisque la liste des auteurs classiques comprenait depuis Homère et Hésiode jusqu'à Théocrite, et depuis Plante jusqu'à Juvénal. Dans les classes élevées, les auteurs latins et grecs étaient expliqués non par extraits, mais en entier, afin que les élèves connussent Lien le plan et l'économie générale d'une œuvre, et la diversité des œuvres de chaque auteur. Ce qui était lu et expliqué d'auteurs latins et grecs dans les classes était énorme, et laissait peu de place aux autres exercices : évidemment le but des statuts était moins de former la masse des élèves à écrire élégamment dans les deux langues mortes, que de leur donner une immense provision d'idées et de bonnes formes : ceux des élèves qui plus tard étaient appelés par profession ou par goût à écrire en laliu, devaient acquérir cette facililé en suivant des cours, et en se Uvrant à des travaux en dehors de ceux des collèges. L'examen des statuts et quelques faits
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HATiSflES D'BNBBISNBHBNT DANS L'iNBTnOCTION BBCOHDAIRE. 769
connus tendent à établirque l'étude du grec fut bien plus étendue et plus forte sous le règne de Henri IV, et dans les temps qui suivirent, qu'elle ne le fut à la fin du règne de Louis XIV et dans le dix-buitième siècle. Dans toutes les classes des lettres, le soin, tant recommandé aux |Nn>fésseurs, de développer le germe des vertus cbez leurs élèves et de former d'bonnètes gens, préoccupe autant les auteurs des statuts que les métbodes pour cultiver leurs esprits : c'est au que prouve l'explication prolongée dans tes classes d'bumanités et de rhétorique des ouvrages de philosophie morale de Cicéron. Le cours des études classiques était terminé par deux années données A l'étude des sciences, comprenant la philosophie, non plus morale mais dogmatique, les mathématiques, la physique. Pour cette partie des connaissances attribuées à l'enseignement secondaire, les auteurs des statuts avaient attendu que l'âge eût développé chez les élèves les qualités d'esprit nécessaires à ce genre d'études, l'habitude de réfléchir, la force d'attention, la perspicacité*.
Les élèves des collèges n'apprenaient le français qu'au moyen de la traduction des auteurs anciens. Les statuts ne prescrivent aucun exercice régulier et systématique pour l'étude de la grammaire, de la langue, de la littérature francise. En outre, les professeurs donnaient Ions leurs préceptes en latin, et les élèves, soit avec leurs
1 Stetota FaciilUtia artiDm, artic. nui, p. i, G. Cet article contient la liate des aateurs prescriU pouc l'eDaeigoemenl secoodairc. Ce sont, dans Us clasies dea lettres : 1° Ponr le latin. César. SaUuste, Cicéron preeqae entier et h l'eiceptian seulemeot d'une partie de sa correspondaDcc el de ses premiera oaTrogea de rhétorique, Quintilien ; dea rragnientadeTéreace, de Piaule, d'Ovide ;Virgile presque entier, Horace, Catulle, Tibulle, Troperce, Perae, JuTènal; ï'Pour le grec, quelquesuns des dûcoure d'Uocrate el de DémosthËnee, queiques-uos dus diailogaes de Pistou, Homâre, Hésiode, Piadare, Tbêocrite, et quelques aulrea antenrs choisis par tes protessears d'aprâa la Torce et l'intelligence de« éUves.
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710 L.VII. CH.Tin.IlATIÈtlBSD'KNSUfiNEMIXTDlHS CETTE mgTmiCTIOH.
maîtres, soit entre eux, ne devaient parier que latin. Cette disposition, qui aujourd'hui provoque au moins notre étonDemeOt, s'exfdique plus {acilemeot qu'on ne l'imagine d'ahord. La langue coounune de tous les hommes instrnits sans exception, en France et dans tons les autres États voisiiis, était alors le latin : de cette coutume il résultait l'immense avantt^ qu'il ne fallût posséder qu'une seule langue, le latin, pour s'instruire surle-champ de tout ce que les lettres et les sciences [noduisaient d'important dans l'Europe entière. On ne voit pas que cet usage exclusif du latin, pendant le séjour des jeunes gens au collège, ait beaucoup nui à l'admirable langue de Molière et de Boileau, élevés tous deux dans les collèges de Paris. Bien qu'en 1600, le génie h^nçais eût produit déjà des ouvrages du premier ordre en plusieurs genres, cependant, même dans ces ouvrages, la langue n'était pas encore fixée, et dans plusieurs genres capitaux, tels que la poésie lyrique, l'épopée, la tragédie, la comédie, l'histoire, l'éloquence de la chaire, l'éloquence du barreau, elle ne présentait encore que des essais plus ou moins informes. Ce n'est que quand elle eut produit dans presque tous les genres des modèles comparables à ceux de l'antiquité, que Port-Royal et Rollin eurent raispn de placer dans l'enseignement secondaire l'étude du français à cété de celle du latin et du grec, et de lui accorder une importance égale. Des hommes d'uo esprit aussi élevé que de Thon et ses collègues auraient été les preuiiers à introduire ces modifications dans les lois qu'ils donnaient h l'enseignement, s'ils eussent vécu un siècle plus tard. Mais il faut que l'économie générale de leurs statuts ait été inspirée par une sagesse bien graude, par une connaissance bien approfondie de ce qui était le plus propre à développer l'esprit bumaiu, puisque, d'une part, l'on ne peut méconniûtre l'heureuse in~