ÉTAT DU COLLÈGE ROTAL
nom d'étabUastimeot des- lecteurs ou professeurs royaux que celui de collège royal. Sous les derniers Valois, quelques chaires nouvelles avaient été établies, et entre autres la chaire de langue arabe créée. Mais l'institution avait souSertdesgravesabusqui s'y étaient introduits. Le cbiHx des professeurs, vicié par les intrigues et le népotisme, était devenu souvent mauvais. Telle était l'iocapacité de Dampestre et de Charpentier, chargés successivement de l'enseignement des matiiématiques, que pour ne pas lai»^ ser périr cette science chez nous, Ramus, du fruit do ses économies, avait, en 1568, fondé une seconde chaire de matiiématiques, à cdié de la chaire royale et officielle : le 'désordre était tel que la chaire même dont Ramus aviùt fait les fonds, avait été donnée quelque temps après sa mort à l'historiographe Gohorry. L'institution des professeurs royaux, ainsi avortée en partie, avaitreçu en outre des guerres de religion des coups si profonds et si .sensibles qu'elle était en duiger de succomba. En 1372, la Saiot-Barthélemy avùt ravi au corps des professeurs ses deux membres tes plus illustres : elle avùt tué Ramus par le poignard des assassins, et Lambin, comme le chancelier Lbospital, par le chagrin et le désespoir'. Privés de l'enseignement de pareils maîtres, frappés d'horreur et de crainte, les élèves des cours royaux s'étaient enfuis de Paris : c'était pour la seconde fois depuis le commencement des troubles. Pendant les fmvurs de la Ligue, et dans la période écoulée entre les barricades et la rentrée de Henri IV dans Paris, l'enseignement avait tout à fait
* Pasqnier, Recbercheg, lir. IX, chap. W, p. 931-1)34. — Du Boulai, Bist. noivers. puieieri., t. VI, p. 6«9. nOie Saug. 1S6S, Petfu» Ramus
> eathedrun in malhemaliei* apud Collegium regiom propriîs tump- ■ libuatundavit, quinginUTUm adlieet libnliarum umni reditua, qnaai
> in odiam JacoU Csrpaalariî qni Dampeitrn Sieulo, ignaro niatht- » matieo adhuc imperitiortt ignarior, ut potabat, mccessertt, digoiori • concedi volnit ex tesUmento. >>
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ceMé, les pFC^esseurs étant dispersés ou ccmdamnés au silence, et leurs salles, comme les classes des coUif^, Guivertiesen corps de garde ou en écuries.
Le roi, dès qu'il eut reçu la soumisnou de la capitale, tira renseignemeDt royal de ses ruines, et en rassembla tes débris épars. Il ordonna aux professeurs, qui ne se trouvaient à Paris qu'au nombre de cinq', de recommeocer leurs leçons, et Passerat, le digne successeur de Ramu» par la science, le poSte de la Ménippée, ouvrit tes cours par une harangue éloquente, mêlée de plaintes sur les malheurs passés et d'éloges touchants pour te second restaurateur des lettres, que sa fidélité k la cause royale lui donnait te droit de louer. Ce n'étaient là que des préludes. Le roi reconstitua le collège royal par les lettrespatentes qu'il donna le 26 juillet 1594, et par le râle que dressa l'archevêque de Bourges, qui, en sa qualité de grand aumdnier de France, avait ta tiaute direction de l'établissement. Six enseignements furent rétablis, ceux de la langue hébraïque, de la langue grecque, de ta philos0[4iie grecque, de la langue latine, des mathématiques, de la médecine; quatorze chaires reçurent une nouvelle sanction ou confirmation : un traitement annuel de 600 livres du temps, environ 2,400 fr. d'aujourd'hui, fut
< Dam 1« diflconra qne proDonçi Fr. Parent, l'an det profeMcon royuix, lors de md intlaUalion dani h chaire, il dit qu'il ae Mtroa- Tkit que lui quatrième t Paris, lorsque Benri IV se rendit mallra de eeUe *iUe le 13 man lS)i. Un mois plot tard, il n'y avait encore que cinq proreeeeura royaux présenta. Le eermeût d'obéissance prêté an nA par l'CniTersité le 11 avril <59(, est souscrit par cinq profesaeDrs royaux : Jean Pellerin, doyeP, Vignal, Frèdiric Uorel, N. Goulu, PtsaaraL Voir .- !• Les Uémoirei de la Ugue, t. VE, p. 88-Sli; p. M, acte public et iaitmmeat de l'obâinance rendue, jar6e et ùgnée an roi trie cliritieD Henri IV par IIH. les redeors, docleun et suppâls de l'DniTerdti de Paris; p. M, forme du serment; p. U, la date; p. 9(, la aignatura des protesHors royaux. S* Gonjet, Uém. hislor. el llttir. mr le Collège de France; Paris, 17Sa, ithii, t. t, p. StI,
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alloué à chaque professeur. L»» professeurs dispersés, entre autres le savant Bressieu, maître de de Tbou «t de Lamoignon, ne tardèrent pas à se réunir et à reprendre leurs fonctions, et le haut enseignement se trouva ainsi rétabli, A partir de l'an 1602, leur traitement, dont ils s'étaient vus souvent privés pendant lecoursdes troubles, fat payé avec la plus grande régularité. Le roi accueillit avec intérêt les réclamations qu'ils lui adressèrent à cet égard, et dans l'audience qu'il leur accorda, il leur prodigua les témoignages de l'estime et de la bienveillance. u J'ayme mieux, dit-il, qu'on diminue de ma despcnse, n et qu'on m'oste de ma t^le pour en payer mes lecteurs, » je veux les contenter, M. de Rosny les payera, n Dès le lendemain, ses intentions furent remplies et ses ordres ponctuellement exécutés. Il ne s'en tint pas là : quelque temps après il augmenta leurs appointements du tiers, et les porta de 600 livres à 900 livres d'alors, environ 3,240 francs d'aujourd'hui '.
> Les L«ttreB-pa tente* donnée» par le roi le S6 juillet ISSt, et le BAle d»s lecteurs et proreMcun du roi dretaé par l'archeTâque de Boargea, ee trouvent avec plusieurs outrée act«B menlionnès ci-après dsoe Im archires du Collège de France. J'en doie l« communicatioa h l'omitiè de mon aucien collÈgue, U. Sèdillat, Mcrètaire du Collège. — G. Duval, l'un dea proresseura royaux, expoM une partie de ce* mesare» dans sou ouvrage ayant pour titre : Le Collège royal de France. On obtervera que l'autonr écrit l> U date de 16t4. U s'exprime tûaà àla page 14 : a Henri quatrième de tièa glorieuse mémoire, et h » bon droit surnommé le Grand, disoit aa Jour il y a qvcranle-deux ■ oru, ou euiiron (je le s^ay de personnes dignes de fo; el d'authon rite qui eeloienl présentes] comme quelques lecteurs faisolent plainte » à Sa Mi^estè de ce qu'ils n'eatoient payés de leurs gages : « J'ayme 1) mieux qu'on diminue de ma despeuse, etc. n Ainsi Duval fixe b l'an 1603 la rërorme financière par soile de laquelle les professeurs royaux forent désormais payés exactement. — J. Grangier. Aulre professeur royal, témoiRoe et du nombre des chaires remplies sous Henri IV, et de l'augmentation taile par ce prince au Iraitement de«^ professeurs royaux, dans son écrit intitulé : LiUUui tuppltx; Paris, 1614, io-t'. Page? il dit : <r Singulos protessores qui tûm forte très aoprâ decem
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T7B L. vn.cB.vm. RicRCTBnirr dks hoimss lbs plus habilbs
Dans le tempe même où il rétablissait matériellemeat l'institution par cette série de mesiufs admiDistratives et financières, il s'appliqoait à lui ruidre la vie morale en donnant an corps des pnrfesseurs un perstmnel éminent par la science, et en comblant sous ce rapport les vides, qu'après les satomales des gaerres civiles, les circonstances contraires y fotsaient maintenuit : en 1597, Passerat, frappé d'apoplexie, était écarté de sa chaire ; Monantheuil et quelques autres annonçaient qu'ils étaient épuisés par Tàge et les b-avaux. Pour les remplacer dignement, et pour augmenter encore le nombre d^s mitres excellents, Henri, à la fin de 1598, appela des diverses jNrovinces à Paris les hommes les pins instruits et tes plus habiles dans l'enseignement *. A Leur tête était l'illusb« Casaubon, qu'il tira de Montpellier pour lui donner une chaire royale de grec et de bdles^tettres, avec l'idée de ramener i Paris et dans tonte la France le gtràt et la culture de la grande érudition. A la date du 3 jan-
■ f Ttot, centeidi anrew (qoi lulgà soaUti aime TooaDtar] umnii bo-
■ noratiores «me prinMps ftaguatiniiiiiiR toIuÏL, jouit : ut cùm id stt-
■ peDdiuni aexcNitâii) IraDcUcorum qnoi Toceot, dots erogatio m>
■ cassiaKt, nongtnlit quitque Ubelit» mtreret. * L'expoié de qaalqan- HDM de CM uunoTM fut par Oonjet, dans »on UAmoin hbloriqae et litUraira lor Is CoUége rojal de Ftanee, tome 1, pages 180, m, nous parait rempli d'triiacuritèa ou d'erreur*. L'auteur dit, oa donne k en> tao^e, qae la réforme par snite de laquelle les profèMunrB tareat pajii exactement data de t'anaée 1B94, et qoe Svdlj était alors lur- Intendant dea Bnaacet. Snll7 n'entra an eonieil dei financca qa'h la fin de (596, il ns denat Burintendaot qu'en 1S99, el la réforme niati*e aa traitement de» profeaseurs royani n'eut lieu, comme od vient de le Toir, qn'en 16D3. Il Dons sen^e que dani pluaienra pesaagea da l'ouTTage de Goqjet, la aùreti de l'érodition n'égale paa son étendoe, et qm l'euetitod* latau à diidwr.
■ Lettre du roi à Rosny do 9 octobre 1E98. <i Je suis bien ajse qne ' Toos ■;«! poorren k ce qde H. de Casadbon aye de quoi amener « sa Emilie à Paris ; quant à pour sa pension, j'y adviserai. lorsque n vooB terei prés de moy. » {Œaoo. roy., ch. 89, t. I, p. >S7 B. — Lettres mlM., t. V, p.t7).
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yier 1599, il lui écrivait uoe lettre qui honore également son gouvernement et la science.
■ MoiuieDr de Cutobon, ajtal délibéra de remettre n» ITniTenitë de Pirit, et d'j attirer pour cet effet le plus de tçmnts pèrtonoa^ •jo'il me sera pouible, nichant le broirt Cfue tous né» d'eatre aujoard'huj despremiaradece nombre, je me suis résolu de me serTÎr (le voua pour la proression dea bonnes lettres en la dicte Université, et je TOUS a;, i ceste Gn, ordonné tel appoinctement que je m'asaenre que voua voua en conlenterés. Partant vous ne Tauldféa, incoQtiaeot la prjaeole reesue, de 'oua préparer de vous acheminer par de fl, pour j estre le plus tost que vous le pourrés eommodement Dure. Et afin que l'obligatioD que vons ares d'enseigner en ma ville de Montpellier ne vous paisse retenir ou retarder, j'escri* prâsentement aux conauli d'icelle qu'ils aient i voua en tenir quitte et desehu^ '. *
SuUy , encore nomméRosny à cette époque, commençait à peine à rétablir les&nances, et quelques difficultés s'élevèrent au sujet des appointements et de la pension cumalés, que la générosité du roi avait accordés à Gosaubon. Henri les leva par l'ordre qu'il intima à Sully, à ladate du 20 septembre 1S99 : « Faites donner, dît-il, au sieur de » Casaubon les moyens pour s'entretenir à Paris et y.faire » amener sa famille , car je l'ay faict venir pour remettre i (sas) l'Université de Paris et la faire refleurir, non potir n estre près de moy *. » Le roi fut obéi, et Gffsaubon donna des leçons qui n'avaient jamais été surpassées, peut-être même égalées, sous le rapport de l'érudition : il figura parmi les professeurs royaux, depuis l'an 1 S99 jusqu'à l'an 1603, époque où il passa au service exclusif
> Lettre dn roik H.Casaabon dn R janvier lli99,dans le RacDeildes Lettrea mlaairee, t> V, p. SO.
* Lettre du roi LU. de RMa7dii S9 septembre ISSii, danslesOBcoa. roj., eh. ti, I. 1, p. SIS B. Noua ne trouvons paa cette lettre dooa le Reeueil dea Lettres missives.
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