‹ Histoire du regne de Jean 1er, Duc de BrabantChapitre 14 sur 24 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

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Le treizième siècle se distingua particulièrement entre tous ceux (lu nioyen-àge, par le développement que prit à cette époque l'architecture religieuse et civile dans tous les pays de l'Europe, et notamment en Belgique. C'est surtout pendant cette période que l'on vit s'élever chez nous ces magnifiques hasiliques qui attirent encore aujourd'hui notre admiration, ces beffrois, ces halles et ces hôtels-de-ville qui continuent à faire notre orgueil, et ces forteresses seigneuriales derrière lesquelles s'abritaient les redoutables châtelains du moyenàge, dont il ne reste presque plus que le souvenir.

Cette extension extraordinaire que prit au treizième siècle l'art de construire, eut diverses causes. Les populations des villes et des campagnes s'étaient considérablement accrues dans les derniers temps; les défrichements et les progrès de l'agriculture avaient fait naitre ou s'étendre une foule de bourgs et de villages, et leur nombre toujours croissant avait

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fait sentir )a nécessité d édifier de nouvelles églises. D'autre part, les grandes richesses accumulées par le clergé et l'insti- ; lution de plusieurs ordres religieux qui prirent alors naissance, exigèrent la construction d'une foule de cloitres et de | collégiales. Ces édifices furent grandioses et imposants; et s'il i est vrai de dire que l'architecture est la traduction de l'esprit ' de son époque, on peut dire que le treizième siècle fut celui où la pensée religieuse s'éleva au plus haut degré.

D'un autre côté, l'établissement des communes, en créant \ de nouveaux besoins, provoqua le développement de l'archi- ; tecture civile. On éleva des édifices publics nombreux, et ces ; monuments construits dans le style de l'époque, revêtirent un i caractère en rapport avec la richesse et la puissance que les villes acquéraient par leur émancipation. Le peuple marchait vers le progrès, les idées grandissaient, et l'esprit d'indépen- i dance morale et politique était exprimé par l'indépendance ; architecturale, et par l'essor que les artistes donnaient à leur imagination. Le beffroi était en quelque sorte l'emblème de la ■ liberté communale, l'hôtel-de-ville, celui de la loi et de la digni- : lé municipale, les halles et les monuments destinés aux réu- ^ nions des Corporations, figuraient l'industrie et la fraternité. '

Le règne de Jean 1", duc de Brabant, marque donc l'époque , oîi l'architecture du moyen-âge parvint à son apogée. C'est alors que se termina la lutte entre le style roman et le style ogival, qui s'étaient jusque là disputé la palme. D'abord ces i deux styles furent réunis dans la construction des édifices, | mais bientôt le style ogival primaire dit à lancette prit le des- \ sus, et enfin dans la seconde moitié du treizième siècle, le style ] ogival fleurit dans toute sa splendeur et sa beauté idéale.

Dès lors (1), on vit apparaître ces admirables portiques, '

(1) Nous avons surtout choisi pour guide dans cette partie de notre travail, le remarquable ouvrage de M. Schayes sur VHisloire de l'architecture eu Belgique^ public par la Bibliothèque nationale.

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ornés de statues de patriarches, de prophètes et de saints, surmontés de dais en pierre que l'on rencontre encore parfois dans les temples de nos villes et de nos bourgs. Le plan général des églises, pendant toute la durée du style ogival, fut du reste le même qu'auparavant, et se résumait dans un carré long, ou dans une croix latine à bras plus ou moins prolongés; seulement au treizième siècle, le chœur des cathédrales et des collégiales prit plus de développement, à cause de l'augmentation du personnel des chapitres, et, par suite, d'une plus grande pompe donnée aux cérémonies religieuses. Le chevet des chœurs est ordinairement polygonal; quelquefois le chœur lui-même est terminé par un mur plat, percé d'une grande fenêtre ogivale ou de trois lancettes géminées dont celle du centre dépasse en hauteur les deut autres. Les transepts se terminent par une muraille droite dont le bas présente un porche ou une porte plus simple que surmonte une vaste fenêtre richement découpée.

Au treizième siècle, le tympan au-dessus des portes carrées des églises est occupé par des bas-reliefs représentant des sujets religieux. Lorsque les portails n'étaient pas surmontés d'une tour, ils se terminaient comme le transept par un pignon plus ou moins orné.

La grande élévation que l'on donna aux vastes églises du treizième siècle nécessita l'emploi des arcs-boutants qui, d'abord, furent lourds et sans décorations. Plus tard, ces arcs, qui affectaient le plein cintre, se réduisirent à une portion de cercle ou d'ellipse presque sans ornements.

La ville de Bruxelles possède deux constructions remarquables de l'époque de la transition, élevées dans la première moitié du treizième siècle. Ce sont le rond-point du chœur de l'église primaire de Sainte-Gudule, et les transepts et le chœur de l'église de la Chapelle. L'église de Sainte-Gudule, fondée par Lambert Baldéric, comte de Louvain, et consacrée vers l'an 1047, fut rebâtie sur un plan plus vaste et plus grandiose.

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par ordre de Henri I", duc de Brabant, vers Tan 1220, mais rcxtrémité du chœur fut seule rebâtie à cette époque dans le style de transition. Le reste de cette partie de l'église appartient au style ogival primaire pur et sans mélange et doit avoir été construit vers la fin du règne de Jean I".

Il s'écoula près de trois siècles avant que cette basilique ne fût entièrement terminée. Aussi cette église présente-t-elle un spécimen complet des styles d'architecture qui se succédèrent pendant ce long espace de temps. Les fonds que Jean I" assigna par une charte de l'année 1275, pour continuer avec plus d'activité la reconstruction de cet édifice remarquable, furent employés à la construction du chœur; celle des nefs n'étant pas commencée alors.

Il est impossiblede ne pas être frappé, en entrant à Sainte- Gudule, de l'aspect imposant de ce vaste édifice. Cependant on voit qu'il manque d'unité dans les détails de son architecture. Des différents artistes qui ont dirigé les travaux de son édification à diverses époques, aucun ne s'est appliqué à suivre le plan de son prédécesseur; mais ces anachronismes, que l'analyse fait apercevoir, ne nuisent pas à l'effet saisissant de l'ensemble.

Disons quelques mots aussi de l'église de la Chapelle :

En l'an 1155 ou 1154, Godefroid l"" , duc de Brabant, érigea hors et à proximité de l'ancienne enceinte de Bruxelles, une chapelle en l'honneur du Saint-Sépulcre et de Notre-Dame; il en posa lui-même la première pierre, comme il le rapporte dans une charte de l'an 1 158, et à la demande de Francon, amman de Bruxelles, il l'érigea ensuite en prévôté en faveur de l'abbaye du Saint-Sépulcre, à Cambrai. Quatre ans après, en 1158, il accepta l'avouerie de ce monastère dans une assemblée solennelle qui se tint dans la chapelle et à laquelle assistèrent ses fils, Godefroid et Henri, et d'autres personnes notables qui figurent comme témoins dans la charte donnée à ce sujet. Les successeurs de Godefroid I", Godefroid H,

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Henri l", Henri H et Jean H confirmèrenl cet acte, et ajoutèrent de nouveaux privilèges à ceux dont jouissait déjà la prévôté.

La population s'étant accrue considérablement dans le faubourg où était située la chapelle de Notre-Dame, cet oratoire fut érigé en paroisse eu 1216. Cette circonstance, jointe au style arcbitectonicjue du cbœur et des transepts de l'église, ne laisse aucun doute que celte partie de l'édifice n'ait été construite telle qu'elle existe encore, dans la première moitié du treizième siècle, et non en 1 154, comme on l'a prétendu jusqu'ici.

La partie antérieure de l'édifice doit avoir été rebâtie à la même époque, mais détruite dans l'effroyable incendie qui consuma tout ce quartier de la ville en 1415, elle fit place aux nefs actuelles de style ogival secondaire et tertiaire, qui, commencées en 1421 , ne furent achevées qu'en 1483.

Le chœur et les transepts de l'église de la Chapelle présentent un des modèles les plus purs et les plus élégants de l'architecture romano-ogivale. Comme sujet d'étude, cette construction mérite d'attirer toute l'attention de nos architectes.

Le chœur qui se termine en abside pentagone, était éclairé primitivement par neuf fenêtres à plein cintre, dont les archivoltes, formées de plusieurs rangs de tores concentriqueSj retombaient de chaque côté sur de doubles colonnettes superposées et couronnées de chapiteaux à crochets, comme l'étaient tous ceux de la partie romano-ogivale de l'église. Ces fenêtres comprenaient chacune deux moindres ouvertures, composées d'une double arcade géminée et en ogive romane ou surbaissée, dont les impostes s'appuyaient également sur de minces colonnettes cylindriques. Les arcades géminées étaient surmontées d'un oculus ou rose à six contrelobes cintrés et formés d'un seul tore. Une seule de ces roses subsiste encore dans une des fenêtres bouchées.

L'espace qui sépare les fenêtres à l'extérieur, est renforcé

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par des aros-boutanls en retraite, dont le sommet porte des gargouilles appuyées sur des figures accroupies et fantastiques. Entre les gargouilles règne un cordon de feuillages et de corbeaux à têtes grimaçantes. Ce dernier genre d'ornementation est peu commun dans les monuments belges de l'ère romane et de la transition. La voûte du chœur est en ogive à tiers point et subdivisée par des arêtes et des arcs-doubleaux, à moulures arrondies. Les arêtes dont le point d'intersection présente des clefs historiées, viennent se réunir sur le tailloir d'élégantes colonnettes cylindriques, placées à quelque distance des murs, sur un soubassement continu fort élevé et formant avant-corps. Un des deux arcs doubleaux s'appuie de chaque côté sur de triples colonnettes accouplées; les retombées de l'autre sont reçues par de courts piliers carrés, engagés et cruciformes, dont les angles rentrants sont aussi ornés de colonnettes isolées.

Au côté gauche du chœur, deux fenêtres s'ouvrent sur une chapelle construite évidemment à la même époque que le chœur, mais dont la voûte est surbaissée et d'arête; les murs et les fenêtres extérieures ont été reconstruits en \6M.

Les deux arcades élevées par lesquelles on pénètre du transept dans cette chapelle, sont un reste de la première construction; l'arcade de gauche a conservé sa forme primitive : son archivolte ornée de tores, repose de part et d'autre sur une longue et mince colonnette amiclée au centre. Les profils de la seconde arcade ont été refaits dans le style ogival du quinzième siècle.

A droite du chœur se trouve une autre chapelle, plus petite de beaucoup que la première qui esl presqu'aussi longue que le chœur, les tores, d'un fort relief qui composent les nervures diagonales de sa voûte d'arête et en tiers point, sont remarquables par le large anneau à triple moulure qui contourne la partie supérieure de leur courbe, et que l'on ne remarque dans aucun autre de nos vieux monuments. La retombée de

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ces nervures est reçue par quatre colonnettes engagées, qui remplissent les quatre angles de la chapelle.

La façade du transept droit se distingue par la richesse et l'élégance de son ornementation. Elle était tout entière de style roman pur, avant qu'on n'eut, vers la fin du quinzième siècle, mutilé sa partie centrale pour y adapter une grande fenêtre de style ogival flamboyant; la porte est un mauvais pastiche gothique du dix-neuvième siècle.

La façade du transept droit ne diffère guère de la précédente qu'en ce que les arcades simulées et ornées de colonnettes annelées, qui à cette dernière flanquent des deux côtés la fenêtre flamboyante, y sont remplacées par deux arcs-boutants d'une forte saillie et que l'arcature qui règne au-dessous du pignon, y est composée de petites arcades trilobées (à trois lobes) et non à plein cintre simple.

Les voûtes des transepts sont ogivales, d'arête et à arcs doubleaux, quoique datant de la même époque que les façades romanes. Les arcs doubleaux retombent le long des murs sur de minces colonnes cylindriques qui descendent jusqu'à terre.

Au point d'intersection du chœur et des transepts, surgit la base d'une large tour carrée, consolidée par de nombreux pilastres-butants. Cette tour romane, d'une élévation peu considérable et couverte d'un toit surbaissé et à quatre pans, a été détruite dans le bombardement de Bruxelles par les Français, en 169S.

Le chœur et les transepts de l'église de Notre-Dame de la Chapelle sont, commue nous l'avons dit, avec le rond point du chœur de l'église de Sainte-Gudule, depuis la démolition récente de l'église de l'hôpital Saint-Jean, la seule construction antérieure au quatorzième siècle que possède aujourd'hui la capitale de la Belgique (1).

(1) Voyez la notice de M. Schayes dans le Messager des sciences historiques de Gand, année tS-îQ, pages 385 et suivantes.

De son côté, l'arcliitecUire civile, restée pour ainsi dire sans application pendant les six derniers siècles, put au treizième participer au progrès qui s'était manifesté dans Tarchiteclure religieuse. Son développement ne se produisit toutefois à proprement parler que dans les monuments publics, tels que les beffrois, les balles et les hôtels de ville, car les cités de cette époque ne présentaient encore qu'une aggloméralion de maisons en bois et en torcbis, couvertes la plupart en paille, et bordant des rues qui n'étaient que des ruelles, sauf quelques rues principales qui étaient plus larges mais irrégulières et tortueuses aussi, sans pavés. C'étaient là les foyers pestilentiels des maladies qui décimaient périodiquement nos cités.

Le treizième siècle vit donc s'élever dans notre pays une foule d'édifices publics que l'Europe nous envie encore, et qui n'existent en aussi grand nombre dans aucune autre contrée d'une étendue de territoire aussi restreinte. Comme nous l'avons dit, c'est à l'établissement du régime communal que nous devons cette richesse monumentale qui fait la gloire de nos villes. L'influence de cette institution, qui s'étendit à l'industrie, au commerce et à tout l'état social, joua ainsi, sans contredit, le plus grand rôle dans les modifications apportées à cette époque à l'art architectural en Belgique et particulièrement dans le duché de Brabant.

Il serait difficile de préciser à quelle époque fut élevé notre premier beffroi, mais il est certain que le plus ancien que l'on trouve encore debout de nos jours, est celui de la ville de Tournai. Nous ne nous y arrêterons pas, cette ville n'appartenant pas au Brabant.

Bruxelles devait posséder son beffroi dès la première moitié du treizième siècle, car la charte qui l'érigea en commune porte la date de l'année 1229. On sait positivement qu'il existait en 1289, mais il s'écroula en 1367, et ne fut rebâti que quelque temps après. Celte lour demeura la même jusqu'au

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bombardement de 1695, à l'exception seulement de l'étage en style moderne que l'on y ajouta en 1662. Avant l'amélioration qu'elle subit alors, elle se composait de deux parties bien distinctes, la partie inférieure et la partie supérieure. La première formait un large bâtiment carré, flanqué de deux tourelles rondes, à la face antérieure, qui était percée de deux fenêtres ogivales géminées, et couronnée d'une balustrade découpée en créneaux; la partie supérieure était octogone, avait deux étages de fenêtres ogivales, et était couverte d'une flècbe en bois. Cette tour avait, avant le bombardement, une hauteur de 317 pieds (mesure de Bruxelles); reconstruit en 1697 sur un très-beau plan dont le modèle en bois se voit encore sur le jubé de l'église de Saint-Nicolas, le beffroi de Bruxelles s'écroula de nouveau en 1714, et il ne fut plus reconstruit depuis lors.

Les étrangers qui visitent notre pays admirent nos hôtels de ville autant que nos églises. La richesse de nos édifices communaux est même pour eux une véritable cause d'étonnement. Le zèle religieux, qui se manifesta surtout au moment de la prédication des croisades, a élevé par toute l'Europe des cathédrales plus remarquables peut-être encore que les nôtres par leur architecture, mais nulle part, et dans aucun pays, on n'a édifié d'aussi beaux hôtels de ville que chez nous. Le luxe qu'ailleurs on prodiguait pour la construction des palais des rois, servait dans nos provinces à élever les maisons des magistrats du peuple, et ce dernier trouvait sa gloire et sa splendeur dans la richesse de ces monuments.

L'architecture militaire et les fortifications du treizième siècle ne différaient de celles des siècles antérieurs que par le soin que l'on apportait à leur construction. C'était le même système d'appareil de murs élevés , entourés de fossés et flanqués de tours nombreuses, toujours semi-circulaires et ne dépassant pas la hauteur du mur; elles étaient ouvertes du côté de la ville, surmontées de créneaux, ainsi que les murs, et

rarement couvertes d'un toit. Seulement, sous le règne de Jean P% les mâchicoulis et les moucharaby devinrent d'un usage beaucoup plus fréquent. Il en fut de même des avantportes (corps de garde), qui plus tard donnèrent naissance à la demi-lune des fortifications modernes. Lesponls-levis pourraient aussi dater du treizième siècle, car anciennement, on traversait les fossés soit sur un pont fixe en pierre, ou en bois, soit, mais plus rarement, sur une langue de terre. Les châteaux seigneuriaux simulaient la forme des fortifications de l'époque. C'étaient de véritables forteresses contenant les appartements du seigneur et de sa famille. Il paraît qu'au moyenâge l'usage des bains était très-répandu dans la haute société, car toutes les constructions aristocratiques de cette époque contenaient des salles de bains.

Ce fut pendant le treizième siècle que la plupart de nos villes s'entourèrent de murailles et étendirent le cercle de celles qu'elles possédaient déjà. Sans parler de Bruxelles, de Louvain et de Malines, sur lesquelles on est suffisamment renseigné, on doit encore mentionner comme ayant apporté beaucoup d'améliorations à leurs enceintes : Nivelles vers 1220, Tirlemonten 1300 et Sichem en 1301.

En général, les murs des villes formaient une circonférence et l'on ne s'écartait de ce plan que lorsque le terrain ou d'autres motifs empêchaient son emploi; l'enceinte de Bruxelles, par exemple, avait la figure d'une poire, parce que la population ouvrière s'était en grande partie agglomérée dans le faubourg qui forme maintenant le quartier de La Chapelle. Le système des enceintes urbaines ne subit du reste presque aucune modification pendant la seconde moitié du treizième siècle.

Il en fut de même du sytème de fortifications des châteauxforts. Leurs murs, décrivant d'ordinaire un quadrilatère plus ou moins allongé et souvent un polygone, un cercle ou une ellipse, lorsque des obstacles naturels ou des agrandissements ne s'y opposaient pas, étaient flanqués, surtout aux angles, et

aux autres parties avancées, de tours presque toujours hémisphériques, et comme les tours des enceintes des villes, couvertes depuis le quatorzième siècle de toits coniques, au lieu de se terminer comme auparavant en plate-forme crénelée. Fréquemment les donjons furent entièrement détachés du château, auquel ils se reliaient alors par une courtine, ou, s'ils étaient entourés de fossés, par un pont en pierre ou en bois; tels étaient dans le Brabant les donjons des châteaux de Bauterseim, de Mariensart, de Sichem, et le beau donjon polygonal du château de Terheyden, à une lieue de Louvain,

Tous les châteaux et leurs avant-cours étaient donc entourés de fossés que Ton passait sur un pont, presque toujours pourvu d'un tablier mobile ou pont-levis. La porte, près de laquelle était ordinairement placée une poterne pour le passage des piétons, était dans les châteaux les plus considérables, percée dans un massif flanqué de deux tours. La forme générale des châteaux n'ayant guère subi de variations pendant les trois derniers siècles du moyen-âge, ce n'est guère que par le style et l'ornementation des portes, des fenêtres et des voûtes, que l'on peut reconnaître approximativement l'époque de la construction de ces édifices et des parties ajoutées ou rebâties à différents intervalles.

Peu de nos villes, dit M. Schayes (1) ont eu au treizième siècle des citadelles dans l'acception moderne de ce mot, et la raison en est simple : les châteaux de nos ducs, de nos comtes et de nos seigneurs, situés à l'extrémité et quelquefois même au centre de la ville, leur en tenaient lieu. D'ailleurs, dans toutes les villes bien fortifiées et les villes des communes l'étaient toutes, la plupart des portes ressemblaient à de véritables forts, à des donjons dans lesquels la garnison se retirait et continuait à se défendre, lorsque l'ennemi était déjà maître de la place; pour ce motif, ces portes n'avaient que

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des ouvertures rares et étroites du côté de la cité, où elles étaient en outre protégées fréquemment par des tours comme à l'extérieur.

Quant aux châteaux que les ducs de Brabant possédaient à Genappe et à Louvain, le premier ne se composait que d'une masse informe de bâtiments; le second, après sa reconstruction, en 1371, était plus régulier, mais il n'avait également rien de bien remarquable sous le rapport de l'architecture, il serait donc inutile d'en parler davantage.

Cependant, en terminant l'ébauche imparfaite que nous venons de faire de l'état de l'architecture appliquée pendant le treizième siècle aux manoirs et aux châteaux- forts, nous croyons être agréable à nos lecteurs, en leur mettant sous les yeux quelques détails sur l'un des plus magnifiques castels qui s'élevaient jadis dans le Brabant. Nous voulons parler du célèbre et antique château de Wesemaël, aux environs de Louvain, dont les ruines ont été dévorées par le temps.

Le village de Wesemaël est peut-être un de ceux de la Belgique dont les antiquités sont les plus curieuses à explorer. Son église, bel et grand édifice entièrement bâti en pierre de taille, est d'une assez remarquable architecture. Elle est surmontée d'une tour élevée, flanquée de quatre tourelles qui s'en détachent avec grâce. C'est un monument de la magnificence de la riche abbaye d'Everbode, qui acquit cette église par acte de donation de Gérard de Wesemaël, en 1232. L'abbaye la faisait desservir par ses chanoines, et aujourd'hui encore en officiant, le prêtre porte le vêtement blanc de l'ordre de Prémontré. Il y avait autrefois à Wesemaël, outre cette église, une chapelle dédiée à saint Job, qui attirait une telle foule de pèlerins, qu'une porte de l'ancienne enceinte de Louvain en avait pris le nom de Saint- Jobspoor te. Ce culte de saint Job, très-honoré dans la Campine et dans la province d'Anvers, remonte à l'époque où les croisés rapportèrent avec eux en Europe les plus hideuses maladies.

Wesemaël fut, commo on sait, le patrimoine d'une famille dont le nom se retrouve à chaque pas dans nos annales. Les barons de Wesemaël étaient issus des anciens comtes d'Aerschot, descendants des premiers ducs de Lorraine. Ils étaient liés par alliance à la maison des comtes de Louvain, ducs de Lothier. Le troisième du nom, Arnould, épousa en secondes noces Adélaïde, fille de Henri I", duc de Brabant, veuve d'un comte de Looz et d'un dauphin d'Auvergne. Nous avons vu en partie déjà de quels magnifiques privilèges jouissaient ces seigneurs. Ils étaient en quelque sorte les tuteurs légaux des ducs de Brabant pendant leur minorité, et toujours ils surent défendre cette insigne prérogative les armes à la main; nous en avons eu un exemple dans l'acharnement avec lequel le maréchal Aruould poursuivit la tutelle des enfants de Henri III, remise aux mains de la duchesse Alix.

La charge palatine de grand maréchal du Brabant était héréditaire dans leur famille, et cette fonction leur octroyait des immunités assez singulières. Le grand maréchal était le chef dés commissaires aux traités du pays; lui seul pouvait connaître des procès pendants entre les soldats de l'armée du duc, et lui seul aussi avait le droit de juger, en dernier ressort, tous les délits militaires. Il devait par contre, accompagner les bourgeois de Louvain jusqu'à la distance d'une lieue de la ville, chaque fois qu'ils se mettaient en campagne l)our marcher à l'ennemi. Il percevait une indemnité chaque semaine sur le Roi des Ribauds et sur les femmes qui suivaient l'armée. De plus, les vivandiers devaient lui fournir, sous forme d'impôts, une ration journalière de pain et de viande. Il recevait en outre des abbayes placées sous sa protection le droit de chasser dans leurs forêts, et en sus, chaque année, utie contribution qui consistait tantôt en une paire de bœufs, tantôt en une meule de foin, et parfois en une magnifique veste de chasse. Wesemaël était le paradis terrestre de la féodalité.

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En 1489, ce château fut le théâtre d'un événement épouvantahle, auquel prit part aussi celui de Horst, qui n'en est pas très-éloigné.

Après la mort de la duchesse Marie de Bourgogne, Maximilien, demeuré seul maître de nos provinces, s'était promptement aliéné l'esprit du peuple par sa conduite. Des troupes allemandes couvraient le pays, et la présence de ces étrangers ne manqua pas, comme on se l'imagine, de donner à penser aux communes que leurs libertés étaient en danger. Les habitants de Louvain, secrètement excités par des émissaires du roi de France Louis XI, levèrent les premiers l'étendard de la révolte. Ils fermèrent leurs portes aux troupes allemandes, relevèrent les fortifications d'Aerschot, et jetèrent des garnisons dans tous les châteaux des environs qui leur paraissaient capables de faire une bonne défense. De ce nombre étaient les châteaux de Horst, de Wesemael, d'Héverlé et de Bierbeck. Albert de Saxe, qui commandait les troupes allemandes, alla investir Aerschot, mais cette forteresse, vaillamment défendue par le comte d'Arenberg, Robert de La Marck, le repoussa victorieusement. Les châteaux de Wesemael et de Horst, qui avaient garnison Louvaniste furent à leur tour attaqués. Malgré la bravoure de ses troupes, Wesemael fut bientôt réduit à la dernière extrémité. La garnison dut s'enfermer dans le donjon et demanda à capituler, mais les assiégeants refusèrent d'accueillir leur demande et mirent le feu à la tour. Alors les malheureux assiégés, pour éviter d'être brûlés vifs, se précipitèrent du haut des créneaux dans les fossés et sur les piques de leurs ennemis, qui massacrèrent impitoyablement tous ceux que la mort n'avait pas atteints dans leur chute.

Voilà quel fut le sort de cette magnifique forteresse; peutêtre ses pierres dispersées ont-elles servi dans le temps à la construction de quelques cabanes de paysans dont la demeure s'élève de nos jours sur son emplacement.

L'architecture n'était pas le seul art cultivé en Belgique au

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treizième siècle. C'était le plus avancé, il est vrai, mais néanmoins la plus grande partie de nos vieilles cités ne laissent pas que d'avoir dans les annales de la peinture, de la statuaire et de la musique de cette époque, un passé glorieux à revendiquer. Nos pères avaient vu avec joie s'élever autour d'eux les monuments les plus gigantesques et les cathédrales les plus magnifiques, mais le génie de l'homme n'était pas à bout. Comprenant qu'il fallait animer et donner une âme à ces imposants blocs de marbre qui s'étaient réunis comme par enchantement, il appela à son aide ses plus merveilleuses inspirations, et à sa voix, elles firent toutes d'immenses progrès. Bientôt la peinture couvrit de ses toiles les murs de nos basiliques, la statuaire les orna de ses dons les plus précieux, et la musique acheva de porter dans leur sein le charme et la poésie.

Chose extraordinaire, la religion chrétienne, après avoir lutté contre mille obstacles, venait enfin de ramener en triomphe sur la terre le chœur des neuf muses. Dès lors tout se fit pour les églises, grâce à la protection des pontifes et à l'appui des princes religieux.

Examinons particulièrement avec quelques détails l'état des arts qui brillèrent eu Belgique, sous le règne de Jean I", notamment dans le duché de Brabant.

La peinture embrassait généralement à cette époque deux sortes de compositions : les miniatures des manuscrits, et les verrières que l'on voit encore dans la plupart de nos églises.

Tout en rendant hommage au talent dont les miniaturistes ont fait preuve dans l'exécution de leurs travaux, on a souvent critiqué le manque absolu de goût qui se fait sentir dans leurs œuvres, mais nous ne savons jusqu'à quel point ces prétentions sont fondées. On leur a entr'aulres reproché de nombreuses fautes de perspective, mais ce blâme est-il bien mérité; nous voyons presque tous les peintres de ce temps, qui s'occupaient d'œuvres plus importantes, échouer contre le

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même écueil, et n'y a-t-il pas, i)ar cela même, lieu de croire que cela tenait plutôt à uu vice qui avait reçu force de loi dans la coutume, qu'à un défaut de capacité chez les artistes qui se rendaient coupables de ces irrégularités.

Quant à l'extrême naïveté dont ces artistes ont fait preuve, dit l'un des plus estimables écrivains belges de nos jours (1), en donnant aux personnages de l'antiquité, comme à ceux de l'Ancien et du Nouveau Testament, les vêtements en usage de leur temps et en les entourant d'accessoires copiés sur ceux qu'ils avaient sous les yeux, on ne doit pas la leur reprocher sans ajouter que nous lui devons la connaissance exacte des costumes et en quelque sorte des mœurs du moyen-âge. C'est dans les miniatures des manuscrits que l'on a cherché et que l'on cherche encore tous les jours, des indications précises sur la façon des habits, sur les armes et sur les meubles des époques antérieures à la renaissance du goût, en s'attachant pour chaque siècle, non pas à la date des sujets représentés, mais à celle de l'exécution des peintures. Grâce à ces anachronismes, nous pouvons reconstituer la société du moyen-âge dans toutes les conditions de la vie privée; nous sommes initiés aux usages des différents peuples de l'Europe, car chaque calligraphe a représenté les objets qu'il avait sous les yeux, de sorte que le caractère des miniatures diffère non-seulement suivant le temps, mais aussi suivant les contrées où elles ont été exécutées.

Un grand nombre d'abbayes du Brabant, parmi lesquelles on peut citer celles de Gembloux, de Villers, de Grimberghe, du Parc, de Groenendal et de Rouge-Cloitre, étaient renommées pour le talent calligraphique de leurs religieux. Ces paisibles retraites, métamorphosées en ateliers de l'art et de la science, virent transcrire et illustrer dans leur sein la plupart des volumes somptueux que nous admirons encore aujourd'hui.

(l) M. Edouard Fctis, Splendeur des Arts, page l'iQ.

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L'emploi des vilraux peints date depuis longtemps en Belgique. Généralement il fut peu répandu, il est vrai, avant le (juinzième siècle, mais toujours est-il qu'il existait chez nous longtemps auparavant. Ce serait peut-être émettre une opinion bien hasardée que de prétendre que la Belgique fut le berceau de la peinture sur verre, mais si le défaut de documents nous empêche de le prouver, tout indique, du moins, que nulle part cet art ne fut pratiqué à une époque plus reculée que dans nos provinces. Selon le témoignage de Guichardin, dont certainement l'autorité ne peut être contestée, ce furent les Belges qui découvrirent les meilleurs procédés pour joindre les fragments du verre à l'aide du plomb; cette invention était de la plus grande importance, car, sans elle, on aurait pu difficilement bien réussir dans l'exécution des travaux un peu compliqués. D'un autre côté, Arnould Van der Horst, peintre de Nimègue, établi à Anvers, inventa le moyen de mêler les couleurs au cristal, de manière à les rendre inaltérables.

Rien de moins semblable aux tableaux des anciens maîtres, esquissés d'un trait large et peints d'une touche rude, dit M. Moke, (1) que ces vignettes délicates et mignonnes dont la patience des moines chargea la marge des missels, et qui furent ensuite imitées par les peintres. Le manque d'espace exigeait une merveilleuse finesse d'exécution : le cinabre, l'outremer et l'or, qui servaient à rehausser les lettres , devinrent les couleurs dominantes de l'enluminure, et lui donnèrent un éclat éblouissant : des ornements fantasques et pleins de coquetterie achevèrent d'en faire un genre à part. Toutefois, les premiers manuscrits ainsi décorés offrent encore quelque analogie avec les peintures byzantines; les sujets sacrés y sont reproduits d'après les mêmes modèles; et le travail n'est pas exempt de grossièreté. C'était l'ouvrage des religieux, qui s'en occupaient dans le silence du cloître. Les artistes proprement

(1) Les Splendeurs de Vai'l, article Bruges, page 20.

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dits ne paraissent guère y avoir pris part avant le quatorzième siècle, époque où les enlumineurs prirent place parmi lespein-très. Us furent nombreux dans le Brabant, et montrèrent de' bonne heure cette intelligence du coloris, ce goût pour la dé-; coration, ce soin minutieux et cette imagination féconde qui: devaient caractériser les artistes de Tâge suivant. Leurs vignet-j tes, souvent dessinées avec une extrême habileté, sont toujours remarquables par le brillant et par le fini. On y recon-| naît une extrême délicatesse de pinceau, jointe au talent de; faire ressortir les nuances de couleur les plus capricieuses, et^ de surprendre en quelque sorte les secrets de la nature.

Les miniaturistes belges ont eu longtemps le pas sur les ar-i tistesdes autres pays; la ville de Bruges surtout, et avec elle' le Brabant, n'ont cessé de recevoir, grâce à leur talent , lesi hommages des étrangers mêmes. Dans les mains des peintres; de Bruges, dit Monteil (1), For rayonne et pétille. Leurs cou-i leurs, si elles ne sont pas belles, sont aussi belles que celles^ de la nature. Leurs carnations disputent de fraîcheur avec \e teint des jeunes personnes, de même que dans leurs arabes-! ques, leurs encadrements, on croit entendre chanter les ciga-l les, voir voler les abeilles, les papillons, on croit aussi y voir mûrir les groseilles , les fraises, et y respirer le parfum des* fleurs. Lorsque ces bordures représentent des dentelles d'oH ou d'argent, des rubans, des franges de satin ou de velours,^ jamais la dentelle, le ruban, le satin, le velours n'ont été aussii artistement tissés que par le pinceau? i

Jusqu'au quatorzième siècle, les miniatures conservèrent le caractère religieux qu'elles avaient reçu à leur naissance;^ jusque là les pages des manuscrits n'avaient été couvertes que de figures de saints, que de scènes de l'Ancien et du Nouveau Testament; mais à peine le treizième siècle fut-il passé, que peu à peu le profane se joignit au sacré; les fleurs, les fruits

(I) Histoire des Français-, tome 2, Histoire 21, page 167. i

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cl les arabes(iucs de tous genres se multiplièrent dans les productions des artistes. Encore si l'art, arrivé à celte époque de quasi-décadence, était demeuré stalionnaire; mais point. Bientôt les peintres en miniature couvrirent les manuscrits de scènes licencieuses et cachèrent dans l'ombre des livres ces impudiques images qui souillent la pensée, portent dans le monde tant de troubles et en ôtent la sécurité, la paix et le bonheur.

Malheureusement la Flandre se fît particulièrement remarquer dans cet essor de dérèglement artistique, et la ville de Bruges surtout acquit la réputation de répudier jusqu'à la dernière règle de la pudeur.

Le quatorzième siècle a surpassé le siècle précédent par le génie, dit Monteil, mais il l'a plus dépassé encore par la dépravation. L'Europe, à cet égard, a dépassé les autres parties du monde; la Flandre les autres parties de l'Europe, et la ville de Bruges les autres villes de la Flandre. C'est d'elle en grande partie que nous sont venus les nombreux scandales de l'art que l'on remarque à cette époque.

Un grand nombre de vitraux ont été conservés jusqu'ici dans nos églises principales, mais les plus remarquables qui existentencore dans le pays sont les magnifîques verrières qui ornent plusieurs fenêtres de l'église Ste-Gudule à Bruxelles. On est vraiment frappé, en parcourant cette cathédrale, de l'effet prodigieux produit par la vue de ces vitraux, qui nous reportent à l'enfance de l'art en Belgique. On ne peut comprendre comment ils ont pu, alors que tout se détruisait autour d'eux, soit par le temps, soit par la hache des démolisseurs, parvenir jusqu'à nous et nous reporter aux siècles les plus intéressants de notre histoire. Il y a vraiment là quelque chose de merveilleux.

Cependant la plupart des verrières peintes qui ornaient nos églises ont disparu. Les unes ont été brisées volontairement ou par accident, les autres vendues même à l'étran-

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ger,et il ne nous en reste plusmainlenant que des dcscriplions souvent imparfaites qui sont loin de compenser la perte que nous avons éprouvée par suite de leur enlèvement.

Les religieux eux-mêmes, qui auraient dû se considérer comme les plus fidèles dépositaires de ces inappréciables trésors artistiques, ne furent pas exempts de fautes à cet égard. Il n'y a pas très-longtemps, entre autres, que ceux de Tabbaye du Parc échangèrent contre Tor d'un adroit spéculateur les beaux vitraux de leur chapelle représentant, en quarante-deux sujets, la vie de saint Norbert et des saints de l'ordre des Prémontrés; les armoiries de tous les abbés du monastère jusqu'en 1655 s'y trouvaient en outre admirablement reproduites.

Cela suffît pour prouver que ce ne sont pas seulement les révolutions et les gouvernements qui ont privé nos églises des objets d'art dont elles étaient si riches autrefois, et que l'ignorance de ceux qui administraient leurs affaires temporelles a beaucoup contribué à les appauvrir sous ce rapport.

De toutes les sculptures et de toutes les statues qui ont vu le jour pendant le treizième siècle, bien peu sont arrivées jusqu'à nous; la majeure partie des trésors enfantés par ce genre de productions a été détruite par le temps ou par des désastres accidentels, et il ne nous en est resté presque aucune trace. Au reste, ce fut surtout à partir du quatorzième siècle et même plus lard que la statuaire produisit ses fruits les plus féconds.

Disons deux mots de quelques monuments qui furent élevés dans le Brabant après le règne de Jean I".

La chaire de Sainto-Gudule, qui est toute moderne, est une des plus belles constructions de cette espèce que possèdent les églises de la Belgique. Henri Verbruggen, d'Anvers, la fit en 1699, pour le couvent des Jésuites de Louvain. Elle n'était pas primitivement telle qu'on la voit de nos jours. Voici la description qu'en donne M. Fétis : Adam et Eve chassés du pa-

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radis terrestre par un ange et poursuivis par la mort sup|)oi*lent le globe, qui forme la chaire. Le serpent s'enroule autour d'un arbre; la Vierge l'écrase avec la croix. Tel est le groupe principal de la chaire actuelle; elle était toute la composition conçue par Verbruggen. Les buissons sur lesquels se jouent des animaux ont été ajoutés vers la fin du siècle dernier, par un sculpteur nommé Vanderhacgen. L'artiste a montré plus de malice que de galanterie en plaçant du côté d'Eve un paon, un singe et un perroquet, symboles de l'orgueil, de la ruse et de l'intempérance de la langue; Adam a de son côté un aigle et un corbeau.

Les confessionnaux de Sainte-Gudule ne sont pas dépourvus de mérite; à défaut de finesse il y a de la pureté dans le dessin des grandes figures placées de chaque côté de l'entrée. Cette pureté n'est pas, il faut le dire, une qualité qui compense, dans la sculpture en bois, l'absence de naïveté. La capricieuse fantaisie des artistes du moyen-âge, leur imagination féconde et souvent bizarre, la richesse des détails de l'ornementation qui sert à la mise en scène de leurs naïfs tableaux, valent bien mieux, pour cet art spécial, que la régularité des formes cherchée à des époques plus rapprochées.

A Louvain, on remarque surtout les magnifiques stalles en bois qui ornent l'église de Sainte-Gertrude, ainsi que le jubé et le tabernacle de la collégiale de Saint-Pierre;

A Léau, le tabernacle de l'église Saint-Léonard, qui est un chef-d'œuvre de la renaissance. Ce monument, qui est en pierre, représente diverses scènes de l'Histoire Sainte, exécutées avec une rare finesse de ciseau. Il date de la première moitié du seizième siècle. C'est peut-être l'une des productions les plus pures de style que la Belgique ait conservées de cette époque.

L'église de Vilvorde possède aussi des stalles merveilleusement sculptées; dans celle du village de Lombeek-Sainte-Marie, on trouve un tabernacle en bois travaillé avec beaucoup

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lie délicatesse; il doit dater de la fin du quinzième siècle.

A Nivelles, on admire les deux chaires de vérité que le sculpteur Delvaux tailla pour la Collégiale de cette ville, ainsi que la belle châsse ciselée, ouvrage du quinzième siècle, que Ton conserve dans la même église.

Hal se recommande aussi par les fonts baptismaux de l'église de Notre-Dame, qui sont une des plus curieuses productions de nos anciens ciseleurs en cuivre, par un tabernacle qui se trouve dans l'un des piliers sur lesquels repose le chevet de l'église, et par plusieurs statues du quinzième siècle qui décorent le portail méridional. On y remarque aussi le retable du grand autel, qui a été élevé en l'année 1533.

En interdisant les inhumations dans les églises, l'autorité civile a peut-être pris une bonne mesure hygiénique, mais s'il en avait toujours été de même, nos édifices religieux seraient privés d'une des parties les plus remarquables de leur ornementation intérieure. Les magnifiques tombeaux qu'y élevait quelquefois la reconnaissance, et plus souvent la vanité, fournissaient au sculpteur l'occasion de tailler largement dans de grands blocs de marbre. Si l'on supprimait les mausolées qui garnissent le chœur et les chapelles de la plupart de nos vieilles et imposantes églises, on serait surpris de leur nudité.

La poésie, mère des arts, perdit beaucoup aussi à l'adoption de celte nouvelle coutume, qui enleva à nos temples leur parure la plus louchante, peut-être sans grande nécessité. Lycurgue n'avait pas craint, s'écrie Chateaubriand, d'établir les tombeaux au milieu de Lacédémone; il avait pensé, comme la religion chrétienne, que la cendre des pères, placée à l'ombre de la demeure du vrai Dieu, loin d'abréger les jours des fils, prolonge leur existence, en leur enseignant la modération et la vertu, qui conduisent les hommes à une heureuse vieillesse. Les raisons humaines que l'on a opposées à ces raisons divines sont bien loin d'être convaincantes.

Quel spectacle à la fois plus sublime et plus poétique que

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celui offert jadis à nos regards par les calhédrales el les monastères, dont les chapelles, les nefs, les cloîtres el les sanctuaires étaient pavés par la mort et remplis de sépulcres. Ici, Ton s'arrêtait devant un tombeau poudreux, sur lequel était couchée la figure gothique de quelque évéque revêtu de ses habits pontificaux, les mains jointes, les yeux fermés; plus loin on admirait un monument où un abbé, soulevé sur le coude, et la tête appuyée sur la main, semblait rêver à la mort. Le sommeil du prélat et l'attitude du prêtre avaient quelque chose de mystérieux : le premier paraissait profondément occupé de ce qu'il voyait dans ses rêves de la tombe; le second, comme un homme en voyage, n'avait pas voulu se coucher entièrement, tant il savait proche le moment de se relever.

Et quelle était cette grande dame qui reposait là-bas auprès de son époux. L'un et l'autre étaient revêtus de toute la pompe souveraine; un coussin supportait leurs têtes, et leurs têtes paraissaient si appesanties par les pavots de la mort, qu'elles avaient fait fléchir cet oreiller de pierre : heureux, si ces deux époux n'avaient point eu de confidences pénibles à se faire sur le lit de leur hymen funèbre. Au fond de celte chapelle retirée, étaient quatre écuyers de marbre, bardés de fer, armés de toutes pièces, les mains jointes, et à genoux aux quatre coins de l'entablement d'un tombeau. Etait-ce toi,d'Artevelde, grand tribun qui portais dans ton sein l'espérance du peuple; était-ce toi d'Egmont, héroïque ennemi de la tyrannie.

La sculpture au moyen-âge ne se borna pas à orner les temj>les du Seigneur et les tombeaux des grands.

Autrefois, l'art présidait aussi à la confection des riches armures de tournois et de batailles dont se servaient les chevaliers et tous les autres hommes de guerre d'illustre lignage. Au treizième siècle particulièrement et pendant presque tout le cours du moyen-âge, l'ouvrier mettait continuellement son intelligence en travail, el créait par lui-même abandonné à ses propres inspirations, tandis que de nos jours on lui livre la

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matière première en l'astreignant à suivre machinalement un modèle donné et déjà reproduit à satiété. Aussi est-ce parmi les objets d'art, plutôt que parmi les produits industriels, qu'il faut classer les casques ornés de figures à relief, les boucliers sur lesquels se développent parfois dos compositions compliquées, les armures gravées et damasquinées, les arquebuses sur lesquelles se jouent, au milieu d'élégantes arabesques, une infinité de figures formées d'incrustations de métal, d'ivoire ou de nacre, les poignées d'épées ciselées avec soin, toutes les pièces enfin qui composaient l'habit de guerre que revêtaient nos aïeux au jour du combat, et dont on a si bien compris la valeur artistique, qu'on en a de nos jours composé des musées.

M. Edouard Fétis, dont les importants travaux sur l'histoire de notre pays ont déjà rendu d'immenses services à la science et à l'étude, dit dans une de ses remarquables notices sur les richesses artistiques de Bruxelles : « Les arquebusiers <i de Bruxelles, jouissaient d'une renommée non équivoque. «I Guichardin, Jean Christoval, Calvete de Estrella et Braun, « parlent de leur habileté dans les termes les plus pompeux. « Ils vantent leurs cuirasses qui étaient à l'épreuve de l'arque- « buse. Braun compare les armes qui sortaient de leurs mains « aux boucliers d'Hercule et d'Achille que décrivent Hésiode « et Homère. Ils ne se distinguaient pas seulement par le choix « de l'acier d'excellente trempe qu'ils employaient, et dont les « croisés flamands leur avaient sans doute apporté le secret «' d'Orient^ leurs armes étaient également remarquables sous « le rapport de l'ornementation. On sait qu'il y avait en Bel- « gique au moyen-âge, beaucoup d'ouvriers habiles dans l'art « de travailler le fer. Sans parler de Quinte Metsys et du cé- « lèbre Puits d'Anvers, plusieurs de nos édifices civils et reli- « gieux renferment encore de nombreux témoignages de leur « habileté. Il n'y a nul doute qu'ils ne se soient appliqués à la « confection des armures. »

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Il ne nous reste plus maintenant pour compléter la rapide esquisse que nous avons entreprise sur l'état des arts dans le Brabant au treizième siècle, qu'à examiner avec quelques détails ce qu'était la musique à cette époque du moyen-âge.

Transcrivons tout d'abord ici les quelques réflexions dont M. Edouard Fétisfait précéder dans son remarquable ouvrage sur les musiciens belges, le chapitre qui traite de la musique j)endanl cette période : « Quand nous écoutons, dit-il, les vas- « les compositions des auteurs de nos jours, les opéras ren- « forcés de grandes masses de voix et d'instruments, les sym- « phonies dans lesquelles se déploie la puissance d'un nombreux « orchestre, nous sommes tentés de croire que la musique est «. un art tout moderne, et nous considérons comme des essais « informes ce qui se faisait il y a plusieurs siècles. Nous pre- « nous nos pères en grande pitié d'avoir pu se plaire à l'audition <i des naïves chansons et des petites pièces instrumentales qui « formaient tout le répertoire de leurs artistes, à supposer que « ceux-ci fussent dignes d'un tel nom. Quel est cependant le « but delà musique, si ce n'est de créer chez l'homme des émo- « tions de diverses natures, mais surtout d'une nature agréa- « ble? Or, oserions-nous affirmer que ce but est mieux atteint « par notre musique, qu'il ne pouvait l'être par celle dont les « populations du moyen-âge faisaient leurs délices? Pour ne « point pousser les choses jusqu'au paradoxe, nous reconnaî- « trons volontiers que l'art a fait des conquêtes qui ont consi- « dérablement agrandi son domaine; mais on nous accordera, <i en revanche, que les œuvres des anciens compositeurs peu- « vent ne pas être indignes d'estime.

« Les jouissances causées par la musique au moyen-âge « étaient d'autant plus vives qu'elles étaient rares, et qu'elles « tenaient lieu des nombreuses distractions considérées, de a nos jours, comme étant le privilège des classes riches. »

Au treizième siècle, la musique se divisait déjà naturellement comme de nos jours en musique religieuse et en musique

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profane; la première était cultivée par les moines dans leurs abbayes, la seconde parles ménestrels el les trouvères. Parlons d'abord de celte dernière.

Le ménestrel était, à l'époque qui nous occupe, un artiste connaissant la musique vocale et instrumentale, et ayant à sa disposition un répertoire étendu dans lequel il pouvait choisir ses modestes airs. Il était capable au besoin de composer à lui seul tout un orchestre. On sait toutefois que tout son talent se bornait à chanter des Noch, des Lais, des romans de Gestes et d'aventures; naïfs comme leur époque et comme les artistes qui s'en rendaient l'écho, ces chants consistaient uniquement en de simples mélodies appliquées à des paroles.

Les trouvères, qui ont si bien justifié la qualification de Bardes du Nord qu'on leur a appliquée, étaient à la fois poètes el musiciens; c'étaient eux qui composaient et qui mettaient en musique les poèmes qu'exécutaient les ménestrels.

La vie des troubadours était excessivement nomade et accidentée; les pérégrinations étaient la source de leurs succès On comprend que la part que la noblesse belge prit aux Croisades donna surtout une valeur toute particulière à leurs chants. Les chevaliers et les barons, en partant pour la guerre, laissaient leurs belles châtelaines seules el isolées, abandonnées à elles-mêmes el forcées en quelque sorte de chercher une distraction quelconque pour charmer leurs ennuis el oublier leurs peines. La consolation et le divertissement leur venaient presque toujours des trouvères et des ménestrels. Quand l'un de ces artistes errants venait le soir frapper à la porte du manoir, c'était fête complète. La dame du château se pâmait d'aise en entendant leurs poèmes et leurs chansons, el elle applaudissait avec joie à leur talent d'exécution. Le joyeux el intéressant troubadour était alors récompensé; quand il se disposait à partir pour continuer sa course, on cherchait aie retenir en lui promettant de nouvelles largesses, et rarement il était inexorable. C'était alors un véi'itable prestige qu'il exer-

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çait sur tous les habitaiils du caslel. Il avait été, disait-il, en Palestine visiter les Saints-Lieux, et avait assisté à plusieurs batailles livrées contre les soldats du Croissant pour délivrer la cité sainte. C'était avec un entraînement toujours de plus en plus irrésistible qu'il racontait alors les hauts faits dont il avait été témoin, et les mille et un prodiges des comtes et des barons qu'il avait suivis à la guerre. Comme le maître du château où il avait mis pied à terre était aussi parti pour la croisade, il était, comme on le pense bien, écouté toujours avec le plus grand intérêt.

Il arrivait parfois aussi au ménestrel d'être au service d'un seigneur ou d'un prince, et, dans ce cas, il était traité, non comme un valet et un serviteur, mais comme un personnage utile et indispensable. On le ménageait beaucoup, et il était entouré d'égards; chose remarquable, la plupart de ces maîtres en la gaie science, qui débitaient des principes de morale et de liberté, étaient fils de race bourgeoise ou d'artisan; l'un était né d'un marchand, l'autre d'un pêcheur ou d'un pauvre ouvrier.

Pour vider les contestations qui pouvaient s'élever entre eux, et prévenir les suites fâcheuses qu'avaient eues quelquefois leurs querelles, les ménestrels se nommèrent bientôt dans chaque contrée un chef qu'ils baptisèrent du nom de roi, et dont la juridiction s'étendait sur tous ceux du district. Cette .royauté était bien moins paisible qu'on ne pourrait le croire; il n'était pas toujours facile de maintenir la bonne harmonie entre ces gens, qui étaient fort ombrageux, et que la jalousie animait souvent les uns contre les autres.

Tandis que les ménestrels se bornaient en général au rôle d'exécutants, les trouvères composaient eux-mêmes, comme nous l'avons vu, les chansons qu'ils allaient également colporter de château en château. Elles se divisaient en trois catégories : 1° Les chansons historiques; 2° les chansons d'amour; 5" les chansons de piété. Les chansons historiques étaient

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composées à Toccasion d'événements qui intéressaient particulièrement nos provinces; les chansons d'amour à propos de mariages ou d'autres aventures où Cupidon jouait un rôle, et les chansons de piété à propos de diverses invocations que l'on jugeait convenable de faire à Dieu, à la Vierge ou au^ Saints. Voici un modèle de genre de chacune de ces sortes de compositions :

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