TROISIEME PERIODE
Depuis le commencement de la guerre pour la succession au duché de Limbourg, jusqu'à la bataille de Wteringen.
Dilïiciillés à propos de la succession au duché de Limbourg. — Le comte Adolpiie de Berg cède à Jean l'^'" les droits qu'il peut avoir sur ce pays.
— Première invasion du Limbourg. — Ligue des comtes de Gueldre et de Luxembourg, et de rarchevcque de Cologne, contre le duc de Brabant. — Ce prince fait ses préparatifs de guerre. — Commencement des hostilités.
— Siège inutile de Macstricht. — Blocus d'Aix-la-Chapelle, et tentative de révolte dans cette ville. — Mort de la duchesse de Brabant, Marguerite de Flandre. — Le sire de Durbuy cède à Jean I'^'" ses droits au duché de Limbourg. — Trêve. — Expédition dû duc de Brabant en Aragon. — Reprise des hostilités. — Le duc marche au secours du comte de Bar, en guerre avec l'évèque de Metz. — Nouvelle suspension d'armes. — Cunégonde, veuve du dernier duc de Limbourg, cède à Jean I"' ses droits sur ce pays. — Nouvelles hostilités. — Bataille de Wœringen. — Ses résul tats.
— Démêlés du duc avec le sire de Fauquemont.
La pari que Jean P' avait prise à la paix de 1280, conclue entre la ville d'Aix-la-Chapelle et ses ennemis, avait, comme nous l'avons vu, indisposé les princes limbourgeois contre lui. Cette prévention augmenta encore, lorque ces princes, qui étaient braves et courageux, s'aperçurent que le duc les éclip-
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sail tous par sa bravoure dans les louruois où il paraissait avec eux. La jalousie ne taida pas à s'en mêler, et les antagonistes de Jean 1" en vinrent bientôt au point de ne plus pouvoir dissimuler le désir qu'ils avaient de se mesurer avec lui sur un champ de bataille.
Les circonstances vinrent au secours de leurs intentions manifestement hostiles. Bientôt on vit poindre le germe d'une guerre qui devait être fatale à la maison de Limbourg, et assurer au duc de Brabant, en mettant celle-ci à ses pieds, le surnom de Victorieux que la postérité lui a conservé.
Waleran IV, dernier duc de Limbourg, était mort en 1280, laissant une fille unique nommée Ermangarde, qui avait épousé Renaud, surnommé le Belliqueux, comte de Gueldre et de Zulphen. Cette princesse mourut à son tour le 12 mai 1282, sans postérité, et son mari s'empressa de prendre les rênes du gouvernement, prétendant rester en possession du Limbourg, en vertu d'un diplôme impérial du 18 juin 1282 (1), qui avait donné à sa femme l'investiture du duché, tout en stipulant que si elle venait à mourir avant son mari, celui-ci en aurait l'usufruit. La validité de ce diplôme, dont la date, comme nous venons de le voir, était postérieure de six jours à la mort d'Ermengarde, pouvait facilement être contestée; aussi, l'héritier naturel du trône, Adolphe, comte de Berg, petit-fils de Henri de Limbourg, aïeul d'Ermengarde, et plusieurs autres princes se disposèrent-ils à faire valoir leurs droits. Renaud, qui, même du vivant de sa femme, avait déjà pris le titre de duc de Limbourg, ne s'inquiéta nullement de ces prétentions, et continua de gouverner le duché comme usufruitier.
Le comte de Berg était dans l'impuissance de lutter avec succès contre un compétiteur aussi redoutable, ses trésors étaient épuisés par suite des guerres (ju'il avait récemment eues à soutenir contre l'archevêque de Cologne et contre plu-
(1) Willems, page 408. Diplôme, u" 23.
DUC DE BRADANT. 41
sieurs autres seigneurs ses voisins. Dans ces conjonclures, il ne Irouva rien de mieux que de s'adresser au duc de Brabant, par lettres du o août 1285 (1), à reflet d'obtenir de ce 1285 prince l'investiture de la partie du Liinbourg que le duc Henri III avait rendue fief du Brabant.
Aussitôt les princes de la maison de Limbourg se mirent de leur côté en devoir de faire valoir leurs droits, et ils revendi- (juèrent, les uns, la succession entière d'Ermengarde, les autres seulement la possession de quelques fiefs qu'ils soutenaient leur être dévolus selon la coutume d'Allemagne, sans toutefois manifester l'intention de contester au comte de Gueldre l'usufruit qui lui avait été laissé. Par un compromis du 8 septembre de la même année (1285), ils chargèrent Thiery de Heinsberg, et le sii'e de Fauquemont, de procéder à l'examen de leurs titres, et ils prirent l'engagement de s'en rapporter à leur décision. Cette sentence, si elle a jamais existé, ne nous est pas parvenue, mais il paraît que tous les j)rétendanls au duché étaient les ennemis de Jean I" et se trouvaient disj)Osés à favoriser son adversaire le comte Renaud, en dépit des protestations d'Adolphe, qui avait réclamé leur assistance contre lui.
Quoi qu'il en soit, ce compromis parait avoir considérable ment influé sur le parti que prit alors le comte de Berg de se tourner de nouveau vers Jean P' et de le forcer à déclarer la guerre à Renaud, en lui cédant ses droits.
L'acte par lequel il fit cette cession, du consentement de ses frères porte la date du 15 septembre. L'importance de ce document nous fait regretter de ne pouvoir le donner ici; nos recherches pour nous le procurer sont restées aussi infructueuses que celles de nos devanciers (2).
(1) Willems, page 41^. Diplôme n" 31.
(2) M. Willems dit, page 416, à la note : on n'a pas trouvé cette pièce, mais elle est du lo septembre 1283, d'après l'extrait de l'inventaire des chartes déposé à Vilvordc, cité par Bondam, Charterboek, page (387.
Tout ce que Ton a de plus aullientique, pour prouver que celte donation a réellement été consentie, c'est une lettre de la même date, par laquelle le comte de Berg notifie aux habitants du Limbourg qu'elle a eu lieu, et leur ordonne de reconnaître désormais le duc de Brabant, Jean I'='", pour leur souverain (1).
Cette donation parait cependant ne pas avoir été faite sans stipulation d'avantages réciproques. Indépendamment de la promesse qu'avait faite en retour le duc de Brabant de marier son fds Godefroid à Marguerite, lîlle de Henri de Berg, sire de Windecken, frère du comte Adolphe, mariage empêché par la mort du jeune prince, il est certain qu'un prix d'acquisition avait été fixé dans l'acte, mais les auteurs ne sont pas d'accord sur le montant de celte indemnité. Les uns en portent le chiffre à 32,000 marcs, d'autres, comme Butkens, à 6,025 livres de Louvain, 10 sols, et 4,581 marcs, d'après le détail qui suit, extrait des Trophées du Brabant (2).
Quittances et assignations d' Adolphe, comte de Monts (^ou de Berg), payées par le duc de Brabant, à cause de l'achat du duché de Limbourg ;