ALLUSIONS AUX ÉVÉNEMENTS CONTEMPORAINS
quatre saisons figurent les divers États de l'Étrurie qui payent des tributs, et qui donnent à Cléonime l'avantage de recevoir tout et de rendre tout, parce qu'il est le dépositaire des trésors du prince. Ainsi a-t-il « trouvé par sa justice, son humanité et sa « magnificence. Fart d'obliger les heureux et les mal-- « heureux, et d^être le protecteur de tous les gens de « vertu que la fortune a maltraités, aussi bien que « celui des sciences et des arts. »
I outrecuidance de ces louanges était bien capable de rendre Mazarih jaloux ; peut-être, à une autre époque, eût-on mis de la malice à vanter le subalterne seul, et à garder encore sur le compte du premier ministre un silence évidemment calculé. Mais la fortune venait de prononcer ; le triomphe décisif de Mazarin en France et en Europe ne permettait plus les bravades. Mademoiselle de Scudéry se résigne et fait le sacrifice de bonne grâce, à en juger par l'abondance des offrandes. Sous l'emblème d'un souhait supérieur atout ce que les hommes peuvent souhaiter, elle passe en revue toutes les circonstances de la vie de Mazarin, et reconnaît en lui une fortune et un génie auxquels nul autre n'a jamais atteint. Il est grand par sa naissance, parce que, au lieu de succéder comme un roi à son père, il a été l'artisan de sa propre fortune. Il est grand par son air noble et son esprit capable de conseiller les rois et de triompher dans les négociations. Il a été grand, lorsque, à son début, par sa seule apparition, il faisait tomber les armes des mains de deux nations, quand il était jugé digne de succéder à
un ministre illustre ; grand dans la guerre conduite par sa politique, dans l'exil d'où il gouvernait de loin pour montrer qu'il avait en lui-même le principe de sa grandeur et de sa félicité. Il est grand quand il fait la paix dans une petite lie sur laquelle il attire les pensées des peuples, des princes et des rois , quand il marie le jeune roi à la fille du roi ennemii quand il rattache aux intérêts de l'État un illustre héros. Il ne lui manque plus que d'exercer la souveraineté dans un État électif dont l'autorité morale s'étend sur les rois eux-mêmes, et où l'on est appelé par le choix des plus grands et des plus sages (la Papauté). Mais les destins ont prédit qu'un jour Rome serait gouvernée par un homme du nom de Jules, sorti d'une illustre famille de Sicile. A ces mots, toute la compagnie de Glélie s'incline, et confesse qu'il n'est pas possible de rien souhaiter de plus grand et de plus glorieux, et quêtons les souhaits des hommes ensemble ne méritent pas d'être coinparés au destin de ce grand hotnme (1). Clélie finit donc, comme le Parlement, comme la Fronde, comme le grand Gondé, par l'éloge de Mazarin. C'est la fin de l'opposition littéraire comme de l'opposition politique.
IH. — Opposition aux Précieux : Scarron, le Rcma» comique. — UademoiaeUe av Laxemboarg ; leê Portraiti : Segraii. — Ligue contre les Précieux : let Prieieuu* ridicule$t le DUtiênnain dee Préeiemeê. — Le bon goût se dégage du fatras : Pelliswn. — Importance de Pascal. — Apparition de Bossuet, de la Fontaine, de Sévigné.
Gomme toutes les importances, la domination des précieuses et des romans ne manquait pas de contrats ) Cléliey V« partie, Uv. III, p. 4 4 94 , 4 204 : Souhait d'Amilcar,
SGARaON EN LUTT£ AV£G LES PRÉCIEUX. 383
dicteurs. Scarron peut être placé à la tête, comme le plus actif et le plus redoutable par le droit de tout dire à la façon du fou du roi, et par le talent d'attraper assez à propos Fidée ou l'expression plaisante. C'est lui qui le premier a appelé les Précieuses les jansénistes de r amour (\) y définition que Saint-Évremond commente avec une crudité que nous ne reproduirons pas. Il écrivait à Sarrazin contre les pousseurs de beaux sentiments : € Mon chien de desUn m'emmène dans un mois aux Indes Occidentales, ou plutôt j'y suis poussé par une sorte de gens fâcheux qui se sont depuis peu élevés dans Paris, et qui se font appeler pousseurs de beaux sentiments. On ne demande plus parmi eux si on est honnête homme, on demande si on pousse les beaux sentiments (2). > Il se plaignait qu'une grande princesse, en les appuyant de son esprit et de sa qualité, empêchât un parti de se former contre eux. Il donnait au moins le signal de la guerre comme dans ces vers de Y Héritier ridicule :
Il vous nomme son âme, Son ange, son soleil, son inclination, Et cent autres beaux mots d'édification. ..
Que dites-vous de moi, d*oser sans parasol Visiter un soleil? C'est un acte de fol.
Ah f petite civette ! ah t chatte 1 ah I petit chien î Petit chien? Ce mot-là pour femme est ridicule. Ah! pardon. Je voulais vous nommer canicule...
(4) Lettre à Marigny, 4655.
(2) Lettre à Sarrazin, vers 4651.
De vos regards doublés les forces agissantes Font sur mon pauvre cœur impression&puissantes. Mitigez-les, Madame, ou s'en faudra bien peu. Si vous continuez, que je ne crie au feu.
Me voilà tantôt cuit, quoique aussi dur que roche, En donnant seulement encore un tour de broche.
Malheureusement il ne sait pas s'en tenir à ces parodies permises , et, comme il oppose trop souvent à la pruderie de ses adversaires l'obscénité que nous lui avons reprochée, il redevient illisible.
H attaqua la vogue des romans par son Roman comique. Le titre seul indiquait une parodie des romans héroïques. Le choix de son sujet, les allusions aux sujets des autres, l'explication de son- plan et de sa manière d'écrire, prouvent largement son intention. Les plus fanfarons des écrivains du temps s'excusaient de leurs fautes de français (La Calprenède) et de leurs négligence de style (Scudéry). Scarron ne veut pas même s'excuser des fautes d'impression dont son livre est rempli : t Lecteur bénévole ou malévole, dit-il, si mon livre te plaît assez pour te faire souhaiter de le voir plus correct, achètes-en assez pour le faire imprimer une seconde fois, et jeté promets que tu le verras revu, augmenté et corrigé. » Les grands romans pèchent par le plan ou plutôt par le défaut de plan ; les diverses parties en sont très-mal liées, les événements ou les récits d'histoires y surgissent sans raison, les idées les plus étrangères les unes aux autres ne s'y rapprochent que par des transitions forcées. Scarron n'est pas plus méthodique, et il s'en vante : « Si le lecteur,