LES PORTRAITS
décontenancé, leurs têtes penchées sur l'épaule, leur •mine méprisante, rafîectation déplaisante qu'on remarque en tous leurs procédés. Une précieuse seule dans une compagnie s'y ennuie beaucoup, ne répond pas quand on lui parle, ou ne répond que de travers pour faire voir que son esprit n'est pas à ce qu'elle
dit Elles ont quasi une langue particulière; à
moins que de les pratiquer, on ne les entend pas. Les maris sont rares pour ces demoiselles, et une noce entre elles est une de ces choses qui n'arrivent qu'une fois en un siècle, la plus grande partie d'entre elles n'étant pas remplies d'autant de trésors dans leurs coffres qu'elles en croient avoir dans l'esprit. Elles sont en matière d'amitié comme elles font profession d'être sur l'amour; car elles n'en ont pour personne. Une pareille secte n'est pas à craindre; car elle est désapprouvée de tout le monde, et le sujet ordinaire de la raillerie de ceux qui ont l'autorité de railler impunément. D
Cette guerre aux romans et aux Précieuses n'ôte pourtant pas au cercle du Luxembourg un trait de ressemblance avec le Samedi qui devient commun à tous les lettrés. Clélie finit par l'éloge de Mazarin Mademoiselle et ses amis ont également leur conversion politique au moment où cessent les embarras du ministre. L'héroïne d'Orléans et de la Bastille avait dans son passé plus d'un péché de Fronde dont son exil avait été la punition. Elle oublie, assez facilement Tun et l'autre, et sacrifie sans peine ses anciennes alliances au présent. Deux frondeuses surtout, la com-
898 LA LITrÉRATURE PENDANT LES FRONDES.
tesse de Maure et madame de Sablé, figurent dans k PrineesBâ de Paphlagonie pour la participation qu'elles ont prise aux troubles civils. Quelques phrases assez heureusement tournées les représentent mêlées aux affaires de tous les états du monde, aux intrigues des particuliers, galanterie ou autre chosa, tantôt apaisant les brouilleries, tantôt les faisant naître selon les avan* tages que leurs amis en pouvaient tirer. Segrais, à Texemplè de sa princesse, consacre sa septième églogue à vanter la paix des Pyrénées, pour la plus grande gloire de Mazarin. Les campagnes ne vivaient que dans l'inquiétude, les étrangers' menaçaient les parcs; Louis, le plus intrépide des bergers, les rassemblait pour les mener à l'ennemi. Anne, inquiète de Tardeur belliqueuse de son fils, recourt à la sagesse de Jules,
A ce s^ge pasteur Dont les rares secrets aux neveux incroyables Jamais, quoi qu'on ait dit, n'ont fait de misérables, Qui cent fois au contraire, en nos troubles nouveaux Consola les bergers et sauva les troupeaux.
Jules, par sa piété, par sa vigilance, ramène le repos, et les bergers, délivrés des voleurs, élèvent jusqu'aux cieux Tauteur de leur sécurité :
Le plus grand des humains est Tadmirable Jule...
Ce génie étonnant, ce célèbre étranjger Ne peut être un mortel, ne peut être un berger. Aeante, c'est un dieu qui, pour chasser la guerre, Soi^ rbunagine apparanive habite cette terre.