‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 2)Chapitre 114 sur 140 · GUERRE AUX PRÉCIEUSES · texte numérisé non relu

GUERRE AUX PRÉCIEUSES

Le Samedi prédisait la papauté à Mazarin. Le Luxem^^ bourg se risque jusqu'à lui conférer la déité.

Tout annonçait la chute de la préciosité. Depuis quel^ que temps, il se formait contre ce travers vm parti sérieux, d'autant plus redoutable que plusieurs de aes chefs justifiaient, par un mérite réel^ leur opposition* Patru, d'Ablancourt, Maucroix, Gilles Boileau, pré* curseur de son frère Nicolas, et même un nouveau venu, la Fontaine, protestaient contre Conrart, Ménage et Chapelain, « tyrans des belles-lattres. » Oq publiait leurs défauts par des épigrammes, des lettres in«times (I ) ; ou on les poussait à fournir des armes contre eux-mêmes par un empressement dérisoire à réclamer leurs œuvres. Ce fut bien plus fort quand on en appela au public pour livrer < ces importants » au rire du bon sens général. On croit que l'abbé de Pure avait composé contre les précieuses une comédie en italien, qu'il fit jouer par les comédiens de cette langue. Mais, ce que tout le monde connaît, Molière lança sur la scène (novembre \ 659) les Préciemes ridicules. Jus-que-là peu illustre, connu seulement par des pièces k intrigues, comme V Étourdi et le Défit amoureux^ il révéla, par cette critique, son génie contemplateur, et fonda son importance d'inventeur sans modèle* « Gout^ rage, Molière! lui criait un spectateur ; voilà la bonne comédie. » Selon une tradition assez bien appuyée, Ménage, au sortir de la représentation, aurait dit k

(4 ) V. une lettré de Gilles Boileau à madame de la Suze, avril 1 656, — citée par Marcou, Histoire de PelUsson.

Chapelain : « Nous approuvions, vous et moi, toutes les sottises qui viennent d'être critiquées si finement; il nous faudra brûler ce que nous avons adoré, et adorer ce que nous avons brûlé, p Mais en dehors de cet aveu, les Précieuses ridicules eurent par elles-mêmes une vogue de plusieurs mois; elles allèrent jusqu'aux Pyrénées amuser la cour occupée du mariage de Louis XIV, et en remportèrent une approbation complète. Au même moment (1659), Somaise, bien qu'adversaire de Molière, publiait son petit dictionnaire des Précieuses ou la Clef des ruelles^ en attendant le grand, qui ne parut qu'en 1661. A son tour il livrait au théâtre les Véritables Précieuses (1660), et, par l'opposition de ce nom de véritables à celui de ridicules^ par une accumulation plus abondante des excès de langage de la coterie, il ne faisait que frapper plus lourdement sur le mal dénoncé. Il y joignit son Procès des 'précieuses^ en vers burlesques, requête d* un provincial à l'Académie, pour obtenir que le corps des précieuses soit condamné à changer.de langage, à peine de ne plus jamais lire Artamène.

Un symptôme bien meilleur encore que la dérision, c'était un progrès réel qui s'opérait insensiblement dans les esprits, et marchait sans s'arrêter vers le triomphe du goût et de la raison. Au sein même des précieuses, Pellisson avait donné un exemple dont les juges les plus compétents lui ont très-équitablement tenu compte. 11 savait se dégager parfois de Tafféterie qu'il respirait dans sa société, des petits vers, des billets galants qui lui donnaient des impatiences amu-

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