ÉTAT DFS PARTIS ET DES BELLIGÉRANTS
temps il prétendit ne plus retourner à la cour, bien résolu, si on espérait le prendre par la famine, à se contenter du gibier de Ghambord, et à manger son dernier cerf avant de se rendre. Puis au bout de quatre ans (1656), il s'accommoda, reparut à Paris, revit la reine, revit Mazarin , et pour compléter son humiliation fil les avances au ministre. Mazarin feignant d'avoir la goutte pour ne pas le visiter, l'oncle du roi se résigna à la première démarche (1). Il était ensuite revenu dans son apanage, il passait son temps, dans la compagnie d'un grand astrologue, à étudier les mouvements du ciel et l'avenir, à corriger les almanachs et les éphémérides puisqu'il ne pouvait corriger le gouvernement; on le surnommait le Justinien de F astrologie (3)* Sa fille, après un exil de quelques années, occupé comme nous avons vu de littérature nouvelle, était rentrée en grâce (1657); elle tenait, au Luxembourg, un cercle de bel esprit où se perfectionnait le genre portraits.
Le prince de Conti jouissait d'un pardon moins humiliant. Neveu de Mazarin par son mariage, et bon serviteur du roi, il présidait les États de Languedoc pour le plus grand avantage des finances de Sa Majesté, ou il commandait les armées contre les Espagnols tantôt en Catalogne (1655), tantôt en Italie. Lui et Turenne étaient les deux seuls frondeurs à qui la reine disait qu'elle avait pardonné spontanément, tan-
(\) Mémoires de Mademoiselle etdeMoUevillc.
(2) Journal de deux Hollandais.
ilO LA PAIX DFS PYRÉNÉES.
dis qu'fi l'égard des autres, elle avait besoin du précepte chrétien de l'oubli des injures. Pour prix de sa bonne conduite, et surtout pour le grandir au détriment de son frère, le roi l'avait fait grand-maître de sa maison. Sa sœur, la duchesse de Longueville, quoiqu'elle ne fût vraiment réconciliée qu'avec son mari, et qu'elle désirât assez haut le triomphe de Gondé, se tenait cependant à l'écart des cabales remuantes. Si Turenne prononce son nom dans la révolte des sabotiers, il entend parler des espérances que le voisinage de Tancienne héroïne donnait aux insurgés bien plus que de sa participation active à leur entreprise (1).
Mais il restait des adversaires opiniâtres, bien difficiles à contenter, et par là obstacle dangereux à la paix. Les premiers étaient Condé et le cardinal de Retz. Il fallait à Gondé un accommodement à son avantage personnel que la cour ne pouvait consentir sans se déshonorer, ou une position indépendante au dehors comme une menace perpétuelle à ses ennemis. Pour mettre le pape dans ses intérêts, il avait embrassé (1655) la cause tout ecclésiastique du cardinal de Retz. Deux ans après , fatigué de la lenteur des affaires, mais impatient d'en sortir avec une grande importance, il réclamait l'intervention pontificale
(i) Mémoires de Turenne, 1658 : « Quoique madame de Longueville fût dans une dévotion si grande qu'elle ne se mêlait d'aucune cabale, néanmoins son esprit avait tant d'ascendant sur les personnes, qu'elle los faisait pencher du côté où elle avouait bien que son inclination la portait, c'est-à-dire du côté de M. son frère, n